‹ Manuel d'histologie experimentaleChapitre 158 sur 207 · CARCINOME DE LA MAMELLE · texte numérisé non relu

CARCINOME DE LA MAMELLE

malion du carcinome. La partie ulréréc et enOammée montre une grande masse de tissu embryonnaire. Ses Ijords et son fond présentent les alvéoles, le tissu conjonctil' épais et les cellules du carcinome. Cette ulcération peut se continuer à sa partie profonde avec un canal galactophore et un lobule mammaire comme le montre la figure 241 .

Le squirrhe mammaire, complètement développé, examiné sur une coupe, montre, au milieu d'un tissu lisse, blanc et peu riche en suc, les sinus et les gros conduits galactophores remplis d'un liquide jaunâtre laiteux ou d'une matière caséeuse, opaque et jaunâtre ou brune consistant en des cellules granulo-graisseuses. Les conduits d'un plus petit calibre sont également remplis de cellules épithéliales granuleuses et se distinguent à l'œil nu comme des lignes arborisées qu'on peut suivre jusqu'à la périphérie de la tumeur. Sur les coupes examinées à l'état frais, on peut s'assurer que les culs-de-sac glandulaires sont remplis de cellules volumineuses pourvues de noyaux et de nucléoles également volumineux. Les préparations obtenues sur les pièces durcies montrent, dans la

FiG. 242. — Section de la mamelle dans le carcinome. Les culs-de-?ac mammaires B possèdent leur membrane très nette à double contour et ils sont remplis do cellules volumineuses. Un conduit galactophore Aest rempli de ces mêmes éléments. — Grossissement de 80 diamètres.

partie centrale et la plus ancienne de la tumeur, des conduits bien reconnaissables à leur membrane d'enveloppe, contenant des cellules épithélioïdes, disposées en plusieurs couches, et au ceatre di*

conduit, dans sa lumière, une agglomération de cellules granulograisseuses bien distinctes de celles du revêtement épithélial. Les culs-de-sac mammaires préexistants et le tissu conjonctif sont transformés en alvéoles carcinomateux contenant de grosses cellules. A la périphérie de la tumeur, dans les points les plus récemment atteints, on peut suivre les modifications des îlots glandulaires et du tissu conjonctif. Ainsi, à côté d'un îlot glandulaire normal, dont les cellules sont seulement un peu tuméfiées et dont les culs-desac sont plus volumineux qu'à l'état de vacuité, on verra des îlots dont les culs-de-sac sont distendus par de grosses cellules finement granuleuses, claires et qui possèdent aussi des noyaux et des nucléoles volumineux. Ces culs-de-sac possèdent encore leur membrane d'enveloppe. Tout le lobule ainsi altéré devient beaucoup plus considérable que les lobules qui l'entourent. En même temps le tissu conjonctif périphérique montre des cellules tuméfiées avec des noyaux en prolifération, et les espaces plasmaliques se remplissent de cellules de nouvelle formation ou de cellules lymphatiques. Le tissu conjonctif se transforme en tissu carcinomateux parla formation nouvelle de ces éléments cellulaires entre ses fibres. A un moment donné la membrane propre des culs-de-sac disparaît et tout le tissu préexistant est creusé d'alvéoles remplis de grosses cellules. Les vaisseaux lymphatiques se prennent à leur tour et contiennent les mêmes éléments.

Lorsque le squirrhe est ancien, le tissu fibreux est très épais et les alvéoles petits. Dans les parties centrales du carcinome atrophique il existe une dégénérescence graisseuse avec atrophie des cellules; le tissu fibreux dense contient aussi des granulations graisseuses.

Dans cette variété du carcinome, les ganglions de l'aisselle sont toujours indurés. Ainsi que nous l'avons dit, ces ganglions sont souvent transformés en tissu fibreux (voy. t. I, p. 208). Pour ce qui concerne la formation des alvéoles cancéreux des ganglions, voyez t. I, p. 205 et (551). Nous ajouterons que le tissu conjonctif de 'aisselle qui accom.pagne les nerfs et les vaisseaux est aussi extrêmement dur, présentant des alvéoles carcinomateux en certains points, mais surtout une formation nouvelle considérable de tissu fibreux dense qui resserre les vaisseaux et comprime les nerfs. La circulation est interrompue dans les veines, qui sont remplies d'un thrombus organisé, et dans les artères, dont la membrane est plissée en long et le calibre très rétréci, sinon effacé complètement. Il en

CARCINOME VILLEUX DE LA MAMELLE. 741

résulte un œdème dur de loul un membre supérieur. Les nerfs comprimés montrent une dégénérescence de leur myéline dans leur trajet périphérique.

