‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 155 sur 155 · NUTRITION · texte numérisé non relu

NUTRITION

Les aliments ne pouvant pénétrer dans les plantes que par endosmose sont des gaz, des liquides et des substances dissoutes. Les gaz indispensables à la vie des plantes sont l’oxygène, l’hydrogène, l’acide carbonique, l’azote, empruntés à l’air, aux dissolutions ou aux combinaisons. L’azote n’est pas, comme on l’a cru longtemps, pris îi l’air atmosphérique; les belles expériences de M. Boussingault ont établi qu’il provient des combinaisons ammoniacales et même de certains azotates, substances qui se trouvent dans le sol ou qui y ont été portées comme engrais. C’est aussi dans le sol que les plantes prennent aux différents composés dissous de chaux, de soude, de potasse, de magnésie, de silice, de soufre, de phosphore, etc., les éléments qu’elles fixent dans l’intérieur ou dans les parois de leurs cellules.

Les racines puisent dans le sol, par leurs parties jeunes, une très-grande quantité d’eau contenant des matières dissoutes. Le contenu des jeunes cellules étant plus dense que la dissolution ambiante, et, la vie de la plante aidant, l’endosmose s’effectue facilement.

Le liquide une fois entré, passe dans les rangées successives de cellules qui surmontent la première, en raison des lois endosmotiques, et, à mesure qu’il s’élève, il devient de plus en plus dense. Cependant, cette densité n’est jamais très-élevée; il résulte des expériences deKnightque, mesurée chez des Sycomores, au niveau du sol, elle était 1,004, à lm,89 de hauteur, elle était 1,008, et à 3,n,78, 1,012. C’est ce liquide, dont la composition est aussi variable que les plantes chez lesquelles on l’examine, qui a reçu le nom de sève ou liquide nourricier des plantes; c’est lui qui constitue les pleurs de la vigne; c’est lui qui, chez plusieurs Palmiers, est soumis à la fermentation et devient le vin de palme. La sève est très-abondante au premier printemps et monte dans l’intérieur des plantes avec une force considérable; Haies, ayant placé un manomètre à mercure sur une section transversale d’un pied de Vigne, vit le mercure s’élever à la hauteur d’un mètre environ, ce qui correspond à une colonne d’eau d’à peu près 13"', 57. La force ascensionnelle de la sève diminue d’autant plus qu’on la mesure plus loin de la racine. Celle sève a été qualifiée de sève ascendante, sève brute, par opposition à une autre sève appelée sève descendante, sève

Mü PHANÉROGAMES OU EMRRYONNÉES.

élaborée, dont l’existence est loin d’être parfaitement constatée.

Quel est le chemin suivi par la sève ascendante? Si l’on remarque que la sève court dans des plantes uniquement cellulaires et dans des plantes uniquement fibreuses, on admettra sans peine que ce liquide puisse, dans les Dicotylédonées, monter par les cellules et par les libres; l’expérience, du reste, justifie l’hypothèse. Plusieurs physiologistes admettent que la sève, au printemps, circule dans toutes les parties du végétal, dans les vaisseaux rayés, ponctués, scalariformes, etc., aussi bien que dans les cellules et les fibres; la circulation de la sève dans ces vaisseaux n’a qu’une courte durée; à toute autre époque, il est facile de constater que ces conduits ne contiennent ordinairement que des gaz.

Différentes circonstances favorisent ou diminuent l’ascension delà sève. La sève est très-abondante au commencement du printemps, elle précède l’épanouissement des bourgeons; elle reprend une nouvelle vigueur à la fin de l’été (sève d’août) et détermine souvent l’épanouissement de bourgeons d’automne. Pendant l’hiver, le mouvement séveux cesse presque complètement dans un grand nombre d’arbres des climats tempérés. La constitution même de chaque plante, la disposition des éléments anatomiques, les phénomènes capillaires, les différences de température, etc., peuvent faire varier l’ascension de la sève; mais ce qui en augmente la production et la régularité tout à la fois, c’est l’action de la surface des plantes. En effet, la sève ascendante pénètre peu à peu jusqu’il la surface des tiges et des rameaux, jusqu’il celle des feuilles; elle y est soumise il l’évaporaration, perd une grande partie de sa portion la plus fluide, y gagne par conséquent en densité et détermine une sorte d’appel auquel répond toute la sève des parties inférieures.

Ce n’est pas un simple phénomène physique d’évaporation qui s’accomplit à la surface des végétaux vivants, c’est aussi un phénomène physiologique, car la perte des liquides est moindre que si elle se faisait au travers de parois inertes; il porte, en langage physiologique, le nom de transpiration. La vapeur d’eau n’est pas seule éliminée, elle entraîne aussi une certaine quantité de substances organiques. La transpiration se fait notamment par les feuilles, puisque leurs surfaces additionnées repré-

iNUTKITION.

senlenl une assez grande étendue. Les expériences de M. Garreau ont montré qu’elle s’accomplit, à l’air libre, sur la face dépourvue de stomates et sur celle qui en est pourvue, mais qu’elle est beaucoup plus active sur cette dernière. On sait, d’ailleurs, que les stomates communiquent avec les lacunes des feuilles ou avec leur parenchyme. La transpiration augmente avec la lumière, la chaleur, la sécheresse, l’agitation de l’air, la vigueur delà plante. Muschenbrjeck, Haies, Desfontaines, Mirbel, Senebier, Treviranus, etc., ont constaté depuis longtemps ces phénomènes de transpiration souvent considérable. D’après Senebier, la transpiration est à l’absorption dans le rapport de 2 à 3.

