‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 37 sur 205 · VIE RELIGIEUSE ET MORALE · texte numérisé non relu

VIE RELIGIEUSE ET MORALE

êistorium impudicitiae^ , L'acteur qui se convertissait devait abandonner son métier. Ceci était surtout de rigueur pour les gladiateurs. On évitait les parures ; la pratique de porter des pendants d'oreilles et de faux cheveux, de se teindre les cheveux, les yeux et les joues était condamnée comme une vanité et un moyen de séduction. S'orner de fleurs et en couvrir les tombeaux était regardé ordinal-, rement comme une action coupable. Bien qu'il fût défendu aux chrétiens de se vêtir sensuellement et à la manière des païens, on ne méprisait pas certains ornements licites. Les précieuses découvertes des catacombes en font foi. Les jeux de hasard étaient punis ^. Les Pères conseillaient l'emploi d'un délassement utile. Clément d'Alexandrie indique la chasse et la pèche, le jeu de paume et la gymnastique; il appelle ce genre d'exercice sain, noble et viril ^.

Le service militaire demeura autorisé, bien que là aussi une certaine réserve fût assez souvent nécessaire^ et des rigoristes allaient même jusqu'à une défense absolue * . Tatien^ fut le premier qui éleva la voix, pour mettre sur le même pied la guerre et l'homicide . Cependant ce fut TertuUien qui protesta le plus contre le service militaire. Mais ni lui ni Origène n'arrivèrent à cacher sous l'éclat de leur style le manque de justesse de leur raisonnement^* Leur manière de voir fut adoptée par certains évêques, puisque le Testamentum DominV^ qui parut plus tard, conserva la prohibition du service militaire. Divers règlements d'églises locales parlent dans le même sens ^. L'Église cependant se montrait moins sévère, sauf les cas d'occasion prochaine de péché ou d'apostasie. C'est

1. Tertüll., De spectaculis. — Clém. d'Alexand., Paedagogus^ m, 11. — 2. Adv. Aleatores, — Conc. d*Elvire, can. 79. — 3. Paedag., III, 10. — Cf. Hefele, Zur Archaeologie des hduslichen und Familienlebens der Christen in Beitrâge^ II, 331 ss. — 4. Mimdc. Félix, Octavius, c. 37. — Tertul., De corona militis, — A. Hirnack, Militia Christi, Leipzig, 1905. — Vacandard, La question du service militaire chez les chrétiens des premiers siècles, ftev. prat. d'Apologétique, t. n (1906), p. 337-349, 359-413. — 5. Orat. ad Graecos, 19. — 6. Contra Celsum, V, 33; vm, 73; 111,15. — 7. Ed. Ramahi, p. 115. ~ 8. Aegypt, Kirchenordnungy éd. Aghelis, p. 81. — Canones Hip^ polyti, éd. ACHEUS, 82.

MANUEL D'mSTOIRB. — I. 7

pourquoi de nombreux chrétiens se sont toujours trouvés dans les armées, et ils ont contribué beaucoup à Texpansion de la vraie foi. Un grand nombre de soldats ont mérité le titre de saints et de martyrs.

4** Les Ascètes aspiraient à la perfection de la vie chrétienne. Ils formèrent la base sur laquelle fut élevé ensuite l'édifice de la vie religieuse. Ils consacrèrent leur corps à Dieu par le vœu de virginité, s'abstenaient souvent de viande et de vin; plusieurs partageaient leurs biens entre les nécessiteux et vivaient dans la pauvreté, en demeurant soit dans le sein de leur famille, soit seuls ou en groupe dans des maisons spéciales. Ils portaient un vêtement particulier. L'Église aimait à choisir ses prêtres parmi eux. Des évêques illustres et de grands docteurs, comme Origène, étaient sortis de leurs rangs. Hierakas, docteur de l'école d'Alexandrie à la fin du m* siècle, assembla autour de lui un groupe d'ascètes, vivant en commun. D'autres se retiraient au désert, comme l'évêque Narcisse de Jérusalem*. Les plus célèbres de ces premiers ermites sont Paul de Thèbes, qui se rendit dans la solitude dans la première moitié du iii^ siècle et y demeura quatre-vingt-dix ans dans la prière et la pénitence ^ ; ensuite saint Antoine, qui se retira un peu plus tard et devint le Père de la vie anachorétique.

