NÉPHRITE GOUTTEUSE
Les reins, affectés depuis longtemps de néphrite saturnine, présentent des lésions plus accenluées et multiples, des granulations superiicielles, régulières ou inégales, une induration plus considérable, une atrophie plus grande, et des troubles variables portant sur le parenchyme épithélial. xVinsi, dans certains tubes dilatés ou de volume normal, on pourra voir des cellules abrasées, granuleuses, contenant souvent des granulations graisseuses, en même temps que leur lumière est remplie de sécrétions en forme de boules claires ou granuleuses. Ailleurs il se sera développé des kystes rénaux aux dépens des tubes dilatés; la lumière de certains tubes jnontrera des cylindres hyalins. Les vaisseaux, artérioles et veinules, qui passent au milieu des parties sclérosées, offriront un épaississement scléreux de leur membrane externe; mais les artères plus volumineuses et le tronc de l'artère rénale sont généralement indemnes. Cependant l'intoxication saturnine peut aussi porter sur la tunique interne des artères du rein ou de la circulation générale. Dans la néphrite saturnine chronique, on trouve toujours une quantité variable d'albumine dans les urines.
Comme coïncidences pathologiques, on a souvent noté l'hypertrophie du cœur gauche et des dépôts d'urate de soude dans les cartilages articulaires, surtout dans l'articulation métatarse -phalangienne du gros orteil. Les concrétions tophacées sont absolument semblables à celles de la goutte articulaire. Quelquefois le rein présente lui-même des dépôts d'urate de soude sous forme de stries blanches, opaques, comme dans la goutte.
C. Néphrite goutteuse. — A côté de la néphrite saturnine il est tout nature] de placer la néphrite goutteuse. Le plus souvent les goutteux présentent de l'albuminurie à la période cachectique de la goutte, que cette dernière période soit compliquée ou non d'affection cardiaque ou de diabète.
En dehors de cette période terminale et pendant l'évolution de la goutte, l'albuminurie est sujette à des rémissions pouvant durer un temps variable.
Dans tous ces faits d'albuminurie goutteuse, le rein est modifié d'une façon très variable.
Tantôt il est petit et granuleux, affecté de néphrite interstitielle; tantôt il est gros et à granulations de Bright; enfin il peut être petit, blanc et lisse.
Ces caractères n'ont rien de constant; une seule altération est
Spéciale à la goutte, c'est la présence de concrétions tophacées à la partie inférieure des pyramides. Ces concrétions apparaissent sous forme de lignes blanchâtres, opaques et brillantes ; elles sont constituées par de l'urate de soude. Il est plus rare de les rencontrer dans la substance corticale.
Dans ces taches, on trouve des cristaux allongés, des aiguilles extrêmement minces, très réfringentes et très serrées les unes contre les autres. C'est l'accumulation de ces petits cristaux qui donne à l'extrémité des cônes son aspect caractéristique.
Si Ton fait agir sur ces petites masses l'acide acétique ou l'acide chlorhydrique, elles se transforment en acide urique, et l'on peut alors s'assurer que le dépôt cristallin occupait les cellules et les fibres du tissu conjonctif intertubulaire, en même temps que les cellules des tubes droits et leur lumière. Le dépôt formé dans l'intérieur des tubuli est le plus souvent amorphe.
Rayer a déciit des dépôts de cristaux d'acide urique adhérents à la substance même du rein, et formés spontanément dans le parenchyme. Ce sont de petits corps jaunâtres ou rougeâtres et durs, de volume variable.
D. Néphrite interstitielle ou cirrhose d'origine vasculaire. (Atrophie primilive, atrophie granuleuse des reins, néphrite interstitielle proprement dite.) — Nous nous sommes basés, dans la classification et la description des néphrites chroniques, sur la notion de la cause et sur le mode de développement et d'évolution des lésions. Nous avons vu ainsi qu'une néphrite interstitielle pouvait être l'aboutissant des néphrites diffuses et parenchymateuses anciennes comme aussi des néphrites observées dans l'intoxicalion saturnine et dans la goutte. Dans ces différents faits, la néphrite interstitielle est assurément consécutive aux lésions de Tépithélium qui s'atrophie après avoir subi la dégénérescence granulo-graisseuse, et qui finit par devenir pavimenleux et petit. Mais il n'en est pas ainsi dans les cirrhoses rénales d'origine vasculaire, consécutives à l'artérite, à l'endartérite chronique surtout et dans lesquelles les artères rénales sont primitivement alhéromateuses. Les lésions des cellules épithéliales, au lieu d'être primitives, succèdent à celles des vaisseaux.
