DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE DES MUSCLES
strialion transversale est beaucoup moins nette et peut même avoir disparu. Ces détails se voient lorsqu'on examine un faisceau musculaire altéré avec un grossissement supérieur à 250 diamètres; avec un grossissement plus faible, on n'apprécierait rien autre chose que l'état granuleux et l'opacité du faisceau.
Le sarcolemme a conservé sa transparence, ainsi qu'on le constate facilement lorsque la substance musculaire, déchirée en un point, s'est rétractée. Les noyaux musculaires sont également conservés. Le protoplasma qui les entoure est granulo-graisseux, et même c'est au voisinage des noyaux et dans ce protoplasma que commence la dégénérescence.
Il est très probable que des faisceaux ayant subi la transformation graisseuse peuvent revenir à leur état physiologique, si l'on en juge par ce qui se passe chez les grenouilles, où, pendant l'hiver, un grand nombre de faisceaux sont graisseux, tandis que, dans l'été, ils reviennent à l'état normal. Mais, chez l'homme et dans les maladies, le plus souvent, les faisceaux qui ont subi cette altération se détruisent par un mécanisme dont on^peut suivre les différentes phases. Les granulations graisseuses deviennent de plus en plus abondantes, les faisceaux sont opaques, on n'y distingue plus de striation, et, à la fin du processus, la gaine sarcolemmique est remplie d'un magma informe contenant une grande quantité de granulations graisseuses. Celles-ci disparaissent peu à peu, pour ne laisser, finalement, que le sarcolemme revenu sur lui-même. C'est principalement dans les tumeurs des muscles et dans le cal, lorsqu'il a envahi le tissu musculaire, que l'on peut suivre ces modifications en détail.
Dans les paralysies infantiles et dans l'atrophie musculaire progressive, les faisceaux musculaires disparaissent aussi, en totalité ou en partie, sous l'influence de la dégénérescence graisseuse. On rencontre également la transformation graisseuse des muscles dans les fièvres, dans l'infection purulente. Elle est très prononcée dans les inflammations raétastatiques des muscles. Par contre, dans les cas d'infarctus blancs consécutifs à l'oblitération artérielle par une embolie, nous avons rencontré les faisceaux musculaires sans transformation graisseuse. Dans les plaies qui comprennent des muscles, on trouve parfois, dans le tissu embryonnaire qui en occupe le fond, quelques fibres en dégénérescence graisseuse. Mais un peu plus loin, bien qu'il y ait entre les faisceaux musculaires une produc-
tion assez notable de cellules nouvelles, les" faisceaux ne sont pas dégénérés.
Dans les empoisonnements par le phosphoi'e, l'arsenic, etc., la dégénérescence graisseuse des muscles est très prononcée.
Dégénérescence pigmentaire. — On trouve, dans le muscle cardiaque, à l'état physiologique, mais seulement à l'état pathologique dans les autres muscles, des granulations arrondies ou anguleuses, colorées en brun plus ou moins foncé, siégeant sous le sarcolemme ou dans l'épaisseur même de la substance musculaire. Ces granulations pigmentaires proviennent vraisemblablement d'une transformation de la matière colorante des muscles qui est analogue à celle du sang et que l'on désigne sous le nom d'hémoglobine musculaire.
Cette transformation de l'hémoglobine musculaire en pigment se produit lorsque le muscle est frappé de mort dans l'organisme vivant (le cœur étant, bien entendu, excepté), par exemple dans les infarctus, dans les abcès métastatiques. Les fœtus qui ont séjourné, après leur mort, pendant quelques semaines dans la cavité utérine, montrent aussi des granulations pigmentaires dans leurs muscles.
TR.4.NSF0RMATI0N VITREUSE. — Nous avous déjà indiqué cette dégénérescence à la page 71 , et nous lui avons donné le nom de transformation vitreuse, qui nous paraît préférable à celui de transformation cireuse, donné par Zenker qui décrivit le premier cette lésion. Il ne faut pas confondre cette altération des muscles avec une modification de la fibre musculaire produite par le mode de préparation. Lorsqu'on enlève, en effet, un fragment de muscle à un animal vivant ou que l'on vient de sacrifier, les faisceaux reviennent sur eux-mêmes et forment des masses réfringentes dans lesquelles on ne distingue pas de striation ou seulement une striation extrêmement fine, que l'on no peut reconnaître qu'avec un fort objectif et on ombrant le champ du microscope. Lorsque l'on étend la langue d'une grenouille vivante avec des épingles, comme on le fait d'habitude pour étudier la circulation du sang dans cet organe, il arrive le plus souvent que, sous l'influence de la traction, des libres musculaires ont été rompues et forment des masses réfringentes. A l'aide des caractères quo nous allons présenter, on ne confondra pas la dégénéi'oscence vitreuse avec ces modifications tout accidentelles.
l/a!lération vitreuse consiste dans une transformation de la substance musculaire qui perd sa striation, devient hyaline et acquiert