‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 19 sur 155 · TÉNIA · texte numérisé non relu

TÉNIA

L’organe femelle est très-compliqué. Selon M. Van Beneden. il existerait des organes particuliers chargés d’élaborer les différentes parties de l’œuf, et l'œuf serait fécondé avant de s’élre recouvert de sa coque. Tous les auleuis ont signalé un vagin quidéboucheàcôtédu pénis; il est très-long, se continue en oviducte, et se rend dans un organemultilobé, arborisé, que les uns regardent comme une matrice, les autres comme un ovaire. Quoi qu’il en soit„ü l’âge adulte, cet organe est un vaste réservoir d’œufs et remplit presque entièrement l’intérieur de l’anneau.

11 est rare de rencontrer l’animal aussi complet que nous venons de le décrire; on n’en voit ordinairement qu’une ou plusieurs parties. Chacune d’elles vit de sa vie propre : c’est ce qui a fait dire que le Ténia n’est qu’une réunion d’individus. On a même pris chacune des parties pour des animaux différents.

Ce qu’on a appelé scolex, c’est la tète du Ténia, avecsa trompe, ses crochets, ses ventouses.

Ce qu’on a appelé prngloltis, cucurbitin, c’est un anneau ou une réunion de plusieurs anneaux détachés de la tête et munis de leurs organes sexuels.

Ce qu’on a appelé strobile, c’est la tête réunie aux anneaux.

Nous le répétons, chacune de ces trois parties peut vivre indépendante.

Le Tænia solium vit dans l’intestin grêle de l'homme; comme on l’y trouve ordinairement seul, il a été appelé Ver solitaire.

L’homme le prend en se nourrissant de viandes crues ou imparfaitement cuites, et particulièrement de la viande de porc ladre.

Lerœnt'a solium n’est pas le seul Ténia qui vive chez l'homme, on y trouve aussi .

Le Tkxia médio-canellk (T. medio-canellata, Küch.), qui habite 1 intestin grêle (fig. 12). Il diffère du T. solium par sa tête ordinairement noirfdre. plus volumineuse et dépourvue de

Fg. 11. — Tænia solium.

Tète et cou très-2rrossic.

1. a, proboscide; b , couronne de crochets, ce, ventouses ; 2, un crochet isolé, n, portion fixée à la tète du Ténia

VERS

trompe et de crochets, par ses cucurbilins plus larges, par l’irrégularité d’alternance des pores génitaux.

Les proglottis se détachent avec une grande facilité, même sans évacuation de matières fécales.

Plusieurs zoologistes pensent que ce Ténia est à l’état deCysticerque chez les ruminants.

Le Ténia nain (T. nana, Sieb.), qui ri’a encore été trouvé qu’en Égypte. Il n’a guère que 13 à 15 millimètres de longueur et le diamètre d’une aiguille. La tête est grosse, carrée, munie de crochets, et porte les ventouses sur les quatre angles ; son cou est long et s’unit T#mia mcdio-ennellatn. Tête et brusquement à des articulations qui ont cou très-grossis. jusqu’il trois, quatre fois la largeur de la

tête. Les pénis se trouvent d’un même côté. On ne le connaît pas à l’état cystique.

Le Ténia éciiinocoque (T. echinococcus , lviich.), dont la présence est mise en doute chez l’homme, se trouve souvent chez le chien. On le reconnaît à sa tête ovale, munie d’une trompe, d’une double rangée de crochets, et portant quatre ventouses circulaires. 11 n’a que quelques millimètres de long et porte déjà des œufs vers le quatrième segment après la tête.

La plupart des nègres qui arrivent aux Indes sont affectés d’un Ténia qui se rapproche du Tœnia medio-canellata (Van Beneden).

Transformation des Ténias.

Avant d’arriver à l’état de ver rubané, le Ténia subit plusieurs métamorphoses. Il passe successivement par les diverses formes qu’on a appelées embryon exacanthe et ver cystique (Cysticerque, Cœnure des auteurs, Eciiinocoque).

1° Embryon exacanthe. — Lorsque l’œuf est encore contenu dans 1e proglottis, il est le siège de phénomènes de segmentation dont le but est l’apparition de l’embryon. Cet embryon est tout formé lorsque le proglottis est expulsé de l'animal atteint

Fin. 12.

