‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 44 sur 155 · ARACHNIDES. — ÉPE1RE DIADÈME · texte numérisé non relu

ARACHNIDES. — ÉPE1RE DIADÈME

le nerf qui les anime a la même origine que le nerf des antennes chez les Insectes, on les a assimilés aux antennes et leur office les a fait appeler antennes-pinces. De chaque côté et un peu en dessous, plusen dehors, sont deux appendices que l’animal meut rapidement et qui sont composés chacun de cinq articles. Ils servent à l’animal pour soutenir sa proie; on les a appelés des pattes-mâchoires. Sur la ligne médiane est la bouche, entourée

Fig. 45. — Épeire diadème construisant sa toile.

d’appendices que nous étudierons en traitant du tube digestif. Enfin, toujours à la partie ventrale du céphalothorax, sont quatre paires de pattes ambulatoires. Elles sont toutes très-allongées, mais la première paire est la plus longue, la seconde vient ensuite au second rang de longueur, et la troisième paire est plus courte que la quatrième.

La portion dorsale de l’abdomen ne porte pas d’appendices, mais sa portion ventrale porte à sa partie antérieure et de chaque côté de la ligne médiane, deux renflements jaunâtres. La

membrane qui les recouvre permet de voir par transparence les lames qui constituent les poumons. Une sorte de boutonnière se trouve ii la base de chaque renflement et permet l’entrée de l’air.

Sur la ligne médiane est un petit appendice jaunâtre, recourbé, annelé, effilé, qu’on désigne sous le nom d’épigyne ; les usages n’en sont pas bien connus.

L’anus est à la partie inférieure de l’abdomen ; c’est une petite ouverture située entre quatre éminences coniques ou filières, par lesquelles s’échappent les fils qui servent à la confection de la toile.

L 'Épeire diadème se nourrit principalement du sang des mouches qui viennent s’embarrasser dans sa toile. Lorsqu’un de ces Insectes s’y trouve arrêté, ses pattes, qui sont munies de crochets, l’y maintiennent; il se débatet signale ainsi de lui-même sa présence à l’Araignée qui accourt. Celle-ci le perce avec les griffes de ses antennes-pinces, et verse par ce moyen son venin dans la plaie, puis le faisant rouler entre ses pattes, elle l’entoure très- <• rapidement d’un faisceau de fils nombreux qui sortent à mesure de ses filières. Elle l’emmaillote si bien que le plus léger mouvement du prisonnier devient impossible.

Tube digestif. — L’ouverture buccale est très-petite et située au fond d’une petite fosse qui existe entre les pattes-mâchoires. Elle est entourée d’appendices analogues, sinon pour la forme, au moins pour les fonctions à ceux de la Galéode ou du Faucheur.

A la suite de la bouche est un œsophage grêle qui se renfle bientôt en un estomac ( proventricule , Brandt) placé au centre de la cavité thoracique. II présente dans son milieu une ouverture ronde assez grande qui le divise en deux parties égales (1) et est muni de cæcums : deux sont en avant et se terminent â la base des antennes-pinces, quatre autres paires s’avancent jusque dans le premier article de la base de chaque patte ambulatoire.

A la suite de l’estomac, le tube digestif se rétrécit, puis se renfle de nouveau en une poche allongée, reprend son calibre et se. continue sous forme d’intestin droit jusqu’à l’anus. 11 porte, dans le voisinage de cette ouverture, un cæcum volumineux. Le foie est très-gros, formé dégroupés de vésicules allongées. Deux ea-

(1) Brnmll, Ann. sr.iwf., a* série, 1S|0, vol. XIX,

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naux urinaires serpentent entre elles et viennent jeter leur contenu ;i la partie inférieure de l’intestin.

Fig. 46. — Cœur et principaux vaisseaux de l’Épeire diadème (d’après M. Blanchard).

pattes-mâchoires ; 2, pattes ambulatoires ; 3, glande du venin; 4, ligne ponctuée indiquant la forme de l’estomac et ces cæcums ; a, cœur non ouvert ; 6, aorte antérieure; c, aorte postérieure ; (l, artères antérieures ; c, vaisseaux pulmono-cardinques.

