‹ Manuel d'histologie experimentaleChapitre 175 sur 207 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

J.es papilles du dernio (pii coiTcspundenL à la piislidc sont beaucoup plus volumineuses qu'à l'élat normal; leurs vaisseaux sont distendus, et les mailles Ibrmées par les faisceaux du tissu conjonclif sont remplies de cellules embryonnaires.

^iâ^'

"^ly

""■'ri*. -^."

FiG. 266. — Coupe à travers le corps muqueux dans la variole.

«, épidémie corné; d, corps muqueux; 6, cavité creusée dans le corps muqueux; ))i, ?«, microorganismes de la variole colorés par le violet de méthyle B. — Grossissement de 850 diamètres.

Les microbes de la variole siègent dans les cavités du corps muqueux et le long des fdaments qui le cloisonnent.

Ils sont constitués par des grains légèrement ovoïdes, isolés ou associés. Il en existe aussi dans les parties périphériques de la pustule ou à la surface des papilles ; dans celles-ci les microbes se voient dans les interstices lymphatiques.

Weigert, pour colorer ces microbes, a employé l'hématoxyline après avoir fait agir préalablement sur les coupes une lessive de po-

tasse pendant quelques minutes. Le violet de niéthyle est préférable à rhématoxyiine comme substance colorante; les microbes en effet fixent très facilement cette couleur, tandis que les granulations albumineuses restent incolores ou colorées en violet très pâle. Les débris de noyaux et de cellules altérées, qui existent dans les aréoles de la vésico-pustule, sont, il est vrai, colorés aussi en violet; mais leur volume inégal et leur diamètre supérieur à celui des microbes les en distinguent suffisamment.

Au niveau delà pustule, l'épiderme est profondément altéré dans toute sa hauteur, soit par la nécrose initiale de Weigert, soit par la dégénérescence vésiculeuse ; il est ensuite envahi et détruit par la suppuration. Les papilles elles-mêmes sont infiltrées de pus et disparaissent, dans les cas les plus graves, à la suite d'un travail ulcératif. Si la guérison se produit alors, il reste à la place de chaque pustule une cicatrice déprimée indélébile. Le corps papillaire ne s'y reproduit plus,

il est utile de rapprocher, au point de vue anatomique, la vaccine de la variole. La disposition histologique de la pustule vaccinale est tout à fait analogue à celle de la variole. La cavité anfractueuse de la pustule contient des hématies, des leucocytes, des débris de noyaux et des microbes réunis en amas sans aucun ordre apparent. Il n'y a là, ni au point de vue de la structure de la pustule, ni au point de vue de la forme des microbes, aucun élément qui puisse faire distinguer la variole de la vaccine. — Chauveau, après avoir filtré le liquide vaccinal, obtint d'une part un liquide qui avait passé à travers le filtre, et d'autre part une portion trouble, solide, qui était restée sur le filtre. Il observa que l'inoculation de la portion solide donnait seule le vaccin. Chauveau montra ainsi que l'élément virulent était constitué par des particules grenues solides, mais la véritable nature de cet élément lui était restée inconnue. C'est à Weigert que revient le mérite d'avoir montré, il y a dix ans environ, les microbes de la variole.

EcTHYMA. — Les pustules d'ecthyma sont absolument semblables, pour ce qui est de leur forme et de leur examen histologique, aux pustules de la variole. Nous n'avons donc pas à les décrire. Les pustules d'ecthyma se montrent surtout chez les sujets débilités, dans la fièvre typhoïde, par exemple, au niveau de la peau congestionnée et enflammée par le décubitus; elles s'y terminent habituellement par une ulcération plus ou moins profonde de la peau. On les observe

