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ECZÉMA AIGU

serrées contenant un liquide clair, qui s'ouvrent par le grattage et déterminent un suintement séreux, bientôt remplacé par des squames. Si Tirritation est plus intense, le suintement est plus dui-able, et l'on voit des pustules suivies d'un écoulement séro-purulent qui se concrète parfois en croûtes jaunes, mellifoimes. Au-dessous d'elles, le corps muqueux est mis à nu, et la peau présente une couleur rouge ponctuée {eczéma rubiMm). La surface excoriée présente des fissures, des rhagades, surtout au niveau des plis cutanés. Vn eczéma artificiel provoqué ainsi par une seule application sur la peau d'un agent irritant dure d'une à plusieurs semaines. Tel est l'eczéma aigu. L'eczéma chronique artificiel résulte de poussées successives déterminées par des agents irritants.

Eczéma aigu. -^ Il peut résulter de l'action d'agents irritants ou de causes internes; parmi les premiers nous citerons Teczéma des mains et des bras qui vient chez les cuisinières, les épiciers, les individus qui ont constamment les mains dans l'eau, l'eczéma des mamelons et du sein chez les femmes atteintes de la gale, Tinterlrigo des enfants, etc. ; parmi les seconds, les eczémas des organes génitaux dus au diabète, les eczémas du cuir chevelu et de la face des jeunes sujets lymphatiques et scrofuleux, ceux qui surviennent à la suite de l'accouchement. Le plus souvent l'eczéma de la face chez les scrofuleux appartient à la variété impétij^ineuse.

Les lésions anatomiques, dans l'eczéma aigu, consistent d'abord dans une congestion et une distension des vaisseaux capillaires des papilles, suivies bientôt d'un œdème de la partie superficielle du derme et d'une diapédèse de cellules lymphatiques. Les papilles sont épaissies et allongées. Il s'ensuit une diapédèse de cellules dans le corps muqueux et un état vésiculeux des cellules épithéliales. Qu'il se forme ou non dans les couches superficielles du corps muqueux un épanchement de liquide et de petites cellules soulevant Tépideime (vésicules, papules), la couche granuleuse ne montrera plus de granulations d'éléidine. Elle ne se distinguera plus nettement ou tout au moins ne formera plus une couche continue. Il en résultera une absence de kératinisation de l'épiderme. On voit alors, sur les coupes de la couche cornée, que ses cellules conservent leur noyau. Elles ne sont plus cohérentes entre elles; elles ont perdu leur propriété adhésive normale, qui est due à leur kératinisation. Aussi se détachent-elles sous la forme d'écaillés ou de squames.

Si Teczéma est suintant, les cellules de la couche cornée sont enb*alnées, et elles ne se forment plus qu'incomplètement, de tell* sorte que le corps muqueux, plus ou moins altéré lui-même, e?i mis à nu.

Sur les coupes de la peau pratiquées au niveau d*on eczéma intense, dans sa période la plus aiguë, c'est-à-dire lorsqu'il donne lieu à un écoulement abondant de liquide qui empèse le linge et oo 1*" derme semble dénudé, on trouve des lésions très avancées du derm* et des papilles. Dans les papilles, les vaisseaux capillaires so&i dilatés et remplis de sang; leurs parois, altérées et ramollie^, laissent passer des globules sanguins, blancs et rouges. On voit [»ar places, dans le tissu des papilles et du derme supeHiciel, une infiltration de globules rouges. Le corps muqueux est en partie détruit, de telle sorte qu'il n'en reste plus qu'une ou deux rangées de cellules ; encore sont-elles irrégulières. Au-dessus d'elles, à la place df la couche cornée, il existe une couche amorphe mince d'exsuda! coagulé par les réactifs durcissants employés. Cette couche renferma un petit nombre de cellules rondes et quelques cellules épidenniques aplaties. Les prolongements du corps muqueux autour ie< poils et les gaines épithéliales des follicules pileux sont habituellement conservés. A côté des parties où l'épiderme est presque complètement absent, il en est d'autres où le corps muqueux est intari, mais la couche granuleuse est incomplète, privée d'éléidine ou n«* présente que quelques cellules, de dislance en distance, contenant cette substance. Là, la couche superficielle de l'épiderme montiv des noyaux colorés par le carmin et, à sa surface, des parties détachées, irrégulièrement saillantes, en voie de desquamation. Ce^ couches se continuent directement avec l'épiderme et le derme normaux à la périphérie de l'inflammation eczémateuse.

