‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 204 sur 239 · ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

|uand on le presse. Au-dessous du derme, le tissu cellulo-adipeux ;st parfois conservé, mais épaissi. Le périoste est toujours très épais, îi on note, du côlé de Tos, des hyperostoses et une ostéite condensante. Les vaisseaux, artères et veines visibles à Toeil nu, sont beauoup plus volumineux qu'à Tétat normal et atteints d'inflammation ;lironique portant surtout sur leur tunique interne. Les nerfs sont []uelquefois beaucoup plus volumineux que normalement.

Sur les coupes de la peau examinées au microscope, Tépiderme parait épaissi, mais il offre la succession de ses couches normales, [a couche cornée, le statum lucidum, le stratum granulosum avec plusieurs couches de cellules très riches en éléidine et le corps muqueux ; les papilles sont le plus souvent hypertrophiées, coniques ou globuleuses; elles contiennent habituellement des globules blancs et des globules rouges épanchés entre leurs fibres.

Les vaisseaux capillaires des papilles sont le plus souvent de dimension considérable (1) et ils restent remplis de sang après la mort. Le derme, dans toute son étendue, présente des fibres connectives denses, parallèles enti*e elles et à la surface de la peau, assez rapprochées les unes des autres et coupées perpendiculairement à leur direction par les vaisseaux qui le traversent de sa base jusqu'aux papilles. Ces vaisseaux sont accompagnés de faisceaux de fibres qui ont la même direction. La charpente delà néoformation fibreuse présente donc deux ordres de faisceaux, les uns très abondants, parallèles à la surface de la peau, les autres moins nombreux, accompagnant les vaisseaux de la base du derme aux papilles. Entre ces iaisceaux, on trouve des cellules rondes en plus ou moins grand nombre et des cellules de tissu conjonctif.

Sur les coupes du derme, les vaisseaux lymphatiques très dilatés apparaissent, soit comme des fentes irrégulières contenant des <ellules rondes englobées dans de la fibrine fibrillaire et limitées par une couche de cellules endothéliales tuméfiées, se soulevant par places comme une membrane , soit sous la forme de canaux nrculaires de 80 à 400 f* de diamètre. La limite de ces derniers ^âl formée par le tissu conjonctif périphérique et ils possèdent leur endothélium normal. Leur contenu est le même que celui des fentes. Les glomérules des glandes sudoripares sont situés très profondément dans la peau épaissie, à un ou deux centimètres, par exemple, au-dessous de sa surface. Les conduits excréteurs de ces glandes ont

(1) Obienrttion de Girard, examen histologique par Comil (Soc. anal., mars 1883).'

donc subi une grande élongation. Leur calibre, aussi bien que celui des tubes sécréteurs, est accru et contient parfois plusieurs couche de cellules dont les plus internes sont détachées et libres dans leui lumière.

Au niveau des ulcérations qui sont généralement profondes, aT<> destruction du corps papillaireet d'une partie du derme épaissi, od trouve des bourgeons charnus.

La coupe des nerfs hypertrophiés, dans le cas que nous avoo« examiné, montrait un épaississement très marqué du tissu conjonctif périfasciculaire et de la gaine lamcUeuse.

Les ganglions lymphatiques de Taine, devenus très volumioeui* offrent toutes les lésions anatomiques d'une adénite chronique follicules corticaux volumineux, entourés de siuus contenant beaucoup de cellules lymphatiques et des cellules endothéliales tumêtiffe^, dilatation des voies lymphatiques de la substance médullaire, épai^sissement du tissu fibreux.

Toutes ces lésions ont été très bien décrites dans la patholo;.n des tumeurs de Virchow.

D'après les recherches de Wûcherer, Lewis, Manson et Cre>'au\. la filaria sanguinis hominis serait, par son séjour dans les veiat^ des parties malades, la cause de Téléphantiasis. Les embryons de cr parasite ne se trouvent dans le sang que pendant la nuit.

Au lieu de se présenter sous la forme verruqueuse, réléphanlioMcutanée peut être caractérisé par une hypertrophie lisse de la peau Le corps papillaire est alors normal ou atrophié. Sur les coupe^ d'une éléphanliasis de la peau du sein enlevée par Tillaux, ot>u^ avons constaté une absence complète de papilles. Le derme ê(ai: limité à sa surface par une ligne droite, et il était couvert d'uDr mince couche d'épiderme, dans laquelle on reconnaissait néanmoi^ le corps muqueux et la couche cornée.

