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GOMMES SYPHILITIQUES ANCIENNES

Le volume du foie atteint de gommes est généralement ti'ès diminué lorsqu'on lait i'autopsic, parce que, la lésion étant ancienne, la |)éri-liépaliLe et Ja rétraelion cicatricielle qui les entourent ont amené une atrophie. Mais les choses peuvent être toutes différentes au début de la syphilis hépatique. Le foie est mcine hypertrophié dans les périodes congestives et inllammatoires aiguës de la syphilis tertiaire.

D'après Lancereaux, Klebs et un certain nombre d'auteurs, les gommes hépatiques se résorbent quelquefois et laissent à leur place des dépressions cicatricielles. Il n'est pas douteux que les nodules caséeux ne puissent être résorbés en partie. Nous avons décrit (voy. t. I, p. 228 et 229) des lacunes remplies de granulations graisseuses situées autour du centre caséeux des gommes et que nous avons regardées comme des voies lymphatiques (voy. fig. 161) servant à

FiG. 161. — Tissu fibreux formant l'enveloppe des gommes en régression.

*, espaces conlenaiit des cellules et des granulations graisseuses; c, les mêmes espaces ne contenant

que de la graisse. — Grossissement de 250 diamètres.

cette résorption; mais il est difficile de croire que ces tumeurs puissent disparaître complètement.

Les gommes anciennes présentent, dans leur partie centrale caséeuse, des éléments cellulaires petits, rapprochés les uns des autres, remplis de fines granulations et en dégénérescence granulograisseuse. Les vaisseaux y sont oblitérés; dans la zone fibreuse périphérique, on trouve du tissu conjonctif très serré et dense par-

CORNIL ET RANVIER. II. — 30

couru par des vaisseaux sclérosés et contenant, entre ses fibres, soit des cellules rondes, soit des cellules aplaties.

Les gommes plus récentes du foie, dont nous avons donné la description (voy. t. I, p. 224) sont constituées par de petits nodules microscopiques (a, fig. 162) dont le centre subit déjà une atrophie

'"osfooX;

Fig. 162. — Gomme syphilitique du foie.

a, centre des nodules dans lequel les cellules sont devenues granuleuses; 6, pe'riphérie de ces nodules

V, vaisseau. — Grossissement de 100 diamètres.

et une dégénérescence granuleuse, tandis que les cellules rondes de la périphérie se confondent avec le tissu embryonnaire voisin. Une grosse gomme est composée d'un grand nombre de ces nodules. On

\ n ^O^'Cr

•(10 Ci.-yo^'^o^r /o ^'

Fig. 163. — La même préparation, vue à un grossissement de 400 diamètres. d, e'iéments de la gomme ; f, cavité des vaisseaux dans lesquels on voit des globules rouges g.

trouve quelquefois dans les gommes récentes ou à la périphérie des gommes anciennes, des cellules géantes qui sont toujours très rares à rencontre de ce qui se passe dans les tubercules.

Depuis que Klebs a décrit des bacilles particuliers dans les productions syphilitiques, et que plusieurs observateurs ont vérifié sa

CARCINOME. 459

découverte, nous avons cherché ces bâtonnets dans les syphilomes récents el dans les gommes, en particulier dans celles du foie, mais nous n'avons rien trouvé de caractéiistique.

Tumeurs leucémiques. — Le foie des individus qui ont succombé à la leucocythémie présente plusieurs espèces de lésions. Il est généralement très volumineux et son poids peut atteindre jusqu'à 4 et 5 kilogrammes. On y rencontre d'abord de petits épanchements de globules blancs dont nous avons déjà étudié le mode de formation (voy. t. I, p. 296). Déplus, dans la leucocythémie ganglionnaire ou splénique et dans la lymphadénie généralisée, on y observe souvent des néoformations de tissu réticulé lymphatique, de véritables tumeurs dans le sens histologique, qui coïncident avec une congestion considérable de l'organe. Dans le cas de foie amyloïde, rapporté plus haut (p. 44-9), il y avait de ces lymphadénomes de nouvelle formation en assez grande quantité. Ces néoplasmes de tissu réticulé se montrent entre les lobules, autour des vaisseaux péri-lobulaires, et tout particulièrement suivant le trajet des branches de la veine porte.

Sarcomes. — Les sarcomes sont rares dans le foie. Ils ne s'y montrent pour ainsi dire jamais comme tumeurs primitives. Ceux qu'on y observe sont surtout des sarcomes raélaniques. Les sarcomes non mélaniques sont exceptionnels dans le foie parce que les tumeurs primitives de cette espèce sont très peu communes dans les organes d'où partent les radicules de la veine porte.