LKSIUNS Dli;s GLANDES SUDOUIPARES, SÉBACÉES, ET DES FOLLICULES. <S21

aussi clioz les siijots scroriilcux, clicz les vieillards et dans la syphilis. Dans cetLc dcniiùro maladio, la piisLulalion peiU se produire sutune papule cnflaminée, ou spontanément dans certaines (ormes graves dont elle est souvent un accident précoce. Les pustules d'ecthyma syphilitique s'accompagnent d'une infiltration assez étendue et profonde du derme. Sur les coupes d'une pustule, on observe, dans les points où elle n'est pas encore ulcérée, des lacunes du corps muqueux analogues à celles des pustules de la variole; elles sont plus ou moins grandes, contiennent des cellules libres, et leur paroi est formée par des cellules épidermiques modifiées, généralement aplaties. Les papilles sont tuméfiées, élargies, transformées en un tissu embryonnaire au milieu duquel les vaisseaux capillaires sont fortement dilatés. Cette inflammation se poursuit très profondément dans la plus grande partie du derme. Sous les croûtes, dans la partie ulcérée, les papilles sont le plus souvent conservées, mais elles peuvent aussi être détruites par l'inflammation ulcérative. Après que la pustule, recouverte d'une croûte, a donné lieu à une suppuration plus ou moins longue, elle se termine par une cicatrice plane, régulièrement circulaire, un peu déprimée, blanchâtre ou pigmentée.

Le pus de l'ecthyma non syphilitique, inoculé à. l'individu qui en est porteur, reproduit la pustule d'ecthyma (Vidal, Tanturri).

LESIONS DES GLANDES SUDORIPARES , DES GLANDES SEBACEES ET DES FOLLICULES PILEUX.

Nous ne traitons pas ici des anomalies de sécrétion des glandes cutanées qui relèvent plus de la chimie physiologique et de la pathologie que de l'histologie : tels sont les troubles de la sécrétion de la sueur et du produit de la sécrétion sébacée, les séborrhées, l'acné sébacée, etc. Mais nous devons décrire les inflammations circonscrites périglandulaires, qui sont le plus souvent le résultat de l'accumulation d'un produit de sécrétion dans les canaux sécréteurs. C'est ainsi que se forment les sudamina et la majeure partie des boutons d'acné.

Sudamina. — Quand la sueur se produit en quantité excessive, comme dans le rhumatisme articulaire aigu, ou dans certaines

fièvres, on voit apparaître, à la surface de la peau, de petites élevures phlycténoïdes à contenu d'abord transparent, et qui ressemblent à des gouttelettes de rosée semées sur la peau. La réaction du liquide contenu dans la phlycténule est nettement acide au début (Lailler), ce qui le distingue de toutes les autres sécrétions morbides.

Le contenu des sndamina consiste en des globules blancs semblables à ceux du sang et tellement nombreux, que dans une goutte de liquide prise dans une phlycténule récente, ils paraissent se toucher. Au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, les sudamina qui ne se sont point vidés par rupture spontanée sont devenus opalescents ou jaunes. Leur contenu est alcalin, comme tout liquide purulent, et les globules blancs qu'il renferme sont devenus granulograisseux.

Sur des coupes transversales de sudamina récents, on constate qu'ils se sont produits au niveau de l'orifice des glandes sudori-

FiG. 267. — L Accumulalion de cellules cpldermiqucs dans le conduit d'une glande sudonpare au niveau de la couche épidermique dans un sudamina desse'ché et affaissé.

II. Section d'un sudamina dont la cavité et le contenu se trouvent au niveau du passage d'une glande sudoripare à travers l'épidcrnie.

pares; des cellules épidermiques se sont accumulées dans cet orifice même et ont soulevé légèrement la couche cornée (I, fig. 267). Les coupes de sudamina complètement développés montrent qu'au niveau de l'orifice du canal glandulaire et dans le corps muqueux de Malpighi, il s'est produit une très petite phlyctène au-dessus de laquelle les couches épidermiques forment une voûte, et qui renferme des globules blancs serrés les uns contre les autres. Il est vraisemblable que le liquide dans lequel nagent ces globules est la sueur elle-même, puisqu'il présente une réaction constamment acide.