Le nombre des ermites s'éleva à un chiffre considérable durant la persécution de Dioclétien.

Des viergres consacrées à Dieu ^ menaient aussi une vie ascétique et faisaient entre les mains de l'évêque leurs vœux de chasteté. Elles vivaient séparées, ou en commun et étaient dirigées par un membre du clergé. Certaines veuves ou vierges prirent comme protecteur

1. EcsÈBE, H. E,, VI, 9 ss. —DucHESNE, Htit. anc, de VÉgliset t. II, p. 485 ss. — 2. S. JÉRÔME, Vita S. Paulû Acta SS,,, d. 15 Jan. — Dom Butler, Tfie Lausiac history of Palladius^ t. VI des Texts and studies of Cambridge^ 1896-1904. — 3. Cf. WiLPERT, Die Oottgeweihten Jungfrauen in den ersten Jahrhunderten der Kirche^ Frib.-en-Br., 1894, et Die Malereien der Katakomben Roms, p. 204 ss. -- H. Koce, Virgines Christi, Die Gelubde der Gottgeweihten Jungfrauen in den ersten drei Jahrhunderten, Leipzig,

et soutien dans leur demeure un homme, par exemple un moine ou un clerc. Ceci, à la longue, excita des soupçons. Aussi cette cohabitation de clercs et de vierges ou çirgines subintroductae fut sévèrement blâmée dès le troisième siècle et fut ensuite prohibée à différentes reprises ^ .

Bien qu'il ne fût pas encore question de vie conventuelle, une manière spéciale de se vêtir se généralisa bientôt : un voile et de longs vêtements faits d'étoffe modeste. De bonne heure fut en usage la pratique des cheveux coupés partiellement et de la vêture solennelle des vierges *.

Un grand nombre de Pères ont exalté cette vie de virginité, surtout saint Méthode d'Olympe dans son Symposium decem nrginum ^. Les vierges étaient occupées à des œuvres de dévotion et de charité. Malgré les grands dangers moraux et la persécution violente, le christianisme exerçait de la sorte une irrésistible influence dans tous les rangs de la société.

S 20. — Lieux de culte, images, lieux de sépulture ^.

lo Les premiers chrétiens à Jérusalem faisaient encore leurs prières dans le temple, et les apôtres prêchaient sous le portique de Salomon^, mais la fraction du pain avait lieu dans les maisons. A Ephèse "^ ce fut la maison

1. s. Ctprien, Ep, ad Pomp., 4; Eüsèbe, H, E., VU, 30; Conc. d'Elvire, can. 27. — DucHESNE, Hist, anc, de VEglise, 1. 1, p. 517. — H. AcasLLs, Virgines subintroductae, Ein Beitrag zu I Kor. VU, Leipzig, 4902. — H. P. La- DEUZE, Rev. d'hist, ecclés., t. VI, 1905, p. 58-62. — 2. S. Cypu., De habitu virg. et Tertdl., De velandis virginibus, — 3. Bardenhewer, Patrol. (l'« éd.), p. 171. — 4. Krads, Geschichte der christlichen Kunst, 1. 1, Frib.-en-Br., 1896. — Kirsch, Dos christUche Cultusgebdude im Alterthum, Cologne, 1893. — FUNK, Der Canon 36 von Elvira, in Abh. und Unters., 1, 346 ss. — Wilpert, Die Malereien der Katakomben Roms mit 267 Tafeln und Abbildungen im Text, Frib.-en-Br., 1903. — De Rossi, La Roma Sotterranea, Rome, 1864 ss. — Kadfmann, Die sepulchralen Jenseits-Denkmâler der Antike und des Urchristenthums, Mayence, 1900; Handb. der Christl, Archeologie, Paderborn, 1905. — Don H. Leclercq, Manuel d* Archéologie chrétienne, Paris, 1907. — Duchesne, Hist. ancienne de l'Église, 1. 1, p. 381 ss. — ö. Actes, m, 1 ; n, 46; m, H ; v, 12. — 6. Actes, ii, ftô. — 7. I Cor., xvi, 9.

d'Aquila et de Prisoille qui fut choisie. A Rome la tradition indique les demeures du sénateur Pudens, de Lucine, d'Eutropia, d'Anastasie et de Cécile, comme ayant servi au culte divin.

