HISTOLOGIE NORMALE DE LA PEAU
desséchées, aplaties perpendiciilairemenl à la surface de la peau, soudées solidement les unes aux autres et dans lesquelles on ne trouve plus trace de noyau. Sous l'influence de la potasse à 35 pour 100, elles se séparent, se gonflent, deviennent sphériqucs et paraissent limitées par une membrane. Entre le corps muqueux et la couche cornée s'étagent deux couches minces : le stratum granuleux du côté du corps muqueux et le stratum lucidum du côté de la couche cornée.
Le stratum granulosum est formé en vénérai par deux ranoées de
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cellules qui, sur les coupes perpendiculaires cà la surface delapeau, faites après durcissement par l'alcool et colorées par le picrocarminale d'ammoniaque faible, paraissent losangiques. Sous l'influence du réactif colorant que nous venons d'indiquer, elles prennent une couleur rouge carminé, tandis que le reste de la préparation est à peine coloré et présente une teinte jaunâtre. La couleur spéciale que prennent les cellules du stratum granulosum est liée à la présence d'une substance particulière qui se montre dans leur intérieur sous
FiG. 244. — Coupe verticale de la peau provenant d'une jambe ampute'e pour une tumeur blanche du genou. Dans la région examinée, l'irrilalion ne se traduisait par aucun signe extérieur, et cependant elle avait détermine une migration assez abondante de cellules lymphatiques dans le corps muqueux.
d, tissu conjonctif des papilles ; f, espaces inlercellulaires du corps muqueux ; m, cellules du corps muqueux ; )', r, cellules migratrices. — Grossissement de 300 diamètres.
forme de gouttelettes réfringentes, qui ont la propriété de se teindre vivement par le carmin. Cette substance, à laquelle l'un de nous a donné le nom d'éléidine, n'existe pas encore dans le corps muqueux proprement dit. Dans le stratum lucidum, elle est à l'état diffus, et, à son niveau, elle se montre à la surface de la préparation sous la
forme de gouttes ou de flaques à bords sinueux, dont la consistance et la réfringence paraissent être à peu près celles d'une huile essentielle. Dans le stratum lucidum qui commence brusquement, les cellules ont perdu leurs granulations; elles sont fortement aplaties et déjà soudées les unes aux autres; il n'y a plus entre elles d'espaces parcourus par des filaments d'union. Le stratum lucidum peut être considéré comme une dépendance de la couche cornée; il se comporte absolument comme cette dernière dans les processus pathologiques.
En résumé, les cellules de l'épiderme se forment incessamment dans la première rangée du corps muqueux et refoulent vers la surface celles qui les ont précédées; celles-ci, au fur et à mesure qu'elles s'élèvent, grossissent, deviennent réguhèrement polygonales et leur organisation se perfectionne. Quand elles arrivent au stratum granulosum, leur structure se modifie profondément : elles s'aplatissent un peu, leur fibrillation disparaît ainsi que les filaments d'union et, à la place de fibrilles intraprotoplasmiques, se montrent des granulations et des gouttes d'éléidine. Une cavité se forme ainsi dans leur intérieur, leur noyau s'atrophie et disparaît complètement ainsi que les gouttes d'éléidine quand elles atteignent le stratum lucidum, où, étant en contact, elles se soudent intimement les unes aux autres, probablement par l'interposition d'un ciment à la formation duquel l'éléidine doit concourir. Le but de cette évolution cellulaire est la formation de la couche cornée, qui, par sa solidité et sa résistance aux agents chimiques, assure à la surface du corps une protection efficace. Cette évolution nous fait comprendre également que des cellules massives, sans membranes, comme celles du corps muqueux, peuvent devenir des sortes d'écaillés dans lesquelles la potasse fait découvrir une membrane d'enveloppe et une cavité.
Ongles. — La lame cornée, qui constitue l'ongle proprement dit, repose sur une couche épithéliale molle qui correspond au corps muqueux; seulement, tandis que, dans l'épiderme proprement dit, la croissance épithéliale se fait perpendiculairement des couches profondes vers les superficielles, l'ongle, comme on le sait, pousse d'arrière en avant, ce qui indique une évolution cellulaire dont la poussée se fait dans le même sens; cela tient à ce que la croissance active de l'ongle ne s'effectue pas également dans toute l'étendue du corps muqueux sur lequel il repose. Dans ce corps muqueux on distingue deux régions : l'une antérieure, le lit de l'ongle, l'autre
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poslérienrc, h matrice de l'onglo qui correspond à la lunule.
Au niveau du lit. de l'ongle, le derme forme des crôt.es longitudinales résultant de la fusion d'une série de papilles; les cellules du corps muqucux du liL de l'ongle comblent, les dépressions ou rainures que les croies laissent entre elles. Au niveau de la matrice, les crêtes disparaissent et sont remplacées par de longues papilles noyées dans un corps muqueux beaucoup plus épais que celui du lit de l'ongle.