Une portion de l’aliment est rejetée par l’anus, l’autre portion passe ii travers le tube digestif et se mêle au sang de la cavité viscérale.

Sang. Circulation. — Le sang est d’une teinte légèrement bleuâtre; il est riche en globules qui ont de 1 cent-dixième à 1 cent-cinquantième de millimètre. La circulation est lacunaire. Le cœur est volumineux, entouré d’un péricarde qui le rattache aux téguments, allongé, situé il la partie dorsale de l’abdomen, plus élargi en haut qu’en bas. Il est formé de chambres placées boni about, percées chacune de deux trous latéraux pour la rentrée

du sang. C’est, comme on le voit, une disposition analogue -à celle que nous ont montrée les Galéodes et les Faucheurs. Le cœur, en se contractant, chasse le sang dans toutes les parties du corps. Ce liquide en sort par des aortes qui naissent des extrémités antérieure et inférieure du cœur. L’aorte antérieure, d’abord unique, se bifurque et fournit des branches aux cæcums de l’estomac, aux pattes, aux antennes-pinces, aux glandes à venin, etc.; l’aorte inférieure descend en ligne droite. Des artères, le rang se répand dans les lacunes, de là aux poumons. Suivant M. Blanchard, il revient au cœur par de véritables canaux pulmono-cardiaques.

Respiration. — La respiration est pulmonaire. Les poumons sont au nombre de deux et situés, comme nous l’avons déjà dit, à la base de l’abdomen. Ce sont des poches rattachées au corps de l’animal par des muscles et qui communiquent avec l’air ex- 4 térieur par une fente située à leur partie inférieure. Elles contiennent des feuillets empilés les uns contre les autres, à deux lames séparées seulement par une couche d’air, feuillets fixés à leur base sur une rigole dans laquelle arrive le sang des lacunes. Ce sang s’introduit entre les lames de chaque feuillet et c’est à travers la paroi que s’exécute l’échange des gaz.

Sécrétion. — Outre les glandes stomacales, le foie, les vaisseaux urinaires, l'Épeire possède d’autres organes sécréteurs. Ce sont les glandes du venin et celles des fils.

Les glandes du venin sont situées à la partie supérieure et latérale du céphalothorax. Elles consistent en deux poches sinueuses munies d’un con-.

duit qui s’engage dans le corps de l’antenne-pince, gagne le crochet et débouche près de son sommet, sur sa partie concave, par un très-petit trou.

Fin. 47. — Appareil du venin.

n y n, antennes-pinces; b} crochets à venin ; c, c, glandes du venin munies d’un conduit ex fréteur qui débouche en </.

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Les glandes sécrétoires des fils remplissent une grande partie de la cavité abdominale, mais elles forment un lacis tellement inextricable avec les organes voisins qu’il est très-difficile de les isoler. Réaumur en a trouvé six et plusieurs autres tubes chargés d’une fonction particulière, Rœsel en a figuré également six, mais sans accompagnement d’autres glandes. Brandt et Ratzeburg en ont compté neuf affectant trois formes différentes; trois d’entre elles présentent sur leur trajet un gros renflement, leurs canaux excréteurs sont très-sinueux et descendent en suivant le milieu de l’abdomen; trois autres ont une de leurs extrémités ramifiée en arbre; enfin, les trois dernières ressemblent aux premières avec celte différence que les conduits excréteurs sont plus courts. Toutes ces glandes viennent déboucher aux filières. Les deux filières supérieures sont les plus grandes et descendent au même niveau que les deux inférieures qui sont plus petites. L’extré* mité de chacune est munie d’une plaque percée d’un très-grand nombre de trous. Selon la volonté de l’animal, les fils sortent distincts et restent libres de toute adhérence ou bien ils se soudent aussitôt sortis pour ne former qu’un seul fil. Ce fil s’allache facilement ou non. Mais la nature de cet ouvrage ne permet pas de plus longs détails; cinq minutes passées à contempler l’Ëpeire fabriquant sa loile en apprendront plus et plus sûrement que des volumes entiers.

Au moment de la sortie, le fil n’est qu’une goullclelte de liquide, ce n’est que par son exposition à l’air que ce liquide se concrète. L’Araignée l’étire, soit en marchant, soit en se suspendant après l’avoir toutefois fixé par son extrémité libre.