AcNE PUNCTATA. — CoMÉDON. — Lcs comédous se présentent sous

MILIUM. — ACMl': COnNÉE. H"23

forme de points noirs, siégoanl surloul à la j)eau un IVonl, du nez, des tempes, etc., situés à l'oiilice d'un conduitpilo-sébacé. Lorsqu'on presse leur base, on l'ait soi'tir un houelion allongé, grisâtre, ayant la forme d'un petit ver blanc terminé par le point noir extérieur simulant une tète noire. Ce bouchon est uniquement formé de cellules épidermiques cornées, agglomérées, et de cellules sébacées. Après sa sortie, le conduit pilo-sébacé présente son ouverture et son trajet vides. Sur les coupes de la peau passant par un comédon, on peut s'assurer du siège de celte production épidermique dans les follicules pileux. Quelquefois on trouve dans les follicules et à leur base un ou deux poils follets gênés dans leur développement et dont l'extrémité supérieure est retournée. Quelquefois, en même temps que cette hyperformation d'épiderme^ on rencontre dans le follicule des acares des follicules, des Demodex, que nous décrirons avec les parasites animaux de la peau (voyez plus bas).

MiLiUM. — Ce sont de petits grains arrondis, légèrement saillants, du volume d'un grain de millet à une tête d'épingle, blanc jaunâtre ou laiteux, disséminés dans la peau, surtout au niveau des paupières, des joues et des tempes. On peut les extraire par une incision, et voir qu'ils se composent d'une enveloppe contenant des cellules épidermiques sèches, arrangées comme des pelures d'oignon, semblables aux globes épidermiques du cancroïde, mais dont l'évolution est arrêtée. Ils siègent dans les follicules pileux ou dans les glandes sébacées.

Acné cornée. — Dans celte lésion, les follicules pileux saillants sont surmontés d'une pointe dure, cornée, sans inflammation périphérique. Ces saillies agminées forment une plaque hérissée de pointes multiples (1). Sur les coupes de la peau, on constate que les folHcules pileux, et surtout leurs goulots dilatés, renferment une grande quantité de cellules d'épiderme corné. Dans les couches profondes de cet épiderme corné, il existe des cellules molles dont les noyaux se colorent par le carmin. Les poils sont en quelque sorte étouffés par cette production d'épiderme. Les papilles du derme sont très allongées, un peu élargies; leurs vaisseaux sont dilatés et entourés çà et là de cellules rondes (voy. fig. %S).

(1) Vidal et Leloir, Société de biologie, 1"' avril 1882.

Acné pustuleuse. — Les pustules d'acne pilaris présentent habi-

^'^^iÉ< 1

ît-mf'^} "-^

my .i

FiG. 268. — Acné cornée (figure empruntée au Traité de pathologie cutanée en préparation

de Vidal et Leloir).

p, ouverture du follicule pileux; f, follicule rempli de cellules; m, corps niuqueux situé dans e goulot du follicule pileux ; d, papilles allongées du derme. — Grossissement de 100 diamètres.

tuellement un poil follet qui émerge à leur centre. Si l'on enlève le

^èM!Ai:'}i,/:'Ù-'.

mmmA£,.mM:

FiG. 269 — Section à travers une pustule d'acné entlamméc. La cavité, c, du follicule est dilatée et remplie de pus. Les couches épithéliales du follicule sont on - partie détruites- — Grossissement^, de 15 diamètres.

poil OU les poils follets qui se trouvent au centre de la pustu.e, et

ACNÉ PUSTULEUSE. 825

qu'on presse la base cnllammée et rouge de la paslule, on fait sortir une gouttelette de pus. A l'émergence du poil et autour de lui, on trouve une grande quantité do celliilos épiderrniques et quelques globules de pus. Dans le liquide qu'on fait sourdre par la pression, il existe un grand nombre de ces derniers éléments, chargés de granulations graisseuses, si la pustule date de plusieurs jours; ils sont mélangés à des amas de cellules épidermiques. Sur les coupes de ces pustules perpendiculaires à la surface de la peau et passant par leur milieu, on voit la cavité du follicule pileux distendue contenant un ou plusieurs poils follets, et une accumulation de cellules cornées

FiG. 270. — Pustule d'acne pilaris à son début.

