FRACTURES DANS LE RACDITISME
le nom de tissu ostéoïdc. Nous avons vu (p. 261) que le tissu ostéoïde de Vircliow peut constiluer des tumeurs. Les coupes de ce tissu, perpendiculaires à l'axe de l'os, colorées par le carmin et traitées par l'acide acétique, montrent des figures étoilées qui se continuent dans toute l'épaisseur de la préparation avec leur apparence anastomotique, aussi bien dans les travées réfringentes que dans les portions qui ont l'aspect du tissu conjonctif ordinaire (voy. fig. 208). Dans les travées réfringentes, la figure étoilée paraît plus volumineuse et possède des contours plus nets. C'est là tout ce que nous savons sur l'histologie de ce singulier tissu.
Lorsque le rachitisme est 1res avancé dans un os, on trouve, audessous du tissu ostéoïde, des lames minces emboîtées formant des cylindres complets autour de l'os et séparées les unes des autres par du tissu conjonctif mou et vasculaire. Ces lames, qui sont lormées de tissu osseux véritable, sont elles-mêmes spongieuses, et les cavités qu'elles recèlent sont remplies de tissu connectif jeune. Cette forme singulière résulte d'une transformation fibreuse de la moelle ancienne, avec résorption partielle de l'os déjà formé et aussi d'une ossification sous-périostique incomplète.
A mesure que la maladie progresse, la moelle des canaux de Havers subit la transformation fibreuse dans toute l'épaisseur de la partie compacte de la diaphyse ; en même temps, les travées osseuses se résorbent, et les cellules osseuses, devenues libres, viennent s'ajouter aux cellules médullaires.
Un os qui a subi ces dernières modifications a perdu une partie de sa résistance; il peut se laisser courber sous le poids du corps, subir des fractures incomplètes, et même complètes, avec la plus grande facilité.
Dans les fractures des os rachitiques, le cal est entièrement composé par un tissu ostéoïde analogue à celui qui se forme sous le périoste, et I il ne possède pas de cartilage. Ces cals de tissu ostéoïde sont habituellement très volumineux. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance de cette néoformation accidentelle entièrement semblable à celle qui se produit sous le périoste dans le cours naturel de cette maladie. Dans le rachitisme, nous avons observé des cals déjà anciens, mais recueillis alors que la maladie était en progrès, et ils étaient constitués par du tissu ostéoïde, sans qu'il se fût formé de tissu osseux vrai.
On ne connaît pas encore les phénomènes histologiques qui se
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produisent dans les os rachitiques, lorsque la guérison survient. On a bien affirmé que la guérison avait lieu par un simple apport de sels calcaires; mais c'est là une hypothèse qui ne s'appuie sur aucune observation histologique, et qui n'est pas en rapport avec ce que l'on sait des phénomènes de l'ossification physiologique.
§ 9. — Lésions syphilitiques des os chez les nonvean-nés.
Nous avons fait connaître en -1865 la disjonction des épiphyses chez les nouveau-nés syphilitiques, et étudié les lésions histologiques qui la déterminent. En 1869, Wegner a complété ces premières recherches qui ont été étendues par M. Parrot.
Chez les enfants syphilitiques, dans les premiers mois qui suivent la naissance, il survient parfois une disjonction complète des épiphyses à la ligne d'ossification, sans que d'habitude l'enveloppe fibreuse de Fos (périchondre, périoste, fibres arciformes) ait subi de solution de continuité.
Dans le cas de disjonction des épiphyses que nous avons observé, nous avons reconnu, sur les coupes faites suivant l'axe de Tos, que le tissu ossiforme qui, à l'état physiologique, constitue simplement une couche mince, présentait une certaine épaisseur. Ce tissu ossiforme était constitué par les travées directrices du cartilase infiltré de sels calcaires, sans qu'il se fût formé de tissu osseux vrai. On conçoit que la friabilité de l'os à ce niveau soit d'autant plus grande que cette couche formée de travées cartilagineuses est plus épaisse, et qu'une disjonction puisse se produire sous l'influence des mouvements et du poids du corps.
Telle était, pensions-nous, la véritable cause de ces fractures. Wegner, dans un travail plus récent, a soutenu une manière de voir bien différente. Il pense que le travail initial consiste dans une infiltration calcaire exagérée du cartilage en voie d'ossification; que celte infiltration détermine la mort des parties envahies; que celles-ci réagissent comme des corps étrangers sur les tissus voisins restés vivants et y déterminent de l'inflammation. Sous l'influence de l'inflammation, il se formerait du tissu embryonnaire, et la résorntion paitielle de l'os amènerait une solution de continuité, une disjonction de l'épiphyse. Wegner a appliqué ainsi à cette intéressante question une manière de voir analogue à celle que nous avions déjà formulée relativement au processus de la carie. Nous croyons encore aujourd'hui que notre première interprétation doit être conservée.