‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 84 sur 155 · RICINS · texte numérisé non relu

RICINS

Les Ricins ressemblent tellement aux Poux, lorsqu’on ne les examine pas attentivement, que plusieurs naturalistes ont confondu ces deux genres d’insectes, et que beaucoup de personnes les confondent encore aujourd’hui. 11 existe cependant entre ces animaux une différence qui entraîne pour chacun un mode particulier d’existence. Tandis que les Poux ont un stylet et doivent

(sucer le sang, les Ricins ont des lèvres bien constituées, des mandibules, des mâchoires; en un mot, un appareil complet pour le broiement. Aussi ces animaux ne peuvent-ils que déchirer

Î l'épiderme dont ils se nourrissent.

Si donc on rapproche les Poux des Hémiptères, on pourra, avec tout autant de raison, rapprocher lesRicins des Orthoptères,

- insectes qui, comme les Hémiptères, ne subissent pas de méla-

Imorphoses complètes.

Les Ricins forment un groupe immense, décomposable en un grand nombre de genres. Les uns vivent sur la peau des mammi- . fè-res, les autres sur les oiseaux, et chaque oiseau a son épizoaire particulier. Lorsqu’on tue un canard, un chapon, un pigeon, on ne tarde pas à voir, quelques instants après la mort, des quantités de Ricins du genre Trichodecte sortir rapidement d’entre les plumes et s’avancer vers le bec et les yeux; ils se fixent en ces endroits et y peuvent vivre quelques jours encore.

Ils ne se plaisent pas sur l’homme ; des servantes de ferme que leur service appelait dans les colombiers, des employés de la basse-cour au Muséum, des empailleurs, m’ont assuré que les

Poux des oiseaux qui venaient sur eux mouraient au bout de peu 1 de temps.

ORDRE DES THYSANOUKES.

Les Tiiysanoures (deflûaavct, franges; &ùpà, queue) formaient, pour Latreille, une classe d’insectes qu’il plaçait à côté des Myriapodes (édit. 1806). Ils ont le corps partagé en tête, thorax et abdomen; sont munis de trois paires de pattes articulées, comme tous les insectes, et n’ont que des yeux simples groupés. Ils ne subissent pas de métamorphoses, et portent le plus souvent sur l’abdomen ou à l’extrémité postérieure du corps, des fausses pattes qui leur servent à sauter. La présence de ces appendices • les rapproche, à première vue, des Myriapodes, mais la conformation de la bouche établit entre eux et les Insectes tétra ptères une ressemblance frappante. Sous ce rapport, on peut les partager en deux sections :

Dans la première sont les Lépismes, qui ont un labre, une lèvre inférieure, des mandibules, des mâchoires, et des palpes comme les Névroptères. Fabricius, et, depuis, plusieurs zoologistes, considérant la presque similitude des développements et des pièces buccales dans ces deux ordres, ont regardé les Lépismes comme des Névroptères atrophiés.

Dans la seconde sont lesPoDURELLES. Leur bouche offre assez de ressemblance avec celle des Cochenilles et des Punaises pour les faire ranger, quoique aptères, dans l’ordre des Hémiptères. !

Les Lépismes ont jusqu’à ü et \ 1 millimètres de longueur. Ils habitent les lieux obscurs, sous les pierres, les mousses; on les trouve aussi dans les appartements, dans les armoires humides, les châssis des fenêtres. Ils sont désignés vulgairement sous les noms de Paissons argentes, de Demoiselles d'argent, d eHartes. L’un des plus communs est le Lépisme du sucre. Il se trouve dans les armoires où l’on dépose des mets sucrés.

Les Podurelles sont ces petits animaux à corps allongé, qui se tiennent en très-grand nombre sous le feuillage humide. On en voit aussi sur les bureaux, aux fenêtres, dans les caves, le bois pourri, etc. Lorsqu’on veut les saisir, ils réagissent sur un petit appendice qu’ils portent à l’extrémité de l’abdomen; ce petit appendice se détend comme un ressort, et l’insecte saule à une hauteur assez considérable.

MOLLUSCOIDES.

Les Mollusques, ou Malacozoaires, sont des animaux à corps mou, entourés d’une peau qui les enveloppe à la manière d’un sac, et dans l’épaisseur de laquelle se forme le plus souvent une coquille destinée à les protéger. Leur système nerveux est ganglionnaire, mais non symétrique, souvent coloré : il existe un collier œsophagien analogue à celui des Articulés; les autres ganglions sont disséminés sur le trajet des nerfs qui se rendent aux parties principales du corps.

