‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 93 sur 205 · LES PAPES SOUS LES CAROLINGIENS · texte numérisé non relu

LES PAPES SOUS LES CAROLINGIENS

son entourage ; nous en verrons d'autres exemples dans les tristes temps qui vont suivre.

4*> Les courts pontificats de Marin P'^ (882-884), d'Adrien III (884-885) et d'Etienne V (885-891) furent assez troublés ; l'Église manquait de protecteurs. L'Empire carolingien fut démembré, lors de la déposition de Charles le Gros * (887) : l'Allemagne passa au pouvoir d'Arnoulf de Carinthie ; le royaume de France resta aux derniers Carolingiens qui, pendant un siècle, partagèrent alternativement le pouvoir avec la puissante famille d'Eudes (887-898), comte de Paris, tige de la dynastie des Capétiens. En Italie, Bérenger de Frioul et Gui de Spolète se disputèrent la prééminence; ce dernier l'emporta et réclama du pape Etienne V la couronne impériale pour lui-même ; et peu après, il réclama du pape Formose (891-96), qui venait de passer de l'évêché de Porto au trône de saint Pierre, la même faveur pour son fils, Lambert (892). Très mécontent des exigences des Spolétains, le pape appela à Rome Arnoulf de Carinthie qui, au printemps de 896, reçut la couronne impériale, mais se retira peu après, n'étant pas de force à lutter contre les Spolétains. Formose, haï des Italiens, parce qu'il avait couronné Arnoulf, vit tous ses plans renversés et mourut peu après. Bonifaee VI (896) régna seulement quelques jours.

Etienne VI (896-897) fut élu par la faction spolétaine. D'un caractère cruel et vindicatif, il était ennemi d'Arnoulf et de Formose. Ayant fait déterrer le corps de ce dernier, il le. fit comparaître en jugement et déclara les consécrations de Formose invalides parce que, contrairement aux prescriptions ^ de l'Eglise, il avait passé du siège de Porto à celui de Rome^. Etienne VI ayant payé cet acte de sa vie, on élut pour lui succéder Romain (897) et quatre mois plus tard Tliéodore II (897) qui, à son tour, déclara valides les consécrations de Formose et

1. Il se retira au monastère de Reicheiiau et y mourut (888).— 2. Concil, Nie, can. 15. — 3. Actes de ce concile romain, chez Mansi, xvni,323 8s.

mourut vingt jours après. L'élection de Sergius étant illégitime, l'empereur Lambert favorisa celle de Jean IX (898-900), excellent pape qui s'efforça de guérir les plaies de l'époque et de garantir Télection des papes ^ Il annula la condamnation portée contre Formose et déclara valides ses consécrations^. Benoît IV (900-903) couronna Louis de Provence en 901, mais ne trouva en lui aucun appui. Léon V (903) et Ghristoplie (903-904) furent tous deux mis à mort.

S 64. — Les Papea au X« siècle s.

1® L'histoire, d'ailleurs peu intéressante, des papes au X® siècle nous est connue surtout par Luitprand (f 972). Il faut le regretter, car cet auteur ne peut inspirer grande confiance : sa chronique passionnée et scandaleuse tombe souvent dans l'exagération et l'injustice ; il faut néanmoins reconnaître que la situation était alors à Rome plus malheureuse que jamais. La noblesse, toute-puissante pendant 50 ans, domine la capitale du monde chrétien, nomme les papes, les dépose et même leur ôte la vie. A la tête du parti, se trouvent alors trois femmes éhontées : Théodora l'ancienne, femme du sénateur Théophy lacté, et ses deux filles Marosie et Théodora la jeune. Leur premier protégé fut SergrinB III (904-911) qui déjà auparavant avait vainement brigué le siège de saint Pierre ; il déclara de nouveau invalides les consécrations du pape Formose , il maintint par différents synodes la discipline ecclésiastique et restaura la basilique de Latran. Après les règnes très courts d'Anastase III

1. FowK, Abh, und Unters.y I, 460-478. — 2. Synode deS98, Hefele, iV, 567-560.— Saltbt, Les réordinations, Paris, 4907. — Pocrrjlt, La théologie sacramentairej Paris, 1907. — 3. Liber Pontificalis, tome II. — LunpiuüD, Antapodosis, Mon. Germ., Script., III, S46-3d9. — Atton de VERCEa, De pressuris ecclesiae. — P. L., CXXXIV, 51 ss. — Gregorovius, Geschichte der StadiRom, t. III, Stuttg., 1890. — A. Hjluck, Kirchengeschichte DeutichlandSf t. m, p. 305 ss. — K. Uhlirz, Otto II und Otto III, Vienne, 1908. — DtcBBSRE, Les premiers temps de l'Etat Pontifical^ «• éd., Paris, 1904.

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