‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 20 sur 155 · FAITS POUR SERVIR A L’HISTOIRE DES TÉNIAS · texte numérisé non relu

FAITS POUR SERVIR A L’HISTOIRE DES TÉNIAS

sur eux l’acide azotique. L’Echinocoque est l’état vésiculaire d’un Ténia appeléTéniaéchinocoque, et qu’on ne trouve pas chez l’homme? Mais on s’est assuré que ces Ëchinocoques, avalés par des chiens, devenaient dans le tube digestif de ces animaux de vrais Ténias.

Faits pour servir à l’histoire des Ténias.

Les hypothèses les plus bizarres ont été faites pour expliquer la présence des Ténias dans le tube digestif; elles ontrégné jusque dans ces derniers temps, et ce n’est que lorsqu’on s’est décidé à employer l’expérimentation que l’helmin thologie est entrée dans la voie du progrès. Ce sont MM. de Siebold, Küchenmeister, Leuckart, Müller, Dujardin, Van Beneden, Humbert, Rainey, Pouchet et Verrier, etc., etc., qui ont le plus fait pour l’histoire du Ténia.

La ressemblance de la tête des Vers cystiques avec celle des Ténias fut le premier fait qui fit naître l’idée de l’étroite parenté entre ces deux sortes de vers. Beaucoup d’expériences ont été tentées pour établir cette parenté, et, il faut bien le reconnaître, quelques-unes laissent à désirer: des doutes subsistent encore aujourd’hui sur l’espèce de Cyslicerque produisant telle ou telle espèce de Ténia, mais il est un fait bien reconnu, c’est qu’un ver c}stique d un animal peut devenir un Ténia dans le tube digestif d’un autre animal choisi.

M. Leuckart raconte qu’ayant fait avaler des proglottis de Tœma solium par un cochon, il trouva ensuite dans cet animal des Cysticercus celluloses bien développés, et il voulut s assurer si ces Cysticerques portés dans le tube digestif de

omme tiendraient des Ténias. Une personne se présenta qui \ou ut bien se prêter à l’expérience : c’était un homme a une trentaine d’années, dans une position aisée, d'une santé

1*iü. 15. — Êchiuoeoque invaginé, détaché de l bydatide mère.

40 VERS

parfaite, et qui n’avait jamais été infecté (le Ténia. « Le 10 août, » dit-il, je donnai R ce jeune homme, dans du lait tiède, quatre » Cysticerques complètement développés (de 9 millimètres) et » débarrassés de leur ampoule. Le 25 octobre, je trouvai dans » les fèces les premiers proglottis, et j’en reconnus par cinq fois » encore, à différents intervalles, jusqu’à ce qu’une double dose de kousso, administrée le 26 novembre, vînt mettre un » terme au séjour du parasite. Mon sujet rendit deux Ténias » d’une taille assez médiocre (tout au plus 2m,50). Je ne » pus retrouver la tête que de 1 un de ces \ers, il est certain ». pourtant que l’autre tète avait dû être expulsée, puisque jus- » qu’à ce jour on n’a pas eu de traces de cet hôte, qu’on regarde » généralement, peut-être à tort, comme fort incommode.

Expérience de A. Humbert ( de Genève ) (1).

« Le 11 décembre 185à, je me procurai à l’abattoir de la » graisse d’un porc fraîchement tué et farcie de Cysticercus » 'celluloses ; je détachai avec soin ces vers, et en présence de » M. le professeur Vogt et de notre ami Moulinié, j’en avalai qua- » lorze.

» Dans les premiers jours de mars 18.55, j ai senti la présence » des Ténias, et en même temps j ai commencé a en lrou\er des » fragments assez considérables. Le professeur Vogt, à qui je » ies°ai montrés, a constaté qu’ils appartenaient bien au Tœnia

» solium. »

Expérience de M. Van Beneden (2).

« Nous avons prisà Louvain deux jeunes chiens, Black et Fido; » le premier portera le n° 3, le second le n° 5. Ils avaient cinq « semaines dans les premiers jours de décembre. Ils étaient de » la même portée. Le 18 décembre, Black prend trente-sept Cys- » tieerques de lapin domestique ; le 12 mars, il en prend quatre ;

(DU Uertliulus, llièso do la EacnluS de médecino do Montpellier, 185Ü.