Si les surfaces des plantes, et particulièrement les feuilles, perdent une grande quantité de liquide par évaporation, il est des circonstances opposées dans lesquelles elles peuvent, par contre, absorber une grande quantité d’eau.

Ce n’est pas seulement un échange de liquides qui s’opère entre les plantes et l’air atmosphérique ou le milieu ambiant ; c’est aussi un échange de gaz. Cet échange de gaz est appelé ordinairement respiration des plantes. Les auteurs qui ont écrit sur ce sujet sont très-nombreux et ont émis les opinions les plus diverses; il nous est impossible, on le pense bien, d’énoncer toutes les opinions (1).

Rappelons tout d’abord qu’il est d’usage, en botanique, de partager les organes des plantes, eu égard ii la couleur, en deux groupes : 1° les organes verts (la couleur verte est due îi la présence de la chlorophylle); 2° les organes colorés, qui sont tous ceux qui ne contiennent pas de chlorophylle. 11 ne faut pas ou-

ït) Voyez pour plus de détails : Halles, Stat. des végét., 4 779, p. 275. ln-

genhousz, Exp. sur les végét., 4780.— Senebier, Mém. physic.-chim. sur l'in/l. de la lum. sol., 1782. Recherches sur l'infl. de la lum. sol., 1783. Physiologie vég.. 1800. — Senebier et Hubert, Mém. sur l’infl. de l’air dans la germinal., 1801 . — De Saussure, Recli. clam, sur la végét., 1804, — Brongniart, llech. sur la struct. et la fond, des feuilles , 1830. — Dutroclict, Mém. sur les organ.pncum. des végét., 1832. — Daubeny, Act. of light upon pl. (in Trans. roy. soc.), 1 835.

— Liebig, Chimie appl. à la pliysiolog. végét., trad. Gerhard (2* éd., 1814).

l.ory, in Ann. sc. nat. 1847, p. 158-172. — Garreau, in Ann. sc. nat. 1851 p. 5-30 et 271-292. — Vogol et Wittvvcr, iu Mem. Acad, de Munich, VI, 1851 p. 205. — Boussingaull, Econ. rur., I, p. CI ; Compte rend. Acad, des sc .’, 1801 , P- 802, etc.: in Ann. sc. nat. 5° série, 1. p. 315. — Clooz et Gratiolot, iîi Ann. phys. et cliim. 1851, p. 41 — Corenwinder, in Am. pltys. et chim., 1858; in Ann sc. nat., 1864, p. 297, otc.

M8 PHANÉROGAMES UU EMBRYONNÉES.

blier que certaines plantes, non vertes en apparence, contiennent cependant une certaine quantité de chlorophylle dont la couleur est masquée.

Les conclusions à tirer des' expériences les mieux laites sur la respiration sont les suivantes :

1° Un embryon en germination, ainsi que toutes les plantes ou parties de plantes sans chlorophylle (certaines Orobanches et Orchidées, les Champignons, etc., les fleurs non vertes, les fruits mûrs, les bourgeons non épanouis, les tiges ligneuses, les racines, etc.), en un mot, les 'parties colorées, absorbent de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique en tout temps et en tous lieux; que ces plantes ou portions de plantes soient exposées à la lumière solaire ou à l’ombre, ou placées dans l’obscurité.

2° Toutes les parties vertes des plantes placées dans l’obscurité naturelle ou artificielle, ou exposées ù une ombre très-épaisse en plein air, ou placées hors de l’atteinte des rayons solaires dans un appartement éclairé latéralement, absorbent de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique.

3° Toutes les parties vertes absorbent de l’acide carbonique et exhalent de l'oxygène, pendant le jour, sous un ciel ouvert.

k° Les parties qui renferment, avec de la chlorophylle, des matières colorantes, ont une respiration qui est, à la fois, celle des portions vertes et celle des portions colorées.

5° Les plantes submergées respirent l’air dissous dans l’eau.

Pour M. Garreau, le double phénomène d’absorption de l’oxygène et d’exhalation d’acide carbonique constitue seul l’acte respiratoire. Ce physiologiste' regarde comme indépendant de la respiration l’absorption de l’acide carbonique et l’exhalation de l’oxygène. Ce dernier phénomène n’est, selon lui, que le résultat de la décomposition, dans la profondeur de l’organisme, de l’acide carbonique dissous, emprunté soit au sol, par les racines, soit à l’air, par les parties vertes, sous l’influence du soleil ; le carbone reste fixé dans la plante, tandis que l’oxygène s’exhale.

Ces différentes absorptions et exhalations varient :

La quantité d’acide carbonique expirée par les feuilles et les parties vertes pendant la nuit est très-inférieure à la quantité du même fluide qui est absorbé par elles pendant le jour, sous l’influence des rayons solaires (Corenwinder).

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