L’Ëpeire diadème est une des Aranéides qui fournissent ces longs filaments blancs connus sous le nom de fils de la Vierge. Les recherches de Walkenaer ne laissent aucun doute à cetégard.

Les toiles d’ Araignée ont joué un grand rôle dans l’ancienne, thérapeutique; elles ne sont employées aujourd’hui que pour arrêter les petites hémorrhagies.

Système nerveux. — Le système nerveux présente la plus grande analogie avec celui du Faucheur et de la Galcode.

Le toucher et le goût sont probablement identiques avec ceux de ces animaux, les yeux sont au nombre de huit et disposes comme il a été dit plus haut.

i'âO ARTICULÉS.

GêSeratiun. — On a cru autrefois que les femelles pouvaient pondre des œufs féconds sans fécondation antérieure. Cette erreur provenait de ce fait qu’une femelle adulte peut, pendant plusieurs années successives, être complètement isolée, et pondre des œufs d’où s’échappent des petits. Les recherches de M. Blanchard (i) ont prouvé qu’une jeune femelle séquestrée dès sa naissance pond â la vérité des œufs, mais que ces œufs sont toujours inféconds. Si l’on séquestre une femelle adulte après lui avoir laissé subir l’approche du mâle, elle peut pondre des œufs féconds, et cela plusieurs années de suite.

Les organes génitaux du mâle ne sont pas, comme plusieurs le disent, à l’extrémité des pattes-mâchoires. On les voit très-bien dans le ventre. Les testicules sont en forme de tubes très-sinueux; chacun est muni d’un canal renflé mais moins sinueux, qu’on peut appeler canal déférent. Çes canaux remontent vers la base de l’abdomen et se réunissent au niveau de l’orifice de sortie, situé sur la ligne médiane, entre les orifices pulmonaires.

Les organes génitaux femelles sont placés dans l’abdomen. Ils consistent en deux gros ovaires ressemblant ù deux grappes volumineuses, surtout lorsqu’ils sont remplis d’œufs; leur extrémité supérieure est pourvue d’un canal rentlé qui fait office d’oviducte. Les deux oviductes distincts se réunissent et débouchent à une fente située sous l’opercule connu sous le nom d’épigyne.

Les Épeires ne s’accouplent pas, ou pour mieux dire, il n’y a pas de véritable copulation. Les pattes-mâchoires du mâle portent sur le sommet du dernier article une sorte de bourse terminée en pointe et munie d’un tube intérieur. Au moment de la fécondation, cet appareil va chercher la liqueur fécondante sous le ventre et la porte à la vulve de la femelle.

Les œufs de l’Lpeire diadème sont de petites sphères d’un beau jaune doré, contenus en grand nombre dans une coque faite de (ils très-lins et sécrétés par la femelle. Ils son t adossés lesunsaux autres et assez transparents, llérold (2) a très-bien suivi le déve-' loppement de l’embryon. Lorsque la petite Araignée sort de son œuf, elle est si faible qu’elle ne peut marcher, elle reste quelque

(1) hlancli&rd, Comptes rendus de l'Institut, 1857, vol. XLIV, p. 741.

(2) HéroM, Recherches sur le développement de l'œuf des Araignées (Ann. sc. nat., 1 828, vol. XIII, p. 250).

A llÀCUNlDES. — PHüLgUE, TÉÜËNAlHE, THÉRlblON. 1 3 i

i; temps encore dans le cocon commun, change de peau, et ce n’est ; guère que huit jours après qu’elle sécrète un fil qui la suspend i: comme un fil à plomb à la coque maternelle. Les courants d’air la font osciller et elle se trouve transportée dans un endroit plus ou moins voisin où elle fait une petite toile oblique proportionnée à sa taille. Toutes les Arachnides qu’on désigne sous le nom général d’Araignées ne diffèrent que peu de l’Êpeire diadème. Comme cette dernière, elles possèdent des glandes à venin et des filières. Les unes font des toiles, les autres de simples tubes desoie.

