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CONGESTION DU FOIE

mime, car elle se renconire an dT'hut de presque tontes les maladies du foie, et constitne l'allération aiiatomique la plus importante de cet organe dans les maladies du cœur et du poumon. La congestion est souvent accompagnée de dégénérescence graisseuse, de cirrhose hypertrophique, etc.

Nous diviserons les congestions hépatiques en deux groupes, suivant qu'elles dépendent d'un afflux plus considérable du sang par la veine porte ou d'une stase dans la veine sus-hépatique.

1" La veine porte est remplie de sang après les repas plus qu'à tout autre moment de la journée. Après un dîner copieux où l'on a mangé des mets épicôs, bu beaucoup devin, des liqueurs, du café, de l'eaude-vie, etc., le sang des veines intestinales et spléniques chargé des liquides absorbés, se précipite dans le foie qui se congestionne et grossit. On ressent alors une sensation de plénitude dans l'hypochondre droit, quelquefois du malaise, sinon de la douleur. Le foie peut augmenter d'un tiers sous l'influence de cette réplétion de ses vaisseaux, ce dont la percussion nous donne la preuve. C'est là l'exagération d'une fonction physiologique, de l'élaboration du sang provenant de l'intestin par la glande hépatique.

Les écarts de régime, lorsqu'ils sont répétés, lorsqu'ils entrent dans l'habitude de la vie, peuvent conduire à la cirrhose.

La goutte paraît être aussi une cause de la congestion du foie. En effet, les auteurs qui se sont occupés de cette maladie ont montré que l'attaque chez certains goutteux était précédée d'une congestion hépatique. C'est ce qu'a rappelé M. Charcot dans une note annexée à l'édition française du Traité de la goutte par Garrod.

Dans les pays chauds, la congestion active du foie est très commune, qu'elle soit produite par la chaleur elle-même ou sous l'influence de certains germes morbides. En effet, la fièvre palustre, et la dysenterie qui exercent leur action spéciale sur les organes placés à l'origine de la veine porte, sont les causes les plus communes des congestions hépatiques des pays chauds, congestions qui précèdent alors soit les cirrhoses pigmentées particulières à l'impaludisme, soit les abcès du foie. Une section de cet organe, dans les autopsies de fièvres pernicieuses, est uniformément rouge, quelquefois on trouve des ecchymoses sous la capsule de Glisson,

La congestion hépatique se montre au début de la fièvre ictérohématurique des pays chauds, des fièvres intermittentes à forme bilieuse décrites par Dutroulau, mctladies dans lesquelles la sécrétion

biliaire est tellement abondante que les malades rendent par les vomissements et par les selles de 1 à 2 litres de bile dans la journée, en même temps que la matière colorante biliaire infiltre le tissu hépatique, la peau, etc., en même temps aussi que les globules sanguins altérés passent en grande abondance dans les urines. La congestion hépatique est portée à un très haut degré, si bien que le tissu de la glande est ecchymose. Une section du foie montre un tissu uniformément rouge ; le sang sort en nappe des petits vaisseaux et distend les gros troncs. Là, autant que nous pouvons le dire sans avoir observé ces faits par nous-mêmes, l'altération hépatique doit être à peu près la même que celle observée en Egypte par Griesinger dans la fièvre typhoïde bilieuse, c'est-à-dire la congestion suivie de l'infiltration biliaire et de la transformation granulo-graisseuse des cellules hépatiques. Dans le dernier stade, le foie est de volume normal ou diminué, et sa couleur est gris jaunâtre et opaque comme dans la fièvre jaune.

Il se produit quelque chose d'analogue, quoique bien réduit et amendé, dans notre climat où pendant les chaleurs de fêté on observe une maladie caractérisée par de fictère, un embarras gastrique bilieux, des vomissements, des selles bilieuses, coïncidant avec une augmentation de volume du foie et un état fébrile de peu de durée. C'est une polycholie avec congestion hépatique, qu'il faut bien distinguer de cette autre forme de l'ictère simple accompagnée aussi souvent de congestion qui est due à un catarrhe intestinal avec catarrhe des voies biliaires et obstruction de ces dernières par du mucus.

La plupart des lièvres graves infectieuses de nos climats, la variole, la fièvre typhoïde, la rougeole, l'érysipèle, etc., s'accompagnent au début d'une congestion hépatique qui précède et amène la tuméfaction trouble et la dégénérescence graisseuse des cellules. C'est un état passager; aussi l'observe-t-on bien surtout au début de la variole hémorrhagique ou de la scarlatine.

