GRENOUILLES
est aplati, triangulaire, couché sur la colonne vertébrale; les nerfs ont à peu près les mêmes usages et la même disposition que chez l’homme. La sensibilité semble cependant émoussée.
Sens. — Les yeux sont gros, au nombre de deux, situés de chaque côté de la tête; le globe oculaire est sphérique et peut être recouvert par deux paupières en bourrelet; il est mu par un muscle en entonnoir qui entoure le nerf optique. On trouve une cornée aplatie, une sclérotique, une choroïde, une rétine, des procès ciliaires; le cristallin est très-convexe, presque sphérique; l’humeur vitrée est peu abondante.
L’oreille des Grenouilles correspond à l’oreillette moyenne et à l’oreille interne des Mammifères. L’oreille moyenne est limitée en dehors par la membrane du tympan, qui est h fleur de tête; les parois sont en partie cartilagineuses; elle forme une caisse dans laquelle s’articulent les osselets de l’ouïe; elle communique avec la gorge par une trompe d’Euslache bien développée. L’oreille interne est formée d’un vestibule et de conduits semi-circulaires; elle contient un liquide dans lequel surnagent des corpuscules calcaires, elle nerf acoustique se ramifie sur ses parois.
L’odorat est peu développé; les narines sont courtes, tapissées par une muqueuse, et reçoivent les ramifications des nerfs olfactifs.
Le siège du goût est dans la bouche. La langue est charnue; elle sert aussi à la préhension.
Le sens du toucher est répandu sur toute la peau et est assez délicat.
Les Grenouilles sont douées de la voix; le court canal qui unit les bronches à la glotte présente latéralementdes replis membraneux qui s’étendent des cartilages aryténoïdes à la partie antérieure du canal; ils font fonction de cordes vocales. Les mâles de certaines espèces portent de chaque côté de la tête une membrane douée d’extension, qui leur permet d’emmagasiner entre elle et la langue une certaine provision d’air arrivant des poumons. Lorsque l’animal coasse, la poche de circonstance s’établit et devient un appareil de renforcement. C’est particulièrement le matin et le soir, en été, que les Grenouilles font entendre leur cri.
Génération. — La génération est ovipare. Les testicules des mâles sont situés dans la cavité ventrale, en arrière, et consistent en deux masses non lobées. Ils sont formés de tubes en cæcums qui viennent s’aboucher dans plusieurs conduits déférents. Ceux-ci traversent les reins et viennent se jeter dans les uretères. Sur le trajet du canal commun, se trouve un diverticulum, une poche sécrétoire regardée comme une vésicule séminale. Il n’y a pas de verge. Les testicules varient de volume suivant les saisons; à l’époque du rut, ils sont trois fois plus gros qu’en d’autres temps.
Les ovaires des femelles sont volumineux, placés dans la région dorsale, de chaque côté de l’intestin. Ils produisent des oeufs qui s’échappent par rupture de l’enveloppe qui les entoure, et tombent dans l’abdomen ; ils sont recueillis ordinairement par les trompes, canaux très-sinueux qui ont pour but de prendre l’œuf dans sa chute et de le conduire dans l’oviducte. Les oviductes sont au nombre de deux, très-grands; leurs parois sont fortes, musculeuses et garnies de glandes qui sécrètent des matières albuminoïdes dont l’œuf s'entoure pendant son passage. Après être restés pendant un certain temps dans les oviductes, les œufs descendent par deux conduits dans le cloaque ; ils sont agglutinés par une matière glaireuse.
