ZOOLOGIE
DES ANIMAUX EN GÉNÉRAL
La ZooLOGiE(de teov, animal, et discours) est la partie de l’Histoire naturelle qui traite des animaux.
Un animal est soumis, comme les corps inorganiques, à toutes les lois de la matière; mais, tant qu’il est à l’état de vie, il résiste aux forces destructives qui l’entourent, il les combat. En effet, à peine est-il mort, que son corps est le siège d’une série de phénomènes qui produisent la putréfaction.
Pour lutter contre ces agents extérieurs, c’est à eux qu’il emprunte toutes ses forces. Il prend au dehors les matériaux qui lui sont nécessaires, les élabore, et, au moyen de l’air qui les vivifie, il en fait sa propre substance.
Tout animal qui vit se nourrit et respire. Il fait plus, il se reproduit.
Qu’on se représente les millions de millions d’animaux qui habitent notre planète; de combien de manières ne verrons-nous pas leurs fonctions s’accomplir! L’un, lixc à son rocher, attend que la mer lui apporte un peu de nourriture; un autre, s’élan-
BOCQU1LLOK. 1
bES ANIMAUX ËN GÉNÉRAL,
çant dans l’espace, poursuit sa proie; tel autre encore ne peut vivre que dans l’eau, tandis que des nuées d'oiseaux volent dans les airs! Chez celui-ci, une partie delui-même se détache et devient un être tout semblable à celui dont il naît; chez cet autre, il faut des organes spéciaux pour élaborer le germe, le féconder et le mener à bonne fin.
Mais combien varient les instruments chargés d’exécuter ces fonctions, et, par suite, combien varient aussi les ressemblances et les différences entre ceux qui les possèdent!
Puisque les animaux sont si nombreux, puisqu’ils présentent dans leurs organes des différences si considérables, il est impossible de les étudier tous en même temps.
Remarquons qu’ils exécutent deux grandes fonctions, la nutrition et la reproduction; que, par conséquent, ceux qui ont pour l’accomplissement de ces fonctions les organes les moins complexes sont les animaux dont l’organisation parait la plus simple, et les organes nombreux, harmonieusement disposés, indiquent au contraire une organisation compliquée.
Puisqu’il faut étudier les animaux séparément, il est bon d’employer la méthode la plus rationnelle, d’aller, comme le veut Bacon, du simple au composé.
Nous étudierons donc d’abord les animaux les plus simples.
Examiner les animaux un à un serait certainement le meilleur moyen de les mieux connaître, mais nous pouvons profiter des travaux de nos devanciers. Ils ont réuni dans des groupes particuliers les animaux qui se ressemblaient par le plus grand nombre possible de caractères, de sorte qu’il suftitdeconnaître un animal du groupe pour connaître à peu près tous les animauxdu même groupe. Cependant il faut bien se mettre en garde contre nos classifications; malgré nos efforts, toutes sont artificielles, trop tranchées.
Nalura non facit saltus, disait Linné; et, en effet, il est bien peu de groupes prétendus naturels desquels on ne puisse extraire un individu pour le placer dans des groupes voisins ou souvent même éloignés.
Bien que toutes les fonctions exécutées par les animaux soient dans une corrélation intime, on dit habituellement qu’elles sont sous la dépendance du système nerveux. Lamarck (1801) obser-
DES ANIMAUX EN GÉNÉRAL
a ait que chez les animaux les plus élevés en organisation, l’axe de ce système occupe une position particulière. 11 est placé dans un canal formé par des os articulés entre eux et appelés vertèbres; l’ensemble des os constitue la colonne vertébrale. Tous les animaux qui ont une colonne vertébrale ont un squelette intérieur : Lamarek les a appelés des Vertébrés ; il a réservé aux autres le nom à' Invertébrés. Ces derniers n’ont pas d’os, par conséquent ni colonne vertébrale, ni squelette intérieur; leur système nerveux offre des dispositions spéciales.
A peine nos deux groupes sont-ils établis, qu’un animal se présente pour protester contre toute division brusque. L’^mphioxus, que plusieurs naturalistes considèrent comme un poisson, n’est pas un invertébré, car il possède à peu près le système nerveux d’un vertébré; ce n’est pas franchement un vertébré, car à la place de sa colonne vertébrale est une simple corde fibreuse, et il manque de cerveau. C’est pour cet animal qu’lsidore Geoffroy Saint-Hilaire, tranchant la difficulté, a fait l’embranchement des Mijélaires.
Les animaux compris aujourd’hui dans l'embranchement des Invertébrés formaient, pour Linné, deux grands groupesqu’il appelait les Insectes et les Vers. Pour Cuvier, ils étaient répartis dans ses trois derniers embranchements des Mollusques, des Articulés et des Rayonnés ou Zoophytes. Depuis, plusieurs classifications ont essayé de s’établir : les unes, bien vite oubliées, n’ont fait que changer les noms; les autres, protilant des découvertes de chaque jour, ont apporté d’heureuses modifications. 11 ne nous appartient pas de les discuter ici. Nous les exposerons à la fin de la première partie de ce volume.
Tous les groupes ou sous-groupes adoptés, tous les animaux connus, ne peuvent évidemment trouver place dans un ouvrage île la nature de celui-ci. Les Invertébrés dont nous ferons l’histoire seront étudiés successivement dans l’ordre suivant :