‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 189 sur 239 · INFLAMMATION AIGDE. — INFLAMMATION CHRONIQUE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION AIGDE. — INFLAMMATION CHRONIQUE

Les inflammations érysipélateuses de la peau qui recouvre la glande sont assez fréquentes, soit dans la lactation, soit à la suite de tumeurs ulcérées, et dans ce dernier cas il s'agit surtout de lymphangites bien caractérisées à Tœil nu par la rougeur qui suit le trajet des mailles des lymphatiques sous-cntanés. Ces inflamnjiitîons érysipélateuses peuvent être suivies de véritables abcès ph^|[fiiweux sous-cutanés. Les lymphangites sous-cutanées à répétition duesâ un carcinome du sein ulcéré se terminent parfois en dernière analyse par une dégénérescence carcinomateuse de la paroi des lymphatiques, qui sont transformés alors en des cordons durs et sinueux.

Les inflammations parenchymateuses ou glanduleuses de la mamelle sont plus profondes et débutent, soit par une rétention du lait (engorgement laiteux ou poil)^ soit par une inflammation purulente du tissu conjonctif qui sépare les lobules. Les inflammations purulentes sont Tapanage exclusif des nourrices et des nouvelles accouchées, plus rarement des femmes enceintes.

Les abcès qui se forment alors dans la glande sont quelquefois très nombreux et successifs. Ils contiennent des éléments du lait mêlés aux cellules lymphatiques ; lorsqu'ils sont ouverts, il peut en résulter une fistule lactée lorsqu'un sinus ou un conduit galaclophore volumineux sont compromis par la suppuration ou par la plaie résultant du bistouri.

Les abcès sous-mammaires ou profonds peuvent se produire dans les mêmes conditions que les précédents par la propagation de l'inflammation purulente au tissu conjonctif lâche qui sépare la glande du fascia fibreux. Ils succèdent à l'inflammation des vaisseaux lymphatiques et des bourses muqueuses, et ils se collectent rapidement en une poche pleine de pus étalée au-dessous de la glande qui est soulevée en totalité.

Les abcès sous-mammaires afiectent quelquefois la marche des abcès froids. Us reconnaissent alors pour cause, non une inflammation aiguë du sein propagée au tissu conjonctif profond, mais des lésions osseuses des côtes ou du sternum, des caries scrofuleuses ou tuberculeuses, ou des abcès de même nature qui, développés à la face interne des côtes ou du sternum, ont perforé les espaces inlercostaux et font saillie dans le tissu conjonctif sous-mammaire enflammé.

Inflammation chronique. — Les abcès de la mamelle donnent lieu, lorsqu'ils guérissent, à des indurations constituées par du

tissu coDJODCtif organisé de formation nouvelle qui peuvent grossr et constituer des lûmèurs fibreuses.

Les causes de l'inflammation chronique ou mastite chronique g^ néralisée sont beaucoup plus obscures. H se forme en pareil ca< k tissu fibreux en quantité anormale et une induration générale d tout le tissu de nouvelle formation qui sépare les culs-de-sac. Celi^ altération anatomique se confond avec les hypertrophies totales o* avec les fibromes de la glande. (Voy. plus bas.)

Tumeurs de la mamelle.

La structure des tumeurs de la mamelle a été étudiée déji dans l> chapitres du premier volume qui traitent de chaque espèce de tumeurs. Elles sont si communes et si souvent enlevées par les chirurgiens, que ce sont elles surtout qui ont servi à Tétude histolc'gique des tumeurs. Nous n'aurons donc ici qu'à renvoyer le lecteur aux différentes parties de l'histoire générale des tumeurs où il ei est question, tout en complétant leur description à l'œil nu et ai' microscope. Les tumeurs du sein s'observent presque exclusivemeni chez la femme; mais toutes peuvent aussi, exceptionnellemeofj. est vrai, survenir chez l'homme.

