‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 34 sur 199 · PIGMENTATION DES ÉLÉMENTS ET DES TISSUS · texte numérisé non relu

PIGMENTATION DES ÉLÉMENTS ET DES TISSUS

1" La graisse larvée peut devenir apparente sous l'influence d'une gêne ou d'un arrêt de la nutrition.

'2" Il peut y avoir un apport plus considérable de graisse par le sang, qui en contient du reste toujours à l'état physiologique.

3° Il peut y avoir une élaboration plus active de la graisse par les cellules, propriété qui parait démontrée pour les cellules du cartilage éloignées de la circulation sanguine.

4° La graisse arrivée dans les éléments n'est pas résorbée par les vaisseaux. En effet, lorsque la circulation est activée, la graisse déjà existante dans les cellules disparaît très facilement, comme cela arrive dans les inflammations ou dans l'amaigrissement causé par les fièvres. Nous reviendrons, du reste, à propos de chaque cas particulier, sur les phénomènes si importants de la dégénérescence graisseuse et sur leur explication physiologique.

G. Pigmentation des éléments et des tissus.

Sous le nom de pigmentation des éléments et des tissus, on comprend des altérations extrêmement variées qui consistent dans la production de granulations colorées en rouge, en brun, en jaune, en noir, dans les cellules et les tissus. Ces granulations colorées peuvent venir toutes formées du dehors, comme on l'a observé pour le charbon végétal ; elles peuvent provenir d'une matière colorante dissoute, inllltrant une cellule et s'y concrétant comme cela s'observe pour la matière colorante du sang ou de la bile; enfin, des grains colorés peuvent être élaborés par la cellule elle-même.

FiG. 3S. — Pigmentation des éle'ments des cracliats.

La pénétration de particules de charbon est bien établie par la pigmentation noire des cellules des crachats, lorsqu'on a respiré l'air chargé de la fumée d'une lampe. Traube a vu dans l'intérieur des cellules épithéliales du poumon des particules de charbon, bien caractérisées par les canaux poreux des cellules végétales. Dans le&

80 GÉNÉRALITÉS SUR l'iIISTOLOGIE PATHOLOGIQUE.

conditions où nous vivons, tout poumon d'adulte contient plus ou moins de charbon dans ses cellules et dans son tissu conjonctii'. Autrefois, lorsqu'on trouvait des corpuscules étrangers dans l'intérieur des cellules, on expliquait leur présence en supposant une formation cellulaire qui enveloppait les particules colorées primitives; c'est ainsi que Kôlliker expliquait les grandes cellules qui, dans la rate, contiennent des globules rouges du sang. On sait aujourd'hui que les cellules qui sont uniquement formées de protoplasma et qui sont douées de mouvements amiboïdes peuvent englober directement les granulations et les petits fragments qui se trouvent dans leur voisinage.

La pigmentation physiologique des cellules aux dépens des matières colorantes du sang s'observe dans la rate : on trouve à l'état normal, dans la boue splénique, de grandes cellules contenant des globules rouges, du pigment rouge, jaune ou noir. La matière colorante qui entre dans la composition de la bile, et qui se montre souvent, en petite quantité il est vrai, à l'état physiologique, dans les cellules hépatiques, provient probablement aussi de la matière colorante des globules rouges détruits dans le foie par les acides biliaires. On sait, en effet, la facilité avec laquelle les acides biliaires dissolvent les globules rouges, et, d'un autre côté, les granulations et cristaux d'hématoïdine provenant du sang ne peuvent pas être distingués morphologiquement et chimiquement des granulations et cristaux de cholépyrrhine (Brùcke etZenker).

Ce qui se passe dans l'ovaire, lors de la formation des corps jaunes après la chute de l'ovule et l'hémorrhagie dans le follicule de Graaf, est un exemple de la formation du pigment rouge, et même plus tard du pigment noir, lorsque ces corps jaunes apparaissent comme de petites cicatrices ardoisées.

Toutes les fois que du sang est épanché, les cellules de tissu connectif et les cellules endothéliales des séreuses, et d'une façon générale tous les éléments cellulaires circonvoisins, s'imprègnent de granulations d'hématine et même de cristaux d'hématoïdine résultant de la transformation de l'hémoglobine. Lorsque les muscles sont frappés de mort, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, leur matière colorante se concrète de la même façon.