La structure du corps muqueux de l'ongle ne diffère pas essentiellement de celle du corps muqueux de l'épiderme : les cellules de la première rangée sont cylindriques; celles qui leur succèdent sont polyédriques; elles sont unies les unes aux autres par des filaments d'union'; mais la strialion scalari forme qui trahit leur présence est beaucoup moins marquée que dans l'épiderme. Arrivées au terme de leur évolution, aussi bien dans le lit de l'ongle que dans sa matrice, elles se chargent de granulations qui, sous l'influence du picrocarminate, ne prennent pas une couleur rouge vif comme celles du stratum granulosum, mais une teinte jaunâtre. Le stratum grannlosum de l'ongle difîère donc de celui de l'épiderme par l'absence d'éléidine et par la présence d'une substance particulière, la substance onychogène. Il est épais dans la matrice, où il compte plusieurs rangées de cellules, tandis qu'il est ta peine marqué au niveau du lit de l'ongle.
Le repli sus-unguéal est tapissé d'une couche épîderm.ique dans laquelle le stratum granulosum, relativement épais, est caractérisé par la présence de gouttes d'éléidine volumineuses.
Sous l'influence de la potasse, à 35 pour 100, la plaque cornée de l'ongle se décompose eu cellules dans l'intérieur desquelles on observe un noyau atrophié; c'est là une distinction histologique importante entre la substance cornée de l'ongle et celle de l'épiderme.
Poils. — Si l'on arrache un à un les poils qui recouvrent n'importe quelle partie du corps, on en remarque de deux espèces : les uns se terminent par un bulbe rigide, dur, qui ne se déforme pas quand on le presse sur une surface résistante; les autres ont un bulbe, dont l'extrémité est molle et flexible. Les premiers sont les poils cà bulbe plein, les seconds les poils h bulbe creux. Nous décrirons d'abord les derniers, car les poils à bulbe plein ne sont autre chose que des poils à bulbe creux arrivés au dernier terme de leur évolution.
Sur une coupe de la peau passant exactement par l'axe d'un poil à bulbe creux, on peut reconnaître toutes les parties qui le constituent, sa papille et les gaines qui l'enveloppent. Au niveau de son corps, à partir du bulbe jusqu'à son extrémité libre, on distingue à sa surface une couche de cellules imbriquées se recouvrant de bas en haut comme les tuiles d'un toit (épidermicule du poil). Au-dessous se montre l'écorce du poil qui est plus ou moins épaisse et qui est composée de cellules irrégulièrement fusiformes, sans noyau, dans lesquelles se trouvent des granulations de pigment dans les poils colorés. Au centre du poil, on voit un canal rempli de cellules polygonales bien nettes ; c'est là la moelle du poil, dont l'existence n'est pas constante.
Au niveau du bulbiB, le canal médullaire central fait place à une cavité dans laquelle se loge la papille du poil, qui, formée de tissu conjonctif, s'élève du derme.
L'écorce et l'épidermicule, un peu déjetées de manière à fig\irer un renflement terminal, coiffent la papille. A son niveau et à une faible distance au-dessus d'elle, les cellules cornées qui composent le poil sont encore molles; elles sont chargées de sucs comme dans le corps muqueux de Malpighi. Elles naissent toutes à la surface de la papille : celles de la moelle au niveau de son extrémité, celles de l'écorce sur ses faces latérales, et celles de l'épidermicule sur son col.
Les cellules épithéliales qui concourent à la formation de la moelle contiennent des gouttes d'éléidine (Waldeyer); mais, contrairement à ce qu'a soutenu cet auteur, nous pouvons affirmer que les cellules de l'écorce et de l'épidermicule n'en renferment à aucun des stades de leur évolution. 11 en est tout autrement des trois rangées de cellules qui constituent ce qu'on désigne sous le nom de gaine épithéliale interne, et qui, prenant naissance sur le col du follicule immédiatement au-dessous de l'épidermicule du poil, l'accompagnent dans l'intérieur du follicule jusqu'à l'embouchure des glandes sébacées. Ces trois rangées de cellules forment, de dedans en dehors, les trois couches que Ton désigne sous les noms de cuticule de la gaine interne, couche de Huxley, couche de IJenle. L'évolution de ces cellules se fait bien réellement de bas en haut et non pas de dehors en dedans comme le croient quelques auteurs. Toutes contiennent des granulations d'éléidine jusqu'à un certain niveau au-dessus du col de la papille; puis, cette substance étant utilisée dans le processus de kératinisation, elle disparaît d'une manière complète, et