Dans la cirrhose d'origine vasculaire, le rein apparaît finement chagriné à sa surface, et présente par places des granulations un peu plus volumineuses, assez régulièrement arrondies. Les grosses granulations peuvent manquer ; celles-ci limitent des sillons dans le
NÉPIFUITE INTEUSTITIELLE d'oUIGINE VASCULAIRE. 605
fond desquels on aperçoit des granulalions beaucoup plus petites. Rarement elles sont circonscrites par des vaisseaux capillaires ou par des veines dilatées et remplies de sang- ; loutel'ois on peut trouver à l'autopsie des granulations pâles se détachant sur un fond rouge parsemé de petites ecchymoses. Sur les coupes, on retrouve ces points ecchymotiques qui se continuent dans le parenchyme rénal avec de petits loyers d'hémorrhagie interstitielle. Lorsque la néphrite interstitielle est peu avancée, ou lorsque la capsule est très épaissie, l'aspect granuleux de la surface est moins apparent.
La capsule adhère d'une façon très intime à la substance rénale ; il faut un certain effort pour la détacher et, lorsqu'on l'arrache, on entraîne toujours avec elle une couche mince et irrégulière de la substance rénale. Il suffit en effet de gratter la face profonde de la capsule détachée, et d'examiner au microscope le tissu ainsi obtenu par le raclage, pour reconnaître les éléments de la substance corticale, c'est-à-dire des tubes et des glomérules plus ou moins altérés, parfois complètement fibreux.
La couleur des reins est généralement rougeâtre, mais ils peuvent être gris ou gris jaunâtre. Ces variétés de coloration dépendent de l'état de vascularisation de l'organe et des altérations des cellules. Sur une coupe longitudinale, passant par le grand axe du rein, la substance corticale paraît plus atrophiée que la substance médullaire. Néanmoins les pyramides sont atteintes, et leur volume total est diminué.
Le tissu du rein est devenu fibroïde, beaucoup plus résistant à la pression de l'ongle qu'à l'état normal. On trouve souvent les artères béantes et rigides au niveau de la substance intermédiaire.
Assez fréquemment aussi, les reins atteints de néphrite interstitielle présentent des kystes à leur surface; peu nombreux et gros comme une lentille ou un pois ou davantage dans le plus grand nombre des cas, ils peuvent être beaucoup plus volumineux et donnera l'organe l'apparence d'une grappe de raisin.
Quelquefois aussi la surface des reins présente de petites tumeurs, qui ont été décrites par Sabourin sous le nom d'adénomes.
Au début de la lésion rénale, dans les autopsies d'individus ayant succombé à un athérome généralisé des artères, à une affection cardiaque ou à des lésions cérébrales;, les reins sont légèrement indurés et la substance corticale est diminuée. Le système artériel et quelques glomérules paraissent seuls atteints. Le labyrinthe est respecté dans
presque toute son étendue, à l'exception des systèmes de tubes contournés dépendant des glomérules malades. Quelques tubuli contorti sont encore reconnaissables, bien que modifiés, d'autres sont déjà plongés dans une bande de tissu conjonctif qui va en s'amincissant à mesure qu'elle se rapproche du centre de la pyramide de Ferrein, et dont l'autre extrémité est en contact avec l'un des pôles delà capsule de Bowmann. Après la coloration par le carmin, ces lésions tranchent sur le reste du parenchyme complètement sain.
Les grosses artères de la substance intermédiaire sont atteintes d'endartérite, et même, dans les cas avancés, d'endartérite et d'alhérome, c'est-à-dire de dégénérescence granulo-graisseuse et calcaire de la partie moyenne et profonde de la tunique interne.
Les autres tuniques sont également altérées ; la tunique moyenne, qui est en même temps légèrement sclérosée, apparaît sur les coupes avec une réfringence telle qu'on pourrait supposer au premier abord qu'elle est atteinte de dégénérescence amyloïde.
Quelquefois la tunique moyenne présente à sa partie externe, sur les sections transversales, une coloration foncée qui est due à la grande abondance des fibres élastiques.
