ITVPERPLASIE OU MULTIPLICATION DES CELLULES
des cellules à réiat i)liysiologiquc, tandis qu'il esl, plus difficile de reconnaître la multiplication des cellules du réseau muqueux de Malpiglii après la naissance.
Dans riiyperplasie pathologique, la multiplication des cellules s'effectue par division directe, celle qui a été décrite à propos des globules blancs des cellules lymphatiques ou par division indirecte, c'est-à-dire par karyokinèse (voy. p. 8 et 9). Ce dernier mode de division paraît être le plus fréquent : le noyau devient plus volumineux, des filaments qui se colorent vivement par l'hématoxyline et la salVanine se montrent dans son intérieur, sa membrane disparaît, les filaments se groupent de manière à former deux masses distinctes autour de chacune desquelles se produit une nouvelle membrane (voy. fig. 6). Chaque noyau nouvellement formé s'entoure d'une partie du protoplasma, qui se divise lui-même par des incisures ou des étranglements ; ces modes de division peuvent se rencontrer l'un à côté de l'autre dans les éléments de même nature. Ainsi se forment, à la place d'une seule cellule, deux ou un plus grand nombre d'éléments cellulaires. Jamais les membranes secondaires des cellules ni la substance fondamentale des tissus ne participent à ces divisions ; le plus souvent, au contraire, ces parties se ramollissent ou se dissolvent. Les nouveaux éléments cellulaires ne diffèrent pas notablement de ceux qui leur ont donné naissance; mais par la suite ils peuvent prendre d'autres formes.
Lorsqu'une cellule nouvelle aboutit à la reconstitution du tissu dans lequel elle s'est développée, bien qu'elle ait passé par des phases variées, Virchow dit qu'il y a hyperplasie. Lorsqu'au contraire elle aboutit à former un tissu différent du générateur, il dit qu'il y a hétéroplasie.
Ainsi, lorsque, dans le cartilage, une cellule se divise d'après le mode que nous venons d'indiquer, la capsule restant complètement inerte, on a d'abord deux cellules aptes à reproduire autour d'elles des capsules de cartilage. Mais que l'irritation soit plus active, qu'au lieu de deux cellules il s'en l'orme un plus grand nombre, celles-ci ne sont plus des cellules de cartilage s'entourant de capsules, mais elles naissent et peuvent rester cellules embryonnaires. A ce degré déformation, si l'irritation cesse, chaque nouvel élément embrvonnaire redevient une cellule cartilagineuse en s'entourant d'une capsule propre. Il y a donc eu dans cette succession de phénomènes autre chose qu'une hyperplasie simple dans le sens que Yirchow donne
à ce mot; il y a eu une véritable hétéroplasie aboutissant ensuite à une hyperplasie. Ce que nous venons de dire du cartilage peut s'appliquer au tissu conjonctif et à tous les autres tissus, et montre dès maintenant l'inanité des mots hyperplasie et hétéroplasie.
Dans le tissu osseux, en effet, les phénomènes sont encore bien plus frappants. Sous l'influence d'une irritation formatrice intense, les Iravées osseuses se résorbent, il se forme à leur place du ti^su médullaire embryonnaire. C'est là une véritable hétéroplasie. Mais que l'irritation cesse, ce tissu médullaire redevient de l'os et un os souvent beaucoup plus compact, beaucoup plus riche en corpuscules osseux que le tissu osseux primitif. On devrait alors dire, d'aprèaVirchow, qu'il y a eu hyperplasie du tissu osseux ; mais cette hyperplasie a été précédée d'une hétéroplasie, et il est évident encore par cet exemple que ces mots ne sont aptes qu'à jeter la confusion dans l'esprit. Lis ne sont bons qu'à constater les résultats bruts et définitifs, par exemple lorsqu'on observe que du tissu épithélial ou fibreux s'est formé dans le tissu osseux ; mais ils ne peuvent soutenir l'examen lorsqu'on entre dans le détail et dans le mécanisme intime de l'évolution des éléments et des tissus..
Nous emploierons donc le mot hyperplasie seulement dans le sens de multiplication des cellules.
Les détails dans lesquels nous sommes entrés, dans les premières pages de ce livre, pour décrire le mode de formation des éléments embryonnaires, nous dispensent d'y revenir ici. Le mécanisme des formations pathologiques nouvelles est, en effet , identiquement le même que celui des formations physiologiques.