Carcinome. — Les tumeurs carcinomateuses et épithéliales sont rarement primitives dans le foie ; elles succèdent habituellement à des tumeurs de même nature de l'estomac, de l'intestin, du rectum, du péritoine, des ganglions lymphatiques, de l'utérus, des testicules, du sein, etc., ou de la vésicule biliaire. La vésicule biliaire et les voies biliaires peuvent, en effet, être le siège de cancers primitifs qui se généralisent ensuite à tout le foie. Souvent même les nodor sites cancéreuses du foie sont si considérables et la lésion de la vésicule si peu étendue, qu'un observateur peu expert pourrait croire qu'il s'agit d'une affection primitive du foie, tandis que c'est le contraire qui est la vérité.

Les carcinomes secondaires du foie ont en effet ceci de particulier

qu'ils offrent un développement considérable, que le foie est infiltré, par exemple, de masses morbides pesant 2 ou 8 kilogrammes et plus, tandis que la tumeur primitive siégeant à l'estomac, par exemple, consistera en un encéphaloïde ulcéré, à peine large comme le creux de la main. Et cependant il n'est pas douteux, en raison de la souffrance antérieure de l'estomac et des signes dûment constatés du cancer stomacal datant d'un ou de deux ans, tandis que l'hypertrophie du foie s'est faite seulement pendant le dernier mois de la maladie et sous les yeux du médecin, il n'est pas douteux que le carcinome stomacal ne soit primitif.

Le foie est de tous les organes de l'économie celui dans lequel les productions carcinomateuses secondaires sont les plus communes. Et comme c'est une loi absolue que les nodosités secondaires possèdent la même structure que la tumeur primitive, il en résulte qu'on trouvera dans le foie toutes les variétés connues du carcinome, squirrhe, encéphaloïde, carcinome hématode ou télangiectode, carcinome colloïde, carcinome mélanique.

Le carcinome primitif présente une masse considérable homogène, sans vestige du tissu hépatique à son centre. Celui-ci est formé par un tissu carcinoraateux plus ou moins ancien, souvent jaunâtre, opaque et uniformément dégénéré. Au pourtour de la tumeur, on constate des noyaux carcinomateux d'infection secondaire développés par voisinage. Toutes ces tumeurs donnent du suc laiteux à la coupe et présentent au microscope la structure typique du carcinome, c'est-à-dire des cloisons de tissu conjonctif formant un réticulum et limitant des espaces qui communiquent les uns avec les autres. Les lacunes de ce tissu sont remplies de grosses cellules polyédriques, de forme très variée, en raquette, allongées ou ovoïdes ou sphériques, claires, contenant un ou plusieurs noyaux munis eux-mêmes de gros nucléoles réfringents. Les cloisons qui correspondent au réticulum cellulo-vasculaire du foie sont parcourues par des vaisseaux capillaires.

Dans le carcinome secondaire, au lieu de trouver une masse considérable infdtrée en nappe dans une grande étendue du foie, ainsi que cela a lieu dans l'exemple précédent, on observe une grande quantité d'îlots qui sont tous à peu de chose près du même âge et répandus presque uniformément dans tout l'organe. Ces nodules secondaires de forme sphérique ont un volume qui varie entre un grain de mil et une noisette ou une noix. On comprend que, si le carcinome primitif est très voisin du foie, s'il siège par exemple à

CARCINOME. iOl

l'eslomac ou à la vésicule biliaire, la partie de cet organe acljacenle à la tumeur primilive sera la plus altérée.

Les nodosités développées à la surface Ibnl une saillie liiîmispliérique, la moitié de la tumeur di'hordant sous la capsule de Glisson, pendant que l'autre moitié sièiie dans le parenchyme de l'organe. 11 en résulte une série de reliefs, dont le centre est généralement alïaissé en cupule. Cette dépression centrale est causée par la dégénérescence graisseuse et par l'atrophie des éléments cellulaires.

Le foie atteint de carcinome secondaire ou de carcinome primitif est généralement très volumineux, surtout lorsque la tumeur est encéphaloïde. Il dépasse de beaucoup le bord inférieur de la paroi costale, et Ton peut par la palpation et la dépression de la paroi abdominale sentir les inégalités de sa surface convexe et de son bord antérieur qui débordent les fausses côtes.