La périartérite est irrégulièrement distribuée. Si l'artériole traverse une portion du parenchyme peu altérée, sa tunique externe est presque normale ; si au contraire elle avoisine ou traverse une plaque de sclérose, les faisceaux de tissu conjonctif prennent appui sur elle. Enfin, quand l'artère est complètement oblitérée par suite d'une endartérite intense, sa tunique externe présente un épaississement assez marqué, et le tissu fibreux qui la double peut, en se rétractant, amener la dilatation ou le rétrécissement des tubes qui favoisinent.
La phlébite chronique est quelquefois portée au point de déterminer une oblitération complète du calibre des veines, et la zone occupée par l'épaississement de leurs membranes est très étendue.
Les tubes atrophiés siègent au milieu d'un tissu conjonctif contenant soit des cellules rondes ou ovoïdes (d, fig. 203), soit même des cellules aplaties. Ce tissu forme des travées épaisses autour des vaisseaux (artérioles et veinules). Les travées qui entourent les tubes atrophiés sont plus ou moins développées, formées au début de faisceaux minces, mais réfringents, et plus lard de trousseaux fibreux extrêmement denses. Dans l'intérieur des tubes atrophiés, qu'il s'agisse des tubes contournés de la substance corticale, ou des tubes droits, le revêtement cellulaire est toujours composé de petites cel-
NÉPHniTE INTEUSÏITIELLK ]) Onu.INE VASCULAIRE.
lulcs ciil)iques, do formo indifféreMle en un mot. Au centre de leur lumière, ces tubes contiennent très fi'équcmment des cylindres hyalins ou colloïdes.
XH-d
FiG. 203. — Coupe des tubes urinifères dans un cas de néphrite interstitielle.
f, tissu conjonctif contenant des cellules rondes ou ovoïdes à; c, cellules at n, noyaux dee tubes; e, n, m, cellules épithcliales en- dégénérescence graisseuse ; (j, exsudai intratubulairo. — Grossissement de 350 diamètres.
Ceux-ci occupent quelquefois la cavité tout entière , sans qu'il y ait entre eux et le revêtement épithélial aucun élément étranger. Alors les cellules épithéliales du revêtement du tube s'aplatissent, par suite de la compression qu'exerce sur elles le cylindre colloïde contenu dans la lumière du tube. Ces cellules présentent un noyau
FiG. 20-i. — Scclion d'un tube contenant un cylindre colloïde à couches concentriques e.
a, membrane hyaline du tube; 6, couche de petites cellules pavimenteuses sécrétant des boules colloïdes ; e, cylindre à couches concentriques. — Grossissement de 250 diamètres.
assez apparent, dont la coloration, sous l'influence des réactifs, est très marquée. D'autres fois on trouve, comme Rindfleisch l'a figuré (voy. fig. 204), deux rangées de cellules épithéliales, les plus externes cubiques et aplaties avec un protoplasma granuleux et des noyaux, et une seconde couche plus interne, qui offre un contenu muqueux,
vésiculeux, et qui sécrète la substance muqueuse ou colloïde qui remplit la lumière des tubes et qui constitue les cylindres.
Quelques-uns de ces cylindres sont formés de couches concentriques (e, %. 204), dont les plus internes paraissent plus denses et se coloi-ent plus vivement, en brun par l'acide osmique, en violet foncé par le violet de méthylaniline ; les couches les plus externes se colorent en violet pâle. Le carmin neutre s'y fixe aussi inégalement (voy. t. II, p. 54-0). On trouve également, dans ces tubes, des détritus granuleux.
Les membranes basales des tubes droits ou des tubes contournés, plongées dans une plaque de sclérose, ont une épaisseur qui égale parfois le diamètre de la lumière du tube lui-même, et elles persistent indétiniment en cet état, incrustées dans un tissu dont la vitalité est nécessairement fort amoindrie.
Les autres portions du parenchyme rénal présentent des tubes moyennement dilatés, dont l'ensemble constitue la partie encore active des tubes urinifères ; c'est à travers ces parties, ménagées par la cirrhose, que s'effectue, dans les derniers temps de l'existence, la sécrétion urinaire.
Les tubes les moins altérés présentent un revêtement formé de cellules à peu près normales, quelquefois hypertrophiées, parfois vésiculeuses. Souvent elles ne contiennent aucune granulation graisseuse, mais ces granulations peuvent occuper la partie basilaire de
FiG. 205, — Tube contourné dans une néphrite interstitielle. p, paroi hyaline très épaisse en p' ;a, a, cellules épithéllales atrophiées et pavinienleuscs ou aplaties;
c, d, exsudât contenu dans les tubes. Coupe faite après l'action de l'acide osmique. de 400 diamètres.