2° Lorsque la congestion du foie a pour cause une augmentation de la pression sanguine dans les veines hépatiques, elle se manifeste généralement par une distension des veines centrales des îlots hépatiques et des capillaires de l'îlot qui en sont les plus rapprochés, de telle sorte que la moitié ou les deux tiers internes de l'îlot sont rouges tandis que sa périphérie est grise. Toutes les maladies du cœur, mais spécialement celles qui portent sur les valvules auriculoventriculaires droites et gauches. Je rétrécissement ou l'insuffisance,

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l'anôvrysme aortiqiie, les maladies chroniques du poumon, l'emphysème, l'induration pulmonaire, la pleurésie chronique, la tuberculose, etc., dans lesquelles la circulation cardio-pulmonaire est gônée, aui'ont le même résultat. Toutelbis, si l'asphyxie est très rapide, i;omme cela a lieu dans l'empoisonnement par l'acide carbonique, la congestion, au lieu d'être limitée à la partie centrale de l'îlot, sera générale.

La congestion d'origine cardiaque durera autant que la maladie cardiaque elle-même, c'est-à-dire des mois et des années; d'où il s'ensuivra une série de lésions de nutrition du foie qui, débutant par une hypertrophie, se termineront par une atrophie de l'organe.

Le foie cardiaque hypertrophié et congestionné présente d'abord un état lisse de sa surface ; la capsule de Glisson est distendue. Sur une section de l'organe, les lobules paraissent plus gros qu'à l'état normal; ils présentent généralement à leur centre une zone de couleur rouge foncé, semblable à l'acajou bruni, qui occupe la moitié

FiG. 128. — Section d'une partie d'un ilôt hép.itiqiie atteint de cong'estion d'origine cardiaque.

(atropliie rouge).

.Les cellules hépatiques h sont atrophiées, tandis que les vaisseaux capillaires s sont très dilatés et remplis de globules sanguins. Les cellules hépatiques ont même disparu complètement en certains points comme en t. — Grossissement de 250 diamètres.

OU les deux tiers de l'îlot, tandis que leur partie périphérique est grise et opaque. Dans les points où la section passe par les divisions d'une veine sus-hépatique, on observe une figure foliée à ramures rouges entourées par les zones grises. Si la section est faite perpen-

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diculairement à la direction des veines sus-hépatiques, elle donne des cercles réguliers, dont tout le centre est rouge, tandis que la périphérie est grise. Cette distribution de parties rouges et grises du même îlot est assurément ce qui avait fait admettre par Andral l'existence à l'état normal de deux substances différentes dans le foie. On a comparé cette couleur à celle de la noix de muscade et on a donné à cette lésion le nom de foie noix de muscade ou foie cardiaque. Cette dernière dénomination n'est pas absolument exacte, puisqu'on observe aussi la même lésion dans les maladies pulmonaires, et il vaut mieux désigner cette altération sous le nom d'atrophie rouge, sous lequel elle est généralement connue.

Lorsqu'on examine des sections minces du foie atteint de cette lésion, on voit, au centre de la partie rouge, la veine centrale très dilatée. Quelquefois même on peut apercevoir à l'œil nu son ouverture. Le reste de la région rouge de l'îlot montre des capillaires très élargis, deux ou trois fois plus volumineux qu'à l'état normal et remplis de sang. Les cellules hépatiques interposées aux capillaires sont, par contre, aplaties et atrophiées. Elles possèdent néanmoins leur noyau, mais leur protoplasma est finement granuleux eu même temps qu'il est le plus souvent le siège de granulations pigmentaires brunes d'origine hématique. On y a même rencontré des cristaux d'hématoïdine. Quelques-unes de ces cellules présentent aussi des granulations jaunes de pigment biliaire. Celles-ci peuvent siéger dans le centre de l'îlot aussi bien qu'à la périphérie de la partie rouge.

A sa partie périphérique grise, l'îlot est constitué par des capillaires de volume normal ou moins accru que les précédents et par des cellules en dégénérescence graisseuse complète. Celles-ci montrent de grosses granulations ou même une ou deux grosses gouttelettes, qui les distendent complètement en leur donnant une forme sphérique.

Tel^est le premier degré de cette lésion, qu'on peut résumer en disant que le sang de la veine sus-hépatique distend la veine centrale et les capillaires centraux de l'îlot en imprégnant les cellules de matière colorante sanguine et en les atrophiant, pendant que le sang de la veine porte, stagnant à la périphérie, abandonne aux cellules qui s'y trouvent la graisse qui vient de la digestion.