Le follicule pileux contient à son centre un poil à bulbe plein et des cellules cornées accumulées. — Grossissement de 15 diamètres.

et de globules de pus (fig. 270). L'orifice élargi du follicule est comblé par les mêmes éléments. La gaine épithéliaie du follicule est épaissie et contient des cellules migratrices. Les glandes sébacées ne prennent aucune part à l'inQammation à son début. Les papilles du derme voisines de l'orifice du follicule pileux offrent des vaisseaux capillaires pleins de sang et quelques cellules migratrices dans leur tissu conjonctif.

Si les pustules sont plus volumineuses, plus enflammées, on trouve à leur centre la cavité du follicule plus élargie, remplie de pus; les couches épidermiques sont plus ou moins détruites (voy. fig. 269). Dans les parties qui sont conservées, les cellules épidermiques sont vésiculeuses et séparées par des cellules lymphatiques plus ou moins nombreuses et agglomérées; les papilles dermiques, voisines de l'orifice du poil, ainsi que le derme situé au pourtour du follicule, montrent un grand nombre de petites cellules rondes. Les glandes sébacées sont détruites par l'inflammation.

CORNIL ET RANVIER. '!• " ^3

A la suite de ces lésions des follicules, si elles sont profondes et accompagnées d'une destruction partielle des papilles, il se forme une petite cicatrice déprimée.

Vacne rosea, dont le siège habituel est sur le nez et les joues, présente une succession de pustules répondant à la description précédente, et qui s'accompagnent au bout d'un certain temps d'une congestion permanente du réseau papillaire ou de dilatations variqueuses des petites veines superficielles (couperose). 11 en résulte souvent aussi un œdème chronique, une hypertrophie de la peau, avec formation nouvelle de tissu conjonctif, et infiltration de petites cellules dans ses diverses couches.

On trouve quelquefois des boutons A' acné indurata anciens, de la grosseur d'une lentille à un petit pois, dans lesquels le follicule

/tr

..^■-va''IV^f^^/.'

Fio. 271. — Coupe à travers un bouton d'acné indurée ancienne. 0, cavité du follicule qui s'ouvre en s à la surface de la peau; m, couche cornée; n, couche granuleuse, d, couche muqueuse qui tapissent la cavité du follicule;- A;, k, coupe de poils; b, épidémie corné superficiel; c, couche muqueuse; q, follicule pileux normal; p,p', papilles de nouvelle formation entourant le follicule dilaté. — Grossissement de 15 diamctres,

pileux, chroniquement enflammé, est transformé en une cavité contenant un amas d'épiderme corné d'aspect sébacé. Ces petites tumeurs

ACNÉ IIYPERTROPIIIQUE. 8^7

constituent un intermédiaire entre les pustules d'acné et les kystes sébacés. Sur les coupes, le conlenu plus ou moins désintégré consiste uniquement en cellules cornées. Le goulot assez étroit du follicule en est comblé. Ce goulot communique avec la cavité centrale par un trajet plus ou moins régulier. Dans la gaine épidermique du follicule se montrent les sections d'un ou de plusieurs poils. Cette gaine est formée d'une couche de cellules cornées à sa surface et d'un corps muqueux très épais; entre l'épiderme corné et le corps muqueux, la couche granuleuse est épaisse et riche en éléidine. Le tissu conjonctif qui forme la paroi du follicule montre par places des papilles qui sont coiffées par le corps muqueux. On trouve quelquefois des glandes sébacées appartenant au follicule distendu et situées en dehors de lui. Autour de l'orifice cutané du follicule, les papilles sont volumineuses, enflammées, avec des cellules rondes interposées à leurs fibres.