TRANSFORMATION DES TENTAS.

du Ténia; il a la forme d'une vésicule et porte six crochets. C’est l’embryon exacanthe, le protoscolex de Van Beneden. Il est là dans un état de vie latente comme l’embryon dans la graine avant la germination. L’œuf résiste facilement à toutes les causes de destruction au milieu desquelles il peut se trouver, parce que ses parois sont formées d’une matière difficilement attaquable. Qu’un animal (cochon, bœuf, mouton, etc.) avale l’œuf avec ou sans le progloltis, bientôt les sucs digestifs ou autres causes dissolveront ou détruiront l'enveloppe, et l’embryon exacanthe deviendra libre. 11 ne demeurera pas dans le tube digestif, il cherchera un endroit convenable à son développement, et y parviendra, soit en employant ses crochets, soit par des moyens encore inconnus. Cet endroit convenable est ordinairement un parenchyme ou une séreuse.

2° Verscystiqles. — L’embryon exacanthe est arrivé dans le lieu qu’il a choisi; il s’enkyste. S’il est dans un parenchyme, c’est le parenchyme lui-même qui fournit la membrane enveloppante la plus extérieure (kyste adventif) ; s’il est dans une séreuse, le kyste est représenté par la vésicule même de l’animal. C’est à cette époque que les six crochets disparaissent de la surface de cette vésicule; ils tombent dans son intérieur, qui se remplit de liquide. La vésicule grandit; son volume varie de celui « d’un grain de chènevis à celui d’une tête de fœtus à lerme ». Ses parois sont incolores, parfois grisâtres, verdâtres, constituées par un tissu cellulaire disposé en couches plus ou moins minces; le liquide contenu n’est pas eoagulable. La poche teile qu’elle vient d’être décrite était connue sous le nom à'acéphalocyste (Laennec), mais on en ignorait le rôle. Cependant il arrive fréquemment qu'à la surface de la mem brane la plus interne, on aperçoit de petits renflements comparables à la tête d’un Ténia. Ils en ont la forme et la composition.

Ces petits renflements ont reçu le nom d’ Echinocoques, de Cysticerques, de Cœnures, et la membrane d’où ils naissent celui de membrane germinative. C’est donc l’embryon exacanthe qui donne lieu à de nouveaux êtres, non par voie sexuelle, puisqu'il na pas d organes génitaux, mais par simple bourgeonnement Lorsque la vésicule portait ainsi des bourgeons, on la nommait

36 VERS

une hydatide, mot qui, comme on le voit, doit être regarde comme synonyme d’acéphalocysle.

La membrane germinative de l’embryon exacanthe bourgeonne donc des Vers cystiques; mais selon qu’elle dérive de l’œuf de telle ou telle espèce de Ténia, ses produits affecteront telle ou telle forme, ils occuperont telle ou telle partie de l’animal qui en sera infesté.

Les Vers cystiques connus sont tous munis d’une tête portant une double couronne de crochets et quatre ventouses. Ils sont communément désignés sous les noms de Cyslicerques, de Cœnures ou à'Echinocoques. On les reconnaît aux caractères suivants :

Le Cysticerque vit toujours solitaire dans son kyste; sa tète surmonte un cou allongé, ridé, qui se termine par une vésicule caudale.

Les Cœnures sont toujours nombreux dans le kyste: leur tête est suivie d’un cou ridé, plus ou moins long, adhérent à la membrane mère et dépourvu de vésicule caudale.

Les Cysticerques et les Cœnures ne reproduisent jamais par gemmation une vésicule semblable à celle qui leur a donné naissance.

Les Eehinocoques sont plus ou moins nombreux dans l’hydatide mère. Les parois de cette hydatide produisent plusieurs générations d’autres hydatides qui peuvent se détacher de la surface de la première et rester libres dans l’intérieur. Les animaux qui naissent dans les parois de ces nouvelles- vésicules diffèrent donc des Cœnures en ce qu’ils ne sont pas adhérents. Leur tête, qui est plus grosse que celle des Cœnures, est liée h une vésicule caudale à laquelle pend assez souvent un funicule caduc. Leur corps est parsemé de corpuscules calcaires.

Les Vers cystiques n’ont pas d’organes génitaux, et ne peuvent, pas plus que l’embryon exacanthe, se reproduire par voie sexuelle.