{2) supplément aux Comptes rendus de l Institut, 1S55, vol. U, i». Iô5.

FAITS POUR SERVIR A L’HISTOIRE DES TÉNIAS. 41 » le 23 mars, il en prend vingt-cinq, et le 21 a\ril encore » quatre: ce qui fait en tout soixante et dix.

» Fido est mort dans le mois de janvier. Le "résultat de son » autopsie n’a pas d’intérêt ici ; nous dirons toutefois que son » intestin ne contenait pas de Tœnia serrata (Ténia du chien).

» Fido est remplacé immédiatement par le premier jeune B chien que nous pouvons nous procurer : nous l’appellerons » Mirza. 11 est placé à côté de Black, ne prend pas de Cysticer- » ques, et il est nourri comme lui : c’est le n° h- « Le 1er mars, nous achetons deux autres jeunes chiens, frère » et sœur, nés le même jour, et nous les laissons auprès de la » mère jusqu’au 11 mars. Le mâle s appelle Caïo, il est désigné » sous le n° 1. La femelle s’appelle Fine, et porte le n° 2.

» Caïo prend, le 12 mars, ainsi à l’âge de douze jours, quatre » Cyslicerques ; le 23 mars, il en prend vingt-cinq ; le 21 avril, b trois: en tout, trente-deux Cyslicerques.

b Tine n’a pas quitté Caïo ; elle n’a pas pris de Cyslicerques, b mais a bu et mangé â la même gamelle que son frère.

b Le 22 avril, nous partons pour Paris, amenant les quatre » chiens, et le 2û avril, h une heure, dans le laboratoire de n M. Valenciennes, en préspnce de ce professeur, MM. Edwards, b de QuatrefagesetHaime, je déclare par écrit que les n° 1 (Caïo) b et n° 3 (Black) ont pris seuls des Cyslicerques, et je déposé, b avant de procéder à l’autopsie, la feuille de papier qui contient b les indications suivantes :

!i Cvsticerques.

Total

32 Cyslicerques.

Tine (n« 2) n’a rien pris.

le 18 décembre. ... 37 Cyslicerques.

le 12 mars 4 —

le 23 mars 25 —

Total

70 Cysticerques.

Mirza (n° 4) n’a rien pris.

VERS

» Les quatre chiens sont étranglés par le gardien, et, avant » de faire l’autopsie, je répète que les nos 1 et 3 doivent avoir » des Ténias : le premier, de trois âges différents ; le n° 3, de » quatre âges différents; que, dans ce dernier {Black), il doit y » avoir des Ténias plus âgés que dans Caïo, et en même temps en « plus grand nombre ; qu’enfin les nos 2 et â n’en auront pas.

» Au moment de les ouvrir, M. Valenciennes, avec qui nous » avions déjà eu une discussion, répéta de nouveau : « Mais tous » les chiens ont des Tœnia serrata, vous ne nous apprendrez donc » rien. » Nous avons répondu alors : « Pour preuve que tous les » chiens n’en ont pas, c’est que les nos 2 et h, dont nous allons » faire l’autopsie, n’en auront pas. El nous allions même jusqu’à » dire qu’ils ne pouvaient pas en avoir; que je répondais posi- » tivement du n° 2, mais que je ne pourrais pas en faire autant » du n° h, qui avait été vagabond. Le nü 2 {Tine) avait été porté » de la mère directement chez nous.

» Le n° 1 (Caïo) est ouvert : il porte dix-sept Ténias dans l’in- » testin grêle, répartis distinctement en trois masses, occupant » des hauteurs différentes et indiquant des différences d’âge.

» Les plus grands n’ont pas encore leurs organes sexuels.

»Len° 2 {Tine) est ouvert ensuite. Nous incisons le duodénum : » il n’y a rien; nous continuons et nousouvrons jusqu’au cæcum, » sans découvrir un seul Tœnia serrata.

» Si depuis longtemps notre conviction n’avait été entière, » nous en eussions presque été surpris nous-même.

» Len°j3 {Black), qui était mis en expérience depuis le mois de » décembre, est ouvert ensuite ; son intestin grêle en est litté- » râlement obstrué ; plusieurs d’entre eux sont très-longs, et les » organes sexuels sont développés. On en voit les orifices, et l’on » distingue les œufs à l’œil nu. 11 y en avait vingt-cinq encore » le lendemain, quand ils ont été comptés. On voyait distincte- » ment qu’ils appartenaient au moins à trois générations diffé- » rentes.

