‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 70 sur 95 · MILTON · texte numérisé non relu

MILTON

la leur, il créa une épopée qui devint l'orgueil de l'Angleterre.

Analyse.— 19 Petits Poèmes. Ces compositions latines ou anglaises, appartiennent toutes au genre gracieux : Lycidas ressemble à une églogue de Virgile, Comus ou le Masque est une espèce de comédie féerie, l'Allegro et le Penseroso est un poème descriptif.—20 Pamphlets. Les ouvrages de Milton en ce genre ne ‘ont que des attaques contre la vérité catholique et l’ordre monarchique ; les principaux sont : le Traité sur l'état des rois et des magistrats, qui est une justification du régicide de Charles 1er et une œuvre de farouche républ'canisme ; les deux livres intitulés Défense du peuple anglais, ainsi que la Défense de l’auteur, dans lesquels Milton expose les causes de la révolution qui aboutit au protectorat de Cromwell, raconte les aventures de sa propre vie et fait connaître les motifs qui l'ont porté à embrasser le parti des puritains.—30 Poèmes épiques. Le Paradis perdu, en douze chants, a pour sujet, dit Johnson, la destinée des mondes, la révolution qui a bouleversé le ciel et la terre, la révolte contre le Roi suprême, suscitée par les créatures de l’ordre le plus élevé, la défaite et la punition des ennemis de Dieu ; la création d'une nouvelle race de créatures raisonnables, leur bonheur et leur innocenre originelle, la perte qu'ils font de l’immortalité, et leur retour à l'espérance et à la paix. Le Paradis reconquis, poème très inférieur au précédent, tomba G’abord dans

l'oubli profond où il est rosté. Le poète y chante le Sauveur triomphant des pièges de Satan.—10 l’Abrégé de l'histoire d'Angleterre, jusqu'à la conquête des Normands.—50 La tragédie de Samson, mêlée de‘chœurs à limitation de l'antiquité, n’est qu’une longue déclamation où Milton se représente lui-même captif, pauvre, aveugle et jouet de ses ennemis. i

Critique. —Le sujet du Paradis perdu a pour caractère d’embrasser l’intérêt de l'humanité entière, sorte de grandeur que l'imagination ne trouve dans aucune autre épopée. Tout ce que raconte le poète est créé par son imagination ; le travail de son esprit, dans ce sujet tout idéale, ressemble à ce qu'il a luimême admirablement décrit, au vol fantastique de Satan à travers les espaces du vide. Un essor si périlleux n’est pas à la vérité sans chutes et sans écarts. Les” défauts du chantre du Paradis perdu sont grands. Son originalité jaillit d’un amas de science et de souvenirs, mais l’abus est à côté de cette richesse : des suppositions bizarres, de fastidieux détails, des subtilités de controverse, çà et là d'’insipides plaisanteries, quelquefois une foule d'expressions techniques et un défaut absolu de poésie : voilà ce qui obscurcit le génie de Milton et diminue le ravissement qu’inspire d'abord son magnifique ouvrage. Son style est hardi, nouveau, majestueux, excessivement poétique, mais quelquefois bizarre et pénible, semé d’hébraïsmes, d'hellénismes et de iatinismes, de

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