IcTHYOSE. — Cette maladie que nous décrivons ici comme un* inflammation chronique de la surface de la peau est, en réalité, unaffection toute spéciale, datant de la plus tendre enfance et persiflant toute la vie, caractérisée par une rudesse, une sécheresse spéciale d la peau, qui est recouverte de fines écailles, de squames, de lan)'-^ épidermiques épaisses ou de saillies cornées. On décrit fictlnc^ simple , l'icthyose seipentine et Ticthyose hystrix dans laquelle h peau présente des excroissances cornées, mousses ou pointue comme des piquants.

DERMATOSES SQUAMEUSES. — PITYRIASIS RUBRA. 799

Les coupes de la peau permetlent de constater une hypertrophie des papilles, d'autant plus grande qu'on a affaire à une icthyose plus marquée. Les papilles, dans Ticthyose hystrix, sont très allongées et recouvertes de couches épaisses d'épiderme comme autant de petits l)apillomes. Les vaisseaux des papilles sont très développés en lonfïueur et en même temps élargis ; le tissu conjonctif qui les entoure est le siège de nombreuses cellules rondes ou fusiformes; le derme est quelquefois un peu épaissi ; ses fibres élastiques sont moins nombreuses qu'à rétat normal. Les follicules pileux sont atrophiés, quelquefois allongés et bouchés par des amas d'épiderme corné qu i {relient le <léveloppement des poils. Les glandes sébacées manquent en partie comme les follicules pileux ou présentent des dilatations kystiques. Les glandes sudoripares existent, mais elles paraissenl aussi atrophiées. Les faisceaux musculaires sont diminués ou absents par places. Les vaisseaux du derme ne présentent rien autre qu'un certain degré de distension.

La couche cornée est généralement très épaissie, la couche granuleuse cx>ntient de Téléidine; le corps muqueux, d'épaisseur sensiblement normale, renferme parfois beaucoup de pigment, surtout dans les cellules de la premièi'e rangée.

DERMATOSES SQUAMEUSES.

Nous avons signalé la terminaison des affections cutanées par des squames, à propos du pityriasis rosé, de la scarlatine, de l'érysipèle, de Teczénia et de la dermalite exfoliatrice. Il est d'autres dermatoses que nous retrouverons dans l'étude des parasites végétaux, et qui présentent des squames, telles que la trichopliylie, le pityriasis alba, le pityriasis versicolor, etc. ; nous étudierons bientôt le psoriasis dans lequel l'apparition des squames est parfois primitive, mais que nous rangeons néanmoins dans les affections papuleuses. Il ne nous reste à décrire ici que le pityriasis rubra.

PtiYRiAsis RUBRA. — Le pityriasis rubra consiste dans une inflammalion généralement superficielle du derme, occupant toute la surface du corps, caractérisée par une coloration rouge sombre de la peau et par une exfoliation épidermique, abondante et continue, qui "^e fait par des écailles larges, minces, feuilletées» blanchâtres, sans •'^voir été précédée de suintement. Les écailles minces, papyracées,

souvent imbriquées, tombent et se reforment sans cesse et en quantité considérable. La peau est le plus souvent mince. Cette affection assez rare se termine souvent par la mort. D'après Hans Uébra, b peau présente au microscope les caractères d'une infiltration inOammatoire modérée. Dans un fait où la mort était survenue à m^ période avancée de la maladie, la peau était très atrophiée, le corp$ muqueux et les papilles avaient disparu, le tissu conjonctif scléros«^ du derme présentait beaucoup de fibres élastiques , un dépôt <!•' pigment et une destruction des glandes sudoripares et sébacées. Cette affection, souvent mortelle, est voisine des dermalîtes eiftH liatrices.

Le Pityriasis rubra pilaris décrit par Devenjîe, qui peut atteindre* toute la surface de la peau, se localise surtout autour des follkult'^ pileux.

DERMATOSES PAPULEUSES.

Nous avons décrit plus haut les papules, caractérisées anatomiqii*^ ment par une congestion œdémateuse, à évolution rapide, qu'on observe dans les érythèmes, tels que l'érythème papuleus, rérythèm»polymorphe, l'urticaire, le pityriasis rosé. Nous n'y revîendroDpas. Mais il est une autre série de dermatoses dans lesquelles If? papules, plus ou moins saillantes, sont liées à une congestion el i une infiltration des papilles et de la partie superficielle du derme par des cellules rondes ou ovoïdes et par des cellules de ti^su conjonctif de nouvelle formation. Ces papules évoluent plus lent^^ ment, restent saillantes, à l'état de boutons, persistent pendant d^^ semaines, des mois ou même des années. Les affections ou Tod observe ces papules sont la syphilis, le psoriasis, le lichen et le prurigo.

Syphilides PAPULEUSES. — Lcs syphilidcs papuleuses présentent à considérer deux variétés : la syphilide papuleuse à petites papules (lichénolde, miliaire, conique, papulo-granuleuse, etc.) et la syphilide h laides papules (syphilide lenticulaire, papulo-tuberculcuse, papulo-squameuse , plaques muqueuses de la peau, etc.).