Le derme est le plus souvent très superficiellement atteint. Cependant l'infiltration œdémateuse et inflammatoire peut s'étendre dans la plus grande partie de son épaisseur.

Eczéma chronique, — L'eczéma chronique à poussées successives donne lieu de temps à autre à des suintements comme Teczênn aigu; mais le plus souvent le tissu conjonctif des papilles et du derme subit des altérations durables, qui consistent dans une hypertrophie des papilles et une distension avec épaississement des parois de leurs vaisseaux capillaires. Cet état se manifeste à l'œil nu par une densité et une augmentation d'épaisseur de la peau qui est en

DERMÀTITE EXFOUATRICE. 793

même temps verruqueuse et granuleuse à sa surface. Les couches épidermiques superficielles sont épaissies et se détachent en squames grises ou terreuses. L'eczéma chronique des jambes, chez les personnes atteintes de varices, en est le type. Sur les coupes des papilles hypertrophiées, les vaisseaux capillaires sont dilatés. Leur paroi, plus épaisse qu'à Tétat normal, fait corps avec le tissu fibreux des papilles. Ce tissu présente un assez grand nombre de cellules plates ou tuméfiées. La coupe longitudinale d'une papille présente plusieurs sections longitudinales ou transvei*sales de ces vaisseaux qui semblent être devenus variqueux comme les grosses veines du membre i'orrespondant. Le corps muqueux est très épais, et il envoie profondément des colonnes interpapillaires longues et larges. Les cellules du corps muqueux présentent à un très haut point la disposition tibrillaire de leur protoplasma. Dans les points voisins des ulcéralions et partout où il n'y a pas de suintement, la couche granuleuse est formée de trois ou quatre couches superposées de cellules riches en éléidine. L'épiderme superficiel est aussi très épais, strié de lignes rouges après la coloration par le carmin. Des squames de cet épiderme sont soulevées et détachées par places. Le derme présente aussi des cellules de tissu conjonctif nombreuses et tuméfiées et quelques cellules migratrices.

L'eczéma variqueux, dans les parties qui ont été ulcérées, donne lieu à des cicatrices déprimées, irrégulières, adhérentes parfois au périoste épaissi du tibia. Ces cicatrices sont le plus souvent fortement pigmentées. La pigmentation atteint aussi le corps muqueux sans qu'il y ait eu d'ulcération.

Deruatite EXFOUATRICE (Wilsou (1). — Cette affection polymorphe ressemble au début à une scarlatine, à un érysipèle, a un phlegmon érysipélateux ou à un eczéma aigu, à poussées successives et généralisées; elle détermine une desquamation abondante de l'épiderme, s'accompagne de fièvre, d'un état général de iroubles nerveux et se termine tantôt par la mort, tantôt par la guél'ison. On lui a donné les noms de dermite exfoliatrice généralisée (Baxter (2), ou périodique (Bukley (3), d'érythème desquamatif scarlatiniforme (Féréol (4), d'eczéma aigu périodique (Fagge), de der-

(I) E. Wilson, Maladies de la peau. Londres, 1867.

>i) Baxter, Briiiêh med. Joum,, 1879.

(3) Bukley, Archiv of dermatology» 1878.

[i) Féréol, Bulletin gén, de thérapeutique, février 1870.

