‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 69 sur 95 · SHAKESPEARE · texte numérisé non relu

SHAKESPEARE

dela mauvaise éducation qu'il avait reçue de son siècle. Emotions puissantes, contrastes inattendus, terreur et pathétique poussés à l'excès, bouffonneries mêlées à l'horreur et qui sont comme le rire sardouique d’un mourant, voilà les caractères du drame tragique de Shakespeare. Quant à ses comedies, ce sont des pièces d’intrigue plutôt que des peintures de mœurs. (Villemain.)

JUbEMENTS DIVERS. — Milton s'exprime ainsi : ‘* Quel besoin a mon Shakespeare de pierres entassées par le travail d’un siècle pour recevoir ses cendres vénérées ? qu’a-t-il besoin que ses reliques soient ensevelies sous une pyramide qui monte jean aux cieux ?. .. Fils chéri de la mémoire, grand héritie la renommée, que t’importent ces faibles témoi-

ages de ton nom? Toi-même, dans notre admiration et

ans notre stupeur, tu t'es bâti un monument impérissable. .…. Tu demeures enseveli dans une telle pompe, que les rois, pour avoir un pareil tombeau, souhaiteraient mourir.”

‘ Libre enfant de la nature, comme l’a appelé Milton, Shakespeure est cependant loin d'être sans art dans le système dramatique qu'il a fondé. Œuvre de son propre génie, ce système est eomplètement étranger aux traditions classiques de l’antiquité ; il repose sur une profonde observation de la nature. Le poète nous fait assister au spectacle de toutes les misères de l'existence, représenté dans sa plus horrible réalité. Il est le plus amèreinent tragique de tous les poètes anciens et modernes. ” (L'abbé Crampon.)

Chateaubriand, dans son Essai sur la littérature anglaise, dit que la manière de composer de Shakespeare a corrompu le goût : «* Shakespeare joue ensemble, et au même moment, la tragédie dans le palais, la comédie à la porte. 11 ne peint pas une classe particulière d'individus ; il mêle comme dans le monde réel, le roi et l’esclave, le patricien et le plébéien, le

rrier ot le laboureur, l’homme illustre et l’homme ignoré ;

ne distingue pas les genres ; il ne sépare pas le noble de l'ignoble, le ux du bouffon, le triste du le rire des larmes, la joie de la douleur, le bien du rual. Il met en mouvement !a société entière, ainsi qu'il déroule en entier la vie

rompre l’art, elle a fondé l'erreur sur pe s’est maiheureusement établie 1a nouvelle école dramatique

Milton.

Norios.—-Milton naquit à Londres en 1608. Il reçut une éducation distinguée qu'il compléta à l’uriversité de Cambridge. Après avoir passé quelques années dans sa famille qui habitait alors le comté de Buckingham, il fit un voyage en France et en Italie. A son retour en. Angleterre, il se fit pemphlétaire religieux et politique et devint secrétaire de Cromwell. La restauration des Stuarts, le relégua dans la solitude et, quoique devenu aveugle, il continua à s'occuper de travaux littéraires jusqu'à sa mort qui arriva en 1674. i

PRINOIPAUX OUVRAGES. — Milton composa dans sa jeunesse quelques petits poèmes latins et anglais. Il publia dans la suite une série de pamphlets politiques. Dans sa retraite il compusa le Paradis perdu, qui est son titre de gloire devant la postérité, un autre poème épique, le Paradis reconquis, la tragédie de Samson, quelques œuvres historiques et de controverse.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE. — Milton est, après Shakespeare, le plus grand poète. ‘de l'Angleterre. En composant son Paradis perdu, il fit pour sa patrie ce que Dante, le Tasse. et. Camoëns avaient fait pour

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