Les premières ont souvent un sommet conique, les secondes sont plus aplaties ou légèrement bombées, toutes sont régulièrement circulaires et possèdent une couleur rouge cuivré ou jaunâtre tout à fait caractéristique. Souvent aussi on trouve, au pourtour de la papule

STPHILIDES PAPULEUSES. 801

dont la couleur est cuivrée et Faspect lisse, un liséré épidermique blanc, la collerette épidermique de Biett. Lorsqu'elles sont de date récente, ces papules s'effacent en partie sous la pression du doigt et pâlissent très notablement après la mort. Sur les coupes de papules syphilitiques, examinées à un faible grossissement, on voit que la saillie en est' formée en partie par un épaississement régulier du réseau papillaire qui s'accentue de ses bords à sa partie centrale, en partie par le derme. Les couches dermiques montrent une plus ou moins gt*ande quantité de cellules migratrices épanchées entre les fibres des papilles et du derme. Le corps muqueux est aussi un peu épaissi à la partie centrale de la papule. Les vaisseaux sanguins sont dilatés. La couche cornée est amincie dans la partie saillante, et il n'y subit plus la kératinisation normale. Cette modification de Tépidenne superficiel lui donne un aspect lisse, luisant, humide en certaines régions, et sa transparence permet de voir la couleur rouge ilu réseau papillaire congestionné. De plus, on rencontre presque constamment, sur les coupes, des globules rouges plus ou moins nombreux et modifiés, épanchés entre les fibres du tissu conjonctif, dans les papilles et dans le derme ; ce sont ces globules et le pigment sanguin qui donnent, en partie, aux papules la couleur rouge cuivré ou jaunâtre qu'elles présentent et les teintes ecchymoliques et pigmentées qui s'observent à leur partie centrale ou à leur périphérie, lorsqu'elles s'affaissent et se terminent par la guérisoD. Les papules laissent après elles une tache blanche ou pigmentée qui persiste pendant un certain temps.

Souvent, à la partie acuminée des petites papules, il se fait un «épaississement et une desquamation épidermique qui leur donne un aspect lichénoide, ou bien, ce qui est plus rare, il se produit une petite pustule qui se dessèche rapidement (acné syphilitique).

Les larges papules présentent des lésions analogues aux précédentes : elles sont identiques aux papules muqueuses de la vulve et (le la bouche ; on peut voir leur transformation en papules humides dans toutes les parties où la peau est humide, comme aux aisselles, ^uxplis inguinaux, à l'ombilic. Elles durent souvent pendant des mois, et elles sont parfois très tenaces ; elles sont aloi*s le siège d'un •épaississement de tout le derme qui justifie le nom de syphilide papulo-tuberculeuse que Willan leur a donné. Elles se recouvrent assez souvent de squames qui les font ressembler au psoriasis. Si Ton examine, avec un faible grossissement, une coupe de la peau au niveau d'une de ces larges papules squameuses, le relief de la papule

s'accuse par une élevure régulière formant un arc de grand ctrA-. Toutes les couches de la peau, Tépiderme, le corps mnqaeai, la couche papillaire et le derme montrent un épaississement qui coidmence au bord de la papule, là où ses couches se continuent avec k? mêmes parties de la peau normale et dont le maximum d epaississrment est au centre de la papule. La couche cornée de répid(aine -^^ quatre ou cinq fois plus épaisse qu'à l'état normal ; elle se colore en jaune par le picrocarminate ; dans les sti*atifications parallèles d? sa couche cornée , on aperçoit des stries rouges transTcnales rt minces qui sont formées par de Téléidine. Lorsque répidens^ superficiel est ainsi augmenté et contient de l'éléidine dans sa pnfondeur, le sti^tum granulosum est épais et coloré en rouge pir le carmin. Le corps muqucux est deux ou trois fois plus épai qu'à rélat normal, et il envoie des prolongements plus ou rooio^ longs entre les papilles. Celles-ci sont hypertrophiées dans le >eD^ longitudinal et transversal. Le tissu fibreux des papilles et du denu^ est parsemé de nombreuses cellules rondes qui ont pénétré eotiles fibres minces et serrées des papilles, de même qu'entre les biéceaux plus larges du derme. Ce dernier est infiltré dans toute s-b étendue, et l'inflammation chronique gagne même ses couches |>rc>. fondes, la périphérie des glomérules des glandes sudoripai*e5 et i*tissu cellulo-adipeux. Des lobules de ce tissu sont transformés, .i(^è la résorption de la graisse, en ilôts de tissu conjonctif emlirjoih naire. Les papules arrivées à ce degré constituent de véritables peii.^ néoplasmes.

