TUMEURS CONSTITUÉES PAR DU TISSU EMBRYONNAIRE
GENRE UNIQUE. — Sarcome
Nous allons d'abord étudier les caractères génériques des tumeurs analogues, comme tissu, au tissu embryonnaire, puis nous établirons les caractères qui appartiennent en particulier à chaque espèce et à chaque variété.
Synonymie. — Il n'y a pas de tumeurs qui aient reçu plus de dénominations différentes que les sarcomes. J. Mûller les a décrits en partie sous le nom de tumeurs fibreuses albuminoïdes. — Lebert ayant remarqué que plusieurs de ces tumeurs contiennent en abondance des cellules fusiformes, les ap^pelsi tumeurs fibro-plastiques. — Ch. Robin crut devoir séparer des tumeurs fibro -plastiques certaines tumeurs ayant avec elles de nombreuses analogies, mais en différant par la forme arrondie de leurs cellules, et il les nomma tumeurs embryoplastiques . — Paget donna aux tumeurs fibro -plastiques le nom de recurring-fibroid et en rapprocha certaines tumeurs ayant une structure analogue à la moelle des os et qu'il nomma myeloid tumors. — Ces dernières furent appelées par Gh. Robin tumeurs à médullocelles et tumeurs à myéloplaxes. — Enfin Virchovv sépara des sarcomes quelques tumeurs qui, jusque-là, leur étaient réunies, et leur donna les noms de glyomes et de psamm,omes.
Définition. — Nous définirons les sarcomes: des tumeurs constituées par du tissu embryonnaire pur ou subissant une des premières modifications qu'il présente pour devenir un tissu adulte.
Ainsi, quand le tissu embryonnaire se transforme en tissu fibreux, ses cellules, de sphériques qu'elles étaient, s'allongent, prennent une forme de fuseau, et il se produit entre elles une substance fondamentale amorphe. C'est là une forme embryonnaire de tissu conjonctif, et les tumeurs présentant une constitution analogue seront encore des sarcomes.
DÉFINITION DU SAUCOME.
Si le tissu sarcomateux a son type à l'état physiologique, on peut aussi lui trouver un analogue dans un état pathologique, dans l'inflammation. Ainsi, dans les bourgeons charnus marchant vers laguérison, on rencontre toutes les phases embryonnaires du tissu conjonctif; certains sarcomes ont une structure semblable. En outre, si le tissu inflammatoire provient de la moelle osseuse, il montre, en s'organisant en bourgeons charnus, des cellules identiques à celles de la moelle des os, et souvent des travées osseuses en voie de développement; des formes identiques se présentent dans le tissu de certaines tumeurs sarcomateuses.
S'il y a une différence entre le sarcome et le tissu inîlaramatoire, elle consiste essentiellement dans l'origine et la fin de ces deux pro-
FiG. 58. — Tissu inflammatoire. — a, c, cellules embryonnaires occupant la place do cellules adlpciis* dont l'une présonto, en 6, une ijoullclotte do graisse ; d, e, tissu embryonnaire ; v, vaisseau dont la paroi est fonnéo do cellules qui sont elles-mêmes embryonnaires.
duits morbides. Lorsque le tissu inflammatoire a pour origine une plaie ou une maladie chronique des os ou des articulations, sa fm sera l'élimination ou sa constitution à l'état de tissu normal permanent, une guérison en un mot ; tandis que le sarcome continuera à croître indéfiniment. Quant aux éléments histologiques de ces deux néoplasies, nous le répétons, ils sont les mêmes d'habitude, quelquefois seulement plus gros dans les sarcomes que dans les néoplasmes inflammatoires. Cependant, lorsque ceux-ci évoluent lentement, leurs éléments cellulaires peuvent aussi être très volumineui;.
CORNIL ET RANVIER. I, ly
DES TUMEURSi.
De plus, la forme des cellules dans le sarcome n'est pas entièrement subordonnée au siège de la tumeur; ainsi les sarcomes, nés dans la peau ou dans une glande pourront montrer de grandes cellules mères semblables à celles qui se développent, sous l'influence de l'inflammation, uniquement dans des parties bien déterminées, comme la moelle des os.
