‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 90 sur 205 · RÉTABLISSEMENT DE L'EMPIRE D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT DE L'EMPIRE D'OCCIDENT

cfait héritier du trône le jeune Charles qui était debout près de son père.

3° Après 324 ans, Tempire d'Occident était rétabli et Charlemagne devenait empereur des Romains ^ Pour rOccident tout se bornait alors à une modification de titre et à un cérémonial, car la politique intérieure des royaumes des Francs et des Lombards ne subissait aucun changement; mais la base des rapports entre le pape et Tempereur, pendant tout le moyen âge, était posée. Le titre à' Imperator |i'avait plus besoin de commentaires : l'histoire, la tradition et le droit écrit le déterminaient exactement. Si les empereurs précédents, souverains de Rome, pouvaient regarder tous les Romains et le pape lui-même comme leurs sujets, le nouvel Imperium avait abdiqué cette domination sur le pape, par la fondation des États de TÉglise. C'est pourquoi le pape seul pouvait accorder, avec le pouvoir impérial, le titre d'empereur ; seul le roi sacré par le pape était reconnu comme empereur. En rétablissant de lui-même et par sa propre volonté l'empire d'Occident, le pape n'a jamais entendu se donner un maître à lui-même et à ses successeurs. Il restait, indépendant dans ses États comme les autres princes dans les leurs.

4*^ Dans la pensée du pape, l'empereur était le premier protecteur de l'Église, et particulièrement de. l'Église de Rome; il avait donc un rang au-dessus de tous les princes chrétiens et cela pour la défense de l'Églist et des intérêts généraux de la chrétienté ^. L'Église devant s'étendre sur toute la terre, la dignité impériale comprenait, par là même, une certaine souveraineté universelle, dont néanmoins l'empereur ne devait se servir que pour l'extension de l'Église parmi les païens et son prestige dans le monde entier.

employées en 774, 781 et 787. — Cf. Jules Roy, La France chrétienne dan Vhistoire, Paris, 1896, p. 77 ss. — 1. Sur le mécontentement de Charles, mentionné par Eginhard {Vita Caroli itf., Mon. Germ., Script. y II, 4ö8), cf. DccHESNE, Les premiers temps.,., p. 178 s. ~ 2. Si Charlemagne comme Patrice des Romains était déjà protecteur de l'Église de Rome, ildevenafit maintenant protecteur de toute la chrétienté.

A titre de protecteur particulier de l'Église romaine, l'empereur possédait à Rome un certain pouvoir judiciaire qui était exercé par ses envoyés. C'est pourquoi les Romains prêtaient serment de fidélité à l'empereur et au pape : à ce dernier, comme souverain, et au premier, comme protecteur et adçocatus Romanorum, De même que l'empereur occupait un rang au-dessus des autres princes, de même aussi le gardait-il à l'égard du pape, comme souverain temporel; celui-ci le reconnaissait, donnant l'exemple aux autres princes. Le pape et l'empereur se soutenaient mutuellement et dépendaient l'un de l'autre. La monnaie et les actes romains portaient le nom de l'empereur. Cette dépendance réciproque apparaît dans le serment d'hommage et de respect qu'ils se faisaient mutuellement. Le pape conférait la dignité impériale au roi ; et celui-ci avant la consécration reconnaissait le pontife nouvellement élu. Ils se donnaient l'un à l'autre l'investiture ou adoration^ ce qui cependant tomba plus tard en désuétude.

5° Ce que nous venons de dire passa bientôt dans la pratique. Louis le Débonnaire (814-840) fut couronné par Etienne IV. L'empereur confirma de nouveau la donation faite au pape par ses ancêtres; tandis que ce même acte ^ mentionnait le protectorat de l'empereur, le libre choix du pape et l'annonce de cette élection après la consécration. Déjà en 823, Pascal déposait la couronne sur la tête de Lothaire I®"" (840-855) qui, en 824, publiait une constitution protectrice des papes, mais limitant leur autorité^. Son fils, Louis II (855-875), reçut la couronne de Léon IV '.

En 875, deux candidats prétendaient à la couronne impériale. Jean VIII choisit et couronna Charles le Chauve (f 877). Avec Charles le Gros (876-887) com-

1. Privilegium Ludovici, chez Baronics^ ad an. 817, n. 10. Sur son authenticité, cf. Duchesse, Les premiers temps... p. 490 88. — 2. Mon, Germ., Leges, IV, p. 545. — 3. Louis II expliqua la dignité des empereurs d'Occident dans une lettre à Basile I en 871. Cf. Baroniüs, ad an.

«71, D. 51 ss.

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