‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 48 sur 205 · LE CHRISTIANISME ET L'INVASION DES BARBARES · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME ET L'INVASION DES BARBARES

saint Remi, qui préparèrent la conversion du guerrier triomphant. L'œuvre s'acheva sur le champ de bataille de Tolbiac, au moment où le chef franc implora le secours du Dieu de Clotilde et obtint ainsi la déroute des Alemans. Au lendemain de sa victoire, il sut tenir sa promesse et se fit baptiser le jour de Noël avec trois mille de ses guerriers (496). Événement important dans l'histoire de FÉglise, qu'on peut, sans exagération, comparer à la conversion de Constantin, car il décida du triomphe de l'orthodoxie sur l'arianisme en Occident. Il y avait jusque-là pour ainsi dire deux christianismes, celui des Romains et celui des Barbares ; celui d'une civilisation expirante et d'une race vouée à la défaite et celui des peuples jeunes et vainqueurs, réserves de l'avenir. La Providence permit le succès des barbares ariens, puis, l'envahissement achevé, leur conversion à l'orthodoxie des vaincus. Cent ans après Clovis, oö ne rencontrait plus une seule nationalité arienne en Occident. On dut travailler longtemps encore pour faire pénétrer la vie chrétienne et déraciner les restes du paganisme ; mais l'attachement des Francs pour l'Église romaine ne se démentit pas. Leur histoire domine désormais celle des autres peuples, et se lie étroitement à celle de l'Église. Ils sauveront, au huitième siècle, la chrétienté contre l'envahissement de rislam ; ils défendront contre les Lombards la papauté menacée, ils travailleront sous Charlemagne à la conversion de l'Allemagne qui s'appellera jusqu'au XI* siècle la France orientale, plus tard à celle des Pays- Bas qu'on désignera du nom de vieille France. L'Angleterre recevra sa civilisation d'un peuple de chevaliers qui l'a reçue des Francs ; les peuples Scandinaves recevront des missionnaires francs les premières étincelles de la foi. Et l'Orient, émerveillé des prouesses de ce peuple chevaleresque, conservera jusqu'à nos jours l'habitude d'identifier la foi romaine avec la civilisation française.

S 26. — Le Christianisme en Grande-Bretagne et en Germanie ^

i^ Les Bretons se convertirent de bonne heure : la persécution de Dioclétien dans ce pays mérite à peine d'être mentionnée. En 410 les troupes romaines quittèrent la Grande-Bretagne; aussitôt des hordes rapaces de Pietés et de Scots ôtèrent au pays toute sécurité. Les Bretons durent appeler à leur secours les Anglo- Saxons (Hengist et Horsa? 449). Ceux-ci refoulèrent les Bretons catholiques et fondèrent l'heptarchie. Ils restèrent longtemps païens. En 696 seulement, le pape Grégroire P' leur envoya saint Aug^nstin ^ avec quarante moines, qui convertirent le roi Ethelbert ainsi qu'une grande partie de la nation. Avant l'année 790, le pays était gagné au catholicisme. York et Cantorbéry avaient été désignées par Grégoire P' comme métropoles 3. Il y eut chez les anciens Bretons des divergences au sujet de la célébration de la fête de Pâques, de la tonsure des clercs et de la liturgie. Mais il est certain qu'il n'y eut pas de divergence dans la foi; et que le nom de Culdei n'indique pas un parti religieux séparé et ne tire pas son origine d'Asie Mineure^.

T En Hibemie ou Irlande habitaient d'anciens Scots. Le christianisme s'y introduisit dès le iv® siècle. Le pape Célestin I®' (422-432) envoya Palladius comme premier évêque « chez les Scots croyant dans 'le Christ » . Mais le véritable apôtre de l'Irlande est saint Patrice. Né en Ecosse, il vint en Gaule après avoir subi bien des

1. HONT, The English Church from its fondation to the Norman Cori' quest, Londres, 1899. — Spence, The church of England, t. I, Londres, 4897. — J. LmcARD, History and antiquities of Anglo-Saxon Church, Londres, 18^.— A..Bellesuiiu, Geschichte der kath, Kirche in Irland, Mayence, 1890 ss., 3 voL ; GeschicMe der kath. Kirche in Schottland, Mayence, 1883, 2 vol. — Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, I, 2* éd., Leipzig, 1898. — LooFs, De antiqua Britonum Scotorumque ecclesia, Leipzig, 1882. — 2. Brou, Saint Augustin de Canterbury et ses compagnons, Paris, 1897. — 3 BEDE, Hist* EccU Gentis Anglorum, P, L., XCV, 81-290.

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