rt.GNÉ HYPERTROPHiQUE. — Cette lésiou est caractérisée par un épaississement de la peau présentant à sa surface des rugosités et des saillies séparées par des dépressions punctiformes qui l'on fait comparer à une peau d'orange. Il accompagne souvent l'acné invétérée et la couperose, et il siège presque constamment sur le nez. Il donne parfois lieu à des tumeurs saillantes hémisphériques, lobulaires, de la grosseur d'un pois ou davantage, si bien qu'il a pu mériter le nom d'acné éléphantiasique. Le nez est alors démesurément grossi, lobule, mamelonné, bourgeonnant. Les coupes de la peau ainsi altérée montrent toujours un épaississement du derme dû à une inflammation chronique et une hypertrophie considérable des glandes sébacées. Celles-ci présentent des lobules volumineux formés de culs-de-sac distendus par une accumulation de cellules sébacées transparentes, réticulées, avec des granulations graisseuses brillantes. En dehors de ces cellules normales, la paroi des culs-de-sac est tapissée d'une ou plusieurs couches de cellules pavimenteuses. Ces grosses glandes ne s'ouvrent que rarement dans des follicules pileux. Elles s'ouvrent d'habitude à la surface de la peau. Les conduits secondaires, après s'être réunis dicholomiquement, se rendent dans un conduit commun possédant un revêtement épidermique très épais qui se continue avec l'épiderme avoisinant. Ce sont les glandes sébacées ainsi hypertrophiées qui forment les reliefs visibles à la surface de la peau, et leur embouchure se trouve dans les points déprimés que l'on y constate à l'œil nu. Le derme présente

un épaississemenL très marqué des artérioles et des veinules, un développement anormal des vaisseaux capillaires des papilles, une infiltration par des cellules rondes et une tuméfaction de ses cellules fixes. .

Acné varioliforme (Bazin) {Molluscum contagiosum de Bateman, MoUiiscum sébacé de Hebra). — Cette lésion se présente sous la forme de petites tumeurs plates, irrégulières, cornées et dures à leur surface. L'histologie de cette affection offre une déviation curieuse de révolution des cellules des glandes sébacées. Une coupe perpendiculaire à la surface de la petite tumeur, passant par son centre et examinée à un faible grossissement, montre qu'elle est constituée par une série de lobules qui répondent à autant de culs-de-sac d'une glande sébacée étalée en surface et dont le conduit et l'abouchement à la peau serait grandement ouverts. La figure 272 montre que le relief de la tumeur est formé par une élevure de la peau recouverte sur ses bords par l'épiderrae normal c, m, qui se continue directement

FiG. 272. — Section à travers une petilc tumeur d'acné varioliforme. C, couche cornée de l'épiderme et m, corps muqueux de la peau normale au pourtour de la lésion; d, tissu conjonctif : la périphérie de la néoplasie montre les nombreux culs-de-sac m' de la glande sébacée dont les cellnles sont transformées ; g, cellules globuleuses ; c', cellules cornées et globuleuses; f, cloisons entre les culs-de-sac glandulaires. — Groçsisseraent de 40 diamètres. (Tiré du Traité de pathologie cutanée de Vidal et Leloir.)

avec les couches épidermiques des lobules glandulaires. Chacun de ces lobules est séparé des lobules voisins par des cloisons connectives en continuité avec le derme. La partie centrale de chaque lobule est remplie de cellules globuleuses qui ont pris naissance daus les culs-de-sac glandulaires modifiés.

Dans ces derniers on observe une évolution épidermique toute spéciale. Pour la bien comprendre, il faut se rappeler que les cellules glandulaires ou sébacées proprement dites, nées de la paroi des culs-

ACN'K VARIOLIFORME. 829

dc-sac, deviennent globuleuses en se chargcanL de graisse à mesure qu'elles s'avancent vers le centre de l'acinus. 11 existe de plus, dans les grosses glandes sébacées de l'iiomme, des cellules qui s'aplatissent et se soudent les unes aux autres pour former des travées qui cloisonnent la cavité glandulaire et limitent des espaces contenant les cellules sébacées.