Grossissement
la cellule jusqu'à la hauteur du noyau. Néanmoins, d'une façon génélale, la graisse manque, ou n'existe qu'en très l^ible proportion. Aussi, étant donné la longue durée de la maladie, y a-t-il opposition
NÉPHRITE INTEUSTITIELI-E d'OIUGINE VASCULAIUE. 609
entre cette disposition et celle qne l'on observe dans les formes chroniques de la néphrite diffuse.
La cavité [des tubes est libre, ou bien elle contient divers produits d'exsudation (boules claires, boules colloïdes, cylindres de diverse nature), quelquefois des globules sanguins en assez forte proportion (voy. g, fig 203 et c, cl, lig. 205).
Ces tubes conservés sont groupés deux par deux, ou en plus grand nombre, et sont entourés par des bandes de tissu fd^reux. Ce sont eux
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Fig. 206. — Coupe longitudinale de la substance corticale dans une néplirite interstitielle.
art, tubes atrophiés dans du tissu conjonctif n' ; 6, tubes ayant conservé leur volume normal. Grossissement de 40 diamètres.
qui forment les granulations saillantes à la surface, ou qui correspondent aux taches plus ou moins opaques, visibles sur les coupes longitudinales ou transversales du labyrinthe.
Quelquefois les granulations sont le siège d'une injection vasculaire et même de véritables hémorrhagies interstitielles. On trouve alors au microscope, dans le tissu de la granulation, de petits extravasats de globules rouges. Dans plusieurs de ces cas, nous avons vu , dans le voisinage des foyers hémorrhagiques, des artères à
moitié oblilérées par un épaississement de leur tunique interne, et dont la lumière était occupée par des thrombus fibrineux adhérents.
11 est probable que la thrombose entre pour une grande part dans la production des hémorrhagies capillaires, surtout s'il existe une maladie du cœur en même temps que l'affection rénale, et si la tension veineuse est augmentée.
On trouve parfois, autour des glomérules, des amas de cellules embryonnaires, ce qui semble indiquer qu'il s'est produit une poussée aiguë à un certain moment de l'évolution de la néphrite interstitielle.
Par suitede l'atrophiedes tubesurinifèresdela substance corticale, les glomérules se rapprochent les uns des autres; ils présentent constamment alors des altérations de texture extrêmement prononcées. Les anses vasculaires qui les composent offrent un épaississement et un état hyalin de leur membrane (Thoma). Les noyaux qui entrent dans leur structure et qui les séparent s'atrophient; le glomérule tout entier se transforme en un petit bloc fibreux hyalin, dans lequel on aperçoit quelques cellules étoilées ou fiisiformes dans l'interstice des anses vasculaires devenues fibreuses et imperméables au sang. La capsule de Bowmann épaissie, revenue sur elle-même, doublée par un tissu conjonctif à zones concentriques, s'applique étroitement sur le bouquet vasculaire modifié.
Les glomérules complètement atrophiés ne contiennent aucun élément cellulaire ; le tissu conjonctif qui s'est substitué à eux est homogène, d'une densité extrême, quelquefois avec des trousseaux déliés de fibres élastiques entremêlées aux faisceaux fibreux.
Lorsque la lésion est très avancée, il existe un tel retrait du glomérule et de sa capsule, que le tout, malgré l'épaisseur plus grande de cette dernière, ne représente plus que le tiers ou le quart de l'appareil glomérulo-capsulaire normal. L' épaississement de la capsule est dû, soit à l'hypertrophie de sa paroi hyaline seule, soit à la production de tissu fibreux autour d'elle. Toutefois , la masse fibreuse qui représente le vestige de la capsule et du glomérule peut être complètement isolée dans le labyrinthe et entourée dans toute son étendue, ou dans les trois quarts de son étendue seulement, par des tubes contournés sains ou dilatés. Dans le dernier quart de sa circonférence, la capsule est en continuité avec une zone de tissu conjonctif qui la relie au centre de la pyramide de Ferrein, et cette
NÉPHRITE INTERSTITIKLLK d\)1UGINE VASCULAIRE. 011
zone conlienl les restes d'un ou de plusieurs tubes contournés aflaissés et atrophiés.
