LE CHRISTIANISME ET L'INVASION DBS BARBARES
Hongrie. Ils apprirent à connaître le christianisme par des prisonniers romains. Au concile de Nicée, nous trouvons Théophile, évoque des Goths ^ La grande majorité du peuple était cependant encore païenne. Le véritable apôtre des Goths fut Tévôque Ulphilas, non moins célèbre par sa traduction gothique de la Bible ^ que par son œuvre d'évangélisation. Ulphilas fut d'abord catholique comme son prédécesseur Théophile. Mais plus tard il se fit arien et entraîna toute la nation dans Thérésie'. Il faut chercher la cause de ce changement dans l'incorporation de ce peuple à Tempire romain, sous Valens (275). Les habitants de Mésie et de Thrace étaient pour les empereurs de Byzance d'incommodes voisins. En 401 leur roi Alaric les conduisit en Italie, mais battu deux fois par Stilicon auprès de PoUentia et de Vérone (402-403), il retourna en lUyrie. En 408, il assiégea Rome et se retira après avoir obtenu une rançon. En 409, nouveau siège ; il institue empereur le préfet Attale, mais pour lui enlever bientôt cette dignité. En 410, il s'empare de Rome et la livre au pillage. Une partie de la ville fut brûlée, un grand nombre d'habitants tombèrent sous les coups des barbares, un plus grand nombre encore furent faits prisonniers. La plupart des églises furent pillées^. Alaric se retira au sud de l'Italie et y mourut bientôt^. Son successeur Ataulf^ conduisit les troupes en Gaule où elles se divisèrent. Une moitié sous la conduite de Wallia fonda le royaume visigoth de Toulouse (415-507) qui atteignit son apogée sous Euric '' (f 483). Le roi avec
189S. — ViLLARi, Le invaiioni barbariche in Jtalia, Milan, i900. — G- KvKTE^ Les origines de lacivilisationmoderney S vol., Paris, 1903. — 1. Eusèbe, Vita Constantini^ III, T:Nec velScyta abfuit ab hoc choro, — HEfELE, II, 389. — 2, Cette traduction dans P. £., XVIII, 4SK as., avec préface, grammaire et dictionnaire. Mieux Massmann, Stuttgard, 4856. — Surtout F. L. Stamm-Hethe, Ulphilas und die uns erhaltenen Denkmaler der goth, Sprache, Texte, grammaire et Dictionnaire, F. Wride, 9« édit., Paderborn, 1908. — Duchesne, Hist. anc. de VEglise^ II, p. 566 ss. — 3. Socrate, II, 41. — Revillout, De Varianisme des peuples germains^ Paris, 1889. — 4. Grisar, I, 61 88. — 5. Paul Orose, VII, 37-39, éd. Zamgemeister, p. 544. — 6. DoM H. Leclercq, UEspagne chrétienne, Paris, 1906, p. 21S ss. — 7. Don H. Le- CLERCQ, p. 230 ss.
son peuple resta arien et persécuta les catholiques. Peu de temps après la mort d'Ëuric, le royaume tomba sous les coups de Clovis (507). L'autre moitié se rendit plus tard en Espagne et établit le royaume des Wisigoths d'Espagne (507-711). Au début tous demeurèrent ariens. Le roi Léovigilde persécuta encore les catholiques, mais déjà ses fils Herménégrilde et Reccarède se convertirent à la vraie foi. Le premier de ces deux princes est honoré comme martyr^ (f 585); le second eut la gloire d'avoir converti son peuple^. L'Église y brilla d'un grand éclat, comme le témoignent les nombreux conciles de Tolède '.