La pression exercée par ces tumeurs sur les branches ou sur le tronc de la veine porte détermine une ascite, qui habituellement n'empêche pas le diagnostic par la palpation. Lorsque en eflut la paroi est modérément tendue par l'épanchement, on la déprime avec le bout des doigts enfoncés perpendiculairement à sa surface, et l'on sent parfaitement ainsi les nodosités cancéreuses lorsqu'elles existent au niveau du bord antérieur du foie.

Nous ne pouvons décrire ici, dans tous leurs détails, les caractères liistologiques des variétés diverses du carcinome hépatique, car ce serait laire l'histoire complète du carcinome, mais nous devons étudier quelques-unes des particularités propres à son siège dans le l'oie et à son mode de développement dans cet oi'gane.

Une lésion très remarquable du cancer hépatique est celle qui tient à l'envahissement et à la réplétion par le tissu morbide des branches afférentes, du tronc, et des divisions de la veine porte. Nous avons eu l'occasion de voir plusieurs fois, à la suite d'un cancer hématode ou télangiectode de l'estomac, une formation de tissu cancéreux de même nature dans la veine porte.

Dans cette variété du carcinome, les réseaux des capillaires ectasiés et les dilatations anévrysmales qui s'y produisent sont très faciles à reconnaître à l'œil nu comme des lignes sinueuses ou des points rouges isolés. Dans les faits que nous avons étudiés, la tumeur stomacale ulcérée, siégeant près du pylore, présentait à sa surface péritonéale des cordons sinueux ayant la grosseur de plumes de corbeau et de plumes d'oie, cordons pleins qui n'étaient autres que des branches afférentes de la veine porte faciles à suivre jusqu'au tronc

de celle veine. Incisées, ces veines se monlraient remplies d'un tissu carcinomaleux mou, comme la lumeur primitive, et dans ce tissu semi-liquide et blanchâtre on voyail des capillaires dilatés semblables à ceux de la lumeur stomacale. Ces vaisseaux capillaires bourgeonnaient de la surface interne de la cavité des veines et ils étaient souvent très longs, couchés dans le sens du courant sanguin. La paroi de la veine , encore reconnaissable du côté de la surface péritonéale de l'estomac, bien qu'infiltrée par les éléments nouveaux, se confondait du côté de l'ulcération stomacale avec le tissu carcinomaleux, et cette paroi était totalement transformée en alvéoles remplis de cellules. L'altération ne se bornait pas là : le tronc de la veine porte et toutes ses branches hépatiques étaient remplis des mêmes éléments, tissu cancéreux et vaisseaux dilatés nés de la paroi altérée des veines ou venus d'un point inférieur et végétant dans la cavité des vaisseaux situés au-dessus comme le font certaines racines dans les conduits de drainage. Il résultait de cette disposition que, sur une coupe du foie, on voyait, autour des îlots hépatiques, la section des veines portes inlerlobulaires remplies de suc cancéreux qu'on en faisait sortir par la pression.

Dans une autre série de laits, il est assez fréquent que des carcinomes des ganglions lymphathiqiies, soit primitifs, soit secondaires, ou des tumeurs des autres organes voisins de la veine porte se propagent à la paroi de cette veine et déterminent la formation de bourgeons cancéreux flottant dans la lumière du vaisseau. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion d'êlre témoins de ces ftiils : un ganglion lymphatique cancéreux et très hypertrophié confine, en un point, à la paroi veineuse; une adhérence intime s'y effectue par une surface assez large ; la paroi de la veine s'épaissit en ce point et le tissu conjonctif de la tunique externe se transforme en tissu carcinomaleux; la tunique moyenne, puis l'interne, s'allèrent de la même façon, de telle sorte qu'une tuméfaction limitée due à cette néoplasie fait saillie dans la lumière de la veine. L'endothélium vasculaire prolifère à ce niveau. Plus lard, le tissu du bourgeon cancéreux, devenant de plus en plus proéminent, se ramollit et se désagrège sous l'influence du courant sanguin qui entraîne du côté du foie des fragments devenus de véritables emboles cancéreux. Ceuxci, arrêtés dans un rameau inlerlobulaire, deviendront à leur tour le point de départ de tumeurs secondaires.

