GANGRÈNE DU POUMON
le long des bronches et des artères pulmonaires. Leur contonu examiné à l'clat frais, montre habituellement deux couches. L'une, accolée à la paroi du vaisseau, est composée de nombreuses cellules endothéliales gonllées, polygonales, à angles mousses ou arrondies, mesurant de iO à 18 jj., constituées par un protoplasme granuleux, sans membrane limitante, et par de gros noyaux ovoïdes ou sphériques. L'autre est située au centre de la lumière du vaisseau; elle constitue un coagulum caséeux, jaunâtre et opaque, i'orxné de cellules lymphatiques granulo-graisseuses.
Sur les coupes de pièces durcies dans le liquide de Millier, la gomme et l'alcool, on apprécie mieux encore la disposition de ces deux espèces d'éléments contenus dans les vaisseaux, les cellules endothéliales gonflées et proliférées à la périphérie, les cellules lymphatiques caséeuses au centre; on constate aussi sur les mêmes préparations le rapport des vaisseaux lymphatiques altérés avec les artères, les veines et les bronches qu'ils accompagnent et qu'ils entourent de leurs réseaux.
De même que les vaisseaux lymphatiques compris au milieu du tissu pulmonaire atteint de pneumonie s'enflamment consécutivement, de même les bronches et les alvéoles pulmonaires voisins des canaux lymphatiques primitivement enflammés présentent à leur tour les lésions de la bronchite et de la pneumonie calarrhale. Ainsi, dans le fait de lymphangite pulmonaire que nous avons observé à la suite de tumeurs syphilitiques de l'estomac, lorsqu'on examinait des coupes transversales de lymphatiques péribronchiques, on voyait toujours la bronche adjacente remplie de cellules lymphatiques, en même temps que les alvéoles voisins étaient pleins de cellules épithéliales desquamées et de cellules lymphatiques, comme dans la pneumonie catarrhale.
En outre de ces lymphangites à contenu caséeux, il n'est pas rare de trouver des lymphangites cancéreuses coïncidant avec des noyaux carcinomateux du poumon et une dégénérescence de même nature des ganglions bronchiques. Nous décrirons ces lésions des lymphatiques en môme temps que le carcinome pleural, maladie dans .aquelle elles sont très faciles à observer.
Gangrène (1). — La gangrène pulmonaire est quelquefois la suite
'1) Nous renvoyons, pour les généralités relatives à la gangrène, aux pages 00 et suivantes (lu tome I.
128 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE DE l'APPAREIL RESPIRATOIRE.
d'une pneumonie ou d'une hémorrhagie pulmonaire ; le plus souvent elle paraît liée à l'oblitération des artères pulmonaires ou bronchiques, ou bien elle est causée par des maladies infectieuses, fièvre typhoïde, rougeole, anthrax, etc., ou par une plaie, ou par .une perforation du poumon comme dans la rupture de l'œsophage, les abcès du médiastin, etc. Nous avons déjà mentionné la gangrène dans les dilatations bronchiques.
La gangrène pulmonaire se montre sous deux formes anatomiques : elle est circonscrite ou diffuse.
1" La gangrène circonscrite présente le plus souvent plusieurs foyers disséminés dans un seul ou dans les deux poumons. La partie gangrenée et ramollie se trouve toujours au centre d'un noyau de pneumonie lobulaire ou catarrhale. Il n'est pas douteux que ces noyaux de pneumonie ne précèdent habituellement la mortification qui s'effectue à leur centre : dans plusieurs cas, en effet, nous avons vu des noyaux de pneumonie lobulaire dont les uns contenaient déjà un petit foyer gangreneux, tandis que les autres n'en présentaient pas. Aussi croyons-nous que les foyers de gangrène qu'on observe dans un certain nombre de maladies infectieuses sont la suite de broncho-pneumonies qui possèdent, en raison même de l'état général dm malade ou par suite de causes spéciales, une tendance à se terminer par gangrène.
Chacun des noyaux de pneumonie lobulaire terminée par gangrène présente à son centre une cavité anfractueuse plus ou moins étendue, sur les parois de laquelle on voit des débris de couleur grise ardoisée. Si la caverne est assez grande, on remarque souvent, à sa surface, des vaisseaux saillants et flottants. Elle est remplie d'un liquide grumeleux plus ou moins fluide, grisâtre, et elle communique avec une bronche. Cavité et liquide exhalent l'odeur cadavérique la plus prononcée et la plus fétide.