Le vaste groupe des Mollusques renferme des animaux qui présentent tous les degrés d’organisation que nous ont montrés les animaux étudiés jusqu’à présent, depuis celle si simple de quelques Infusoires ciliés jusqu’à celle des Articulés les plus parfaits. Cependant ils sont tous construits sur le même type ; ils présentent entre eux un air de parenté tel, qu’ils constituent un de nos groupes les plus naturels.

On ne peut les confondre ni avec les Articulés, ni avec les Vers, puisque leur corps ne présente ni anneaux, ni segments, et que leurs membres ne sont pas composés d’articulations.

On les distingue assez facilement des Acalèphes, desPolypes et des Infusoires, car leur corps, leur système nerveux, n’ont pas la disposition rayonnée. Leur tube digestif est complet ; il a la forme d’un U, dont la bouche et l’anus occuperaient les sommets des branches.

Plusieurs auteurs partagent le grand embranchement des Mollusques en deux groupes : 1° les Molluscoïdes, dont le système nerveux est fort peu développé ou semble manquer, qui se reproduisent par des bourgeons et par des œufs ; 2° les Mollusques proprement dits, chez lesquels le système nerveux est bien visible, composé de plusieurs ganglions réunis entre eux par des cordons nerveux, lisse reproduisent au moyen d’œufs seulement.

MOLLUSCOÏDES.

i Moli.usgoi’des ont été subdivisés eu Uryozoaires et en Tuniriers.

Les Bryozoaires sont de tous les Molluscoïdes les plus simples en organisation. Leur corps rappelle celui de quelques Infusoires; il a la forme d’une urne, et s’encroûte d’une matière solide. Orî trouve ces animaux dans la mer et dans les eaux douces; ils vivent en communauté comme les Polypes, formant une colonie qui ressemble souvent à une dentelle grossière. Ils s’attachent k tous les corps solides qui se trouvent dans l’eau ; la coquille des Moules en est souvent tapissée. Leur nourriture consiste en débris de plantes, d’animaux, qu’ils avalent en quantité. Ils ont un tube digestif avec bouche et anus. La bouche est située à la partie antérieure du corps; elle est entourée d’un bourrelet indi\is ou bilobé, sur lequel sont portés des appendices grêles, allongés, non rétractiles, munis de cils vibratiles. Le mouvement de ces cils appelle vers la bouche l’eau et les aliments tenus en suspension; il détermine par conséquent à chaque instant une nouvelle arrivée du liquide et une nouvelle provision d’air dissous nécessaire à la respiration. La bouche ne présente ni dents ni parties cornées; elle sert d’entrée à un tube intestinal dont l’intérieur est garni de cils vibratiles, et qui se courbe en forme d’U, de telle manière que l’anus vient s’ouvrir près de la bouche. Les parties amincies ou renflées de ce tube ont été comparées k celles qu’on voit chez les animaux mieux organisés, et nommées, selon leur position, œsophage, estomac et intestin. Les parois de l’estomac contiennent des utricules hépatiques. Tout l’appareil digestif flotte librement dans une cavité viscérale dont les parois sont aussi tapissées de cils vibratiles, Cette cavité représente exactement le système dit lacunaire des Articulés; elle contient, en effet, un liquide que ses globules caractéristiques ont fait reconnaître pour du sang. 11 n'existe ici aucun vaisseau, aucun organe d’impulsion de ce liquide, et cependant il circule. Le jeu des cils vibratiles le fait monter le long des parois jusqu’aux branehiulcs qui garnissent le bourrelet de la bouche, branchiules qu’il faut regarder comme des organes respiratoires. Là le sang fait son échange avec l’air dissous dans l’eau, puis il revient sur les parois opposées pour fournir aux tissus les matériaux de réparation.

Plusieurs zoologistes admettent que l’eau ambiante peut pénétrer dans la grande cavité viscérale par des fentes que l’animal ouvre k volonté. Il en résulterait dès lors que les Bryozoaires

M0LLUSC01DES.

2Sé

pourraient à leur gré laisser échapper une partie du fluide sanguin et se faire une véritable saignée volontaire.

Le système nerveux est très-simple. 11 consiste en un ganglion cérébroïde qui est placé près de la bouche, et qui envoie des filets nerveux divergents se renflant en certains endroits.

On ne découvre aucune trace d’organes des sens. Les muscles apparaissent assez nettement; ils forment des faisceaux distincts, composés de fibres parallèles, et servent à l’exécution des moun vemenls.