Plus lard, le néoplasme, né sur la veine porte, s'ulcère, et il en résulte une perte de substance des tuniques veineuses, si bien que le

CARCINOME MKLANIQUK. 463

lissu cai'cinomatcux voisiatiii constitue la paroi. Le mécanisme de la production de ces carcinomes do la veine porte est facile à comprendre. On les désii^ne quelquefois par un mot qui n'est pas absolument exact : on dit que le carcinome voisin de la veine porte a perforé ses tuniques et s'est ouvert dans sa cavité. On doit dire au contraire que la paroi est devenue, par la propagation de la tumeur voisine, le point de départ d'un bourgeon carcinomateux qui s'est ulcéré ultérieurement. La perforation de la veine est la conséquence de l'infiltration et du bourgeonnement cancéreux de ses tuniques, puis de leur ramollissement.

Plusieurs observations de carcinome mélanique du foie rapportées par des auteurs allemands montrent que les capillaires de l'îlot hépatique sont alors remplis par des éléments cellulaii'es de la tumeur. La direction radiée de ces capillaires et la pigmentation des cellules ont fait donner à cette variété le nom de cancer radié, pigmenté (Rindfleisch).

Nous avons analysé un cas de carcinome mélanique secondaire du foie, provenant de la clinique de M. le professeur Gosselin, dans lequel le néoplasme paraissait au premier abord irrégulièrement infiltré dans tout Torgane. Sur les coupes examinées au microscope, la plupart des vaisseaux appartenant à la veine porte avaient un diamètre beaucoup plus considérable qu'à l'état normal et une forme cylindrique : leur paroi était le siège d'une infiltration de grosses cellules, leur tunique interne présentait des bourgeons de tissu conjonctif infiltré lui-même de cellules volumineuses. Ces bourgeons remplissaient tout le calibre du vaisseau, ou bien ils laissaient une bimière centrale contenant des cellules libres et du sang. Les éléments cellulaires étaient plus ou moins pigmentés en brun. Presque tous les vaisseaux étaient altérés de la même façon. Les artérioles hépatiques n'étaient pas le siège d'une endartérite carcinomateuse aussi intense, mais elles montraient sur leur surface interne des couches de cellules endothéliales dont quelques-unes étaient pigmentées. Certains îlots hépatiques étaient complètement transformés en îlots carcinomateux : la forme circulaire de ces lobules était conservée; leurs branches portes interlobulaires étaient reconnaissablés, bien qu'atteintes de l'endophlébite précédemment décrite. La veine centrale et les capillaires radiés de l'îlot étaient en place et à peu près sains; mais les réseaux des cellules hépatiques étaient remplacés par des nids de cellules à gros noyaux et à gros nucléoles, et le protoplasma de la plupart de ces cellules était pig-

mente. Le tissu conjonctif épaissi qui accompagnait les vaisseaux formait le stroma des alvéoles carcinomateux. On reconnaissait aussi très bien, à leur direction et à leur siège, les canalicules biliaires interlobulaires; mais leurs petites cellules cubiques étaient remplacées par de grosses cellules à noyaux volumineux et à nucléoles réfringents, et leur calibre était augmenté, 11 était difficile de voir un plus bel exemple de la participation de toutes les parties du foie au développement d'une tumeur.

Il ne faudrait pas croire, du reste, que la dégénérescence cancéreuse des parois des veines, que leur remplissage par du tissu cancéreux et que les embolies veineuses et capillaires consécutives constituent le mode de développement habituel du carcinome secondaire du foie. Le plus souvent, au contraire, les nodules miliaires et récents siègent dans le tissu conjonctif périlobulaire, autour des petites divisions de la veine porte, et ils reconnaissent pour cause une néoformation de cellules entre les faisceaux de fibres du tissu conjonctif. Les veines présentent alors quelquefois une inflammation caractérisée par la formation de nombreuses cellules endothéliales à leur surface interne. Cette dernière lésion pourrait tout aussi bien être regardée comme la conséquence du développement d'un nodule cancéreux du tissu conjonctifque comme sa cause. Rindfleisch attribue à la prolifération des cellules hépatiques le plus grand rôle dans la genèse du carcinome du foie. Nous ne croyons pas que ce mode de formation soit aussi commun. Mais il n'en est pas moins vrai que si l'on connaît certains faits de développement du carcinome du foie, il y a encore bien des inconnues à résoudre et, en particulier, on n'a pas étudié le rôle des vaisseaux lymphatiques au début de ces tumeurs. On a dit que les cellules du carcinome hépatique reproduisaient la structure et la forme des cellules normales du foie ; nous n'avons pu observer une telle analogie : les cellules du carcinome hépatique sont, comme partout, claires, munies de noyaux ovoïdes très volumineux, de nucléoles brillants, etc.; elles ne ressemblent en rien aux cellules hépatiques et ne contiennent pas les granulations qu'on rencontre dans le protoplasma de ces dernières.

