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RÉNALE

Par opposition aux néphrites diffuses, dans lesquelles les lésions portent à la fois et iiTégulièrement sur tous les tissus du rein, il existe des néphrites dans lesquelles l'altération est limitée, au début, sur un seul des éléments de cet organe. A ces lésions limitées d'abord soit aux vaisseaux, par exemple, et au tissu conjonctif qui les entoure, soit à certains tubes urinifères, succèdent des altérations qui restent toujours systématiquement et régulièrement distribuées, d'où le nom de néphrites systématiques que nous proposons (1).

(1) Voy. pour la discussion et la critique de la classification des néphrites, les Etudes sur la pathologie du rein de Cornil et Brault, in-S", chez x\lcan, éditeur. 1884..

Telles sont les néphrites interstitielles consécutives à l'artérite chronique et celles qui succèdent à l'intoxication saturnine. Nous rapprocherons de ces dernières les néphrites observées chez les goutteux. Avant d'entrer dans la description anatomo-pathologique de ces inflammations du rein, il est nécessaire d'étudier celles qu'on détermine artificiellement chez les animaux. Il n'en est pas de plus caractéristiques que les néphrites saturnines obtenues par Charcot et Gombault.

A. Néphrite saturnine expéïiimentale. — Charcot et Gombault donnaient à des cobayes du blanc de céruse mélangé à du son, à petite dose, surtout au début, et encore était-on obligé d'interrompre de temps à autre l'administration du poison. 11 n'y avait jamais d'albumine dans les urines, sauf lorsqu'elles contenaient du sang. L'urine renfermait du plomb en nature ou des sels plombiq^os. Les animaux mouraient habituellement au dernier degré de l'amaigrissement, quelquefois avec des accidents convulsifs, quelquefois avec un anasarque généralisé. Lorsque l'empoisonnement avait duré longtemps, plusieurs mois ou une année, les lésions du rein étaient très accusées. Le rein est augmenté de volume et lisse au début de l'empoisonnement, granuleux et rouge à sa surface, de volume normal, augmenté ou un peu atrophié dans l'intoxication ancienne. On y voit parfois aussi des kystes dans la substance corticale. A l'examen microscopique de ces reins, on trouve, même dans les cas les moins avancés, de petits blocs calcaires dans les branches grêles de Henle. Traités par les acides, ces dépôts s'éclaircissent et laissent voir une substance qui se colore en rose par le carmin et qui possède quelques noyaux. Les branches larges des anses de Henle sont dilatées ainsi que les tubes contournés, et leur épithéliura revient à fétat embryonnaire. La paroi amorphe des tubes s'épaissit et le tissu conjonctif périphérique entre en prolifération. On apprécie bien le début et la topographie de cette inflammation interstitielle sur les coupes transversales passant au milieu de la substance corticale et examinées à un faible grossissement après la coloration au carmin. Le tissu conjonclif de nouvelle formation, fortement coloré en rouge par le carmin, présente au niveau de chaque section transversale d'une pyramide de Ferrein trois parties distinctes : 1°une tache centrale fibreuse correspondant à la partie moyenne du prolongement de Ferrein; 2" une zone périphérique composé de fais-

NÉPHRITES SATURNINES OBSERVÉES CHEZ L HOMME. 001

ceaux (ibrcux interposés aux glomériiles; 3° des Iractus irradiés du point central à la zone péripliéri((ue.

Dans les phases très avancées du processus, la cirrhose est encore plus manifeste, la tache centrale, les travées intermédiaires et la zone périphérique sont })lus accentuées; les tubes compris dans cetlo sclérose s'atrophient, mais en môme temps certains tubes ou systèmes tubulaires subsistent isolés et à peu près sains. Ce sont eux qui forment les granulations saillantes à la surface du rein et qui émergent au-dessus des parties sclérosées qui les entourent.

Les capsules de Bowmann sont assez souvent dilatées au début ; elles sont entourées par du tissu conjonctif riche en petites cellules; elles s'épaississent elles-mêmes et, lorsque le tissu conjonctif se rétracte, elles s'appliquent sur les glomérules. Ceux-ci restent souvent intacts pendant toute la durée de l'évolution cirrhotique et ce n'est qu'accidentellement qu'ils présentent des lésions. Il en est de même du système vasculaire; les gros vaisseaux sont normaux; les artérioles qui traversent les parties sclérosées offrent seules une périartérite, leur lumière restant perméable.

