‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 96 sur 155 · GRENOUILLES · texte numérisé non relu

GRENOUILLES

Les Grenouilles ( Bana , L.) sont, k l’âge adulte, dépourvues de queue et munies de quatre membres. Elles ont la peau nue, les formes sveltes; la tête triangulaire, aplatie; les membres postérieurs sont très-allongés et munis de cinq doigts plus ou moins palmés-; les membres antérieurs sont beaucoup plus courts et se terminent par quatre doigts libres, le pouce étant rudimentaire; la mâchoire supérieure et le palais portent de petites dents. Les Grenouilles ne sont pas toujours dans l’état qui vient d’être décrit, elles subissent des métamorphoses complètes. En sortant de l’oeuf, elles portent le nom de Têtards : elles ont, en effet, la forme d’un petit Poisson à partie antérieure renflée ; elles n’ont pas de membres, et respirent par des branchies externes; quelques jours après, elles respirent par des branchies internes. Peu à peu les formes changent, les pattes postérieures apparaissent, puis les pattes antérieures; de grands changements s’opèrent à l’intérieur sur le tube digestif, qui devient plus court; sur les branchies, qui s’atrophient pour faire place aux poumons; enfin la queue disparaît totalement.

Squelette. — Les Grenouilles adultes possèdent un squelette osseux. La colonne vertébrale est formée de neuf vertèbres k corps concave en avant et convexe en arrière. La première, l’atlas, s’articule avec le crâne au moyen de deux facettes, elle ne porte pas d’apophyses ; les autres sont munies d’apophyses transverses très-longues et d’apophyses épineuses très-courtes ; la neuvième fait office de sacrum, elle supporte les os des iles. A sa suite est un os long articulé avec elle k la manière d’un coccyx; mais il en diffère en ce qu’il ne dépasse pas le bassin.

La tête, osseuse, est formée par la réunion de vingt-huit os (Cuvier); la mâchoire inférieure s’arliculeavec le crâne et est formée de huit os, quatre pour chaque moitié. Les deux médians sont, pour Dugès, l’operculo-angulaire et le surangulaire ; les deux extrêmes sont l’operculaire et l’articulai re. Cel ui-ci, qui fait l’articulation avec le crâne, est toujours cartilagineux. Les côtes sont rudimentaires, le sternum existe. L’épaule est formée par

l’omoplate décomposée en plusieurs os, et par la clavicule. L’humérus s’articule sur l’épaule; le cubitus et le radius, qui forment l’avant-bras, sont soudés en un seul os. Le carpe est formé de trois rangées : la première n’a que deux os; la seconde en possède trois, dont le plus grand porte un rudiment de pouce; la troisième rangée, composée de trois os également, porte les phalanges; il n’y en a qu’une au pouce, deux aux deux doigts qui suivent, trois aux deux autres.

Les os iliaques sont très-allongés; ils sont composés de trois os : les iléons très-longs, les pubis et les ischions très-courts. Le fémur est allongé et présente deux courbures. Le tibia et le péroné, qui forment la jambe, sont réunis dans toute leur étendue. On les a pris quelquefois pour un fémur; mais l’erreur est impossible, si l’on remarque qu’ils ne s’articulent pas avec le

bassin. L’astragale et le calcanéum sont allongés, et affeclent entre eux une disposition presque analogue â celle des os de la jambe des Mammifères. Ils sont suivis de quatre cunéiformes; six os constituent, le métatarse. Les orteils sont ainsi composés : le premier et le second ont chacun deux phalanges, le suivant en a trois, le quatrième en a quatre, les deux autres sont composés comme le troisième.

Les Grenouilles, étant très-agiles, ont des muscles longs et puissants; ceux de la cuisse particulièrement sont très-développés : ils donnent à cette partie du corps quelque ressemblance avec les cuisses de l’Homme.

A l’état de Têtards, les Grenouilles se nourrissent de végétaux et vivent dans l’eau ; à l’âge adulte, elles en sortent souvent pour se tenir sur les bords des étangs, des bassins, des ruisseaux, ou même dans les moissons. Elles se nourrissent de vers, d’insectes et d’autres petits animaux.