Hypertrophie totale de la mamelle. — Il arrive quelquefois, bien que cela soit très rare, que les mamelles s'hypertrophientd'uo' façon considérable chez des jeunes filles après la puberté ou chez des jeunes femmes à la suite de l'accouchement. Les deux seins peuvent être pris en même temps ou l'un d'eux seulement : le gauche plus souvent que le droit, atteint une grande dimension, tell qu'une tète d'adulte, et un poids qui varie de 2 à 4 kilogrammes i^ plus. La consistance de la mamelle est normale, assez dure chez le^ jeunes filles ou dans la grossesse, molle et tombante, lorsque ITiy* pertrophie existe depuis un certain temps chez une jeune fenune. elle donne à la palpation la sensation de lobules qui se déplaceoi La peau est normale ou un peu épaissie, mais non adhérenle. L' glandes de l'aisselle ne sont pas hypertrophiées. Sur une coupe d^ la glande enlevée, on voit un tissu gris avec des lignes ou lobulr plus jaunâtres ; ce tissu ne donne pas de suc. A l'examen miciosc^ pique, on constate que le tissu conjonclif, très abondant, est devenu plus dense autour de chaque lobule de la glande. Les canaux ei l*"-

GALACTOCËLE. — SARCOME. 733

culs-de-sac glandulaires sont tantôt, comme à l'état de vacuité, tapissés d'une seule couche de petites cellules ; tantôt, comme dans les premiers mois de la grossesse, leurs cellules sont plus volumineoses et granuleuses. Dans tous les cas, les canaux ont dû s'allonger pour suivre Thypertrophie du tissu conjonctif, mais il s'agit principalement d'un épaississement fibreux du tissu conjonctif et non d'une lésion portant soit primitivement, soit essentiellement sur répilhélium. Tel est le résultat des examens faits par Dufour, Cadiat et Ledouble, Labarraque (1), etc. Il y a aussi quelquefois des lobules de graisse dans la tumeur, mais le plus habituellement la graisse fait défaut. Notons aussi que dans le fait observé par Manec (3), les conduits galactophores étaient dilatés au point de recevoir Fextrémilé du doigt. L'hypertrophie de la mamelle est constituée pour une grande part par une formation nouvelle de tissu fibreux. Gomme dans la plupart de ces néo-formations de tissu conjonctif, les conduits glandulaires et les culs-de-sac peuvent être dilatés, ainsi que cela s'observe par exemple dans les cirrhoses hypertrophiques pour les canaux biliaires. Il peut s'y produire aussi de petits kystes par rétention des produits de sécrétion glandulaire lorsqu'un canal galactophore est isolé au milieu du tissu fibreux.

Galagtocèle. — Le galactocèle est une tunieur causée par la rétention du lait dans un point de la glande mammaire, soit à son centre, soit à son pourtour, du côté de l'aisselle, par exemple. Son développement coïncide avec la lactation et il peut disparaître spontanément après la cessation de cette fonction. Le lait, à peu près normal, cailleboté ou crémeux, est contenu dans une poche simple ou cloisonnée par des brides qui lui donnent un aspect aréolatre. La poche communique avec un certain nombre de lobules sécréteurs par des orifices d'où Ton fait sortir du lait. D'après le petit nombre de bonnes descriptions de faits de galactocèle qui ont été publiées, d'après celui de Forget (3) en particulier, la poche kystique ne serait autre qu'un canal galactophorc dilaté et ne pouvant plus verser par le mamelon le lait qu'il contient.

Sarcome. — Les tumeurs de celte variété sont plus ou moins volumineuses, sans adhérences à la peau à leur début, mais cette

(I) Sur Vanatonùe normale et Us tumeur» du seinehe* la femme. Thèse de Paris, 1875.

ii) GaietU de» hâpitaux, 1859, n* 12.

1^) Étude iur Chyi^ertr&phie générale de la glande mammaire. Ihèse de Paris, 1875.

TM MAKELLES.

àdb&rence se manifeele pluà tard. Elles ne délermioent presqvc jamais d'iDfection des ganglions lymphatiques voisins. La numeUt est tantàt envahie dans toute son étendue; on a affaire alors à id sarcome en mas«£; d'autres fois, le sarcome reste limité pendu: longteiops dans un lobule de la glande. Dans le premier cas, le dénloppement de la tumeur est uniforme, la peau est tendue au-desius d'elle, quelquefois adhérente; dans le second, il eiisle unetummi isolée ou plusieurs tumeurs qui donaent à la glande une apparenct lobulée. La section delà tumeur, après son ablation, montre Uniiii une masse solide uniforme, grise, avec des parties plus vascolinsées; d'autres portions, plus anciennes, sont jaunâtres par suiir d'une dégénérescence granulo-graisseuse. On peut obserrer ici plusieurs nodules distincts séparés les uns des auli-es par des por- ' lions moins altérées. Dans le sarcome en masse, les tubes et culs-de- ' sac glandulaires sont conservés et hyperplasiés, mais non kystique-. ' souvent les glandes manquent complètement dans certaines partie- I de la tumeur qui se sont développées uniquement aux dépens «lu I tissu cODJonctif et du tissu cellulo-adipeux. I