Dans les lobules de l'acné varioliforme, examinés à un fort grossissement, on reconnaît que le processus sébacé des cellules glandulaires est absolument suppi'imé; on voit, à la périphérie des culs-

<^Ç^'>cP.

FiG. 273. — Acné varioliforme [Traité 'pratique de pathologie cutanée de Vidal et Loluir).

Trois culs-de-sac dégénérés d'une glande sébacée; ft, cellules globuleuses superficielles ; c, cellules cornées; g, g, cellules polyédriques et aplaties contenant de l'éléidine ; e, e, élcidinc interposée à des cellules globuleuses ; l, l, limite entre les cellules de la couche granuleuse et l'épidémie corné; t, tissu conjonctif ; d, tissu conjonctif papillaire entre les culs-de-sac; p, couche de cellules cylindriques. — Grossissement do 200 diamètres.

de-sac, des cellules cylindriques analogues à celles de la couche profonde du corps muqueux (p, fig. 273), puis une série de couches de cellules polyédriques m.

Au milieu des lobules apparaissent des cellules rondes, ayant la forme de globes homogènes et qui augmentent progressivement de volume. D'autres cellules, polyédriques et granuleuses d'abord, puis aplaties (g) de plus en plus à mesure qu'on se rapproche du centre de l'acinus (e), contiennent de l'éléidine. Elles sont semblables à

celles de la couche granuleuse. L'éléidine disparaît ensuite, et. les cellules qui en contenaient se kératinisent en formant des travées cornées (c) entre lesquelles les cellules globuleuses sont comprises. L'éléidine concourt si peu à la formation des cellules globuleuses, que ces dernières existent déjà avec tous leurs caractères dans le fond des lobules au-dessous de la zone où se montre cette substance.

Toute la partie supérieure de l'acné variolitorme, la large ouverture où viennent confluer ses différents lobules, est formée de cellules cornées et des cellules globuleuses précédentes, qui prennent une teinte rouge orangée avec le picrocarminate d'ammoniaque, tandis que les grains d'éléidine prennent une teinte rouge foncée.

Dans les coupes colorées par l'hématoxyline d'abord , puis par l'éosine, les cellules globuleuses ont une teinte violette, tandis que les travées cornées qui les séparent sont colorées en rouge , de même que la couche cornée de Fépiderme voisin appartenant à la peau normale. On ne sait donc pas exactement quelle est la matière qui infiltre les cellules globuleuses; mais, d'après ses réactions, ce n'est ni de la matière colloïde, ni de la matière cornée.

Périfolliculite pilo-sébacée. — Les inflammations de la peau qui entoure les poils sont aiguës ou chroniques, disséminées ou agminées.

La périfolliculite isolée est tantôt consécutive à une lésion des poils, tantôt, ce qui est plus fréquent, à des lésions du follicule pileux (hyperkératinisation et accumulation des cellules épidermiques dans le follicule, transformation kystique de celui-ci, etc.). Le follicule altéré devient, vis-à-vis des tissus vasculaires périphériques, une sorte d'épine irritante, qui provoque leur inflammation. Les glandes sébacées ne jouent qu'un rôle secondaire et effacé.

On observe, au début de la périfolliculite, une rougeur accompagnée d'une saillie légère de la peau, puis une pustulette péripilaire. A ce degré, dans le derme qui avoisine le follicule, les vaisseaux sont dilatés et entourés de cellules migratrices plus ou moins nombreuses. Ces cellules passent dans le follicule, se mêlent aux cellules épidermiques et le pus ne tarde pas à devenir apparent au niveau du point d'émergence du poil. Au bout d'un temps plus ou moins long, les gaines épidermiques du poil sont ramollies, et le poil est éliminé.