Quand le nombre des chrétiens augmenta, les riches mirent à leur disposition les basiliques de leurs palais, ainsi par exemple la basilique de Théophile à Antioche, à Rome, celle de la familia Lateranensis [aedes egregiae Later anorum)^ où fut bâti plus tard Saint-Jean de Latran. Au troisième siècle plusieurs villes avaient leurs oratoires particuliers qui appartenaient en propre à la communauté des fidèles. Nous trouvons mentionnées une église à Edesse, à Césarée et ailleurs. Eusèbe raconte que, durant le troisième siècle, il existait dans toutes les villes de vastes églises, qui furent démolies dans la persécution de Dioclétien^ Les catacombes servirent assez souvent aux assemblées religieuses, bien que Texiguïté du local n'admît que la présence d'un petit nombre de chrétiens.

La salle, la basilique, où les saints mystères se célébraient, était de forme allongée et d'ordinaire tournée vers l'Orient. De ce côté se trouvaient l'autel ^, la cathedra de l'évêque et le consessus ou banc des prêtres. Dans la nef, des places séparées étaient assignées aux hommes et aux femmes, aux pénitents et aux catéchumènes. Les hommes étaient au premier rang, devant les femmes, et après celles-ci les pénitents et les catéchumènes. Quand la place venait à manquer, les plus jeunes devaient rester debout ^. Les appartements du côté oriental de l'Église (pastophoria) étaient occupés en partie par le clergé, et en partie servaient à conserver les offrandes et autres objets nécessaires.

1. Hist, EccU, Vir, 15 ; VIII, 1, 2; VII, 30-32. — Lactance, De mort, pers.r c. xu. — Cf. Kraüs, I, 271 ; surtout la Syrische Didaskalia, ûbersetzt und erkldrt von H. Acbelis et J. Flemming, Leipzig, 1904, p. 284-285.— 2. D. H. Le- CLEBCQ, art. Autel, dans le Dict. d'Arch, chrét. et de lit. — F. Wieland, Mensa und Confessio. Studiën ûber den Altar der altchristlichen Liturgie, Munich, 1906. — 3. Cf. la description dans la Syrische Didaskalia,. p. 284-285, et Constit. Apost., II, 57; VIII, 13.

2o Les premiers lieux de culte étaient probablement sans grande ornementation. L'aversion des premiers chrétiens pour les images est une fable qu'on a reconnue depuis longtemps. Car bien que les premières églises chrétiennes se trouvassent au milieu des Juifs, qui selon la loi de Moïse ' avaient les images en horreur ; bien que plus tard certains écrivains ecclésiastiques se soient élevés controles images, comme Tertullien*, Eusèbe* et quelques autres ; et que le concile d'Elvire (306) ait défendu également de peindre des images sur les murs (Plaçait picturas in Ecclesia esse non deberCy ne quod colitur et adoratur in parie tibus depingalur)^ Tart chrétien florissait malgré tout dès les premiers siècles. 11 faut remarquer que Tertullien était montaniste et Eusèbe semi-arien ; ils ne parlaient pas animés de Tesprit de rÉglise. Asterius s'opposait uniquement à la représentation du Christ; Nil, à une ornementation exagérée. Le canon d'Elvire trouvait sa raison d'être dans des circonstances locales, ou dans la discipline du secret^. Mais toute autre preuve devient inutile en présence des découvertes récentes, surtout celles de M»' Wilpert ; il ressort de là avec une entière évidence que, dans les premiers siècles, l'art chrétien produisit des œuvres qui forcent notre respect. On voit surtout dans les catacombes combien les images étaient regardées comme un auxiliaire puissant pour augmenter la ferveur. L'église de Rome, qui a toujours servi de modèle aux autres églises, y a conservé un riche trésor d'images et de représentations diverses.