Ces faits ont été étudiés avec soin pour la première fois par Virchow à propos des hémorrhagies pulmonaires. Cet auteur a vu que les cellules d'épi thélium devenues sphériques, imprégnées

nCMlONTATlON DES CF.t.f.ULES. 81

(l'abord un liquide coloré, monlraicnl bicnlôt dans leur inléiieui' des tiranulations jaunes, rouges, devenant de plus en plus foncées, et môme des cristaux d'hématoïdine. Cette observation a conduit Virchow à cette hypothèse que la matière colorante du sang, aban-

FlG. 39. — CristauK d'hômaloïdino. — a, globules du sang aevenus granuieux ei cummençant à se décolorer; 6, cellules lyniphatiquos dont une partie possède du pigment granuleux et cristallisé; d, cristaux d'hématoïdine; f, vaisseau oblitéré; son ancienne cavité est remplie de pigment rouge granuleux et cristallisé. — Grossissement de 300 diamètres.

donnée par les globules, infiltre d'abord les cellules sous forme de liquide coloré; mais il peut se faire aussi que les granulations colorées, formées en dehors des cellules, pénètrent ensuite dans leur intérieur.

Les granulations pigmentaires jaunes, rouges et brunes, sont caractérisées surtout par leur coloration. Les cristaux d'hématoïdine sont des rhomboèdres épais colorés en rouge orangé ; quelquefois ils ont des dimensions telles, qu'on peut les soupçonner à l'œil nu , dans d'autres cas, ils sont tellement petits, qu'on doit employer pour les voir les grossissements les plus forts„

A l'état normal, les cellules du tissu conjonctif de la choroïde, de l'iris et de la pie-mère, les cellules épithéliales delà rétine et du corps muqueux de Malpighi des races brunes et des nègres, les fibres musculaires du cœur et les cellules nerveuses contiennent des granulations pigmentaires qui, dès l'origine, sont brunes et se distinguent par cela même de celles qui proviennent directement de la matière colorante du sang. Ces granulations sont petites et le plus souvent arrondies ; presque toujours elles sont répandues uniquement autour des noyaux dans le protoplasma des cellules, mais elles peuvent

COKNIL KT RANVIER, i — G

aussi exister dans le noyau, ainsi qu'on le voit dans le corps muqueux de la peau des nègres. La pigmentation des races colorées

FiG. 4-0. — Cellules pigmentées du tissu conjonctif de la choroïde.

est en rapport avec une certaine activité de la peau sous l'influence de l'action solaire .

A l'état pathologique, le pigment noir semble être une élaboration particulière des cellules ; l'apparition de ce pigment peut, en effet, se faire loin du système vasculaire, et les granulations apparaissent noires d'emblée, sans passer par les teintes intermédiaires jaunes et rouges. La formation pathologique du pigment noir a lieu, soit dans les cellules préexistantes des tissus, et l'on a affaire alors à la mélanose simple, soit dans des éléments cellulaires de nouvelle formation, comme on l'observe dans les tumeurs mélaniques, sarcomateuses ou carcinomateuses.

H. Infiltration calcaire.

Les sels qui forment les granulations et les infiltrations calcaires somt le carbonate de chaux et le phosphate tribasique à trois équivalents de chaux (PhO^SCaO). Ces deux sels sont combinés dans les dépôts calcaires, excepté toutefois dans les otolithes, qui sont uniquement composées de carbonate de chaux. La substance osseuse .proprement dite ne doit pas êtr^^, confondue avec les tissus infiltrés de sels calcaires. Dans les os, la substance collagène et les sels calcaires paraissent être combinés en proportion définie pour former des lamelles qui ont une structure parfaitement déterminée. Les concrétions calcaires, au contraire, consistent dans l'infiltration d'une substance albuminoide quelconque par les sels dî chaux. Lorsque ces sels ont été enlevés par l'acide chlorhydrique, la sub-

INFILTRATION CALCAIIIE. S3

stanco infiltrée ne présente aucun rapport de structure avec le tissu osseux proprement dit.

Les sels calcaires déposés dans les tissus se montnsnt comme des granulations isolées, comme des corps globulaires à couches concentriques, ou comme une véritable pétrification. Les granulations sont arrondies ou anguleuses, Ibrtement réfringentes. Quand elles sont tines et réunies en grand nombre, elles déterminent une opacité considérable du tissu.

