‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 94 sur 205 · LES PAPES AU X* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES PAPES AU X* SIÈCLE

(911-913) et de Landon (913-914), Jean X (914-928) fut élu; il est, comme Sergius III, gravement accusé par Luitprand, mais il n'y a pas de certitude, on peut facilement le défendre, tandis que pour Sergius la chose est difficile ^ Marosie donna ensuite le pontificat suprême à Léon VI (928-929), à Etienne VII (929-931), puis à son propre fils Jean XI (931-935). Cette femme orgueilleuse ambitionnait même la couronne impériale, et c'est pourquoi elle accorda sa main à Hugues, roi de Provence et d'Italie, avec la conviction de voir celui-ci couronné empereur par le pape Jean. Peu après cependant, Marosie fut enfermée et Hugues chassé; l'auteur de ce coup d'État était Âlbéric, jeune fils de Marosie qui, pendant vingt ans, domina Rome comme sénateur et prince des Romains^. Jean XI et ses successeurs Léon VII (936- 939), Etienne VIII (939-942), Marin II (942-946) et Agcapet II (946-955), ne prirent aucune part aux affaires temporelles, mais eurent beaucoup de difficultés dans le gouvernement de l'Église.

2° Jean XII (955-964), fils d' Albéric, nommé auparavant Octavien^, s'occupa du gouvernement temporel et spirituel. Ce jeune homme de dix-huit ans portait assez mal le poids de sa haute dignité pontificale et vivait plutôt comme un prince temporel que comme un pape. S'étant pris de querelle avec Bérenger II et son fils Adalbert, roi d'Italie, il appela à Rome Othon I*' le Grand (936-973); celui-ci passa les Alpes (961), reçut, le 2 février 962, avec son épouse Adélaïde, la couronne

1. DucBESNE (Le Lib, Pont.^ II, 341 et surtout Leç premiers temps de VEtat Pontifical^ Paris, 1904) admet Taccusation de Lcitprand contre Sergius. — Jean Diacre (P. L., CXCIV, 15S9) et Flodoard (P. L., CXXXV, 831) jugent ce pape plus favorablement. — 2. Mitteilungen des Instituts fur ôsterr. OeschischUforschung, 1903, XXIII, p. »0-iiö : Alberich II und der Kirchenstaat, — 3. Le premier pape qui changea de nom fut Jean II (532-535), il s'appelait auparavant Mercure ; puis Jean XII, ensuite Jean XIV (983-84) qui ne voulut pas porter comme pape son nom antérieur de Pierre; ainsi Orent Grégoire V (996-999) et SiWeslre II (989-1003), puis quatre autres papes interrompirent la coutume, reprise par Sergics IY (I009-I01â)qui s'appelait auparavant Pierre, avec le surnom de Bucca porca. Après lui tous les papes changèrent de nom à leur élection. Cf. Knöpfler, Compte rendu du 4« congrès intern, des Cath,, Frlb., 1898, -Science* hist,^ p. 158 ss.

impériale des mains de Jean XII et publia le célèbre Prinlegium OMo/iw ƒ ^ par lequel il maintenait les droits des papes sur les possessions temporelles et déterminait ceux de l'empereur. Ceci fait, l'empereur partit, lutta contre Bérenger et Adalbert et mit fin à leur domination. Pendant ce temps, le pape faisant cause commune avec les ennemis d'Othon I**, celui-ci retourna à Rome, convoqua un synode dans lequel Jean XII fut déposé, à cause des accusations violentes soulevées contre lui, et Léon VIII (963-965) fut élevé à sa place. Il y avait tort des deux côtés : Othon I^"* protégea tellement le pape, que celui-ci perdit presque tout son pouvoir temporel ^ ; mais d'autre part, l'empereur avait, dans le synode, attaqué celui « qui ne peut être jugé par personne ». Aussi ne fut-on pas généralement de l'avis d'Othon, car à peine était-il parti, que Jean XII revint à Rome, réunit en 964, dans un synode, les mêmes évêques qui, sous Othon, l'avaient déposé, et à son tour déposa Léon VIII et annula les décisions de l'empereur. Jean mourut peu après.

3° Les Romains élurent Benoît V (964-965), ce qui blessa d'autant plus vivement Othon, qu'il voyait là un mancpie de fidélité au serment extorqué; il revint donc à Rome, exila le pieux Benoit V à Hambourg, et rétablit son antipape Léon VIII qui mourut peu après*. Jean XIII (965-972), fils de Théodora la jeune, fut élu d'après le choix d'Othon P', essaya de réprimer la noblesse révoltée, mais ayant été fait prisonnier, il fut délivré par l'empereur. A Noël 967, il couronna Othon II et bénit en 969 le mariage de ce prince avec la princesse grecque Théophano. Benoît VI (973-974), probablement désigné encore par Othon P', monta sur le

1. SiCKEL, Da» PriviLOUo» I f.dierdm, Kircfte vomJahre962jynspmcky 1883. — Othon I était fils de sainte Mattiilde. — Cf. Edgène Halderg, 5. Mathilde, 4* éd., Paris, 1890. — 2. Libellus de imperatoria potestate in urbe Roma, Pertz, Script,, U, 719 ss. — 3. Le Privilegium de investituris, qui est attribué à Léon vni, date d'une époque postérieure : Pertz, Leges, Append., p. 167. — Cf. Hefele, IV, 620-626.

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