Ma
Hmffji
Ol
FiG. 207. — Coupe transversale de la substance corticale d'un rein atteint de ne'phrite interstitielle faite au niveau d'une granulation.
Les tubes contournés m, m, qui constituent la granulation, ont conservé leur volume normal et leur revêtement épitliélial. Les cloisons de tissu conjonctif qui les entourent ne sont pas épaissies. Au contraire les tubes urinifères 6, c, qui entourent la granulation sont atrophiés à un très haut point en même temps que le tissu conjonctif i est très épais et fibreux. Dans quelques tubes atrophiés (i,c, on voit les cylindres hyalins.
Les glomérules a, a,f,f', sont plus ou moins atrophiés et fibreux. Autour du glomcrulo a le tissu conjonctif est 1res épais, dense, et les tubes urinifères sont arrivés au degré d'atrophie le plus élevé. Les glomérulos f, f, sont très atrophiés et l'un d'eux f est à peine reconnaissable.
A la parlie gauche de la figure, on voit la section longitudinale et la section transversale d'artériules atteintes d'aitérito chronique : /t, membrane externe; n, membrane ninycniio de l'arlèro dont la tunique interne o, comprise entre la lamelle élastique p et la lumière rélrécie de Tarière, est très épaisse et atteinte d'endartérite. — Grossissement de 60 diamètres.
Quand on examine attentivement les glomérules les moins altérés, on ne trouve jamais de multiplication des cellules de la capsule de Bowmann, ni du tissu conjonctif qui sépare les anses du glomérule, contrairement à ce qui existe dans les néphrites diffuses.
Aussi, dans cette espèce particulière de cirrhose rénale, l'atro-
phie des glomérules se fait-elle presque toujours très lentement, sans phénomènes inflammatoires proprement dits. Les anses du glomérule deviennent hyalines, s'épaississent et présentent un tissu fibroïde. Souvent on voit à l'œil nu, à la surface du rein décortiqué, de petits points opaques, gris, durs qui ne sont autres que des glomérules dont les anses vasculaires ont subi une dégénérescence calcaire et dont la capsule contient des cellules remplies de granulations graisseuses et calcaires.
L'examen histologiqiie, dans la dernière période de la cirrhose rénale, montre que la diminution de volume delà substance corticale tient à l'affaissement d'une grande partie du labyrinthe. Les parties détruites sont représentées par des zones plus ou moins épaisses de tissu conjonctif où l'on retrouve toute la série des modifications que subissent les tubes avant d'arriver à leur atrophie complète.
Les faits que nous venons de développer nous conduisent à croire que la variété de cirrhose rénale d'origine vasculaire est parfaitement fondée. Les relations de la néphrite avec les lésions des artères ont été signalées déjà depuis longtemps par Johnson, puis par Gull et Sutton, qui ont eu le tort de vouloir faire rentrer toutes les néphrites dans le cadre de Vartério-capillary-flbrosis; plus récemment Bartels, Debove et Letulle ont réduit la coïncidence de l'artérite chronique et de la cirrhose rénale aune plus juste appréciation.
Complications de la cirrhose rénale. — Kystes. — A. Les kystes visibles à fœil nu, ayant de la grosseur d'un grain de millet à celle d'une noisette ou davantage et remplis d'un liquide transparent ou citrin, sont très fréquents dans les cirrhoses rénales d'origine glandulaire ou vasculaire, tandis qu'ils sont rares dans les néphrites diffuses chroniques. Dans la néphrite interstitielle d'origine vasculaire on trouve habituellement une dizaine de kystes plus ou moins volumineux dans chaque rein, et souvent il en existe un beaucoup plus grand nombre. Ces kystes proviennent pour la plupart d'une dilatation des tubes urinifères. 11 est exceptionnel de les voir se développer aux dépens de la capsule de Bowmann. On peut saisir, dans les reins kystiques, toutes les modifications intermédiaires entre les tubes dilatés et les kystes. On trouve, en effet, des tubes dilatés par places, renflés, dont l'épithélium est aplati, réduit à l'état de membrane mince et flottante, tandis que la cavité du tube contient un liquide tenant en suspension des cellules rondes, granu-
COMPLICATIONS DE LA. CIRRHOSE RENALE. — KYSTES. OJ.!