COR?iIL ET BANVIER. "• ' ^^

794 ANATOlflE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU.

mite aiguë grave (Quinquaud (1). Elle a beaucoup de rapports ax^ le pityriasis nibra, le pemphigus foliacé et le psoriasis foliacé. Nos avons examiné des fragments de peau provenant de deux iait> ii* cette affection qui nous ont été donnés par Quinquaud. Les lésions •: la peau, qui sont généralisées, accusent une inflammation \zmV. suivant les points examinés, mais la peau est toujours infiltn'e d'iH' grande quantité de cellules rondes; les vaisseaux capillaires sont rr^^ plis de sang. La couche épidermique est généralement épaisse. Le >tntum granulosum et le stratum lucidum font parfois défaut. Lescellulr^ de répiderme superficiel conservent plus ou moins leurs noyaux, d se kératisent pas et tombent en laides écailles (Vidal et Brocq d).

On trouve par places, dans les papilles et dans le derme, des \hm beaucoup plus intenses, des ilôts dans lesquels les papilles e( i. moitié superficielle du derme sont infiltrés de cellules rondes aj^^gl»mérées, remplissant tous les interstices interfascicuKiîres et pres>é^ les unes contre les autres, dissociant et détruisant les fibres du ti^^ conjonctif. Dans ces ilôts inflammatoires, les vaisseaux ne préseDl^^n: plus de globules rouges dans leur intérieur, mais seulement de5 globules blancs. A leur niveau, Tépiderme superficiel est abs^^nl ci j couche de Malpighi réduite à quelques cellules. Autour d*eui,on observe une congestion assez intense avec dilatation des vaisseain et épanchement de globules rouges dans le tissu conjonctif. Rio^ un de ces faits, Quinquaud et Leloir ont trouvé des lésions desner! consistant dans une fragmentation et une dégénérescence de .1 myéline des tubes nerveux et une multiplication des noyaui i^ segments interannulaires.

Dermites diffuses chroniques. — Les inflammations chronique* du derme se montrent dans une série de maladies différentes cl {''ivent porter soit sur toute son épaisseur, soit seulement sur sa couili superficielle ou papillaire. Les premiers comprennent la (Urm(' fibreuse hyperlrophique qu'on trouve au pourtour des ulcères ^an* queux des jambes, ou à la suiie des eczémas variqueux à répétitive dont nous avons donné précédemment la description (voy. p. 79i . V œdème inflammatoire chronique oxx éléphantiasis verruqueu^ie d* Virchow, la sclérodermie et Y éléphantiasis des Arabes. Nous dêinrons Viclhyose comme une inflammation chronique du réseau |)a}>illaire de la peau.

(1) Quinquaud, Société anatomique, octobre 1879.

(î) Vidal, Société des hôpitaux, mars 188t. -^ Brocq, thèse de Paris, 18^

SCLÉRODERVIE. 795

Œdème inflammatoire chronique (éléphantiasis verriiqueuse , lichen hypertrophique de Hardy). — Celte maladie survient quelquefois chez les personnes atteintes de maladies du cœur qui ont eu des ludèmes successifs des membres inférieurs avec des varices et des inflammations eczémateuses plus ou moins intenses. La peau est alors l'paissie, ridée, plissée, papillaire et verruqueuse par places, recouverte d'un épiderme induré et corné. Sur les coupes de la peau, on voit d'abord la couche cornée, riche en éléidine à sa partie profonde, le stratum granulosum plus marqué que d'habitude, la couche muqueuse élargie, très solide avec ses cellules à protopiasma iibrillaire normal; puis le réseau papillaire hypertrophié, les papilles allongées, élargies, fibreuses, parcourues par de nombreux vaisseaux sanguins dilatés et à parois denses; le derme très épaissi, à vaisseaux sanguins et lymphatiques volumineux béants sur les coupes; des vaisseaux très nombreux et plus gros qu'à l'état normal se trouvent dans les couches profondes du derme autour des glandes sudoripares. Les espaces interfasciculaires, dans les papilles et dans le derme, autour des vaisseaux principalement, contiennent de nombreuses cellules rondes, fusiformes ou aplaties. J. Renaut a très bien décrit et analysé ces œdèmes chroniques dans leurs rapports avec les altérations des vaisseaux lymphatiques cutanés.

