I. Infiltration uratique
La présence des urates à l'état solide, sous forme de granulations cl de cristaux, ne se rencontre physiologiquement que dans les urines ; encore faut-il qu'elles aient été refroidies. Chez les enfants nouveau-nés cependant on trouve très souvent, dans les tubes droits du rein, des urates amorphes, colorés en rouge-brique par le pigment urinaire, et visibles à l'œil nu sous forme de petites lignes rouges. On fait sortir ces concrétions des canaux droits en pressant latéralement sur les pyramides de Malpighi. Le dépôt uratique s'effectue alors dans les cellules épithéliales du rein et dans le calibre des tubes urinifères.
Au microscope les urates se présentent tantôt sous la forme de granulations très fines qui par leur réunion figurent comme un nuage, tantôt sous la forme de granulations globuleuses réfringentes, ou bien sous la forme de cristaux en aiguilles. L'acide urique peut être combiné à la magnésie ou à la chaux ; mais le plus habiluel-
FiG. -41. — Coiipo :"i travers un cartilage articulaire infiltré d'uratc de soude chez un goutteux. — p, surface articulaire du cartilage; v, urate de soude en forme d'aiguilles; o, cellules cartilagineuses. — Grossissement de 200 diaraèlrcs.
lement il est uni à la soude. Les urates sont décomposés par les acides même les plus faibles, et alors l'acide urique soluble à l'état naissant se concrète en cristaux d'abord rhomboédriques ; bientôt, à
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mesure que les cristaux d'acide urique s'accroissent, leurs deux angles obtus sont coupés par des lignes parallèles, et l'on a sous les yeux des lames hexagonales, puis les formes si variées que montre l'acide urique en raison de sa dissymétrie moléculaire.
L'acide urique et les urales peuvent se concréter comme les autres sels que l'urine contient à l'état normal et pathologique, et constituer des calculs des voies urinaires.
Dans la goutte, les urates sous forme de granulations ou de cristaux se déposent dans les cartilages, les os, les synoviales, les tendons, la peau et les reins. Partout, le dépôt se fait primitivement dans les cellules qui servent de centre d'où émanent les cristaux libres. Ceux-ci pénètrent aussi dans la substance fondamentale voisine, sans que des substances résistantes ou de composition différente leur fassent obstacle.
L'apparition primitive de l'infiltration uratique dans les cellules
FiG. 42. — Dissolution des urates par l'acide acétique. — c, capsule et cellule de cartilage licris:!<'r; de cristaux en aiguilles; ces cristaux disparaissent les premiers, puis dans les figures c', c", c'", l'urate de soude est peu à peu dissous pendant que se forment des cristaux d'acide urique u. (Figur& en partie schématique.)
démontre bien que celles-ci jouent un rôle actif, même dans ces phénomènes de simple dépôt. Le processus de l'infiltration uratique diffère donc essentiellement de la calcification, car celle-ci s'effectue toujours primitivement dans la substance fondamentale.
J. Lésions causées par un excès de nutrition des cellules et des tissus.
Lorsque les matériaux nutritifs arrivent en plus grande abondance aux éléments et aux tissus, surtout dans les cas d'irritation, on voit se passer dans les cellules les phénomènes suivants . le noyau, qui dans certains cas était atrophié, à peine visible, s'hypertrophie; le nucléole devient apparent; le protoplasma se gontle et se charge de sucs ; la cellule tout entière, qui était allongée, aplatie ou très irré-
IIYPKllTROPHIE PAR EXCÈS DE NUTRITION. (S7
gulièrc, tend à prcndro la forme globuleuse. Gel: étal diirèrc de l'inlillralion séreuse ou albumineuse des éléments, lésion en quelque sorie passive et dont nous avons déjà parlé, en ce que les phénomènes de uiilrilion en excès s'accnsent par une activité propre exagérée des cellules bientôt suivie en général de leur multiplication. Les exemples de cette hypernulrition des cellules fourmillent à l'état physiologique pendant la période de développement. C'est ainsi que les cellules de cartilage deviennent très volumineuses au voisinage des points d'ossification; c'est ainsi que les cellules musculaires de l'utérus et les faisceaux musculaires du cœur s'hypertrophient pendant la gestation; c'est ainsi que les cellules épithéliales de la glande mammaire deviennent beaucoup plus volumineuses à la fin de la grossesse.
Les exemples pathologiques les plus saillants de ces hypertrophies des éléments par excès de nutrition sont ceux tirés des faits observés dans le tissu conjonctif de l'adulte. Ce tissu présente, en effet, à l'état normal, des cellules plates extrêmement minces, qui, sous l'influence d'une irritation pathologique, montrentbientôtun noyau volumineux et un protoplasma granuleux et bien développé.
Toute cellule irritée, qu'elle appartienne au cartilage, aux tendons, à l'épithélium, etc., présente des phénomènes analogues. Dans les hypertrophies des muscles par excès de nutrition, telles qu'on les observe après tout travail exagéré, dans les hypertrophies du cœur, par exemple, la majorité des auteurs supposent que les faisceaux musculaires sont augmentés de volume. Cette supposition est très probable ; mais cependant nous ferons remarquer que rien n'est difficile comme l'appréciation du diamètre d'un faisceau musculaire, parce que ces faisceaux sont constitués par une substance molle et élastique, et que leur contraction ou leur allongement s'accompagnent de modifications de leurs diamètres. Suivant les méthodes employées pour en faire l'examen microscopique, on obtient des résultats très différents.
Les hypertrophies des cellules par excès de nutrition conduisent directement à l'étude de leur multiplication pathologique, étude qui fera le sujet du chapitre suivant.