LES PAPES AU XI* SIÈCLE
(1024-1032). Il différait beaucoup de son prédécesseur, aussi les réformes prescrites ne furent pas exécutées. Le plus grand fait de son règne est le couronnement de l'empereur Conrad II (1027). Le troisième pape sorti de la maison de Tusculum fut Benoît IX ^ (1032- 1044), neveu des deux précédents; c'était un enfant de douze ans dont le règne et Tinconduite rappelèrent Jean XII. Mal vu des Romains, il était soutenu par l'empereur Conrad (1024-1039), mais en 1044, le mécontentement général devint révolution, le pape fut chassé et remplacé par Silvestre III ; trois mois plus tard, ce dernier dut céder à la puissance de Benoît IX qui, ne pouvant résister à l'opposition des Romains, abdiqua en faveur de Grégroire VI (1045-1046), salué comme libérateur de l'Église. Bien que son élévation au trône ne fût pas sans reproche, il se montra digne et intègre.
2o En 1046, Henri III (1039-1056) vint en Italie, réunit un synode à Sutri, déposa Benoît IX et Silvestre III ; ^près quoi, Grégoire abdiqua la dignité suprême. Sous l'influence de l'empereur, quatre papes allemands régnèrent successivement; le premier fut l'évêque de Bamberg, Clément II (1046-1047). Après avoir couronné Henri III, le jour même de son intronisation, il maintint vigoureusement la discipline ecclésiastique. Clément mourut peu après et repose dans la cathédrale de Bamberg.
Benoît IX reparut et garda le siège pontifical jusqu'en juillet 1048; alors, par l'entremise d'Henri III, le pape Damase II (1048) fut choisi, mais il mourut au bout de 23 jours. La diète de Worms désigna Léon IX ^ (1049-1054), nommé ensuite par les Romains. Avec j'appui d'Hildebrand, le pape s'efforça de détruire les abus qui existaient, non seulement à Rome, mais dans tout l'Occident, convoqua des synodes à Pavie, à Reims
1. GiovÀGNOLi, fienedeUo IX, sloria di Ponlifice Romano (1020-1049), Milan, 1900. — 2. Brccker, L'Alsace et V Église au temps du Pape Léon IX, 2 vol., Paris, 1889. —Eugène Martin, Saint Léon IX, î« éd., Paris, 1900,— Delarc, Un pape alsacien. S, Léon IX et son temps, Paris, 1876.
et à Mayence, entreprit de pénibles voyages pour encourager par sa présence la réforme des mœurs. Sa campagne contre les Sarrasins et les Normands n*eut pas de succès. Sous Léon IX, Michel Cérulaire renouvela la lutte qui aboutit plus tard au grand schisme d'Orient. Après ce pape régna Victor II (1055-57), élu encore par Henri III ; il chercha en Allemagne du secours contre les Normands, mais Henri était près de mourir et expira dans les bras du pontife. Etienne IX * (1057-58), précédemment abbé du mont Cassin, continua les réformes et appela au siège d'Ostie le zélé saint Pierre Damien. Le parti de Tusculum, n'ayant plus rien à craindre d'Henri III, éleva de force au siège pontifical Benoît X (1058-1059) qui fut regardé comme intrus par Hildebrand, saint Pierre Damien et le clergé fidèle. Une nouvelle élection amena au pouvoir Nicolas II (1058" 1061).
3® Le plus grand fait de ce pontificat, fut la publication du fameux Décret sur réfection des papes* Après tout ce qui venait d'arriver, il était indispensable de protéger les élections contre Fingérence des partis romains et de la cour d'Allemagne; c'est ce que fit Nicolas II avec l'aide d'Hildebrand et de 113 évoques^ (1059). De ce décret il nous reste deux textes : l'un papal, l'autre impérial; le premier seulement est authentique^. L'acte réserve aux cardinaux l'élection proprement dite : les cardinaux-évéques proposent, après consultation, les candidats * pour le choix desquels les autres cardinaux sont appelés.
L'essentiel est ainsi accompli ; le clergé et le peuple doivent ratifier le choix. Les cardinaux [religiosi çiri) agissent d'abord, et les autres (reliqui) n'ont qu'à suivre.
1. U. Robert, Le pape Etienne IX, Bruxelles, 1808. — 2. Hefele, IV, 800 ss. — 3. Le texte chez Scheffer-Boichorst, Die Neuordnung der Papstwahl durch Nicolaus II, Strasbourg, 4879; chez Pertz, Leges^ H, 476 as.; et Script,,, VIII, 408. — Gratiën, cap. i, dist. 23. — Cf. Grauert, Hist, Jahrb.^ I (4880), 504-602; et XX (1899), 236-325, etc. — L. Lector, Le conclave, Paris» 1894. — 4« Cependant la partie caractéristique de ce décret toml>a bientôt en désuétude.