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CHAPITRE V

OVAIRE § 1. ^ — Histologie normale.

On distingue dans l'ovaire la substance corticale et la substance médullaire.

La substance corticale présente à considérer à sa surface une seule rangée de petites cellules cylindriques basses et une couche conjonctive contenant un assez grand nombre de petites cellules. Cette dernière, décrite sous le nom de tunique albuginée, enveloppe partout l'organe, et accompagne les vaisseaux qui pénètrent dans le bile. Elle se continue sans ligne de démarcation avec une couche grisâtre de tissu conjonctif moins dense, cjui ne fait défaut qu'au niveau du bile €t qui contient les follicules primordiaux. Ces derniers, en nombre si considérable, chez les enfants et les jeunes femmes, se composent d'une membrane propre tapissée d'un épithélium ; chacun d'eux contient un ovule. Les plus petits de ces follicules sont représentés uniquement par l'ovule entouré d'une couronne de cellules qui sont immédiatement en contact avec lui. Mais, en se rapprochant de la substance m.édullaire, les follicules grandissent, se remplissent d'un liquide et forment des capsules plus considérables, visibles à l'œil nu, qu'on appelle follicules de Graaf.

Les follicules de Graaf, tels qu'il en existe toujours une assez grande quantité chez les jeunes enfants aussi bien que sur les filles pubères et chez les femmes, présentent une paroi formée de deux couches. La couche externe fibreuse se confond avec le stroma ovarien; la couche interne est formée d'un tissu réticulé contenant dans ses mailles de nombreuses cellules déforme variée. La face interne du follicule est tapissée d'un endothélium (Slavjanski) qui sert de support aux nombreuses couches d'épithélium pavimenteux qui constituent la membrane granuleuse. La membrane granuleuse présente en un point un épaississement appelé cumulus proliger ou

disque proligère, au milieu duquel se trouve l'ovule. L'ovule est situé dans la partie du follicule la plus éloignée de la surface ovarienne. Le reste de la cavité du follicule est rompli d'un liquide tenant quelques cellules en suspension.

L'ovule, isolé des cellules du disque proligère, apparaît sous la forme d'une très grosse cellule sphérique ; il mesure jusqu'à 0"™,1 et 0""",2, et par suite peut être distingué à l'œil nu. Il est entouré d'une capsule, la membrane vitelline. Celle-ci est très épaisse et traversée, chez certains animaux, par des canaux poreux très accusés. La masse visqueuse de la cellule appelée vitellus contient des granulations protéiques el graisseuses. Le noyau de la cellule ou vésicule germinative (vésicule de Purkinje) est aussi parfaitement sphérique, de 20 [A à 48 [^ de diamètre, et il renferme plusieurs nucléoles, appelés taches germinatives.

Le follicule de Graaf, lorsqu'il est complètement développé, lorsqu'il atteint, par exemple, i centimètre de diamètre, proémine, en vertu môme de son accroissement, du côté de la surface de l'ovaire où il s'ouvre et verse son contenu dans la trompe. Ce serait, du reste, une erreur de croire que tout follicule de Graaf s'ouvrira ainsi à la surface de l'ovaire, car nombre de follicules subissent une involution et s'atrophient avant la menstruation et après sa cessation, tandis qu'au contraire il paraît démontré que la sortie d'un ovule peut avoir lieu sans qu'il y ait menstruation, sous l'influence d'une congestion ovarienne déterminée par une fièvre grave (fièvre typhoïde, variole, etc.). 11 est constant, d'un autre côté, que la fécondation et la grossesse ont eu lieu dans certains cas sans menstruation, ou après la ménopause et sans qu'il y ait eu retour de la menstruation. iMalgré les faits qui précèdent et qui restent à l'état d'exception, il n'en est pas moins établi que la menstruation correspond,, en général, à la chute d'un ovule par la trompe dans l'utérus.

Les follicules primordiaux contenant l'ovule proviennent de cordons glandulaires spéciaux (tubes de Pfliiger ou de Yalentin) qui existent dans l'ovaire de l'embryon. Ces cordons se forment aux dépens de l'épithélium germinatif de la surface de l'ovaire, et il est encore possible de constater leur communication avec l'épithélium germinatif au moment de la naissance. Ils sont constitués par de petites cellules épithéliales qui représentent la membrane granuleuse des follicules de Graaf, et ils renferment à leur centre des «séries d'ovules rudimentaires. Par suite du développement des

HISTOLOGIE NORMALE DE l'OVAIRE. — CORPS JAUNES. 684

cellules qui y sont contenues et du tissu conjonctif qui les entoure, ces cordons sont cloisonnés et divisés en des segments isolés très petits. Chaque segment contient un ovule entouré de sa zone de cellules épithéliales et constitue un ovisac.