Quoique la sculpture fût moins cultivée que la peinture, il est cependant certain que beaucoup de ses productions se sont perdues. C'est ce que démontrent les statues bien connues du bon Pasteur, celle d'Hippolyte remontant

l»Exod., XX, 4; Deut.f v, 8. — 2, De idolol., cap. m, viii; De pudicitia^ cap. VII, X. — 3. NicEPH. Grecor., Hist, Biz,t XIX, ♦. — 4. Hefele, HisL des Conçues^ I, 170. — de Rossi, Roma sotterranea^ III, 47K. — H. Nolte, Sur le 36* canon d'EJlv ire ^ Revue des se, ecclés,^ 1877.

au ino siècle ^ les sarcophages, les lampes, les verres dorés représentant divers sujets^.

La peinture nous a transmis un grand nombre de productions^. On aimait surtout à représenter : le poisson, Tagneau, le bélier, le coq, le paon, le lion; — Folivier, le cep de vigne, la palme, le lis; — la lyre, le navire, Tancre, le chandelier à sept branches, la coupe et les pains; — Adam et Eve, un arbre avec le serpent, le déluge, Noé dans Tarche, Abraham, Moïse frappant le rocher, David armé d'une fronde, Élie montant au ciel. Jonas, Daniel dans la fosse aux lions, Tobie avec le poisson; — Tadoration des mages, Jésus au milieu des docteurs, la résurrection de Lazare, la guérison du paralytique, la multiplication des pains, le baptême du Christ; — les apôtres, surtout saint Pierre et saint Paul, la sainte Vierge sous forme d'orante, ou portant sur ses bras Tenfant Jésus, ayant à ses côtés le prophète Isaïe^, le bon Pasteur avec Tagneau sur les épaules, Orphée, des vierges consacrées à Dieu, d'illustres martyrs, etc. On n'y trouve donc pas seulement des représentations symboliques ou allégoriques, mais aussi des mystères tirés de la vie du Sauveur et de la Vierge. Il y a une concordance étonnante entre ces anciennes peintures des catacombes et les exemples de l'Ancien et du Nouveau Testament qu'on trouve dans les prières de l'Église d'alors^. La valeur artistique des antiques peintures chrétiennes diminue peu à peu avec la lente décadence de l'art romain. En général les sujets les plus anciens sont également les plus parfaits, ils peuvent être comparés avec les fresques païennes de l'époque. Mais tout en constatant que leur valeur décroît après le second siècle, il est étonnant que dans des circonstances aussi difficiles on ait pu at-

1. Grisar, s. J., Analecta Rom,, 636. — 2. Kraus, Gesckichte der christU Kunst, I, p. 324-226. — 3. Chez de Rossi, Garrucci, Wilpert, Grisar, etc. — Cf. R. S. BouR, art. Art Chrétien primitif, dans le Dict, de Théol. cath. — 4. La plus ancienne image connue de la Sainte Vierge, celle de la Gâtacombe de Priscille, date du commencement du ii» siècle. — 6. RAUFMANNt ChristL ArchéoL, Paderborn, 1905, p. 2T7 ss.

teindre une telle perfection dans ces souterrains. Le Bon Pasteur bien connu du musée de Latran, les bas-reliefs de Damus el Karita à Carthage, les vieilles peintures des Catacombes de san G^nnaro dei Poveri à Naples et de Santa Domitilla à Rome supportent la comparaiscm avec de très bonnes productions de l'art gréco-romain.

Le but de ces peintures, dit W^* Wilpert, n'était pas de faire connaître la doctrine, mais d'exciter à prier pour les morts dont la tombe était ornée des images du Christ et de ses saints * .

3^ La raison d'être de ces lieux de sépulture ainsi ornés, où l'on ensevelissait les corps avec honneur au chant des psaumes et des hymnes, provenait du grand respect avec lequel on traitait ceux qui s'étaient endormis dans le Christ. A peu près chaque communauté avait son cimetière ^.