Les Bryozoaires sont sexués. Il y en a de mâles, de femelles et d’hermaphrodites qui, comme chez le Corail, peuvent appartenir à la même colonie. L’ovaire, comme le testicule, a la forme rubanée et est suspendu dans la cavité viscérale. 11 n’y a pas de c> ' pulation. Les œufs sont généralement aplatis et varient de coui: leur selon les genres. A sa sortie de l’œuf, le jeune Bryozoaire l< est dans une enveloppe garnie de cils vibraliles, d’où il sortira plus tard. En la quittant, il sera libre, et nagera jusqu’à ce qu’il il rencontre un obstacle où il se fixera. 11 est à peine fixé, que la ; forme de son corps présente celle du Bryozoaire adulte; cependant il manque d’organes génitaux, aussi n’engendre-t-il d’abord que par voie agame: c’est en bourgeonnant autour de lui qu’il i fournit de nouveaux individus; plus tard, lorsque ses organes génitaux seront développés, il donnera des œufs qui, fécondés : par le sperme des organes mâles, fourniront une reproduction par voie sexuelle.

La peau de ces animaux s’incruste de parties cornées ou cali caires, et, comme ils \ivent groupés, il en résulte une agrégation de masses pierreuses formant une sorte d’enduit sur les objets submergés.

Les Tuniciilrs sont souvent agrégés comme les Bryozoaires, dout ils rappellent la forme et l’organisation. Ils n’ont pas de coquille; leur peau s’encroûte, et contient delà cellulose en trèsgrande proportion. Tous vivent dans la mer, se nourrissent d’infusoires et de débris d’animaux ou végétaux.

Le plus souvent les Titniciers ont la forme d’une outre, et la partie antérieure de leur corps est un trou qui permet à l’eau et aux aliments d’arriver dans une large cavité à parois garnies de cils vihratiles. C’est à travers ces parois que s’exécute la respi-

ration. Le tube digestif flotte dans la cavité viscérale; il prend, dans sa première partie, le nom d’œsophage, s’élargit quelquefois pour constituer un estomac, diminue en diamètre, et forme un intestin assez long qui se recourbe sur lui-même et vient déboucher non loin de la cavité branchiale, dans une autre cavité qui fait ol'lice de cloaque. Le cloaque reçoit en même temps les produits de la génération, et s’ouvre en dehors de manière à rappeler cette forme en II du tube digestif des Mollusques. Les parois stomacales sont colorées en brun ou en jaune par un liquide sécrété dans leur épaisseur au moyen d’utricules dont on fait les représentants du foie.

Le sang, est comme chez les Tuniciers, dans la grande cavité viscérale et dans les espaces laissés entre les organes; mais il existe chez eux un véritable cœur contractile. C’est un tube court, un peu courbé, â parois très-élastiques, ouvert des deux côtés, se contractant alternativement de gauche à droite et de droite il gauche. 11 est placé au-dessus de la première anse intestinale. Dans son voisinage, les lacunes situées à la suite les unes des autres constituent des vaisseaux à parois propres. A l’origine des vaisseaux qui naissent du cœur, on ne trouve pas de valvules; de sorte qu’en se contractant, le cœur peut pousser le sang aussi bien dans un sens que dans l’autre. L’examen direct des faits a démontré que la circulation est alternative, « que ce cœur change de minute en minute son oreillette en ventricule et son ventricule en oreillette, ses artères en veines et ses veines en artères ». Dans l’un ou l’autre cas, le sang est poussé jusque sur les parois de la bouche ou cavité branchiale.

Le système nerveux consiste en un ganglion cérébroïde situé entre les deux ouvertures que nous avons signalées sur le corps des Tuniciers. Il est jaunâtre, ovale, déprimé, envoie quelques nerfs périphériques, et paraît, dans certaines espèces, donner deux branches regardées comme le commencement d’un collier œsophagien.

On pense généralement que les points noirs qui se remarquent au pourtour du trou buccal peuvent être assimilés aux yeux.

Les Tuniciers sont munis de muscles qui leur permettent des mouvements de contraction et d’extension.

Us sont hermaphrodites à l’Age adulte, et, comme lesSpongilles

MOLLUSQUES l'ROPKEMEN'l DITS.

el les Polypes, ils se reproduisent par bourgeons et par œufs.

Dans les Ascidies simples, qui forment un groupe nombreux parmi les Bryozoaires, l’appareil sexuel est double et placé de chaque coté du corps de l’animal. Chaque testicule est formé de petits cæcums blancs qui encadrent l’ovaire distingué parsa couleur noirâtre. Plusieurs conduits déférents font suite au testicule et apportent le sperme dans le cloaque. Chaque ovaire est logé au milieu du testicule; il est pourvu d’un oviduete qui reçoit les œufs et les conduit dans le cloaque au contact des spermatozoïdes. Ces changements que subit quelquefois l’œuf non encore sorti de l’oviducte peuvent faire admettre que la fécondation peut s’effectuer aussi dans l’ovaire.

C’est à ce groupe qu’appartiennent ces curieux animaux connus sous le nom de Biphores, chez lesquels de Chamisso observa le premier les phénomènes des générations alternantes (l).

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