Lorsque le follicule de Graaf a vidé son contenu dans l'oviducte, il subit une série de modifications nouvelles en vertu desquelles il se forme ce qu'on appelle un corps jaune. Ces productions sont variables suivant qu'il s'agit du follicule correspondant à un œuf fécondé ou à une menstruation simple. Les premiers ou corps jaunes de la grossesse évoluent en effet très lentement et atteignent un volume considérable. Ils font, à la surface de l'ovaire, une forte saillie où l'on peut voir la cicatrice de la déchirure produite par la rupture du follicule. Une section faite à ce niveau montre une cavité circulaire ou oblongue, qui acquiert son plus grand volume deux ou trois mois après la fécondation et qui est remplie de sang coagulé ou d'un liquide muqueux sanguinolent. Cette cavité est limitée par une zone jaunâtre ou blanchâtre plissée, épaisse et très vascularisée ; plus en dehors, à la limite du corps jaune avec le stroma de l'ovaire, il existe une membrane fibreuse blanchâtre et très mince. La couche corticale jaunâtre et plissée provient d'un épaississement considérable de la couche interne ou réticulée du follicule de Graaf. Cet épaississement, auquel l'épithélium ne participe nullement, est déterminé par un grand nombre de cellules connectives. La plupart d'entre elles deviennent de véritables cellules géantes, présentant un ou plusieurs noyaux volumineux et une grande quantité de granulations graisseuses. Ce sont ces dernières qui donnent au corps jaune la couleur et l'opacité qu'il présente. La néoformation cellulaire se continue pendant toute la grossesse, en même temps que le sang est résorbé ainsi que les granulations graisseuses. Ensuite le corps jaune diminue de volume et devient plus dense. Il mesure encore 9 millimètres en moyenne au moment de l'accouchement. Plus tard, il s'atrophie de plus en plus et forme une cicatrice libreuse, blanche ou jaunâtre ou pigmentée de noir, mais il ne disparaît pas entièrement. Les couleurs variées qu'il présente sont dues à la transformation de l'hémoglobine contenue dans son centre et qui infiltre sa paroi.

Lorsque le corps jaune coïncide avec une menstruation simple, il est généralement petit dès le début. Les phénomènes qui se passent dans le follicule sont les mêmes que précédemment, mais ils évoluent

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très rapidement, de telle sorte que ces corps jaunes disparaissent complètement dans l'espace d'un mois et demi à deux mois.

La substance médullaire de l'ovaire est formée d'un tissu fibreux dense qui se continue avec le ligament ovarien et qui envoie des prolongements jusqu'à la capsule fibreuse de l'organe. Elle contient les vaisseaux sanguins et lymphatiques les plus volumineux ; ceux-ci y pénètrent par le hile de l'ovaire. Les artères, qui sont repliées en hélice, cheminent dans le tissu conjonctif central, puis elles se rendent jusqu'à la surface de l'ovaire en suivant les faisceaux fibreux ; les veines et les troncs lymphatiques sont solidement unis au tissu conjonctif. La membrane fibreuse externe des follicules de Graaf présente un réseau très riche de vaisseaux lymphatiques.

Le tissu conjonctif de la substance médullaire contient un très petit nombre de fibres musculaires lisses.

Les nerfs viennent du plexus ovarien qui pénètre dans l'organe en suivant le trajet des artères. Leur terminaison est inconnue.

Le ligament large est parcouru, au-dessous de l'ovaire, par des tubes ramifiés et ondulés. Ces conduits possèdent une membrane propre et un revêtement épithélial. On les considère comme un reste du corps de Wolff aux dépens duquel l'ovaire se développe. L'ensemble des conduits ondulés qui persistent a reçu le nom d'organe de Rosenmûller.

§ 2. — Histologie pathologique de l'ovaire.

Hyperhémie ; hémorrhagie. — La congestion et l'hémorrhagie de l'ovaire sont des faits mensuels physiologiques; la menstruation, et la déhiscence d'un follicule de Graaf s'accompagnent, en effet, d'une congestion très intense suivie d'une hémorrhagie. La congestion ovarique existe aussi très souvent dans la première période des fièvres graves (Gûbler).

La congestion des ovaires est liée à toutes les causes de congestion des organes génitaux de la femme, aux excès de coït, à la grossesse, à l'accouchement et à ses suites, aux métrites, etc. On observe des traces de congestion chronique causée par la stase du sang veineux dans les maladies du cœur, et dans ces mêmes cas il peut exister aussi une induration de l'ovaire résultant d'une formation nouvelle de tissu conjonctif.

INFLAMMATION DE LOVAmE. — OVARITE. 683

Sous l'influence d'une congestion très intense de l'ovaire, pendant la menstruation ou entre les époques menstruelles, dans les maladies générales, telle que le purpura, le scorbut, le typhus, la variole, la scarlatine, la rougeole, etc., il ]}eu\. se ï^siire des épanchements sanguins; on a divisé ces hémorrhagies en folliculaires et parenchymateuses.