Tube digestif. — La bouche de la Grenouille est limitée en avant par deux mâchoires, dont l’une, l’inférieure, est seule mobile. Les bords de la mâchoire supérieure et la voûte palatine portent de petitesdenls. Lalangueestcharnue,protractile,portéesur l’os hyoïde, tout à fait au bord de la bouche; elle est naturellement dirigée en arrière, mais peut se déverser en dehors, ce qui a lieu lorsque la Grenouille s’empare de sa proie. Le fond de la bouche est bien différent de celui des Poissons : il présente deux ouvertures, une pour la communication avec l’oesophage, l’autre ; pour la communication avec les poumons; on trouve aussi sur i le palais des ouvertures pour la communication avec les fosses nasales, et d’autres pour la trompe d’Eustache. L’œsophage est un canal court, qui débouche dans un estomac sans cul-de-sac, dilaté à son origine, rétréci et recourbé un peu vers le pylore. Les parois de l’estomac sécrètent un liquide assez abondant. Cet organe est suivi d’un intestin très-long et enroulé en cor dechasse chez le Têtard qui est herbivore, très-court, ayant à peine deux fois la longueur du tronc chez la Grenouille adulte, qui est carnivore.On peut le diviser en petit et en gros intestin ; ces deux portions sont séparées par la valvule iléo-cæcale. Enfin le rectum débouche â l’anus, situé â la partie postérieure et inférieure du tronc. Les Grenouilles n’ont pas de glandes salivaires; le foie est bocquillon. 17.

gros, placé près de l’estomac, divisé en deux lobes; il est muni d’une vésicule du fiel, et son conduit excréteur se jette dans la I partie supérieure de l’intestin. Le pancréas est volumineux et entoure le conduit biliaire ; le suc pancréatique est mené jusque dans l’intestin par un canal particulier. Toutes ces parties sont rattachées entre elles par les divisions du péritoine.

Le système des vaisseaux chylifères et lymphatiques est bien développé, et il présente de nombreux rapprochements avec le système circulatoire dit lacunaire des Invertébrés. En effet, les vaisseaux qui le forment n’ont pas toujours le môme calibre; ils i présentent des évasements, des rétrécissements, selon qu’ils se trouvent libres ou comprimés entre deux organes ou deux mus- I; clés. Ils montrent dans les parties centrales du corps des renflements bien limités, connus sous les noms de citernes et de i cœurs lymphatiques. Les premières ont pour parois de simples j membranes et sont traversées par des vaisseaux sanguins ; les seconds sont formés par des parois musculaires contractiles. Une I des citernes, celle qui loge l’oesophage, reçoit le tronc des lvm- i phatiques de l’estomac; une autre, celle qui contient dans sa ; cavité l’aorte, la veine cave, reçoit une partie des lymphatiques i de l’intestin, des organes génitaux, etc. Deux cœurs lymphatiques ■ antérieurs sont situés de chaque côté du cou, ils débouchent ; dans les veines jugulaires; deux autres, postérieurs, sont h la partie antérieure et dorsale des cuisses, et communiquent avec I les troncs veineux voisins; ils reçoivent la lymphe des membres postérieurs et de la région lombaire. Les conduits qui amènent ce liquide sont munis de valvules à leur embouchure. Les cœurs lymphatiques ont pour but de chasser leur contenu dans le système veineux, comme le cœur proprement dit chasse le sien dans les artères.

Sang, circulation. — Le sang des Grenouilles renferme des J globules elliptiques avec un noyau intérieur; leur grand diamètre mesure de millimètre, et le petit n- On profite de celte grosseur relative des globules, et de la transparence que présente la membrane interdigitale ou le mésentère, pour observer, h l’aide d’un microscope d’un faible pouvoir amplificateur, le curieux phénomène de la circulation. On trouve aussi des globules blancs; ils sont ü peu près sphériques et n’ont que ttt de millimètre de diamètre.