Lorsqu'on fend un de ces noyaux indurés, on observe sur la section trois couches distinctes : la première est formée par les débris grisâtres ou par une masse pulpeuse adhérente qui limite la perte de substance, et sous laquelle la paroi de la caverne paraît d'un rouge vineux; la seconde est constituée par un tissu pulmonaire hépatisé, grisâtre, friable. Dans ces deux couches, les vaisseaux de tout cahbre, artères, veines et capillaires sont oblitérés par un caillot fibrinoux. La troisième couche, qui se continue avec les parties saines cJrconvoisines, offre le plus souvent" les lésions de la pneumonie
GA.NC.IîE.Mi PULMONAIRE.
tatarrlialc au second ileiiré el quelquefois celles de la pneumonie fibiineuse.
Par l'examen histologique ou constate, dans la zone périphérique, les lésions de la pneumonie : les alvéoles pulmonaires sont remplis de globules de pus, et les capillaires sont distendus par le sang.
La zone intermédiaire grise et hépntisée présente des caractères histologiques qui sont constants dans toute hépatisalion pulmonaire devant se terminer par une gangrène éliminatrice. C'est, à proprement parler, la pneumonie gangreneuse ou la mortification du poumon hépatisé précédant la putréfaction cadavérique. La couleur de ce tissu absolument privé d'air est grise; il est un peu transparent, et l'on y voit, en regardant de près, des lignes arborisées et des grains jaunîilres, opaques, dont la couleur et l'opacité tiennent à la nature de l'exsudat qui remplit les bronchioles acineuses et les alvéoles. En effet, sur des coupes de ce tissu, on trouve, dans les alvéoles pulmonaires, au milieu d'un liquide contenant des cellules
FiG. 55. — Coupe d'un pouuion atlcinl de pneumonie tuberciilo;ise. Le groupe des alvéoles dd présente des points opaques nui ^îont cîos corps granuleux. — Grossissement de 30 diamètres.
lymphatiques, de grandes cellules sphériques mesurant de 15 p à 20 (^ et remplies de granulations graisseuses. Ces corps granuleux possèdent encore pour la plupart un noyau; ce sont eux qui donnent au contenu des alvéoles et des bronchioles son opacité et sa couleur jauuatrt;. Dans le liquide et dans les cellules obtenus par le raclage il existe une grande quantité de micrococcus.
Les vaisseaux sont remplis de fibrine coagulée.
Le tissu ainsi hépatisé est très friable et gorgé de liquide. Cette lésion se rencontre dans presque toutes les formes de gangrène pul-
tORNlI, ET I-.ANVIER. 11. — U
130 histologip: pathologeque spéciale de l'appareil respiratoire.
monaire, à la limite de la partie en putréfaction, et souvent on l'observe dans la pneumonie des tuberculeux lorsqu'elle est sur le point de se terminer par une destruction ulcéreuse. Dans les îlots de pneumonie gangreneuse non encore ulcérés, la partie centrale est altérée de la même façon.
Les débris grisâtres solides du tissu pulmonaire putréfié qui tapisse la cavité ulcéreuse sont constitués par des vaisseaux et par des fibres élastiques qui adhèrent encore plus ou moins à la zone précédente. C'est ainsi que, sur les coupes qui comprennent la zone interne et la moyenne, on voit les débris de fibres élastiques et les vaisseaux se continuer avec les mêmes éléments de la partie bépatisée.
Sur les coupes colorées avec le violet de méthylaniline, on peut s'assurer que les alvéoles du poumon, dans les deux zones internes des cavernes gangreneuses , contiennent une grande quantité de micrococcus.
Les détails qui précèdent nous dispensent d'insister sur la façon dont se produisent les pertes de substance dans cette forme de gangrène. La putréfaction et la destruction moléculaire commencent au point où le tissu nécrosé se trouve en contact avec l'air extérieur, c'est-à-dire au centre même du lobule qui est occupé par la bronche. Cette destruction s'étend de proche en proche. Les produits de décomposition cadavérique et le liquide séjournent plus ou moins longtemps dans la cavité ulcéreuse avant d'être expectorés.
Ce liquide contient des globules de pus et de grandes cellules infiltrées de granulations graisseuses, des grumeaux constitués par des filaments de tissu conjonctif ou de tissu élastique, des granulations pigmentaires noires, orangées ou jaunes, provenant de la matière colorante du sang; des cristaux de phosphate ammoniaco-raagnésien, de margarine, de leucine et de tyrosine ; enfin des schyzomycètes. On peut aussi y rencontrer des champignons analogues au leptothrix buccalis.
Tous ces éléments se retrouvent dans les crachats. Ces derniers ont une odeur caractéristique; ils sont généralement grisâtres, puriformes et légèrement colorés par le sang; mêlés avec de l'eau ils se séparent en trois couches comme ceux des cavités bronchiectasiques.