2*" Les Burgrondes quittèrent les bords de l'Oder et de la Yistule, franchirent le Rhin en 413 et formèrent sur sa rive gauche im royaume dont Worms était la capitale. Au contact des indigènes, ils embrassèrent en grand nombre la foi romaine. En 435, Aêtius leur infligea une défaite sanglante, suivie deux ans après d'une extermination de la part des Huns. Cependant l'empire romain en accueillit les débris, et voulant s'en servir comme d'un rempart contre les Alemans, leur assigna comme résidence le pays entre le Rhône et la Saône avec Lyon comme capitale (443). Le roi Gondebaud était arien, mais bienveillant envers les catholiques. Auprès de ce souverain, au caractère indécis, se dresse la grande figure de saint Avit ^, évéque de Vienne, qui fut le principal artisan de la civilisation de ces barbares et de leur
1. DoM H. LECLERCQ,p. 254 88. — Sa mère Théodosia et sa femme Ingonde étaient catholiques. — 2. S. Grégoire le Grand le loue : < Quod per eum cuncta Gothorum gens ab errore arianae haeresis in fidei rectcte solidilatem translata sit, * JAFrÉ, n. 1757. — Pics Gabis, Kirchengesch, von Spanien^ Ratisb., 1864, t. II. — Don Leclergq, p. 375 as. — 3. Grég. de Tours, Hist. Franc.f II, i5. — Sidoine Appolin., Epist.^ lib. VII, 6. — Dom Leclercq, concile de Tarragone (516), p. 940 ss.; de Girone (517), p. i43; de Lérida et de Valentia (524), p. 243 ; III« de Tolède (589), p. 280 ss. ; IV« de Tolède (633), p. 302 ss. ; VU* de Tolède (646), p. 314 ss. ; XIP de Tolède (681), p. 342 ss. — 4. Voir un magnifique portrait dans Kurth, Clovis^ in-4^ Tours, 1826, p. 365 ss. Avit n'a pas trahi le roi Gondebaud en appelant l'intervention armée de Clovis. — F. Verket, art. Avit {saint), dans le Dict, de ThéoU cath, — U. Chevalier, Œuvres complètes de S. Avity Lyon, 1890.
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retour à l'unité romaine. Clovis intervint en 500 dans la lutte entre les deux frères rivaux et défit à Dijon Gondebaud, qui dut s'enfuir jusqu'à Avignon, puis, les Francs partis, reconquit son royaume *. Son fils et successeur Sigismond embrassa la vraie foi en 517. Les évêques purent tenir un concile à Epaom (517) pour fortifier la discipline ecclésiastique. Le pays des Burgondes fut en 534 incorporé au royaume franc ^.
3*" Les Vandales habitaient les bords du Danube, ils étaient ariens. Au commencement du v^ siècle ils passèrent en Gaule et en Espagne avec les Alains et les Suèves ^. Pour se délivrer des Goths envahisseurs, le gouverneur grec, Boniface, les appela en Afrique, dont ils firent vite la conquête *. Carthage devint leur capitale. Leurs rois Gelséric (427-477), Hunnérlc (477-484) et Thrasamund (496-523) persécutèrent les chrétiens avec la plus grande cruauté'. En 533, Bélisaire, lieutenant de l'empereur Justinien, mît fin à l'empire des Vandales *.
