‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 92 sur 95 · SITES · texte numérisé non relu

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vive et enjouée ; l'Ours et l'Amateur des jardins, récit qu'on peut compter parmi les modèles. An commencement du livre neuvième, les deux Pigeons offrent une peinture vraie et touchante de l'amitié ; on y trouve encore le Gand et la Citrouille, cette piquante démonstration de la Providence. Le dixième livre présente l'Homme et la Couleuvre, où le fabuliste fait le procès de l’humanité au nom des animaux et même des arbres ; la Tortue et les deux Canards, image d'un voyage aérien suivi d’une terrible catastrophe. Le onzième livre renferme encore deux chefs-d'œuvre : le Paysan du Danube, dont les discours abondent en traits de mâle éloquence, dignes de la tribune antique, et le Vieillard et les trois jeunes Hommes, apologue de la plus grande beauté, Dans le douzième livre la décadence est sensible, on y trouve cependant encore le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat, fable digne des plus délicates inspirations du poète (1).

Critique. —La fable, telle que l’a faite La Fontaine, dit M. Géruzez, est une des plus heureuses créations de l'esprit humain. Elle tient à l'épopée par le récit, au genre descriptif par les tableaux, au drame par le jeu des personnages et la peinture des caractères, à la poésie gnomique par les préceptes. Le charme suprême de ces compositions, c’est la vie. La Fontaine a réellement sous les yeux ce qu’il raconte, et son

récit est une peinture. A proprement parler, on ne

(1) Nous ne pouvons dans cette courte analyse citer que les fables les plus renommées.

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lit pas ces fables, on les regarde ; on ne les sait pas, on les voit. Quant au style, plus on l’étudie, plus on est forcé de lui rendre hommage. La naïve finesse des expressions et des tours, l'application neuve des proverbes, la propriété singulière des dénominations et des épithètes pittoresques, tout a chez le fahuliste un charme particulier. Nous voyons chez La Fontaine l’apologue s’élever et descendre, se plier à tous les genres, prendre tous les tons. (Cette variété qu’il sait mettre d’une fable à l’autre, il la met aussi dans les détails de chaque fable et son style est toujours proportionné aux choses. Le seul reproche sérieux qu’on puisse faire au bonhomme, c’est que la leçon qu'il déduit de ses fables n’est pas toujours assez juste, ni assez morale.

JUGEMENTS DIVERS.—Madame de Sévigné, après avoir cité une des fables, s’écria : cela est peint ; et ces simples mots contiennent un éloge que La Fontaine mérite presque partout.

‘6 Lisez-le, dit Fénelon, et dites si Anacréon a su badiner avec plus de grâce ; si Horace a paré la philosophie et la morale d'ornements plus variés et plus attrayants ; si Térence a peint les mœurs des hommes avec plus de naturel et de vérité ; si Virgile, enfin, a été plus touchant et plus hormonieux. ”

‘ Nommer la fable, dit La Harpe, c’est nommer La Fontaine lui-même.”

M. Walkenaer, le savant biographe de La Fontaine, dit entres autres choses : ‘Il vous ravit par ce charme singulier qui nait de l'illusion complète où il paraît être et que vous partagez. Non-seulement il a oui dire ce qu’il raconte, mais il l’a vu, il croit le voir encore. Ce n’est pas un conteur qui plaisante, c'est un témoin présent à l’action, et qui veut vous y rendre présent vous-même. ”

‘ C’est surtout dans le second recueil, dit un autre criti-

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