Lorsque la glande tout entière est comprise dans la néoformaliei. | il peut y avoir une formation exagérée de cellules épilhéliales <i i

même une distension et un remplissage des conduits ou des siougalactophores par des cellules en dégénérescence graoulo-gnissense

MYXOME. — FIBROME. 735

ce qui donne au contenu Tapparence du lait. Plus souvent on y trouve uD liquide muqueux. Des kystes s'observent fréquemment en pareil cas, ou plutôt des fentes arborisées représentant les cavités des conduits et des culs-de-sac dans lesquelles bourgeonne le tissu sarcomateux voisin. (Voy., pour les détails histologiques , t. I, p. 160 et 161).

Sur la section des sarcomes du sein, examinés à Tœil nu, on ne voit jamais de tissu cellulo-adipeux, car ce dernier s'est transformé CD tissu sarcomateux. Les ganglions axillaires restent presque constamment indemnes. Ces deux caractères fournissent les éléments du diagnostic anatomique pour différencier le sarcome du carcinome dans lequel les ganglions sont toujours envahis et qui présente constamment aussi une grande quantité de lobules adipeux. Le sarcome mammaire appartient tantôt au sarcome encéphaloïde, ce qui est le plus ordinaire, tantôt au sarcome fascicule.

Ces tumeurs récidivent souvent après leur ablation. Lorsque tout le sein a été enlevé pour un sarcome kystique dans une première opération, et qu'on opère à nouveau un sarcome en récidive, ce dernier n'offre plus habituellement qu'une masse sarcomateuse compacte, sans le moindre kyste. Cela s'explique aisément, la glande ayant été enlevée dans sa totalité à la première opération.

Des nodules sarcomateux secondaires des plèvres, du poumon, des os et d'autres organes se présentent quelquefois dans les autopsies de sujets ayant été opérés pour un sarcome de la mamelle récidivé et généralisé.

Mtxome. — Les mvxomes de la mamelle sont assez communs. Ils ne diffèrent des sarcomes que par la nature du tissu qui les compose. Lesmyxomes kystiques sont les plus communs. (Voy. t. I, p. 477 pour ce qui concerne l'histologie du myxome en général, et p. 184 pour ce qui est relatif au myxome du sein.)

Les myxomes du sein sont des tumeurs essentiellement bénignes; elles ne contractent pas d'adhérences avec la peau.

Fibrome. — On pourrait à la rigueur classer parmi les fibromes rhypertrophie totale de la mamelle, puisque le tissu de nouvelle lormation est du tissu fibreux. Il existe aussi des fibromes dans lesquels le sein est peu volumineux et d'une dureté considérable. Virchow a observé un fibrome du sein chez l'homme. Au lieu d'être généralisé, le fibrome du sein peut être partiel, localisé autour d'une

partie de la glande, formant une lurneur de volume variable, généralement pelile, d'une dureté presque pierreuse, sans adhérence intime avec les tissus voisins. Le fibrome présente la même disposition que tes sarcomes et les myxomes & l'égard des conduits el

flbMiii coilcunl uiM cnnda qiunliM Ae wIIhIm d« ttua conjondit

culs-de-sac glandulaires. (Voyez pour ce qui regarde le fibrome eD général, t. I, p. 186; et pour le fibrome du sein, t. 1, p. 102àlâi el p. 160.)

Tubercules. — Il existe un nombre restreint d'observations de tubercules de la mamelle, qui ont été réunies dans lathèsedeDubar(t). Ils se présentent sous forme de nodules disséminés ou conflueats. Les premiers ne donnent lieu à aucune manifestation pendant la vi<' et constituent simplement une trouvaille d'autopsie (observation de Billrolh). Les seconds forment des tumeurs qui s'accroissent par poussées successives et qui atteignent un volume variable. Leur masse est mamelonnée, dure, bérissée de petites saillies granuleuses. Leur centre se ramollit el, lorsqu'on Touvre, il s'en écoule du pus conlenanl des grumeaux caséeux. Il s'établit une suppuration dont les produits sont transportés au dehors par une ou plusieurs fistules à bords indurés eL fongueux. La caverne tuberculeuse re^le entourée d'un tissu induré. Le plus souvent il existe en même temp? une adénite caséeuse de l'aisselle. Une section de l'organe faii^ après son ablation, passant par un de ces trajets listuleux à paroi

(I) Dtt lubtreaUi de la mamelle. Pnrit, IHS1.

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