On se demande d'abord comment ces cimetières pouvaient être en sûreté. La réponse ordinaire est qu'ils bénéficiaient des lois en faveur des collèges de sépulture ^ [collegia fratrum). Mais on objecte que les chrétiens avaient une grande aversion pour ces collèges ^, que ces collèges supposaient l'obéissance au sénatus-consulte, qui interdisait les réunions illicites dont faisait certainement partie la communauté des fidèles. De plus ces collèges comprenaient ordinairement peu de membres. Une communauté de Rome, d'Alexandrie et de Carthage qu'on doit évaluer au iii« siècle à 40 ou 50.000 membres, pouvait bien difficilement se cacher sous le nom d'une corporation de sépulture. Il est plus naturel de dire que l'Église, aux époques de paix qui furent parfois de longue durée, acquit des biens immeubles et en resta posses-

1. J. Wilpert, Malereien der Katakomben Roms^ texte, p. 166-467 — H. BlARCGCHi, Eléments d'archéologie chrétienne, Paris, 1899-4900. — 2. Cf. redit de restitution chez Edsèbe, H, E.j VII, 13; X, 5. ~3. J. B.de Rossig Roma sotterranea, I, p. 101-408; III, 473-47Sip — P. Allard, Histoire des persécutions, t. II, ch. i; Le Christianisme et VEmpire romain, p. 76-89. — Au contraire, J. P. Waltzing, Les corporations de Pancienne Rome et la Charité, Congrès intern, des cath., Bruxelles, 1895. — 4. Tertull., Apolog., 39. S. Cyprien, Ep. 67, n. 6.

seur au titre de société religieuse. Les empereurs du III® siècle surtout ou bien ont persécuté les chrétiens, ou bien leur ont accordé une entière tranquillité. Mais tolérer les chrétiens était la même chose que tolérer leur société. Malgré tout, les catacombes n'étaient pas toujours des asiles assurés ^ .

Quelques cimetières se trouvaient au niveau du sol, d'autres sous terre creusés dans le rocher. Plusieurs de ces derniers se rencontrent encore en Italie, en Espagne, en Gaule, en Allemagne, en Autriche, en Afrique, etc. Les plus célèbres sont les Catacombes de Rome, dont les plus anciennes, celles de Domitille et de Priscille, datent du i** siècle. Le nombre augmenta au ii® siècle et aux suivants, alors s'établirent celles de Prétextât, de Lucine, de saint Calliste et beaucoup d'autres. Elles se composent de galeries et de chambres, où l'on enfermait les corps dans des sarcophages qu'on plaçait dans des niches, ou mieux le plus souvent directement dans des niches sans sarcophages, quelquefois aussi dans des sarcophages qu'on avait creusés dans une niche voûtée [arcosolium). On fermait la niche avec des plaques de marbre et de pierre ou avec des briques sur lesquelles étaient gravées bien souvent des inscriptions touchantes. Ces inscriptions mentionnent le nom, Tâge et la date du décès, demandent des prières pour le repos de l'âme des défunts, ou contiennent des souhaits concernant l'autre vie 2. On ne rencontre pas de marques d'une douleur sans espoir. Tout respire l'assurance surnaturelle que les âmes reposent dans le Christ, pour lequel elles ont vécu dans l'oppression et la persécution, pour lequel plusieurs même ont répandu leur sang. Dans ces lieux vénérables et sur les tombes des martyrs^, on offrait le sacrifice de la messe, surtout quand la persécution rendait dangereuses les réunions dans les lieux sacrés à ciel ouvert. C'est ce que démontrent les autels et les sièges

1. DucHESNK, HisU anc, de VÉglise, I, p. 381 as. — 2. In Pace ; In Chrlsto vivas; Pete pro nobis; Yivis in gloria, etc., etc. — 3. RomaSott.^ III, 489ss.

épiscopaux qu'on a trouvés, ainsi que toute la disposition, les atrium, les chapelles et les absides ^

A la fin du ive siècle on cessa peu à peu d'enterrer dans les catacombes, bien qu'on continuât encore pendant longtemps à les orner et à les visiter. Lorsque les Lombards se mirent à dévaster les environs de Rome et les catacombes, au viii* siècle, alors les papes mirent en sûreté dans la ville les principales reliques. Dès ce moment les catacombes tombèrent peu à peu en oubli, dont elles ne furent tirées qu'au xvi' siècle par Ant. Bosio ^ et au siècle dernier par de Rossi ^ qui a laissé de nombreux continuateurs.