ScLÉRODERMiE. — La sclérodermic, sclérémie d'Alibert, sclérème des adultes, est une affection lente de la peau, qui devient dure, rigide, et se raccourcit sur une surface plus ou moins étendue. La partie sclérosée de la peau est plane, lisse, un peu proémmente ou déprimée, de couleur blanche ou jaune cireux, rosée ou brune; elle est dure, rigide, froide, adhérente aux parties sous-jacentes et rétractée, trop étroite pour être pïissée. 11 en résulte des déformations des doigts, des ongles, une fixation des membres, l'immobilité de la face, le rétrécissement de la bouche et l'aplatissement du nez, si la maladie ^iège sur le visage. Au point de vue de son anatomie pathologique, la sclérodermie est une véritable cirrhose de la peau. La substance fondamentale du derme (faisceaux conjonctifs et réseaux élastiques) subit un grand accroissement (Rasmussen, Lagrange et Duret) ; le pannicule adipeux sous-cutané s'enflamme chroniquement, puis se transforme en tissu fibreux dense par suite de l'organisation du tissu embryonnaire interposé aux vésicules adipeuses et de la résorption de celles-ci. Les vaisseaux sont, d'après Lagrange et Duret, rétrécis et comme comprimés par la néoformation fibreuse. L'épi-

derme est mince et transparent, réduit à deux ou trois couches de cd- Iules, parfois pigmenté, et les saillies papillaires sont atténuées considérablement ou même complètement effacées sur la pulpe des doigts, où d'ordinaire elles atteignent une hauteur assez considérable. Le> glandes finissent aussi par s'atrophier. L'atrophie, gagnant les oqu'elle fait disparaître, et les troncules nerveux qu'elle modifie d*diverses façons (périnévrite, névrite interstitielle), n'est pas sMb analogie avec certains troubles dits tropliiques du tégument.

La sclérodermie des enfants nouveau-nés est ime induration progi*essive et généralisée du tissu conjonctif sous-cutané avec œdème et algidité ; elle se termine généralement par la mort. On obsen^* sur les coupes de la peau une infiltration œdémateuse, mais il ny a pas d'hypertrophie du tissu conjonctif ni de sclérose comparables à celles de la sclérodermie des adultes.

Éléphantiasis des Arabes. — On entend par éléphantiasis de> Arabes une hypertrophie de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, limitée à certaines parties du corps, qui paraît succéder à une in Uammation chronique des vaisseaux sanguins et lymphatiques, à un œdème de longue durée. II siège de préférence aux extrémités inférieures et à la peau des organes génitaux (scrotum, pénis, petite lèvres, capuchon du clitoris). L'éléphantiasis des membres infé^iea^^ est précédée par des poussées d'érysipèle diffus avec phlébite ou lyin phangite qui laissent à chaque atteinte un œdème de la peau qtu augmente progressivement. Les ganglions de Taine sont tuméfiée. Au bout de quelques mois, le membre inférieur devient extrèmemeni volumineux, infoime (jambe d'éléphant) ; le pied est énorme ain^i c|ue les orteils; la peau est généralement ridée , plissée, verraqueuse, souvent pigmentée, couverte d'un épiderme tantôt miner, tantôt calleux et corné, et parfois présentant des ulcères à bords imguliers taillés à pic, à fond sanieux. Le scrotum atteint souvent un volume énorme; la peau y est le si^e de verrucosités» et la tameor scrotale peut arriver à un poids de 15 à 20 livres.

Lorsqu'on sectionne la peau d'une jambe atteinte d'èiéphantiasLN on voit à l'œil nu le coi*ps papillaire plus apparent qu'à Tétat normal et le derme qui constitue pour la plus grande partie l'hypertrophie de la peau. 11 mesure en effet un centimètre ou un centimètre e! demi ou davantage. 11 est constitué par un tissu dur, imbibé de su* transparent, mais il ne s'affaisse pas comme cela a lieu dans l'œdèost: et il ne laisse pas non plus soitir une quantité notable de liquide

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