Épithéliome a cellules cylindriques. — L'épithéliome à cellules cylindriques (voy. t. 1, p. 326) s'observe assez souvent dans le foie consécutivement aux tumeurs de même nature développées primitivement dans l'estomac, dans l'intestin grêle, dans le rectum et dans la vésicule biliaire. A l'œil nu, les tumeurs de celte variété olVrent les

ADENOME.

mêmes caractères que l'encéplialoïde, c'est-à-dire qu'elles consistent en des nodules plus ou moins volumineux et de consistance molle donnant beaucoup de suc lailoux. I^]llcs peuvent aussi revèlir l'aspect du cancer colloïde par suite d'une transfoj'mation colloïde partielle ou très étendue des cellules, aspect que présentent alors aussi les tumeurs primitives. Pour déterminer la nature de ces tumeurs, il est nécessaire de les faire durcir dans l'alcool absolu ou dans le liquide de Mûller, la gomme et l'alcool; si l'on se contentait de l'examen par le raclage, on ne pourrait pas voir la forme tubulée du néoplasme. Sur les sections obtenues après durcissement, on observe des tubes sectionnés en long ou en travers, ou des cavités ovoïdes qui sont tapissées d'une couche de cellules cubiques ou cylindriques. Ces éléments reproduisent fidèlement dans leur disposition la structure de la tumeur primitive. Il n'est pas possible de démontrer une membrane isolable autour de ces productions tubulées; elles sont tout simplement limitées par le tissu conjonctif voisin. Le centre des tubes montre une lumière ou cavité bien nette. Les parties colloïdes de la tumeur offrent les mêmes tubes et les mêmes cavités tapissés d'une couche de cellules ayant subi la dégénérescence colloïde.

FiG. 164. — Granulalion saillHiilG à la surface du foie et formée par un lobule hépatique chez un

enfant nouveau-né. — Grossissement de ISO diamètres. a, capsule de Glisson ; c, îlot de cellules hépatiques entouré de tissu conjonctif embryonnaire h.

Adénome. — Nous avons donné plus haut (p. 438) la description complète de l'adénome hépatique, que nous avons considéré surtout comme une complication de la cirrhose. Pour ce qui est des nodules isolés saillants sous la capsule de Glisson (voy. fig. 164), à la surface du foie, et reproduisant la structure d'un îlot hépatique, ce sont moins des adénomes ayant de la tendance à s'accroître que des vices de développement et de conformation remontant à la vie intra-utérine et n'offrant qu'un intérêt purement tératologique

Kystes séreux, — La putréfaction avancée du foie et le développement de vacuoles contenant des gaz et du liquide sous la capsule de Glisson et dans la profondeur du foie a pu en imposer au premier abord pour des kystes séreux. Il ne faudrait pas non plus prendre pour des kystes de cette nature les cavités qui se rencontrent parfois au milieu des nodules carcinomateux et sarcomateux.

Les kystes séreux du foie sont assez rares. Ils se présentent habituellement sous la forme de petites vésicules de la grosseur d'une tête d'épingle à un petit pois, sphériques ou ovoïdes, siégeant sous la capsule de Glisson ou au milieu de l'organe, dans les travées qui accompagnent les vaisseaux portes. Ils atteignent rarement le volume d'une noisette ou d'une noix. Ils sont ordinairement groupés en îlots, possèdent une paroi fibreuse mince et contiennent un liquide clair et transparent. Parfois ils communiquent largement entre eux et forment ainsi un kyste multiloculaire.

Il est facile de suivre le développement de ces kystes, surtout lorsqu'ils sont petits et multiples. Sur des coupes, on voit en effet, dans certains des espaces portes , les canalicules biliaires périiobulaires dilatés, entourés d'une zone de tissu conjonctif qui finit par les isoler. Les kystes ne sont autres que des canalicules biliaires isolés et distendus au milieu du tissu fibreux. Ils sont tapissés à leur surface interne par des cellules épithéliale's cubiques ou plates.

Kystes biliaires. — On rencontre assez souvent à la surface du foie des kystes contenant du sable biliaire. Le revêtement interne de ces kystes consiste en une seule couche de cellules épithéliales plates. Le tissu conjonctif qui les entoure se poursuit à la périphérie des lobules voisins, et constitue une cirrhose locale. Dans le tissu sclérosé, les canaux biliaires présentent la même lésion que dans la cirrhose généralisée (voy. t. II, p. 426).