Si la gangrène atteint des lobules siégeant à la périphérie du poumon, elle détermine à ce niveau une pleurésie fibrineuse. Lorsque la cavité gangreneuse s'agrandit, elle s'ouvre parfois dans la plèvre en y produisant un pyopneumothorax.
Dans cette forme. de gangrène, les caillots fibrineux qui remplis-
PNEUMONIE INTEUSTITIELLE. 131
sent la lumière des vaisseaux existent dans toute la partie que nous ; avons qualitiée de pneumonie gangreneuse, mais ne se poursuivent presque jamais au delà.
2° Gangrène diffuse. — La gangrène diffuse peut survenir à la fin d'une pneumonie fibrineuse aiguë au troisième degré. Chez le cheval, c'est une terminaison commune de la pneumonie; la gan- L-rène est alors le résultat de la coagulation de la fibrine dans les vaisseaux. Chez l'homme, cette forme de gangrène est quelquefois la conséquence de l'oblitération d'une branche volumineuse de l'artère pulmonaire par embolie. La partie mortifiée du poumon est plus étendue, plus irrégulière dans sa forme que dans la gangrène circonscrite; mais les phénomènes intimes, la marche et le résultat sont les mêmes. Nous avons observé un fait où le tissu hépatisé et mortifié était tout au début de la phase de putréfaction; il s'agissait d'une pneumonie aiguë terminée par suppuration, La partie mortifiée, grisâtre, anémique, infiltrée, extrêmement friable, offrait en un point une portion grise ardoisée, fétide, mais non encore complètement séparée du tissu périphérique.
Les cavités ulcéreuses qui résultent de cette forme de gangrène sont anfractueuses, très étendues, traversées par des ponts vasculaires et remplies d'un liquide ichoreux, séreux ou puriforme.
Lorsque la gangrène siège à la périphérie du poumon, immédiatement sous la plèvre, il en résulte un pyopneumothorax à marche très rapide.
Pneumonie interstitielle. — Sous le nom de pneumonie interstitielle, nous décrirons ici plusieurs états du poumon très différents par leur cause, et qui sont loin d'être les mêmes au point de vue anatomique, mais qui doivent être rapprochés les uns des autres parce qu'ils présentent un caractère commun, l'épaississement inflammatoire de la charpente fibreuse du poumon. Ce qui caractérise la pneumonie interstitielle, c'est la multiplication des éléments du tissu conjonctif des cloisons pulmonaires. Cette pneumonie, évoluant lentement, comprend, comme une variété distincte, la pneumonie chronique. Le plus souvent le tissu conjonctif pulmonaire, induré et épaissi, est en même temps pigmenté et coloré en noir ou en ris ardoisé.
La pneumonie interstitielle est partielle lorsque, par exemple, elle est déterminée par une lésion limitée, par des cavernes anciennes, par des tubercules mihaires, par des bronches dilatées, par un abcès
132 IHSTOLCVjiC TATIIOLOGIQUE SPÉCIALE DE LAPl'AKElL UESI'IRATOIRK.
i;uéi'i, par une pleurésie chronique, elc. Elle est étendue à un lobe entier ou généralisée lorsqu'elle est due, à une pneumonie aiguë, ce qui est très rare, ou à la pénétration dans le poumon de poussières de charbon, de silice, d'acier, etc.
Dans ces diverses variétés de pneumonie interstitielle, les phénomènes anatomiques qui accompagnent l'épaississement des doisons n'étant pas les mêmes, nous sommes obligés de les décrire à part.
L'induration fibreuse du tissu pulmonaire est constante.
Les cloisons des alvéoles sont très épaisses, dures, d'aspect libreux.
FiG. 56. — Coupe du poumon atteint de pneumonie interstitielle. — Grossissement de 30 diamètres. — Les cloisons des alvéoles épaissies sont surtout pigmentées autour du vaisseau située à la partie inférieure de la figure : les cavités alvéolaires contiennent des cellules rondes et pigmentées.
FiG. 57. — Section du poumon à l'état normal; destinée à montrer l'épaisseur des cloisons alvéolaires comparées à celle de la figure cicontre. — Grossissement de 40 diamètres.
Quand on examine au microscope, avec un grossissement sufhsant, des coupes de la partie altérée, on remarque que les cloisons possèdent un grand nombre de petites cellules. Au début du processus, ces cellules sont rondes; plus tard elles sont un peu allongées et aplaties, et situées entre des faisceaux de tissu conjonctif de nouvelle formation.
La cavité des alvéoles, d'abord diminuée, finit par disparaître complètement lorsque les parois très épaissies viennent au contact; il se produit ainsi une transformation fibreuse de toute une portion du poumon. C'est en particulier ce qui s'observe dans certaines