Cysticeuque laomque. — Le Cysticerque ladrique (C. cellulosœ, Uud.jest le ver vésiculaire qui produit chez les cochons la maladie connue sous le nom de ladrerie (fig. 13). 11 naît par gemmation d’un embryon exacanthe développé dans l’œuf d’un Tasnia solium. On le retrouve enkysté chez

CYSTICERQl’E LAÜBlQljE. 37

le cochon, particulièrement dans les muscles de la région intercostale et dans la graisse; une variété a été trouvée chez l'homme (1). S’il est dans les muscles, il faut, pour l’apercevoir, inciser d’abord le kyste adventif formé aux dépens de l’animal nourricier et écarter les bords de la section. Cette première enveloppe est cellulaire et circonscrit une cavité arrondie ou ovoïde de 8 à 20 millimètres de diamètre. La cavité est remplie par une seconde vésicule exactement emboîtée dans la pre- I mière, remplie de liquide, et elle fait hernie aussitôt que la première est incisée. Elle est d’un blanc de lait, un peu transparente, et présente dans un de ses points un permis peu apparent par lequel peut sortir la tète de l’animal enkysté.

Des bords de ce perluis descend une membrane qui tapisse exactement la précédenle et se continue au centre du kyste en corps même du Cysticerque. Ce corps s’invagine sur lui-même à la manière d’un doigt de gant rentré; pour le faire sortir, il suffit de presser sur le kyste dépouillé de la membrane adventive. Aussitôt l’animal sort par l’ouverture que nous avons signalée.

| On constate que le cou est très-rétractile, qu’il renferme des corpuscules calcaires ; que la tête est munie d’une trompe ter - I minale, de quatre ventouses; que l’espace compris entre la trompe et les ventouses est noirâtre et qu'il supporte deux rangées circulaires de chacune trente-deux crochets, les un grands, les autres petits, alternant entre eux.

Tant que leCysticerque demeure enkysté dans le corps de l’ani-

Fig. 13. — Cysticerque ladrique dégainé

a, krste adventif; b, poche dans laquelle l’animal était invaginé; c, corps; d, tête avec proboscide, double couronne de crochets et ventouses.

il) P. C.crvais, Hull Soc. j>hilom. de Paris, 1852, p. 696 ; Ca*. hebdoin, 63, vo!. X, p. 659 cl 740.

BOCQCILLOS.

VERS

mal où il est né, il reste à l’état de ver vésiculaire ou se détruitmais si le kyste est porté dans le tube digestif de l’homme, le Cysticerque y devient ver rubané : c’est le Tœnia solium.

Coenuues. — Les Cœnures n’ont pas encore élé trouvés dans l’homme; on les rencontre assez fréquemment chez les moutons (fig. î/j). Us habitent le plus souvent le cerveau, et se développentsur les parois d’une vésicule qui peut atteindre les dimensions d’un œuf de poule.

Ce sont eux qui produisent la maladie connue sous le nom de tournis. Avalés par des chiens ou des loups, ils se transforment, dans le tube digestif de ces animaux, en Tœnia cœnurus.

Ëchinocoques. — Les Ecliinocoques se rencontrent assez fréquemment chez l’homme, dans les séreuses ou les parenchymes, mais jamais sur les muqueuses (fig. 15). Ils vivent dans des vésicules qui leur donnent naissance, et qu’on a coutume d’appeler hydatides. On réservait le nom d 'acéphalocysles aux vésicules qui n’avaient pas encore ou qui n’avaient plus de vers cystiques.

Les Ëchinocoques trouvés chez l’homme sont ovoïdes ou elliptiques; les diamètres varient de 1 à 2 dixièmes de millimètre. Leur tête est le plus souvent invaginée dans le corps; elle présente une trompe terminale, une double rangée de crochets et quatre ventouses. Le corps est globuleux, souvent terminé par un funicule peu après sa séparation de l’hydatide. On rencontre dans la masse beaucoup de corpuscules calcaires dont la nature chimique a élé démontrée par l’action qu’exerce

Fig. 14. — Cœnures.

1. Cœnure invaginé dans sa vésicule propre E. C, sa trompe et sa double couronne de crochets; B, D, ses ventouses; A, son cou; H, ouverture par laquelle l'animal peut sortir sa tète. — 2. Vésicule bydatique, e, e, paroi de la vésicule donnant par bourgeonnement les vésicules a, a, a, dont une est représentée en E.

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