Kystes hydatiques. — Les kystes à échinocoques, qui sont assez <'ommuns dans le foie, forment des tumeurs volumineuses, habituellement saillantes, soit à la partie supérieure de la surface convexe du foie sous le diaphragme, soit à sa face antérieure ou situées dans sa profondeur. On y trouve, en allant de dehors en dedans : r une enveloppe fibreuse épaisse ou membrane adventice, dont la structure est celle du tissu fibreux à lames parallèles et à cellules aplaties. Celte membrane fibreuse se continue avec le tissu conjonctif

KYSTKS IIYDATIQUKS. 467

épaissi qui entoure les îlols hépaliques, en fonnanl une cirrliose périphérique à la luraeur; les lobules hépatiques voisins sont aplatis par conqjression; 3" en dedans se trouve la membiane hydatique eomplète, sphérique et tendue dans les productions récentes, flétrie, ridée et déchirée dans les kystes anciens. Cette iïieml)rane est caractérisée par ses lames régulièi'es, toutes parallèles entre elles (fjg. 165), formées d'une substance hyaline, sans aucun élément cellulaire interposé. A l'intérieur de cette membrane dont la cassure

il»=

6 Julie.

FiG. 165. — Section transversale d'une membrane hydatique avec ses lamelles «, 6.

nette, la décomposition en lamelles, l'aspect vitreux sont absolument caractéristiques (voy. t. I, p. 88^ et suiv.), on trouve des vésicules fdles entourées d'une membrane analogue généralement plus mince. Ces vésicules, dont le volume varie depuis une tête d'épingle jusqu'à un œuf de poule, sont très régulièrement sphériques. Elles contiennent un liquide séreux sans albumine, et de petits grains qui ne sont autres que des échinocoques. Souvent on n'y observe pas d'échinococques, on dit alors qu'elles sont stériles; 3" les échinocoques sont de petits vers vésiculaires formés par une vésicule adhérente à la membrane germinale et au milieu de laquelle se montre la tête de l'animal caractérisée par un proboscide, une double rangée de crochets et quatre ventouses.

Les échinocoques sont les vers vésiculaires du Tœnia echinococcus qui vit dans l'intestin du chien. Les œufs de cet animal mis en liberté avec les matières fécales du chien, ingérés avec l'eau ou les aliments, perdent dans l'estomac de l'homme leur membrane d'enveloppe, et l'embryon devenu libre perfore les tuniques de l'estomac pour se loger dans les organes voisins ou éloignés et y subir la seconde phase de son développement (voy. t. I, p. 382 et suiv.).

Lorsque les kystes hydaLiques, ayant achevé leur développement dans le foie, y séjournent encore, ils reviennent sur eux-mêmes, les membranes hydatiques se rompent et se fragmentent; elles sont alors comprises dans un liquide opaque, épais, riche en sels de chauXj rendu ocreux ou roiigeâtre par la présence des matières colorantes de la bile et du sang. Les échinocoques se sont détruits ou fragmentés; souvent il ne reste que leurs crochets. On trouve quelquefois de ces anciens kystes hydatiques dont l'enveloppe fibreuse a subi riufiltration calcaire et même une ossitication partielle.

Une autre variété de tumeurs hydatiques du foie a été décrite par Friedreich, Virchow, etc., sous le nom de tumeur hydatiquc multiloculaire. M. Carrière en a donné une description dans sa thèse (1868) d'après un fait que nous avons également examiné. Ces tumeurs sont composées de petits kystes hydatiques disposés dans un stroma fibreux. Chaque kyste est formé d'une membrane caractérisée par ses lames hyalines parallèles; on peut y rencontrer soit des échinocoques complets, soit seulement des crochets. Ces tumeurs ont une légère ressemblance avec le carcinome colloïde; l'examen microscopique lèvera immédiatement tous les doutes.

Les kystes hydatiques en voie d'accroissement peuvent arriver à un volume tel, que la tumeur occasionne des accidents qui exigent l'intervention chirurgicale. D'autres fois ils déterminent à leur niveau une péritonite limitée et des adhérences entre le foie et le diaphragme, la paroi du ventre, le gros intestin, le duodénum, etc. Ils peuvent alors s'ouvrir dans la plèvre et le poumon, dans l'intestin, dans la vésicule biliaire ou les conduits biliaires. On a même cité quelques cas de perforation de la veine porte. Lorsque l'ouverture a lieu dans le péritoine, il en résulte une péritonite mortelle.

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