Le cœur est situé derrière l’appareil hyoïdien, placé dans un péricarde auquel il est rattaché postérieurement par un ligament. Il est composé de deux oreillettes et d’un ventricule. Les oreillettes ont des parois minces, elles sont peu developpees; 1 oreillette droite reçoit le sang veineux de tout le corps, 1 oreillette gauche reçoit le sang artériel qui vient des poumons. Le ventucule est musculeux, fort; il communique avec les oreillettes par les ouvertures auriculo-ventriculaires munies de valvules, reçoit le sang veineux de l’une en même temps que le sang artériel de l’autre, et lance le mélange dans une artère aorte. Ce gros canal est uni au ventricule par le détroit de Haller, rétrécissement qui fait suite au ventricule, et par le bulbe aortique, renflement dont l’intérieur est cloisonné imparfaitement, et semble former deux canaux. L’aorte, d’abord unique, se divise sur les côtes du cou en deux troncs ou crosses qui divergent, et viennent plus loin se réunir en un seul vaisseau sous le nom ù'aorte dorsale ; ce vaisseau descend le long du dos, donnant des artères qui se ramifient dans toutes les parties du tronc et des membres supérieurs. Le sang artériel des membres supérieurs, du cou et de la tête est porté par des artères nées des crosses aortiques. Toutes les parties du corps reçoivent donc, non du sang artériel pur, mais du sang mélangé.

Les artères pulmonaires naissent aussi du tronc primitif; elles sont peu développées, vont se ramifier dans les poumons, auxquels elles portent un peu de sang mélangé. Là ce liquide devient artériel et est ramené à l’oreillette gauche par les veines

pulmonaires.

Le sang artériel, parvenu aux extrémités des artères dans toutes les parties du corps, s’engage dans les capillaires, où s effectuent plus particulièrement les phénomènes intimes de nutrition, et passe dans les veines pour revenir au cœur. Toutes les veines de la tête, du cou, des membres supérieurs, se réunissent pour former deux veines caves supérieures qui se jettent dans l’oreillette droite. Celles des parties postérieures se groupent aussi en deux troncs principaux : l’une, la veine abdominale, devient une veine porle du foie, dans lequel elle se jette et se ramifie; l’autre, qui devient une veine porte rénale, se jette dans le rein et s’y ramifie également ; elle se reconstitue à la

sortie de ces organes, et va, sous le nom de veine cave ventrale, se jeter dans l’oreillette droite. Avant son embouchure, elle reçoit les veines efférentes hépatiques. Une partie de la veine abdominale vient se jeter directement dans l’oreillette, sans entrer dans le foie.

Ainsi, chez la Grenouille, la circulation est double. Dans la petite circulation, le sang parti du coeur va par l’artère pulmonaire aux poumons, y devient artériel, et retourne au cœur par les veines pulmonaires, qui le déposent dans l'oreillette gauche. Dans la grande circulation, le sang est lancé par le ventricule et l’aorte dans toutes les parties du corps, s’engage dans les capillaires, et revient par les veines sejjeter dans l’oreillette droite.

La disposition des vaisseaux, le mécanisme de la circulation ne sont pas les mômes à toutes les époques de la vie. A la naissance, la respiration s’effectuant par la peau, il existe un réseau vasculaire cutané très-riche. A la deuxième époque delà vie, c’est-à-dire lorsque la respiration a lieu par des branchies externes, la circulation est absolument la même que chez les Poissons; l’aorte, qui fait suite au bulbe aortique, se partage en une double série de quatre crosses qui, après avoir contourné le tube digestif, vont reconstituer sur le dc^ une artère dorsale. Les trois premières paires de crosses envoient un tronc secondaire dans les branchies, tronc secondaire qu’on peut appeler artère branchiale, et le sang revient à la crosse par une veine branchiale. A la troisième période, lorsque les branchies internes se sont établies, la partie externe de l’artère et de la veine branchiales s’atrophie peu à peu, la partie interne donne des ramifications qui se développent en même temps que les branchies internes.

Lorsque les poumons se constituent et que les branchies existent encore, une paire d’artères pulmonaires fort peu développées, nées d’un tronc aortique, se rendent aux poumons, et des veines rapportent directement le sang de ces organes au cœur.

Enfin, à la quatrième période, les poumons sont les seuls organes de respiration, les capillaires des branchies disparaissent avec ces organes, et la communication directe s’établit entre les deux portions de la crosse aortique.