Au contraire, lorsqu'il existe une pétrification absolue, le tissu apparaît transparent comme de l'arragonite. Lorsqu'on a usé une lamelle mince du tissu pétrifié, on obtient des préparations transparentes et jaunâtres dans lesquelles, à l'examen microscopique, on reconnaît des lacunes, des fentes et des granulations. Les lacunes et les fentes sont en rapport avec la structure du tissu primitif; elles apparaissent opaques parce qu'elles contiennent des débris ou des éléments altérés de ce tissu, et souvent des granulations calcaires isolées.

Tous les acides dissolvent les sels calcaires en dégageant des bulles d'acide carbonique. Les acides le plus généralement employés sont les acides chlorhydrique et sulfurique. L'acide chlorhydrique ftiit disparaître complètement les sels calcaires sans laisser de traces , l'acide sulfurique, en les dissolvant, détermine la production de cristaux en aiguilles de sulfate de chaux. Sous l'influence de ces acides, le phosphate à trois équivalents de chaux se transforme en phosphate acide de chaux, PhO^CaO,2HO, qui est soluble. Toute granulation calcaire laisse subsister, après la dissolution des sels de chaux, une gangue albuminoïde qui présente même des couches concentriques, si les concrétions calcaires avaient cette disposition.

A l'état physiologique, on observe des granulations calcaires isolées dans la substance fondamentale du cartilage, pendant la première phase de l'ossification. Des concrétions ou globes calcaires à couches concentriques se rencontrent dans les plexus choroïdes de l'adulte, souvent aussi dans le thymus pendant sa période régressive, dans les méninges du cerveau et de la moelle chez les vieillards. Des ■pétrifications existent dans la couche profonde des cartilages de l'adulte en rapport avec le tissu osseux, et dans les cartilages costaux et laryngiens des vieillards. Dans tous les cas, l'infiltration calcaire ne commence jamais dans l'intérieur des cellules, mais bien dans la substance fondamentale qui les entoure. Consécutivement, les cellules

peuvent être envahies elles-mêmes, mais elles résistent très lorif»'temps à cet envahissement.

A l'état pathologique, on rencontre des granulations calcaires, lorsqu'une partie séjourne pendant longtemps au milieu des tissus vivants, bien que ne vivant pas elle-même. C'est ce que l'on observe, par exemple, dans les cas de grossesse extra-utérine abdominale remontant à une vingtaine d'années. C'est ce qu'on voit dans les infarctus anciens, dans les masses caséeuses, surtout celles des ganglions lymphatiques : c'est là une première catégorie de faits.

Dans la rétention du produit de sécrétion des glandes salivaires, des glandes acineuses du pharynx, du pancréas, des cryptes folliculaires des amygdales, des articulations, des gaines synoviales et dans l'intérieur de tous les kystes, en particulier des kystes colloïdes du corps thyroïde et des reins, on rencontre des concrétions calcaires. Elles sont toujours le résultat d'une infiltration des produits de la sécrétion anormale ou viciée de ces organes; elles sont irrégulières ou à couches concentriques.

Dans les produits anciens des inflammations chroniques, surtout dans les cas d'endartérite, on trouve des granulations calcaires ou des plaques de pétrification. Ces transformations ne surviennent que lorsque les tissus enflammés ont perdu leur vitalité, de telle sorte que le processus pourrait être comparé à celui de l'infiltration calcaire des organes qui ont cessé de vivre au sein de l'organisme. C'est ainsi que les produits des inflammations chroniques des séreuses, du péricarde, des plèvres, du péritoine, ont de la tendance à présenter des incrustations calcaires qu'autrefois on regardait comme de véritables os. Dans les myocarditcs chroniques, la paroi musculaire du cœur offre parfois des concrétions de même nature. Dans tous les bourgeons vasculaires, quels qu'ils soient, il peut survenir une infiltration de sels calcaires, comme cela a lieu à l'état physiologique dans les plexus choroïdes. Les concrétions calcaires qui se forment dans les varices, et qui portent le nom de phlébolites, proviennent aussi vraisemblablement de modifications ultérieures de bourgeons veineux. Chez les vieillards, autour d'anciennes fractures ou d'arthrites chroniques, les tendons et même les muscles sont parfois infiltre de sels calcaires dans une étendue plus ou moins grande.

Dans les tumeurs fibreuses, dans les tumeurs musculaires ie l'utérus, dans les chondromes, les sarcomes, dans les parois des kystes, etc., on observe, soit de simples infiltrations calcaires, soit de

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