11 y a accouplement, mais non intromission du pénis, puisque cette partie manque. Dès le mois de mars, on peut voir les pieds de devant du mâle se garnir d’une verrue papilleuse; son ventreaugmente et traduit l’accroissement du testicule ; le ventre de la femelle grossit et indique l’agglomération desœufs. Le mâle se hisse sur le dos de la femelle, passe ses bras sous les aisselles de celle-ci, croise ses doigts sur la poitrine et la lient étroitement embrassée. Ses bras et ses caroncules grossissent tellement, qu’il lui est impossible de se séparer de la femelle. Ils nagent ensemble; le mâle paraît avoir perdu tout instinct de conservation. Spallanzani a montré qu’on pouvait le torturer de mille façons sans le faire changer de position ; mais si l’on coupe les caroncules du pouce, l’accouplement cesse. Ordinairement il dure pendant quinze à vingt jours, et se termine par la sortie des œufs de la femelle. Le mâle les arrose de son sperme â mesure qu’ils sortent du cloaque. Ces œufs, au nombre de huit à douze cents, sont
déposés dans les eaux dormantes, entourés d’une gangue glaireuse, et constituent le frai des Grenouilles.
Usages. — Les Grenouilles sont employées comme aliment; on ne mange que les muscles des membres inférieurs, qui constituent un mets assez délicat; on en fait aussi du bouillon trèspeu nutritif, qui passe pour rafraîchissant. Elles fournissent des produits pharmaceutiques inusités aujourd’hui.
Ces animaux constituent un véritable trésor pour le physiologiste: ils supportent sans le moindre cri les plus grandes tortures; ils résistent aux opérations qui tueraient infailliblement les autres animaux. Ainsi, on peut leur arracher le cœur, et ils continuent de vivre encore pendant douze heures au moins; le viscère lui-même détaché continue ses battements; ils jouissent d’une force de réintégration très-grande. C’est sur les Grenouilles que les plus belles découvertes de la physiologie ont été faites: c’est en opérant avec des Grenouilles que Spallanzani démontra l’utilité du sperme dans la fécondation ; que William Edwards prouva expérimentalement que la combustion ne se fait pas dans le poumon, et que l’acide carbonique existe tout formé dans le sang veineux ; que Galvani découvrit la science nouvelle qui porte son nom. C’est sur les Grenouilles qu’on peut le plus facilement vérifier les propriétés des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs, qu’on peut étudier les phénomènes de la circulation capillaire, les effets des poisons, effets ralentis par la résistance de l’animal h la mort, etc.
Les Grenouilles qui sont employées habituellement chez nous sont :
La Grenouille rousse ou muette ( Rana temporaria, L.), qui se reconnaît facilement h l’extérieur par la tache noire ou brun foncé qui recouvre les tempes. Les mâles n’ont pas de sacs vocaux externes, le tympan est bien distinct. On la trouve dans toute l’Europe.
La Grenouille verte ou commune ( Rana viridis, Rœsel), qui est essentiellement aquatique. Elle a le dos vert, parcouru r par trois raies jaunes. Le ventre est jaunâtre. Les mâles ont des sacs vocaux très-grands.
Ces deux espèces de Grenouilles passent l’hiver enfouies dans
la vase el groupées ; leur respiration est si peu active, que leur température s’abaisse avec le milieu ambiant, et Hearle (1) cite des exemples de Grenouilles complètement gelées, qu’on pouvait ; casser comme de la glace, mais qui reprenaient la vie aussitôt qu’on leur donnait une douce chaleur. Elles se réveillent au . printemps, Lorsqu’on les saisit, elles laissent ordinairement échapper un jet d’urine.
11 ne faut pas confondre avec la Grenouille verte le petit animal connu sous le nom de Rainette (ffyla viridis, L. ), ou Graisset. Tandis que les Grenouilles ont les doigts effilés, les • Rainettes portent à l’extrémité de ces parties une pelote, un disque élargi qui leur permet de monter aux arbres, aux buis- • sons, sur lesquels elles cherchent leur nourriture. Elles descen- • dent ii l’eau pour y déposer leurs œufs; elles ont un cri particulier. Ce sont ces petits animaux qu’on enferme dans des carafes ■ pour s’en servir en guise de baromètre.