Respiration. — Au premier jour de la naissance, la Gre-

nouille respire par la peau; quelques heures après, deux petits bourgeons se montrent sur les côtés du cou, c’est le commencement des branchies externes. En effet, ces petits bourgeons s’allongent bientôt, se divisent en houppes, et se garnissent de cils vibratiles dont le jeu renouvelle continuellement l’eau ambiante, et par conséquent l’air qui y est dissous. A mesure que les branchies externes s’atrophient, des branchies internes se développent sur les quatre arcs branchiaux; celles-ci n’ont pas de cils vibratiles, elles sont recouvertes par un repli de la peau qui fait office d’opercule. Les branchies internes, sont comme enfermées dans une cavité limitée d’un côté par l’appareil hyoïdien, de l’autre par le voile cutané. L’eau entre par la bouche, passe par les fentes qui existent entre les arcs hyoïdiens ou branchiaux, baigne les branchies internes, et s’échappe par une ouverture située sous l’opercule, à la paroi inférieure de la cavité branchiale. Pendant que les branchies internes s’atrophient, les poumons se développent. Ce sont deux poches membraneuses, ovoïdes, suspendues presque direciement au pharynx et se prolongeant dans la cavité abdominale. Vus ü l’extérieur, les poumons montrent à leur surface des facettes assez larges qui traduisent l’existencede cloisonsà l’intérieur, desorte que le tissu estun peu aréolai re ; ils peuvent se gonfler fortement par l’insufflation. Ils communiquent avec l’arrière-bouche par deux tubes membraneux très-courts ou bronches, qui eux-mêmes sont unis à la glotte par un vestibule cartilagineux. Les narines communiquent avec la bouche par deux trous placés à l’entrée sur la voûte palatine.

Les Grenouilles, n’ayant pas de diaphragme, n’ayant que des côtes rudimentaires, ne peuvent, comme l’homme, appeler l’air du dehors dans leurs poumons par la dilatation de leur thorax; elles y poussent l’air par déglutition. A cet effet, elles abaissent d’abord l’hyoïde, qui fait le plancher du pharynx, et augmentent par conséquent la capacité de cette cavité; l’air s’y introduit par les narines; il ne peut revenir sur le chemin parcouru, caria langue s’applique contre le palais et s’oppose atout reflux. Les muscles de la gorge se contractent en ce moment; l’air se trouve porté en arrière, en face de la glotte, qui s’ouvre et le laisse passer dans les poumons. C’est parce qu’on empêche les mouvements

de déglutition qu’on asphyxie une Grenouille en lui ouvrant la bouche, tandis qu’une incision des parois de l’abdomen ne 1 trouble en rien la respiration.

L’air arrive dans les poumons, passe à travers les parois des capillaires, et se dissout dans le sang, auquel il communique ses • propriétés vivifiantes. Ce liquide était veineux, il devient arté- i riel. Ce changement est le résultat d’un échange entre l’air atmosphérique et les gaz du sang veineux. Ceux-ci, dangereux pour la vie, ont besoin d’être chassés du poumon; l’acte qui les expulse est l’expiration.

A cet effet, le poumon dilaté revient sur lui-même et chasse à la manière d’un soufflet l'air expiré.

Lorsqu’on remarque que les parties du corps des Grenouilles • j ne sont alimentées que par du sang mélangé, que ce sang . mélangé n’arrive qu’en très-petite quantité aux poumons, on se rend bien compte de la persistance de la vie de ces animaux, ou d’animaux semblables, dans des espaces très-peu aérés. Les combustions sont excessivement faibles, aussi la température du corps est-elle très-peu supérieure au milieu ambiant. La peau est éminemment poreuse, et contribue aussi à la respiration, même dans l’âge adulte.

Sécrétions. — Les reins des Grenouilles sont logés dans la région lombaire; ils sont au nombre de deux, gros, oblongs, ; placés l’un contre l’autre. Ils ont une veine porté particulière. ; Les corpuscules de Malpighi sont visibles à l’œil nu ; les vaisseaux î urinifèresse réunissent pour constituer des uretères qui, chez la femelle, s’ouvrent dans la dernière partie de l’intestin ou cloa- < que, tout près de l’embouchure des ovkluctes ; chez le mâle, les I uretères reçoivent d’abord les produits des canaux excréteurs des I testicules, et vont déboucher plus loin dans le cloaque. Chez le mâle, comme chez la femelle, il existe une vessie urinaire, mais s elle n’est pas continue avec les uretères : c’est un diverticulum du cloaque où l’urine va s’emmagasiner. L’urine est peu fluide, <• elle contient de l’urée.

Système nerveux. — Le système nerveux a quelque ressemblance avec celui des Poissons. Les hémisphères cérébraux sont allongés, étroits; les lobes olfactifs semblent les continuer en avant; les tubercules bijumeaux sont très-gros; le cervelet

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