Au degré le plus avancé de la lésion, ces reins représentent le type du petit rein rouge granuleux. La capsule fibreuse adhérente se détache en entraînant une portion superficielle du tissu rénal. On y observe des kystes dus vraisemblablement à la distension de certains tubes et des granulations typiques entourées du tissu fibreux cicatriciel et déprimé.

Il est probable que l'enchaînement des phénomènes pathologiques précédents est subordonné à la production initiale de blocs calcaires arrêtés dans les anses de Henle et qu'il en résulte une irritation des tubes situés en amont, une dilatation de leur lumière et la formation de kystes. Mais il faut reconnaître aussi que les reins de cobayes ont de la tendance à montrer ces blocs calcaires à la suite d'autres intoxications, sans qu'il en résulte une néphrite interstitielle. L'empoisonnement saturnin déterminé par Charcot et Gombault chez les cobayes et les lapins aboutit donc à une néphrite toute spéciale. Les tubes se modifient progressivement et pour ainsi dire un à un depuis leur origine jusqu'à leur terminaison. Leur atrophie, suivie d'une néphrite interstitielle, est régulièrement distribuée et systématisée, tandis que d'autres tubes conservent leur intégrité presque complète €t constituent la partie saillante des granulations.

B. Néphrites saturnines observées chez l'homme. — Les reins

sont très souvent altérés dans l'intoxication saturnine chronique. Ollivier (l), Lancereaux (4), Charcot en ont signalé un grand nombre de faits. Il s'agit toujours alors d'une néphrite interstitielle caractérisée à l'œil nu par l'atrophie plus ou moins considérable des reins, l'adhérence de leur capsule, les granulations de leur surface et de la couche corticale, par des kystes, et, à l'examen microscopique, par l'atrophie d'un certain nombre de tubes urinifères avec épaississement du tissu conjonctif.

La néphrite saturnine au début, telle qu'on peut l'observer chez des individus morts à la suite d'accidents cérébraux, ressemble absolument à la néphrite expérimentale décrite par Charcot et Gombault. Dans un cas de Brault, les reins, lisses à leur surface, diminués de volume par l'atrophie de leur substance corticale, pâles et un peu indurés, présentaient une atrophie des tubes et une formation de tissu conjonctif au centre des prolongements de Ferrein, une zone d'atrophie et de sclérose au pourtour des glomérules et des rayons scléreux reliant la partie centrale à la zone périphérique. Les tubuli contorti n'étaient en voie d'atrophie que par places; dans d'autres points leur intégrité était parfaite. Dans les tubes atrophiés, les cellules épithéliales, petites et cubiques, non granuleuses, se coloraient en jaune rougeâtre par le picrocarminate, et les noyaux se coloraient d'une façon intense , tandis que dans les tubes moins altérés ou sains, l'épithélium était formé de cellules plus grosses, granuleuses et jaune brun. Autour des tubes altérés, le tissu conjonctif formait des bandes avec des fibrilles et des cellules rondes ou aplaties, suivant le degré plus ou moins avancé de la sclérose. Les capsules de Bowmann, entourées de tissu conjonctif épaissi, s'appliquaient aux glomérules plus ou moins atrophiés. Dans la cavité des tubes on ne trouvait ni sécrétions cellulaires, ni cylindres. Ces lésions de la néphrite saturnine au début consistaient donc dans une atrophie lente, progressive de certains tubes jusqu'au glomérule , accompagnée de la formation de tissu conjonctif autour d'eux. C'est là, comme dans la néphrite saturnine expérimentale, le type de la cirrhose glandulaire cm épithéliale de Charcot, c'està-dire de la néphrite interstitielle consécutive aux modifications de l'épithélium.

(t) Thèse (le doctorat, 1863.

(2) Union médicale, 15 décembre 1863. — Article Rein du Dictionnaire encyclop. des se. rnéd.

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