L'épiderme de la peau voisin du follicule présente des lésions

PÉRIFOLLICULITE PILO-SÉDACÉE. 831

variables : tantôt il s'accumule sous forme de lamelles cornées; tantôt il s'y produit de petits nids de globules de pus au milieu d'un reticukuTi épithélial plus ou moins solide. Dans ce dernier cas, la périlblliculite pilaire simule parfois une pustule d'impétigo.

A cette période , les follicules pileux sont fortement dilatés , remplis de masses épidermiques , de globules de pus dégénérés, et contiennent souvent plusieurs poils follets. Le muscle érecteur du poil a disparu ; parfois l'inflammation amène l'altération des follicules, d'où il résulte une calvitie définitive plus ou moins étendue.

Parfois l'induration s'accentue à la base des pustules et, se propageant aux tissus ambiants, amène la formation de tubercules ; l'état sycosique est alors constitué.

Quelquefois l'inflammation s'étend encore plus et envahit les parties profondes du derme ; alors le sycosis revêt la forme phlegmoneuse. Ces périfolliculites suppurées laissent à leur suite des cicatrices très petites en général. Telles sont les périfolliculites disséminées et suppurées des régions pilaires proprement dites (barbe, cuir chevelu, pubis, etc).

Les périfolliculites agminées sous la forme de pustules, de tubercules, d'abcès dermiques, constituent le sycosis non parasitaire ou kérion, lorsqu'elles siègent dans les régions pourvues de poils, comme à la lèvre supérieure, au menton, etc.

Leloir a décrit (Société anatomigue, mai 1884) une forme particulière de ces périfolliculites en plaques, siégeant sur les régions glabres où la peau ne possède que des poils follets, sur le dos de la main, au bras, etc. Cette affection es! caractérisée , à sa période d'état, par une saillie circulaire de la peau, à bords nettement limités. La plaque présente une teinte livide. Sa surface est criblée comme une écumoire d'une grande quantité de petits trous du diamètre d'une grosse pointe d'épingle environ. On ne trouve aucun poil dans ces orifices. La pression en fait sortir une rosée de gouttelettes de pus, et quelquefois des amas caséiformes ressemblant à un fin vermicelle. Par l'examen histologique, Leloir a constaté que la lésion siège dans les follicules pilo-sébacés , et non autour des glandes sudoripares, comme on le croyait, cette affection ayant été regardée par plusieurs des médecins de l'hôpital Saint-Louis comme une hydroadénite conglomérée. L'épiderme est conservé à la surface de toute la plaque, tout en montrant dans ses diverses couches

les altérations qui amènent la desquamation ou la puslulation. La couche cornée, amincie, possède encore un grand nombre de cellules avec un protoplasma et un noyau colorable par le carmin. La couche granuleuse, épaisse, est chargée d'éléidine. Le corps muqueux présente des noyaux vésiculeux et des cellules migratrices qui s'accumulent quelquefois en petits îlots, surtout autour de l'orifice des follicules pileux.

Les follicules pileux sont remplis de cellules épidermiques et de corpuscules de pus granulo-graisseux; parfois on y rencontre quelques poils plus ou moins altérés, affectant des dispositions absolument irrégulières. Les muscles érecteurs des poils ont disparu. Les follicules pileux sont quelquefois kystiques, et ils apparaissent alors à l'œil nu comme des points jaunes; mais le plus souvent ils se dilatent, et ils s'ouvrent à la surface par les trous caractéristiques signalés plus haut.

Les plaques de la périfoUiculite ne succèdent pas à l'eczéma et ne sont pas de nature trichophy tique. Le pus qui s'en dégage contient des microbes comparables à ceux du phlegmon. Dans le sang des sujets atteints de cette affection, Leloir et Duclaux ont trouvé deux fois un microbe qui, cultivé, se rapproche beaucoup de celui que Duclaux a découvert dans le boulon de Biskra ; il se montre sous la forme de point double et d'amas zoogléiques.

Cette affection évolue en l'espace de six semaines environ, et guérit par la simple compression, sans laisser de cicatrices.

Page 1