leuscs, des boules hyalines ou colloïdes en quantité plus ou moins considérable. L'épilhélium de ces tubes dilatés est souvent végiculeux et contient des boules de sécrétion analogues à celles qui sont libres dans la cavité du tube. Le inômc aspect de la membrane épithéliale et du contenu s'observe dans certains kystes visibles à l'œil nu. Le liquide contenu alors dans ces kystes est plus ou moins épais et coloré différemment par l'acide osmique suivant son degré de concentration. La membrane épithéliale qui en tapisse la cavité est parfois si délicate, qu'elle se détache pendant la série des manipulations destinées à préparer les coupes, et on l'aperçoit flottant dans la cavité, repliée et plissée inégalement sur elle-même. Le contenu des gros kystes est tout à fait séreux, quelquefois teinté par le sang. La cause de cette dilatation moniliforme des tubes urinifères est, suivant toute probabilité, le resserrement éprouvé par eux au niveau des plaques de sclérose, la compression et l'alrophie qu'ils subissent par places sous l'influence du tissu conjonctif voisin.
Lorsque, au contraire, le kyste s'est développé dans l'intérieur d'une capsule glomérulaire, ce qui est rare, on aperçoit, en un point donné des coupes successives du même kyste et adhérant à sa circonférence un nodule saillant dans la cavité, qu'il est facile de reconnaître pour un vestige du bouquet glomérulaire plus ou moins atrophié. L'origine hématique de ces kystes est parfois facile à démontrer, car on trouve dans la capsule des globules sanguins, ou un liquide colloïde jaunâtre coagulé sous l'influence de l'alcool ou des bichromates, contenant souvent aussi des globules rouges.
Le tissu périphérique aux kystes montre toujours alors les lésions caractéristiques de la néphrite interstitielle. Le plus souvent la paroi du kyste est mince, mais quelquefois nous l'avons vue formée par un tissu fibreux dur, formant une coque de consistance presque cartilagineuse et constituée par du tissu fibreux lamellaire ou cornéen très peu vascularisé,
B. Dans un certain nombre de néphrites interstitielles très nettement caractérisées, avec albuminurie, terminées brusquement par une urémie comateuse, on trouve, à l'autopsie, les deux reins énormes et transformés presque complètement en kystes de toutes dimensions, à parois minces, à contenu limpide, séreux, louche ou rougi par le sang, de telle sorte que les reins ressemblent à de grosses grappes de raisin. Ces dégénérescences kystiques du rein ont été bien
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décrites par Rayer et Gruveilhier et chaque année on en présent plusieurs pièces à la Société anatomique. La cavité de certains d'entre eux présente quelquefois un liquide albumineux, des cristaux de leucine, de tyrosine, de cholestérine, d'oxalate de chaux et du pigment sanguin. Sur les coupes du tissu rénal, dans les parties quelquefois très restreintes qui ne sont pas tout à fait envahies par les gros kystes, on trouve une grande quantité de tissu fibreux ou embryonnaire, et des tubes dilatés en voie de transformation kystique. Le revêtement épithélial de ces tubes dilatés montre souvent par places des cellules vésiculeuses ou aplaties, unies les unes aux autres sous forme de membrane flottante; leur contenu offre souvent des boules claires vésiculeuses ou colloïdes. La même paroi et le même contenu s'observent sur les coupes des petits kystes. Les kystes plus volumineux montrent, dans leur paroi, une circulation capillaire indépendante, une membrane plus ou moins épaisse et un revêtement d'épithélium plat sous forme de membrane.
G. Dans les néphrites interstitielles arrivées au dernier degré de l'atrophie, nous avons vu plusieurs fois la substance corticale, fme-
FiG. 208. — Section faite à l'e'tat frais perpendiculairement à la surface du rein. La surface du rein m, m', dépouillée de sa capsule fibreuse, est hérissée de kystes, les uns vides, o, les autres présentant un contenu colloïde et des cylindres granuleux, c. On voit en m la masse colloïde à couches concentriques de plusieurs de ces petits kystes. — b, paroi d'un kyste multiloculaire dont le cylindre granuleux, c, se continue en d dans un tube urinifère; a', paroi d'un kyste qui est tapissé de cellules épilhéliales b' et qui contient une substance colloïde disposée en couches concentriques, au centre de laquelle se trouve un cylindre granuleux ; v, artériole dont les tuniques sont épaissies. — Grossissement de CO diamètres.
ment grenue à sa surface, présenter un aspect réfringent et semitransparent dû à la présence d'une infinité de kystes microscopiques à contenu colloïde. Chacune des saillies est formée par un petit