‹ Manuel d'histologie experimentaleChapitre 147 sur 207 · KYSTES PROLIFÈRES DE L'OVAIRE · texte numérisé non relu

KYSTES PROLIFÈRES DE L'OVAIRE

augmeulé de volume cl purcouru par de gros vaisseaux, l'artère ovarienne en parliculier devenue très volumineuse.

Lorsqu'on sectionne une tumeur de cette espèce, on voit qu'elle est constituée par plusieurs grands kystes ou par des loges plus ou moins volumineuses. Lorsqu'il n'y a qu'une grande poche et que le kyste paraît être uniloculaire, on trouve toujours, dans un point de sa paroi, spécialement au niveau du pédicule, un épaississement où l'on observe de petits kystes secondaires en voie de formation. Il n'existe plus aucun vestige de l'ovaire normal.

La paroi des grandes poches présente trois couches distinctes : l'externe et l'interne sont fibreuses ; la moyenne, interrompue par places, est formée de tissu conjonclif lâche. Les artères, souvent hélicines, sont situées dans la couche moyenne ainsi que les veines, qui cependant siègent aussi dans la couche externe. Les veines sont volumineuses et présentent des parois épaisses, très musculaires, ce qui les a fait souvent prendre pour des artères. La disposition des veines est parfois comparable à celle des sinus de la dure-mère. Les lymphatiques très nombreux, étudiés par Malassez et de Sinéty à l'aide d'injections au nitrate d'argent, se continuent avec ceux des ligaments larges. Les faisceaux musculaires sont quelquefois très développés dans la paroi du kyste.

La surface externe des kystes de l'ovaire est tapissée d'une couche d'épilhélium cylindrique bas tout à fait différent de celui du péritoine.

La membrane interne des poches kystiques, qui est presque con-

FlG. 226. — Bourgeon de la surface interne d'une cavité kystique vu à un grossissement de

300 diamètres.

V, vaisseau et tissu conjonclif de la papille p; m, épithélium cylindrique.

stamment le siège de végétations papillaires ou verruqueuses, est tapissée par un épithélium. Cet épithélium s'implante sur une mem-

brane formée par une couche endothéliale d'après Malassez et de Sinety (1), aux travaux desquels nous empruntons la plupart des détails histologiques concernant ces tumeurs. Que la paroi interne des kystes présente ou non des végétations , elle est tapissée d'une couche simple d'épithélium cylindrique. Ces cellules subissent très souvent, en totalité ou en partie, une dégénérescence muqueuse. Les unes deviennent caliciformes ; elles sont réduites à une cupule à paroi mince, présentant un noyau en leur point d'implantation, et leur cavité contient et sécrète constamment un liquide mu queux. D'autres deviennent sphéroïdales ou sphériques et se creusent de cavités contenant aussi du mucus. En tombant dans la cavité du kyste, elles se détruisent et augmentent la quantité du liquide muqueux qui y est contenu. On a rencontré aussi quelquefois des cellules à cils vibratiles.

Par l'imprégnation d'argent, on voit très bien, sur une surface, les figures présentées par l'extrémité ouverte des cellules caliciformes, et, après avoir chassé mécaniquement ces cellules, on peut imprégner de même les grandes cellules d'endothélium qui sont placées au-dessous. Par ce procédé, on met aussi en évidence l'épithélium des capillaires de la paroi kystique et on apprécie la situation superficielle de ces vaisseaux.

Le contenu des kystes consiste en un liquide muqueux ou gélatiniforme qui se coagule par Talcool, se gonfle ensuite et reprend sa transparence dans l'eau. Les cellules qui s'y trouvent sont disposées sans ordre au milieu de la masse colloïde, ou bien elles sont disposées en rangées parallèles. Ce sont des cellules caliciformes disposées en séries comme si elles venaient d'être desquamées, ou bien des cellules sphériques, ou des cellules rameuses à prolongements multiples, ressemblant à celles du tissu muqueux, bien qu'il n'y ait pas de formation de tissu muqueux à l'intérieur des kystes. On y observe des amas de cellules en dégénérescence graisseuse.

Ce liquide, d'après Méhu, contient de grandes quantités d'albumine, de la métalbumine et de la paralbumine ; c'est cette dernière substance qui lui donne sa consistance gélatiniforme. Eichwald y a trouvé encore de la peptone albumineuse, de la mucine et de la peptone muqueuse. Ces différentes substances sont le produit de la filtration de l'albumine du sang et de l'élaboration spéciale des

(1) Siiiéty, Traité pratique de gynécologie, 2" édition. 188-i. 0. Doin, éditeur.

