CONVERSION DES PEUPLES DE LEST DE L'EUROPE
Pape; il retourna dans son pays, après Tapprobation de la liturgie slave. Les évêques de la province ecclésiastique de Salzbourg, considérant la Moravie comme faisant partie de leur juridiction, molestèrent le saint et portèrent plainte auprès de Jean VIII (872-882) ; celui-ci appela de nouveau saint Méthode à Rome, se prononça en sa faveur, confirma sa juridiction et permit l'emploi de la langue vulgaire dans la liturgie, pourvu que l'Évangile fût lu en latin avant de l'être en slave. Le saint mourut en 885, après avoir beaucoup souffert de la part d'Arnoulf de Carinthie. Le roi Moimirus 11 (894-906) demanda l'établissement de la hiérarchie, ce que Jean IX (898-900) accorda volontiers ; mais les évêques de Salzbourg et de Mayence en empêchèrent l'exécution. Peu après, la Moravie perdit son indépendance. L'usage de la liturgie slave avait cessé après la mort de saint Méthode. 6^ La Bohême ^ suivit la Moravie dans la foi chrétienne au ix^ siècle. Déjà, en 845, quatorze chefs avaient reçu le baptême à Ratisbonne, mais ils durent fuir devant leurs sujets païens. Les Allemands les réintégrèrent, ijuais le christianisme ne s'enracina qu'après le baptême donné par saint Méthode à Borsivoi (870-894) et à son épouse Ludmilla, à la cour de Moravie. La religion fut propagée par eux et par leurs fils Spitihnev P' (894-912) et Wratislas P' (912-925) et leur petit-fila Wenceslas (925-935) ^. Cependant le paganisme resta puissant même à la cour. Ludmilla fut tuée par sa bellefille Drahomira et Wenceslas par son frère Boleslas P"^ (935-967). Le pieux Boleslas II (967-999) érigea l'évêché de Prague. Saint Adalbert, second évêque de Prague, travailla à faire disparaître les mœurs païennes, mais fut banni ^ ; cependant, vers l'an 1000, toute la Bohême était chrétienne.
70 De la Bohême, le christianisme passa en Pologrne^. Quelques prêtres moraves, après la conquête de
1. Chron, Boem., Mon, Germ,, Script., IX, 4-38. — 2. Vita Wenzeslai^ Mon. Germ., Script., VI, 211-223. — 3. Vita Adalb., Mon. Germ., Script.^ YI, 57*.612. — 4. Annaks Poloniae, Mon. Germ., Script., XIX, 571-689.
leur pays, s'étant réfugiés en Pologne, y baptisèrent un certain nombre de païens, à Cracovie et dans les environs; mais la conversion proprement dite du peuple polonais est due au duc Micislas (962-992) qui, en 965, avait épousé la princesse chrétienne Dubrawska, fille de Boleslas P^ et reçut d'elle la vraie foi. Le duc, s'aidant de missionnaires et de lois sévères, amena son peuple au christianisme et fit jeter à Teau toutes les idoles (967). En 968 fut établi révêché de Posen et, en 1000, Tarchevêché de Gnesen. Le roi Casimir (1040-1058) fonda des monastères bénédictins et bâtit des écoles.
8o Les Russes ^ furent réunis par le normand Rurick en 826, et reçurent de Constantinople des apôtres de l'Évangile; les conversions furent peu nombreuses jusqu'au baptême de la grande-duchesse Olga (Hélène) à Constantinople en 955. Son fils Swatoslaw (945-957) resta païen, tandis que son petit-fils Wladimir (980- 1015), qui épousa une princesse grecque, embrassa le christianisme. Toute la nation fut promptement convertie, mais elle passa peu à peu au schisme grec avec Constantinople d'où elle avait reçu ses métropolitains. L'église métropole était à Kiew.
9° Les Hongrrois reçurent le christianisme par l'église grecque lorsque au x© siècle deux de leurs ducs, Bolosudes et Gylas, furent baptisés à Constantinople. L'évêque de Passau, Pilgrim, envoya des missionnaires : S. Adalbert évêque de Prague confirma dans la foi le duc Geisa (972- 997), qui avait été amené à la foi par son épouse Sarolta, fille de Gylas, et baptisa leur fils, le célèbre S. Etienne (997-1038) ^. Celui-ci opéra la conversion et la civilisation de la Hongrie, car il appela des prêtres d'Allemagne, de Bohême et d'Italie; érigea dix évêchés sous le mé-
1. Leonis diac. caloens, Hist. lih* Xy De velitatione bellica Niceph. Aug., lib. VI, 10; IX, 6, 8, 9, 10; Corp. Scrip. Byz., t. XXX, 10. — Götz, /Ttrc^»rechtliche und kulturgesctiichtliche Denkmaler Altrusslands nebst Geschichte des Russischen Kirchenrechts, KirchenrechtL Abhandl., 18-19 Éasc, Stuttgart, 1905. — 2. Vitae S. Stéphanie Mon. Oerm.y Script., XI, 322-338. — K. HORN, Saint Etienne, roi de Hongrie, Pari», 1899.