4^ Un très grand nombre de reliques ont été extraites des catacombes durant les trois derniers siècles, et distribuées à diverses églises surtout du sud de l'Europe, La palme et les fioles de sang étaient les signes auxquels on reconnaissait les tombes des martyrs. Cette manière de voir fut approuvée par un décret de la Congrégation des rites du 10 avril 1668. Chaque fois cependant les savants émettaient un doute à ce sujet. Ce qui attira le plus l'attention fut l'ouvrage du docte boUandiste Victor de Buck^.

Son argumentation consistait en ceci : Presque tous les corps des martyrs ont été enlevés des catacombes par les papes Paul P^ et Pascal I". Ceux dans le tombeau desquels on a trouvé des fioles de sang sont pour un cinquième des enfants au-dessous de sept ans ; or on n'a pas martyrisé autant d'enfants. Ces mêmes fioles se rencontrent chez un grand nombre ensevelis après Constantin, plus nombreuses encore que dans les tombeaux antérieurs. Sur plusieurs de ces sépultures on voit le monogramme du Christ, or ce monogramme, d'après les savants, a été

1. De Rossi, Roma SoU.j III, 478 bs. — 2. Roma Sotterranea, opera postuma, etc., Rome, 1638. — 3. La Roma Sotterranea^ Rome, 1864 ss. — Hbnri de l'Épinois, Les Catacombes de Rome, nouY. éd., revue et augmentée de plusieurs appendices par Paul àllàrd, Paris-Bruxelles, 1896. — 4. De phialis rubricatis, quibus martyrum Romanorum sepulcra dignosci dicuntur observationes, Y. D. B., Bruxelles, 1855.

employé en premier lieu par Constantin. La tradition et les recherches faites à ce sujet ne démontrent pas que les fioles de sang se trouvent dans Içs seuls tombeaux des martyrs. L'enquête de Leibnitz manque d'autorité. Il semble qu'on plaçait dans les sépultures des fioles renfermant la sainte hlucharistie sous les espèces du vin. Ce qui plaide pour cette opinion c'est la forme de ces fioles et le dépôt rouge qu'on y voit. Pour le sang des martyrs on employait d'autres fioles, qu'on peut très bien distinguer des premières.

Ainsi s'exprimait le savant écrivain, qui tira comme conclusion, que les fioles de sang trouvées dans les tombeaux ne seraient pas un indice certain du martyre. Après cela, il n'est pas étonnant qu'une commission fût formée de cardinaux, de prélats et de savants dans le but d'examiner la question. Après mûr examen la même Congrégation, par son décret du 10 décembre 1863, déclara que le décret de 1668 conserverait sa vigueur K En 1872 on trouva dans le cimetière de saint Saturnin sur la wa Salaria nuoça une fiole de sang qui, d'après un examen chimique approfondi, contenait vraiment du sang 2. Déjà auparavant dans quatre autres circonstances on avait également trouvé du sang dans des fioles^.

1. Voici le texte du décret : < Cam de notis disceptaretur, ex quibns verae sanctorum Martyram reliquiae a falsis et dubiis dignosci poBsint ; eadem S. Congregatio censuit Palmam et Vas illorum sanguine tinctum pro signis certissimis habenda esse. » — Cf. F. X. Kraus, Die Blutampullen^ der Rôm. Katakomben, Francf., 1868; Vber den gegenwdrtigen Stand der Frage nach dem Inhalte und der Bedeutung der Röm. Blutampullen^ Frib.-en-Br., 4872. — 2. De Rossi, La Roma Sotterranea, III, 707-117. — 3. Kraus, Roma Sotterranea^ Frib.-en-Br., S" éd., 1879, p. 5148S.— D. H. Le< CLERCQ, art. Ampoules de sang, Dict. d^Arch. chrét. et de Lit,

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