Lorsqu'une cellule entre en prolifération, elle donne naissance à des cellules embryonnaires ou indifférentes. Celles-ci, si l'irritation cesse ou est lente, reviennent à leur état primitif en reconstituant le tissu générateur. Si l'irritation persiste avec intensité, le tissu générateur est complètement détruit ; les cellules embryonnaires sont alors incapables de constituer un tissu définitif et elles concourent à la formation du pus, ou bien elles s'organisent en un tissu dévié du type primitif. Dans le cas où l'irritation aboutit à la constitution d'un tissu différent du tissu générateur, les cellules embryonnaires éprouvent les mêmes modifications que dans le développement physiologique de chaque tissu. C'est de cette façon que naissent presque toutes les tumeurs; nous y reviendrons à propos de chacune d'elles.
inilLIOGRAPIIIIÎ. 01
fliKlii-siUoiis l*il»llioKra|thii|uc!4. — Les traités généraux d'histologie patliologiqui' nù l'on trouvera des tlocuniciils relatifs aux altérations des cellules et des tissus, sont, :
HoKiTANSKY, Ilanill). (ier path. Anatomie, t. I. Vienne, 1811-18d0, 3° édition, 1855- 18()). — Leiucut, Pliijsiolocjie palhologiijue. Paris, 1845; Traité cVaiiatomie patliologUiiie, in-folio, atlas, 1855-1861. — R. Viiiciiow, Pathologie cellulaire, traduction française, 1801. — A. FoEitsTiîR, Ilandb. der path. Anatomie, 2" édition, t. I, 18Gi. — HiUAumi, Die aligemeine chirurgische Pathologie, 18(33-, traduction française, 1867. — Pitiia et r.ii.i.iïOTii, IJandh. der allg. undspec. Chirurgie, 1867, t. I, par 0. Weber. — Rindfleiscii, Lehrhnch der path. Geivebelehre, 1867, traduction française, par V. Gross, 1873 — Kleiss, llandbuch der palhologischen Anatomie, 1869-1878. — Cohniieim, Vorlesungen ûher die allgemeine Pathologie, 1877. — • Lancereaux, Traité d'anatomie pathologique, t. I : Anatomie patliologiquc générale, 1875-1877. — Tierfelder, Pathologische Histologie, 5" Viwnison, in-fol. 1872-1876.
On consultera en outre, en particulier, pour les points suivants :
Mort et atrophie des cellules : Paget, Lectures on surgical pathologg. London, 1853, p. 93. — ViRCiiow, Ilandb. der spec. Path. und Thérapie, 1. 1, p. 303. Sur un embryon momifié dans une grossesse abdominale, in Verh. d. \Yûr2=b. Ges., t. I, p. 105; t. 111, p. 355. — RoKiTANSKY, Lehrbuch, t. I, p. 114 et 119. — RoiUN, Note sur l'atrophiedes éléments anatomiques, in Gazette médicale, 1854, p. 240. — Demme, Ueber die Verdnderungen der Geivebe durch Brand, 1857. — Ranvier, Recherches expérimentales au sujet de l action du phosphore sur les tissus vivants, etc. (Soc. de biologie, 1866).
Infiltration muqueuse et colloïde : Yirchow, Arch., t. I, p. 105. — Wagner, Zur colloid Métamorphose der Zellen, in Archiv f. plnjs. Ileilkunde, 1856, p. 106. — Eberth, Virchow's Archiv, t. XXI, p. 106. — Wagner, Archiv f. phgs. Ileilkunde, 1866.
— Zenicer, Ueber die Verànderungen der Muskeln, in-4, 1862; traduction française. Archives, 6" série, t. VI, p. 143.
Infiltration amyloïde : Virchow, Arch., t. VI, p. 135 et 416; t. VIII, p. 140 et 364. — Meckel, Speckkrankheit, in Charité Annalen, 1853, t. IV. — Friederich, Archiv f. path. Anat., t. XI, 1857. — Bennet, CUnical lectures. London, 1859. — Kekule, Verhandl. der naturhist. med. Vereins. Heildelherg, 1858. — Sciimidt, Annalen der Chemie und Parmacie, t. LX, 1859, p. 250. — KiiHNE et Rudneff, Virchow's Archiv, t. XXXIII, 1865. — CoRNiL, Sur la dégénérescence amyloïde étudiée à Vaide de réactifs nouveaux {Archives de physiologie, 1874).
DÉGI::^'ÉRESCE^:CE graisseuse : Runhardt, Ueber die Enstehung der Kornchenzellcn, in Virclioiu's Archiv, 1847, t. I, p. 21. — Bardeleben, Jena. Annalen, 1851, t. II, p. 16.
— 0. Weber, Virchow's Archiv, t. XIII, p. 74; t. XV, p. 480. — Lewin, Virchow's Archiv, t. XXI, p. 506. — BuHL, Virchow's Archiv, \.. XI, p. 275; Zeitzchrift f. rat. Medicin,t. VIII.
— PiANviER, Des altérations histologigues des cartilages dans les tumeurs blanches [Soc. anat., 1865).
Pigmentation : Virchow, Die pathol. Pigmente, in Archiv, t. I, p. 379. — Traube, Deutsche Kiinik, 1860. — Koschlakoff, Virchow's Archiv, t. XXXV, p. 178.
Infiltration calcaire: Weber, Virchow's Archiu, t. VI, p. 561. — Virchow, Archiv, t. VIII, p. 103; t. IX, p. 618.
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