Le carcinome encéphaloïde du sein est en général beaucoup plus volumineux que le squirrhe et s'accroît d'habitude avec une plus grande rapidité. La peau, envahie de ])onne heure et épaissie par une formation nouvelle de tissu embryonnaire ou de tissu carcinomateux dans ses couches profondes, montre à sa surface une hypertrophie des papilles, qui sont infiltrées de cellules lymphatiques et dont les vaisseaux sont très développés. Ces modifications du derme précèdent les ulcérations, qui sont généralement bourgeonnantes. Les bourgeons charnus, très vascularisés, qui recouvrent les parties ulcérées, donnent souvent lieu à des hémorrhagies répétées, incessantes, parfois très considérables. Ces hémorrhagies, qui peuvent se montrer aussi dans le squirrhe, sont incomparablement plus fréquentes et plus abondantes dans l'encéphaloïdc.

La section de la tumeur présente un tissu mou, vascularisé, blanc grisâtre, riche en suc laiteux, possédant, en un mot, tous les caractères de l'encéphaloïde. Le développement, la propagation aux tissus voisins et aux ganglions s'y effectuent comme dans le squirrhe, le tissu nouveau offrant toujours les mêmes caractères que la tumeur primitive.

Le carcinome colloïde est plus rare que les précédents.

Carcinome villeux. — Nous avons vu plusieurs fois une tumeur de la mamelle qui se conduit comme le carcinome au point de vue de son extension, de l'infection des ganglions lymphatiques et de sa généralisation, et qui cependant diffère des formes précédentes par ses caractères histologiques. Son aspect à l'œil nu la rapproche du carcinome encéphaloïde ; on fait sourdre à la surface de la tumeur sectionnée une grande quantité de liquide laiteux, mais on peut voir à l'œil nu, sur une section, des cavités et des kystes qui ont de 1/:2 à 2 millimètres ou davantage, qui sont remplies de suc laiteux et montrent des filaments dendritiques. Certaines de ces cavités ouvertes suivant leur longueur ne sont autres que des conduits galactophores remplis de végétations qu'on détache facilement avec une aiguille. Ces végétations dendritiques, étalées sur une plaque de verre et colorées au picrocarminate, montrent à l'examen microscopique une disposition rameuse très élégante. Les principaux troncs

se divisent en formant de longues papilles subdivisées elles-mêmes et terminées par des extrémités libres allongées ou renflées; toutes sont parcourues par des vaisseaux capillaires qui se terminent en anses à l'extrémité des papilles et qui sont entourées d'une très petite quantité de tissu conjonctif. Elles sont couvertes partout de cellules prismatiques ou cylindriques formant une ou plusieurs couches; la première couche s'implante perpendiculairement sur la surface des papilles, et les cellules cylindriques qui la constituent sont pressées les unes contre les autres, allongées, grenues, claires et munies d'un noyau ovoïde. Les cellules qui sont plus superficielles et qui se détachent sont plus grosses, prismatiques ou polygonales, plus claires, présentant un noyau volumineux et un ou plusieurs gros nucléoles. Ces dernières cellules deviennent libres dans le liquide des cavités et y subissent la dégénérescence granulo-graisseuse. Lorsqu'on étudie des préparations obtenues après le durcissement de la pièce, on voit les végétations villeuses précédentes prendre naissance sur la paroi fibreuse des cavités et végéter dans leur intérieur. La surface interne des cavités est tapissée des mêmes cellules que les végétations. La plupart de ces petits kystes ne sont autres que des canaux galactophores dilatés, remplis de végétations qui poussent sur leur paroi et se prolongent suivant le trajet du canal qu'elles remplissent en partie. Les culs-de-sac glandulaires subissent ainsi un agrandissement en forme de kyste , leurs parois présentent des cellules épithéhales disposées comme dans les canaux précédents, et souvent aussi il existe des végétations saillantes à leur surface.

Les canaux galactophores montrent une paroi assez nette ; le tissu conjonctif voisin présente ses fibres disposées concentriquement autour d'eux. Mais il n'en est pas de même des culs-de-sac, dont la membrane hyaline disparaît et qui sont entourés par un tissu conjonctif transformé en alvéoles remplis de grosses cellules tuméfiées à noyau ovoïde volumineux.

On pourrait considérer ces tumeurs comme des épilhéliomes en raison de leur début probable à la surface des canaux galactophores, et de la forme cylindrique des cellules qui tapissent ces canaux. Toutefois l'infiltration du tissu cellulaire voisin transformé en alvéoles contenant de grosses cellules les assimile au carcinome plutôt qu'à l'épithéliome à cellules cylindriques dans lequel les productions épilhéliales, lorsqu'elles envahissent le tissu cellulaire, affectent la forme de boyaux contenant des cellules cylindriques ré-

Page 1