Les éléments cellulaires constituent presque toute la masse des sarcomes; c'est pour cela que Foerster les range dans les tumeurs formées uniquement de cellules.
Description générale du genre sarcome. — Les cellules des sarcomes revêtent les formes les plus variées.
Tantôt elles sont spliériques, surtout si on les examine dans l'eau ; le même élément qui est anguleux dans un liquide neutre pouvant se gonfler et s'arrondir dans l'eau.
J.-IC. 50. Ci'llules à piolongenicnts raiiiiliés et .inastomosés provenant d'un sarcome.
Grossissement de 250 diamètres.
D'autres cellules des sarcomes sont irrégulières, avec des prolongements multiples, anrstomosées parfois (fig. 59 et 62) et possèdent
Fie. 60. — Cellules cl lissii d'un sarcome mélaniriiic. — a, cellules fusiformes; b, cclliilo l'oiide cl Irès fortemenl iiigmonléc.
un ou plusieurs noyaux ovoïdes. Un grand nombre d'entre elles sont allongées en fuseau et renferment également des noyaux ovoïdes (a, 5g. 60).
DESCllIPTION GÉNÉUALE DU SARCOME. 147
Dans ccrlaincs Uimcurs de la boîte crânienne, les cellules sont plates et d'une extrême minceur. Vues de face, elles paraissent plissées et retournées comme un mouchoir qui serait relevé par un coin; elles ont des dimensions le plus souvent considérables et possèden(
FiG. 61 — Cellules mères, cellules rondos et fusiformes provenant d'un sarcome myéloïde des os. Figure empruntée à Ordonez.
lin noyau central lenticulaire. Vues de profil, elles apparaissent comme une fibre présentant à son centre un noyau allongé (voy. fig. 73, p. 107).
La forme des cellules est, comme on le voit, très complexe dans le genre sarcome; les dimensions en peuvent varier de 5 f>i à 6 p, jusqu'à
50 y. et plus.
La constitution de ces cellules est très simple.
Elles possèdent un ou plusieurs noyaux, soit sphériques, soil ovalaires. Les dimensions des noyaux sont variables de 5 /^ à 9 p. Les nucléoles sont petits et brillants d'habitude; mais ils peuvent exceplionnellement acquérir une dimension de 5 u. Le nombre des noyaux varie de un à cinquante dans chaque cellule; on les trouve en aussi grande quantité dans les cellules plates ou non, cellules géantes décrites par J. Mûller dans les sarcomes sous le nom de cellules mères et appelées myéloplaxes par Robin (voy. lig. 61), en vue de cette fausse interprétation qui les lui faisait regarder comme des plaques et non comme des cellules.
Autour du noyau il existe une substance grenue. Examinées dans un liquide neutre, les cellules ne montrent pas toujours des noyaux distincts. Mais ces noyaux qui peuvent apparaître déjà dans un liquide indifférent deviennent très nets dans l'eau simple ou additionnée d'acide acétique. Ces cellules n'ont pas de membrane, et l'acide a étique les gonfle; elles deviennent alors d'une transparence extrême et peu distinctes. Dans certains cas, les granulations albuminoïdes
FiG. 62. — Cellules dii sar';ome îjoléos dans l'alcool au tiers et colordos par le picrocirminate d'aiiiinoniaque. Elles mollirent leurs prolongcinenls imiltiplcs et très loii^s. L'iinu d'elles possède trois noyaux. — Grossissement de 300 diamètres.
de la cellule sont rangées de façon à figurer une sorte de striation qui ne présente qu'une analogie grossière avec celle de la fibre musculaire et qui disparaît sous l'influence de l'acide acétique. De même que celles du tissu embryonnaire, les cellules du sarcome sont très sensibles à l'action des réactifs.
Leur friabilité fait que souvent, quand on racle les tumeurs frai ches pour en extraire le suc, on déchire les cellules, et l'on met en