LES HAHOMÉTÂNS BN EUROPE. 3U
tropolitain de Gran, bâtit de nombreux monastères, donna aux peuples de sages lois, favorisa renseignement, et, pour faciliter les pèlerinages, fît construire des hôpitaux à Ravenne, à Constantinople, à Rome et à Jérusalem. Pour récompense de ces mérites, le pape Silvestre II (999-1003) gratifia S. Etienne de la dignité royale. Après la mort du roi, il y eut encore un parti qui tenait toujours au paganisme, mais qui fut soumis par André (1046-1061). Le roi Bêla (1061-1063) eut encore à lutter; cependant les derniers restes de Fidolâtrie disparurent sous S. Ladislas (1077-1095).
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1® Tandis que l'est de l'Europe se convertissait peu à peu, le sud était toujours menacé du péril de Tlftlam et avec lui de la perte de la foi chrétienne. En 711, une armée d'Arabes, ayant pour chef Tarik, se dirigea vers l'Espagne et occupa Gibraltar. Les fils du roi détrôné Witiza passèrent à l'ennemi, tandis que son successeur Rodrigue s'apprêtait à refouler les envahisseurs ; ceux-ci pourtant vainquirent les Espagnols au célèbre combat de Xerés de la Frontera^ 19 juillet 711; l'Espagne entière tomba dès lors au pouvoir des musulmans qui, enhardis par leur victoire, franchirent les Pyrénées en 718, et conquirent Narbonne en 720, Nîmes et Carcassonne (725) ; mais leur élan fut brisé une première fois par Eudes d'Aquitaine à la bataille de Toulouse.
L'Ommiade Abdérame, qui seul avait échappé à la des-
1. R. DozY, Histoire des Musulmans d*Espagne, 4 vol., Leyde, 1861.— Gams, Kirchengeschichte von Spanien, II, 2; III, 1, Ratisbonne, 1874-1876. — H. Gelzer, Abriss der byzantinischen Kaiser geschichte, chez Kruhba- CBER, Gesch, der byz. Lit., 2<^ éd., Mûnicb, 1897, p. 911 ss. — Lembke-Schaefer- ScHiRRHACHER, Geschichte von Spanien, 7 vol., Gotha, 1830-1902. — Histoire de l'Afrique et de l'Espagne, intitulée Al-Bayano'1-Moghrib, traduite et annotée par Ë. Fagnan, vol. I, Alger, 1901. — Don H. Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. 362 ss.
traction de sa famille à Damas, vint en Espagne (755) et fonda le califat de Cordoue si célèbre depuis par sa prospérité matérielle aussi bien que par le culte des arts et de la science.
Dès qu'Abdérame fut à la tête de l'Espagne, il s'avança bientôt de nouveau dans les Gaules, mit le siège devant Bordeaux, qui fut livré au pillage, et continua vers le nord sa marche victorieuse. Mais il rencontra, entre Tours et Poitiers, Charles Martel, qui lui infligea une terrible défaite (17 octobre 732). L'Aquitaine était sauvée.
Un peu plus tard, les Arabes cherchèrent un autre débouché et, se dirigeant vers la Provence, pillèrent Arles, Avignon, puis remontèrent le Rhône et menacèrent Lyon et les cités Burgondes. L'infatigable Charles accourut de nouveau et, reprenant les villes conquises, refoula les envahisseurs dans la Septimanie. La mort l'empêcha seul^ d'achever son œuvre; ses successeurs s'y employèrent. Pépin reprit aux Sarrasins les villes de Nîmes, Agde, Béziers, Maguelonne, Narbonne. La Gaule chrétienne avait enfin repoussé le joug de l'infidèle.
En 778, Charlemagne, profitant des discordes musulmanes, traversa les Pyrénées à la tête d'une immense armée recrutée dans tout son immense empire ; il prit Pampelune, échoua devant Saragosse et dut battre en retraite. Son arrière-garde fut écrasée dans les défilés de Roncevaux; là, périt le preux Roland dont l'héroïsme est resté si populaire. L'empereur voulut venger le cruel échec. En 781, il fonda le royaume d'Aquitaine^ avec la mission d'assurer et de défendre la frontière. Le duc Guillaume se signala par sa vaillance; Barcelone (802), Tarragone, Tortose ouvrirent leurs portes aux Francs. La marche d'Espagne fut constituée. Les comtes carolingiens remplacèrent les gouverneurs arabes ^ .
La puissance musulmane était désastreuse pour l'Église d'Espagne, car, malgré la liberté religieuse, beau-
1. Cf. IMBART DE LA TouR, Les Fraucs et la défaite de l'Islamisme^ dans La France chrétienne dans l'histoire, Paris, 1896.