Celle qui fait si rapidement sa toile au coin des murs des appartements mal entretenus appartient au genre Pholcus ,Vf a]c]{ ; c’est le Pholque phalangiste ou Araignée à longues pattes. Son corps est brunâtre avec des tâches bleues sur le céphalothorax et l’abdomen; les pattes ont de quatre â six fois la longueur du : corps; les yeux sont au nombre de huit et placés sur le céphalothorax, deux sont petits et médians, six sont plus gros, latéi raux et groupés par trois.

La Tégénaire domestique ( Tegenaria domestica , L.), ou Araii gnée domestique , est chez nous des plus communes. C’est elle qui fait ces grandes toiles horizontales dans les trous des vieux murs et qui se cache dans un tube adjacent. Elle est d’un jaune sale marqué de points noirs. Les yeux sont au nombre de huit groupés à peu près comme ceux de l’Ëpeire, mais sur deux lignes courbes parallèles mieux marquées.

Le Théridion malmignatte est une des Araignées les plus i craintes en Corse, en Espagne, en Italie. Sa morsure passe pour mortelle; le fait est à vérifier. C’est une Arachnide de moyenne B taille dont les griffes sont faibles et ne me paraissent pas avoir v assez de force pour entamer, comme on veut le faire croire, la n peau des grands animaux. Son corps est d’un noir foncé; le ü 'entre est marqué de quatre taches rouge de sang. Les yeux sont '! au nombre de huit; quatre sont disposés en carré sur la ligne il médiane, quatre sont latéraux et groupés par deux.

Aux environs de Paris, on voit dans les potagers, les vignes,

I une autre espèce de Théridion, c’est le Théridion bienfaisant {T. benignum, Walck.). ]| mérite son nom, car c’est lui qui entoure les taisins de cette toile fine qui empêche les morsures des f inse<-'tcs tout en permettant l’arrivée des rayons solaires.

La Clubione nourrice ( Clubiona nulrix, Walck.) est une

Araignée très-commune dans les bois des environs de Paris. Sa taille est d’environ un demi-centimètre; celles du Midi sont plus fortes. Elle est d’un beau jaune orangé, porte sur le front huit yeux disposés à peu près comme ceux de l’Ëpeire diadème; ses antennes-pinces sont relativement très-fortes, ainsi que ses pattes-mâchoires. Elle ne fait pas de toile, mais elle se fabrique avec des feuilles d’arbres un nid de la taille d’un petit œuf qu’elle tapisse d’une soie très-blanche.

Les Lycoses ( Lycosa , Walck.) (de I'mc, loup) constituent un genre d’Arachnides caractérisées par leurs yeux au nombre de huit et disposés de celte manière sur trois lignes horizontales: 1° quatre plus petits sur le devant du front; 2° deux plus grosen arrière; 3° deux qui ont à peu près la même grosseur que ceux de la seconde ligne eL formant avec eux'les quatre angles d’un carré. La quatrième paire de pattes est très-grande. Les Lycoses vivent dans des terriers dont elles tapissent les parois avec de la soie.

C’est au genre Lycose qu’appartient cette Arachnide dont on a tant parlé, qui cause une si grande épouvante en Italie, sur laquelle tant de livres ont été écrits, la Lycose tarentule. Son: corps a de 2 à 3 centimètres de long; le céphalothorax est allongé, jaune rougeâtre, marqué débandés brunes longitudinales; l’abdomen est brun et porte sur le dos une ligne longitudinale de taches noirâtres triangulaires ou linéaires; les pattes mesurent de 2 à 3 centimètres et ont la couleur de l’abdomen.

C’est à la piqûre de celte Arachnide qu’on a attribué, h tort, la maladie connue sous le nom de Tarentisme (1). La Tarentule se rencontre principalement aux environs de Tarente, on en rencontre aussi dans d’autres parties de l’Italie, en Grèce, en Cri -

niée, en Algérie, en Égypte, etc.

Celle qui vit en Espagne et aux environs de Narbonne diffère peu de la précédente.

Les Ségestries sont des Araignées le plus souvent noirâtres,-

(1) Voyez la liste îles ailleurs qui ont écrit sur le lercnlismc, in Watckenacr, Histoire des insectes aptères, vol. I.

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