4^ Les Ostrogroths quittèrent la partie méridionale de la Russie, se rendirent en Italie où ils détrônèrent Odoacre qui avait renversé Romulus-Augustule en 476 et fondèrent le royaume ostrogoth d'Italie, avec Ravenne et Vérone comme capitales (493-555). Ils demeurèrent Ariens. Théodorlc le Grand porta le royaume à un haut degré de prospérité. Ses conseillers furent Boëce et Gassiodore. Le premier fut mis à mort sur la fausse
1. De ce temps date la loi Gombette, code plus doux fait pour empêcher les Burgondes d'opprimer les Gallo-Romains. Cf. Gr^oire de Tours, II, 33. — G. KuRTH, Histoire poétique des Mérovingiens, Paris, 1893. - 2. Socràte, vn, 30. — Orose, VII, 3â-38. — P, L., LIX : Collatio episcop. coram Gundobaldo rege. — Hefele, II, 639 ss. — Haüréau, VÈglise et VÈtat sous les premiers rois de Bourgogne, Mém, de VInst., 1867. — 3. D. Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. il3 ss. — La Bétique envatiie par les Vandales prit le nom de Yandalousie, deyenu Andalousie. — 4. D. Leclercq, L'Afrique chrétienne, 2« éd., 1906, II, p. 143 ss. — Procope, De Bello vandalico. — Victor de Vite, Hist, persec. vandalicae, éd. Petschenig. — 6. D. Leclercq, op, cit., p. IttS ss. ; — Les martyrs, t III, p. 3U-408. — Sur le miracle des martyrs de Tipase en Mauritanie; Victor de Vite, V, 8; — Procope, I, 8; — Evàgrids, H, E,, IV, 14. — 6. Diehl, Études sur l'histoire de la domination byzantine en Afrique (Si33-701), Paris, 1896.
accusation de révolte (525). Les successeurs de Théodoric furent des princes incapables. Narses renversa cet empire en 555 et fonda Texarchat de Ravenne^.
5<» Les Lombards appartenaient également à Farianisme. En 568, ils vinrent de Pannonie sous la conduite d'Alboin et, aidés des Saxons et des Slaves, firent la conquête du Nord de Tltalie. Leur chef choisit Pavie pour capitale. A peine installés depuis deux ans, ils étendirent leurs pillages jusque sous les murs de Rome. Autharis devint roi en 585 et épousa la princesse bavaroise Théodelinde. Bientôt après commença dans le peuple Tœuvre de conversion qui s'acheva sous Grimoald (671). Leur esprit de conquête subsista cependant et fut pour les Romains un sujet continuel d'alarmes^.
6^ Les Francs ' habitaient les bords du Rhin et du Waal. Au milieu du cinquième siècle, ils descendirent vers le sud, franchirent le Rhin et occupèrent la Belgique. Leur vaillant chef Clovis^ assura la fortune de son peuple en battant les Romains commandés par Syagrius près de Soissons (486), les Alemans sur les bords du Rhin (496), les Visigoths à Veuille (507). Ses fils gouvernèrent la Gaule entière à l'exception de l'Armorique entre les mains des Bretons, et de la Septimanie au pouvoir des Visigoths. Clovis avait épousé, en 493, une princesse Burgonde, sainte Glotllde^, fille de Chilpéric qui commandait à Lyon et nièce de Gondebaud et de Godegisil. Ce fut l'influence salutaire des vertus de son épouse ainsi que les conseils autorisés de Tévêque de Reims,
1. Procope, De Bello gothico, éd. Dindort, Corpus Script, Byz., t, 1 ss. — Gassiodore, EpisL, lib. XII; Chron.j P, L., LXIX. — Hist. Jahrb. Politische Stellung des Papsttums zur Zeit Theodorichs, 4888, p. 9M. ss. — 2. PadlWarnefr., Hist, Longob, (K68-744) chez Huratori, Rer, ital, script,, I, i ; Mon. Qerm.., Han., 4878 ; — P, L., XCV. — 3. A. Molinier, Les sources de Vhistoire de France des origines aux guerres dltalie, 5 fasc, Paris, 1904 ss. — Recueil des hist, de la Gaule, 34 yoL, Paris, 4738^858. — 0ZAN4M, Civilisation chrétienne chez les Francs, Paris, 4849. — Prou, La Gaule mérovingienne, Paris, 4898. — Daris, Hist. du diocèse de Liège depuis ses origines, Liège, 4890. — 4. G. Kurth, Clovis, in-4«, Tours, 4896; «• éd., 2 vol., Paris, 4904. — Tournier, Clovis et la France au Baptistère de Reims, Paris, 4894. — 6. Bg. par Padun, Paris, 4889 ; — G. Kubth, Sainte Clotilde, 4« éd., Paris, 4898.