» Nous avons insisté auprès de ces messieurs pour que l’au- » topsie du n° h eût lieu encore en leur présence; et comme dans » le n° 2, Mirza ne contenait aucune apparence deTénia. »

Dans quelles circonstances des œufs de Ténia peuvent-ils péné-

FAITS POUR SERVIR A L’HISTOIRE DES TÉNIAS. A3 trer dans un animal chez lequel ils donnent des hvdatides, puis des Verscystiques?

Remarquons que le fumier des fermes est le dépôt ordinaire des excréments humains; que les cochons aiment à s’y vautrer, qu’ils y mangent tout ce qu’ils trouvent, et nous comprendrons que ces animaux puissent avaler les proglottis échappés de quelque habitant de la ferme porteur d’un Tœnia solium. La résistance de la coque h la décomposition permet à l’œuf de rester longtemps intact; l’embryon qu'il contient reste vivant. S il parvient dans le tube digestif du cochon, l’embryon devient libre, gagne la graisse, les muscles, y bourgeonne un Cysticerque, et amène cette maladie connue sous le nom de ladrerie.

Que la viande crue ou peu cuite d’un porc ladre soit mangée par l’homme, le Cysticerque arrivera dans le tube digestif, et comme c’est le milieu qui lui est indispensable pour son développement ultérieur, de nouveaux anneaux naîtront à la partie postérieure de son corps et il deviendra un vrai Ténia.

La maladie connue sous le nom de tournis est assez fréquente dansTes grands troupeaux de jeunes agneaux. Les fermiers, dans ce cas, tuent les animaux malades, lis ont la funeste habitude (et je l’ai constatée nombre de fois dans les fermes de la Brie et du Soissonnais), ils ont, dis-je, la funeste habitude d’abandonner les têtes d’agneaux à la voracité des chiens. Les chiens mangent, avec le cerveau, lesCœnures qui l’habitent, et amènent dans leur intestin le ver cystique, qui deviendra leur Ténia. Les proglottis de ces Ténias, mêlés aux excréments des chiens et dispersés dans les endroits où paissent les moutons, peuvent être pris par ces derniers.

Les personnes qui nourrissent un Ténia rendent assez généralement des cucurbitins avec leurs selles, et quelquefois même en vomissant. Lorsque, par suite de médicaments, une grande quantité de cucurbitins est rejetée, qu’il ne reste plus que la tète sans anneaux ou en petit nombre, le malade est soulagé, les selles sont exemptes de Ténias pendant plusieurs mois; mais enfin les symptômes se montrent de nouveau , les proglottis réapparaissent, indiquant que le parasite a réparé ses pertes.

« Il n’y a point, dit M. Davaine, de symptôme pathognomo-

VERS

kU

nique de la présence du Ténia, mais on peut trouver dans l’association de quelques-uns de ces phénomènes des raisons de la soupçonner. Un long état de malaise avec l’amaigrissement et des désordres de l’appétit sans symptômes d’une maladie organique, du diabète, etc., la gastralgie, des coliques fréquentes sans diarrhée, avec le prurit du nez ou de l’anus, quelques-uns de ces symptômes accompagnés de crampes, de douleurs dans les membres, d’un brisement général, etc., ou de quelque phénomène insolite, extraordinaire, indiquent presque avec certitude la présence du Ver solitaire, s’ils datent de plusieurs mois ou da plusieurs années, et s’ils se produisent par accès irréguliers.

» Si le malade chez lequel existent plusieurs de ces symptômes n’a pas remarqué de fragments de Ténia dans ses garderobes, il ne tardera pas, en général, à en découvrir lorsque son attention aura été appelée sur ce point; car l’issue de fragments ou d’anneaux libres du Ver solitaire a lieu fréquemment, et quelquefois journellement... L’administration d’un purgatif pourrait, dans tin assez grand nombre de cas, mettre l’existence du ver en évidence.»