Les premières siègent dans un ou plusieurs follicules de Graaf à la fois. L'ovaire reste alors volumineux et, en le sectionnant, on voit, au milieu de son parenchyme induré, plusieurs follicules qui sont remplis de sang coagulé. Ces follicules ont un volume moyen variable entre un petit pois et une cerise ; mais ils peuvent atteindre celui • d'une noix ou d'un œuf. Le sang coagulé qui les distend est de couleur brun foncé, noirâtre. Il est facile de distinguer ces productions pathologiques des corps jaunes : il n'y a jamais à l'état normal qu'un seul follicule qui contienne du sang, c'est celui de la dernière menstruation, et alors on constate facilement la cicatrice qui lui correspond à la surface de l'ovaire. L'hémorrhagie pathologique se fait au contraire dans deux ou trois follicules du même ovaire ou des deux ovaires, aussi bien dans les follicules profonds qu'à la surface. Les hémorrhagies folliculaires coïncident parfois avec des adhérences de l'ovaire, avec de la péritonite adhésive chronique périovarique, avec des adhérences pathologiques de la trompe qui empêchent la déhiscence normale des follicules. En pareil cas, on observe en même temps un épaississement calleux de l'ovaire et des régressions anomales des follicules de Graaf, qui sont tantôt comblés par un tissu muqueux (Slavjansky), tantôt hydropiques. Lorsque l'ovaire est libre d'adhérences et qu'une hémorrhagie se fait dans un follicule superficiel, il peut en résulter une rupture de sa paroi et une hémorrhagie plus ou moins abondante dans le péritoine (hématocèle).

Les hémorrhagies parenchymateuses se produisent dans les mêmes conditions au milieu du tissa conjonctif de l'ovaire.

Inflammation de l'ovaire; ovarite (oophoritis). — L'inflammation primitive des ovaires, indépendante de la grossesse, de la pelvi-péritoriite ou de la pyohémie, est très contestable et pour le moins exceptionnelle. L'hyperesthésie ovarienne que l'on constate chez quelques femmes et en particulier dans l'hystérie ne correspond pas à des lésions matérielles appréciables.

Pendant la grossesse, les phénomènes qui se passent du côté de

l'ovaire se rapprochent de ceux de l'inflammation. Son parenchyme est tuméfié et la circulation y est plus active; c'est probablement pour cette cause que le corps jaune de la grossesse acquiert un volume insolite.

L'organe est disposé, par suite de ces modifications nutritives, à une inflammation pathologique plus ou moins intense après l'accouchement ou après un avortement. Aussi est-ce chez les nouvelles accouchées qu'on rencontre presque exclusivement les inflammations aiguës qui s'observent avec la métrite et la péritonite péri-ovarienne. Dans l'inflammation de faible intensité, l'ovaire est mou et imbibé de suc, son tissu est infiltré de cellules lymphatiques. Les follicules de Graaf volumineux contiennent un liquide trouble, teinté parfois par du sang et constitué par une grande quantité de cellules épithéliales ou de cellules lymphatiques. A un degré plus intense de l'inflammation, dans la pelvi-péritonite, suite del'accouchement, on trouve, avec une congestion très marquée et des néomembranes fibrineuses de la surface ovarienne, une grande quantité de cellules lymphatiques collectées en traînées blanchâtres ou de petits abcès dans le stroma de l'ovaire. En même temps, le liquide contenu dans les follicules de Graaf est devenu séro-purulent. Enfin, dans les métro-péritonites puerpérales plus violentes, l'ovaire est situé au milieu du pus et des fausses membranes, son tissu est très congestionné et ses follicules sont habituellement remplis de pus.

Lorsque l'ovarite est accompagnée seulement d'une péritonite circonscrite au petit bassin par des adhérences fibrineuses et conjonctives, l'ovaire peut se trouver au milieu d'un abcès qui se résorbera ou s'ouvrira par le rectum, la vessie, etc. ; plus tard, l'ovaire sera uni intimement par des membranes ou par des filaments de tissu fibreux avec les organes voisins, la trompe, l'utérus, etc., et sa fonction sera perdue.

On peut considérer comme dépendant d'une ovarite interstitielle chronique la formation du tissu fibreux dur et dense qui succède aux congestions o'variques répétées et à l'évolution rétrograde des follicules de Graaf. Ceux-ci, en effet, se transforment, ainsi que nous l'avons vu, en un tissu cicatriciel, même après la ménopause. Chez les femmes âgées, l'ovaire est presque toujours dur et calleux; sa surface est bosselée, d'apparence cartilaginiforme; sa capsule fibreuse est épaissie et indurée comme la capsule fibreuse de la rate; sa couche corticale est absente et les fohicules de Graaf ou les corps

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