Bientôt surviennent des lésions plus profondes. Les capillaires dilatés, après la destruction atrophique plus ou moins complète des cellules qui] les séparaient, viennent au contact les uns des autres; leurs parois ne sont plus séparées que par le tissu con-

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jonclif qui les entoure à l'élal. normal et, de distance en distance, par une cellule hépatique aplatie et possédant encore son noyau. Ces capillaires dilatés, remplis de sang, séparés par un peu de tissu conjonctir, forment, dans la zone rouge, à son centre ou irrégulièrement disséminés, de petits foyers, qui ressemblent beaucoup aux tumeurs sanguines du foie, à cela près que le diamètre des cavités vasculaires est plus considérable dans ces dernières. Dans le foie muscade, ces parties apparaissent sur une section de la zone rouge comme des espaces plus clairs, réticulés, à mailles pleines de globules sanguins.

Plus tard, le foie primitivement hypertrophié se rapetisse et s'atrophie. 11 est alors inégal à sa surface. Sur une section de l'organe, les îlots paraissent plus petits qu'à l'état normal, et la substance rouge semble au premier abord plus inégalement distribuée. De plus, on trouve souvent du tissu conjonctif de nouvelle formation autour des veines centrales des îlots et delà veine sushépatique, ce qui empêche la coloration rouge centrale d'être aussi uniforme qu'au début du processus. Sur des coupes on voit en effet au microscope une zone de tissu conjonctif de nouvelle formation autour de la veine centrale dilatée. Dans cette zone, il existe quelques cellules connectives à noyau ovoïde. Les cellules hépatiques sont atrophiées, finement granuleuses, réduites souvent à un petit amas de granulations protéiques et graisseuses. Les capillaires ne sont pas toujours aussi dilatés que dans les formes précédentes. Ce qui domine alors, c'est une sclérose autour de la veine hépatique.

On a dit qu'il pouvait se produire ainsi une cirrhose véritable, comparable à la cirrhose d'origine alcoolique.

Cette complication est très rare ; cependant nous avons observé, dans un cas de rétrécissement avec double insuffisance de l'orifice mitralet de l'orifice tricuspide, que les vaisseaux périlobulaires étaient entourés aussi d'une zone de sclérose. 11 y avait, autour de certaines des branches interlobulaires de la veine porte, non de toutes, du tissu conjonctif fibriliaire contenant des cellules et formant de petits cercles englobant aussi l'artériole hépatique et les ramuscules biliaires qui accompagnent la veine porte. Mais le tissu conjonctif nouveau ne formait pas des cercles complets autour de chaque lobule hépatique comme cela se voit dans la cirrhose bien accentuée ; il constituait seulement des manchons isolés autour de certaines veinules portales. Sur des coupes, ces manchons apparaissent de distance en distance autour des lobules comme de petits îlots ronds de tissu conjonctif.

Nous reviendrons, à propos des cirrhoses, sur la cirrhose d'origine cardiaque.

Comme conséquence de la congestion hépatique et de la stase du sang dans le cœur et dans les branches veineuses et capillaires du foie, on observe toujours une grande gêne dans la circulation des organes dont le sang veineux s'écoule dans les rameaux de la veine porte. Il en résulte des engorgements sanguins de la rate, de l'estomac, des intestins jusqu'au rectum, des dilatations variqueuses des veines de ces parties, des varices de la partie inférieure de l'œsophage , des hémorrhoïdes. Quelquefois même on constate des ecchymoses de la muqueuse stomacale. L'atrophie rouge aiguë se caractérise aussi par un catarrhe chronique de l'estomac et de l'intestin, par une coloration quelquefois jaunâtre des sclérotiques et enfin par un certain degré d'ascite.

La congestion peut être due à des causes traumatiques, telles qu'un coup porté sur la région du foie, par exemple les coups de tampon si fréquents chez les ouvriers employés dans les gares de chemin de fer. La lésion en pareil cas est souvent portée assez loin pour qu'il y ait une attrition de la substance hépatique, des ecchymoses, des apoplexies sanguines et, à leur suite, des accidents graves et même des abcès.

Dans ses expériences sur la contusion du foie chez le chien, Terrillon (1) a examiné les modifications consécutives aux fissures ou déchirures qu'il produisait ainsi dans le foie. Les solutions de continuité se comblent immédiatement par du sang, qui se coagule sur place. Au milieu de ce caillot, des globules blancs se disposent bientôt en amas et deviennent ensuite un véritable tissu embryonnaire, qui présente plus tard des fibres et des vaisseaux. La réparation se fait beaucoup plus vite, d'après Terrillon, lorsque la capsule de GUsson est déchirée que lorsqu'elle est conservée intacte. Dans ce dernier cas, on trouve, longtemps après la contusion, des ecchymoses plus ou moins étendues autour des lobules, ecchymoses dans lesquelles le sang subit ses modifications destructives habituelles.

On peut aussi rencontrer dans le foie des collections sanguines ou une infiltration hématique dans les cas très rares de lésion athéro-

(1) Étude expérimentale sur la contusion du foie {Archioes de physiologie, 1875, p. 2-2).

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