Les préparations employées pour combattre le Ténia sont trèsnombreuses. Beaucoup sont tombées en désuétude, soit à cause des dangers auxquels elles exposent, soit à cause de leur inefficacité. Aujourd’hui on se sert surtout de l’infusion des fleurs du cousso ( Brayera anthelminthica ), plante originaire de l’Abyssinie et qui appartient à la famille des rosacées ; — de la macération d’écorce de la racine de grenadier, — delà poudre de musenna ( Albizzia ), — de l’émulsion de graines de citrouille, — delà térébenthine. On a obtenu des succès avec les fruits mûrs et desséchés du Mœsa lanceolata ( Myrsina africana), etc.

BOTIIRIOCËPHALE.

Le Bothriocéphale de l’homme (de fL'Opiov, fossette, et xsçaXx, tète) ( Dothriocephalus lotus, Brems.) est un ver rubané et articulé, comme le Tœnia solium (fig. IG). 11 diffère de ce dernier par la tête, qui n’a ni crochets, ni proboscide, ni ventouses ovales ou oblongues; elle est allongée et non sphérique, munie de deux fentes latérales (fig. 17). 11 en (liffère encore parles an-

BOTHRIOCÉPHALE.

neaux; qui sont plus larges que longs; par les pores génitaux qui sont, non sur les bords, comme dans les Ténias, mais au milieu d’une des faces de chaque article; enfin, parla couleur, qui est presque toujours d’un jaune sale ou d’un gris plus ou moins noirâtre.

Ces caractères suffisent pour distinguer, à première vue, un Bothriocéphale d’un Ténia.

Ce ver, peut atteindre jusqu’à ‘20 mètres de long. M. Escbricht a compté 10 000 anneaux sur un seul individu.

Dans chaque article, les organes génitaux se voient par transparence de la peau; le pénis est quelquefois proéminent, il est situé au-dessus de la vulve.

Les œufs sont elliptiques, munis d’un opercule (fig. 18).

On ne connaît pas encore complètement les métamorphoses du Bothriocéphale. M. Koch, de Saint-Pétersbourg, affirme que les embryons sont oiliés comme certains Infusoires, et qu’ils vivent librementdansl’eau. On sait, depuis les travaux de M. Bertholus (1), que l’œuf du Bothriocéphale exige pour son développement complet un séjour de six à huit mois dans de l’eau courante ou fréquemment renouvelée. Les

UeTrœuTdn6 S6Sme'|ltatl0n du vite,Ius commencent à la sor-

dC ' œUf du corPs du ver, et ce n’est qu’après six mois que

Fig. 16. — Bothrioeépliale large.

, trie ; h, pore génital mille ; r, pore génital femelle.

O flft ue et Magasin de zoologie, octobre 1 863 BOCQUlLLON.

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l’embryon commence à se dessiner : on aperçoit ses crochets opérant quelques mouvements. Un ou deux mois plus tard, l’opercule se détache de l’œuf et livre passage à l’embryon.

L’embryon se compose de deux sphères concentriques.

La plus externe, celle qui enveloppe, par conséquent, est creuse; sa paroi est épaisse, formée de grandes cellules prismatiques accolées les unes aux autres et revêtue superficiellement d’une forêt de cils vibratiles longs et très-flexibles. Au moment de l’éclosion, ces cils se meuvent avec vitesse, l’embryon nage et tournoie rapidement; quelques instants après, les mouvements se ralentissent, puis cessent, et les cils semblent disparaître.

La sphère interne jouit d’un mouvement propre, et elle porte h l’un de ses pôles trois paires de crochets qui ont la plus grande ressemblance avec ceux de l’embryon exacanthe des Ténias.

Il est très-probable qu’avant d’arriver à l’état rubané, cet embryon devra pénétrer dans le corps d’un animal aquatique, où il s’enkystera.

Si l’homme mange cet animal aquatique, il introduit en même temps son parasite dans le tube digestif, et le place, par conséquent, dans les conditions les plus favorables à son développement ultérieur.

M. Bertholus pense que la Ligula nodosa, Rud., qu’on trouve souvent enkystée dans le tissu conjonctif des Saumons, n’est autre chose qu’un scolex ou ver vésiculaire.

Ce scolex présente avec la tête du Bothriocéphale une analogie complète de forme et de dimension.

A l’état rubané, le Bothriocéphale large vit dans le tube digestif

Fig. 17. — Tète du Bothriocéphale large.

a, a, les deux fossettes.

Fig. 18.

- Œuf du Bothriocéphale large.

a, opercule.

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