La couche cornée épaisse qui les recouvre est quelquefois dur* et difficile à détacher, ce qui tient à ce que la kératinisatioo codlinuc à s'y effectuer, la couche granuleuse étant conservée et aimant de l'éléidine. Mais souvent, sous l'influence d'une pousscoDgeslive, par exemple, la couche cornée devient squameuse, blacchâtre et se détache, tandis qu'il se forme de nouvelles cellules dar* la partie profonde de Tépiderme. Si Ton examine une coupe iïni' de ces papules, on voit que les couches superficielles détachées sort encore adhérentes à la gaine épithéliale externe des poils. Lon^'^ les squames sont tombées accidentellement, la papule se moniî avec sa couleur rouge cuivré et une surface lisse, brillanie. Ec pareil cas, la couche granuleuse de l'épiderme n'élabore pl"^ d'éléidine.

Souvent, au début de la formation de ces larges papules, peadao' leur période d acuité ou dans leurs recrudescences inOammaloir»^.

ONYXIS SYPHILITIQUE. 803

eur surface devient un peu humide (papules érosivesde Fournier). ^1 couche cornée est tout à fait absente à leur niveau et ne se eforme pas. La couche muqueuse de Malpighi existe seule à la )urface du derme. Cette couche est épaisse et traversée par de lombreuses cellules migratrices.

La couleur rouge foncé de ces papules est souvent due, pour me grande part, à un épanchement de globules rouges qui se fait ians les papilles, dans la couche superficielle du derme et parfois, linsi que Tun de nous Ta observé (1), entre les papilles et le corps inuqueux qui sont séparés par des globules sanguins.

Les lésions observées dans les papules syphilitiques, du côté des ollicules pileux, des glandes sébacées et sudoripares, n'ont rien de spécial et sont loin d'offrir la même importance que celles de Tépilierme, des papilles et du derme.

Vonyxis syphilitique, qui apparaît en même temps que les papules, est une maladie de la matrice et du lit de l'ongle. Une éruption papuleuse se développe au pourtour de l'ongle et dans le derme qui en constitue le lit ; l'ongle se fendille, se craquelé, se casse facilement; il est sec et se détache sous forme d'écaillés superficielles ou perd presque complètement son adhérence avec le derme sousjacent. L'onyxis syphilitique peut être caractérisé aussi par une lourniole, c'est-à-dire par de la suppuration de la matrice de l'ongle et du repli sus-unguéal.

Dans les formes d'onyxis qui accompagnent les papules syphilitiques, la lésion essentielle consiste dans la congestion et l'infiltralion du derme par des cellules migratrices, l'hypertrophie des papilles et la formation nouvelle de papilles à la surface du lit de Tongle. En même temps, on observe des modifications qui ont été bien décrites par Suchard.

A fétat normal, la substance unguéale résulte d'un processus analogue à la kératinisation épidermique ; la formation de l'ongle est liée à la présence, dans la matrice et le lit de l'ongle, d'une substance que l'un de nous a désignée sous le nom de substance onychogène ^t qui joue dans la formation de la substance unguéale le même ïole que l'éléidine dans la formation de la couche cornée de l'épidermc (voy. p. 750). Au niveau des parties atteintes d'une in- Oammation subaiguë, à la matrice et au lit de l'ongle, la substance

(')i«faii« gur la »i//)/<i/i> profcs.vt'cs û Lourcinc, p. 182. in -S*.

oDychogëne disparaît des cellules du corps muqueus. A sa place, OD observe de l'éléidine. Les cellules épidermiques, rorraées en grande abondance, s'accumulent à la surface du corps muqueui de la malrice et du Ut de l'ongle, et elles deviennent des cellules cornées, ne possédant pas de noyaux. Le processus de la kératinisallon unguéale est remplacé par celui de la kéralinisation épitlermique.

Psoriasis. — Le psoriasis est caractérisé par des squames sèche!, brillantes, blanches, argentées, imbriquées sous l'orme d'élevures ou de plaques. Suivant le diaAiëlre et la Torme des efflorescenres. on distingue te psoriasis punctala, le psoriasis gultata ou nummulaire, dont les papules squameuses sont de la largeur d'un centimètre eaviron; la réunion de ces petites plaques constitue des surfaces fhs

étendues, arrondies, irrégulières (psoriasis figuré, diffus, génénlisé), qui peuvent s'étendre (psoriasis annulaire, gyraia, lèpre commune ou lèpre de Willan). Cette maladie, essentiellement chronique, qu'on amende ou guérit momentanément, récidive presque U)u- 'ours. Le psoriasis si^e surtout aux genoux, aux coudes, au cuir

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