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cellules caliciformes. ExcepLionncllemenl on y trouve du sucre et de l'urée.

Le contenu des kysles qui sont tapissés par des villosités très vascularisées est souvent mélangé avec du sang qui lui donne une couleur brune ou chocolat ; il peut y avoir aussi une grande abondance de cellules lymphatiques et une véritable suppuration, surtout à la suite d'une ponction ou d'im traumatisme.

Les kystes peuvent communiquer entre eux par une ouverture circulaire qui se fait dans le point opposé à l'arrivée des principaux vaisseaux, c'est-à-dire là où la paroi était primitivement le plus mince et le moins vascularisée. Rien ne prouve qu'un kyste unique d'abord puisse se diviser; il est certain au contraire, que des

Fi6. 227. — Coupe d'un ovaire kystique par néoformation épithéliale. (Grossissement de 25 diamètres.)

a, épitliélium de la surface de l'ovaire; 6, dépressions épithéliales; c, tube épitliélial s'ouvrant à la surface de l'ovaire ; à, cavités kystiques de forme et de dimensions variables ; e, vaisseaux; f, stroma ovarien (figure empruntée au Traité de gynécologie de Sinéty, 0. Doin, éditeur).

kystes voisins s'ouvrent l'un dans l'autre et communiquent entre eux par suite de l'amincissement et de la rupture des cloisons de séparation.

Dans les kystes tubo-ovariens décrits en particulier par Richard, l'ouverture d'un kyste s'est produite dans la trompe qui lui était préalablement fixée par des adhérences.

Le tissu conjonctif qui sépare plusieurs kystes ainsi constitués, présente habituellement lui-même de petits kystes, en voie d'accroissement, situés dans son épaisseur, et qui offrent à considérer les mêmes détails de structure que les précédents ; ces kystes font saillie dans la cavité des premiers lorsqu'ils augmentent de volume.

On observe quelquefois par places une dégénérescence graisseuse de l'épithélium ou des parois.

Dans aucun des kystes les plus petits en voie de développement on n'a pu rencontrer d'ovules ni de disque proligère, ce qui permet de mettre de côté l'hypothèse d'une formation de ces kystes parla distension des follicules de Graaf préexistants.

Nous avons décrit (t. I, p. 358) la structure des végétations de la paroi des kystes; nous n'y reviendrons pas : nous avons aussi indiqué (t. J, p. 357 et 359) le mode de développement des premiers kystes dans les tubes ouverts à la surface de l'ovaire (c, fîg. 227) et de ceux qui naissent ensuite sur leurs parois d'après les travaux de Waldeyer, Malassez et de Sinéty, ce qui nous dispense d'y revenir ici. Ces derniers auteurs considèrent les kystes comme une forme particulière d'épithéliome, l'épithéliome myxoïde. Les pièces qui leur ont servi de matériel d'études leur avaient été communiquées par Péan, Trélat, Terrier, etc.

Lorsque ces kystes sont anciens, ou même pendant leur période d'accroissement, ils peuvent, par suite de péritonites productives, se souder intimement aux parties voisines, au grand épiploon, aux intestins, à l'utérus, etc., ce qui rend l'opération de l'ovariotomie plus difficile.

Habituellement, un seul ovaire est envahi et constitue toute la tumeur; mais il peut se faire que l'autre ovaire présente déjà quelques petits kystes en voie de développement, de telle sorte que, l'ovaire le plus volumineux étant enlevé, son congénère devienne à son tour le siège d'une tumeur kystique volumineuse. Les tumeurs très anciennes montrent un épaississement fibreux cartilaginiforme de leurs parois; le tissu conjonctif est alors incrusté de sels calcaires, et le kyste renferme une bouillie blanchâtre formée de cellules en dégénérescence graisseuse, de granulations calcaires et de cristaux de cholestérine.

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Les tumeurs de ce genre ne se généralisent pas. Cependant il existe des cas exceptionnels où elles ont revêtu le caractère de tumeurs malignes et se sont généralisées à l'utérus, au rectum et à la cavité péritonéale.

Kystes dermoïdes, — Les ovaires sont un des sièges de prédilection des kystes dermoïdes de la troisième variété admise par Lebert ; ils sont quelquefois très volumineux, gros comme une tête d'adulte, et montrent dans leur intérieur des cheveux, des dents, etc. Nous n'avons rien à ajouter à la description qui en est donnée tome I (p. 321 et 352). iNous avons vu deux fois la paroi d'un kyste dermoïde de ce genre devenir le point de départ d'un épithéliome pavimenteux lobule.

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