‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 3 sur 239 · RESPIRATOIRE · texte numérisé non relu

RESPIRATOIRE

Avant de donner la description anatomo-pathologiquc de chacune des maladies de l'appareil respiratoire, il convient d'étudier d'abord les altérations histologiques des parties essentielles qui le composent en envisageant ces altérations dans ce qu'elles ont de plus général.

A ce point de vue, l'appareil respiratoire se divise en deux portions distinctes : les conduits aériens et le poumon.

Les maladies des canaux aériens, depuis les fosses nasales jusqu'à la terminaison des bronches dans les acini pulmonaires, sont pour la plupart indépendantes des maladies du poumon. Cependant celles-ci atteignent toujours les dernières terminaisons des bronches au même titre et de la même façon que les acini pulmonaires. Les dernières ramifications bronchiques appartiennent en réalité au poumon par leur structure et par leur pathologie. Il est en outre di s maladies qui, comme les pneumonies lobulaires ou broncho-pneumonics,'atleignent à la fois le poumon et les bronches de tout r;ilibre, surtout leurs dernières divisions. Enfin, les maladies générales infectieuses et les néoplasmes généralisés envahissent à de> degrés différents tous les segments de l'arbre aérien. Ces résenes faites, on peut considérer à part les lésions des conduits aériens (fosses nasales, larynx, trachée et bronches) et celles du poumon.

§ 1. — Hlstol#sie pAtlMlofiqae (éiiérale des coiidnits aérleas.

Nous passerons successivement en revue les modifications des parties constituantes les plus essentielles de ces canaux : revêtement épithéliai, glandes, chorion muqueux et muscles lisses.

A. Altérations HISTOLOGIQUES DU revêtement épithélial desco.v DUITS AÉRIENS. — Lcs ccllules épilhéliales qui tapissent le chorion

LÉSIONS DU RETÉTEUEKT ÉPITIIÉLrAL LES CONDUITS AÉRIENS. 0

muqueiix des voies aérienaes sont presque partout des cellules cylindriques. Dans la plus grande partie de ces conduits, sur le larynx, la Irachce et les grosses bronches par exemple, qu'on les étudie chez le^ mammirères ou chez l'homiiie, on observe, à l'élat normal, andessus de la membrane basale du choriou, une couche de petites

'Ul nornil. — k. pinie lupcrii-

'l'Ilules rondes et une couche superficielle de cellules cylindriques possédant un plateau surmonté de cils vibratiles; entre ces dernières cellules sont disséminées des cellules caliciformes. La figure 3 montre la disposition du revêtement i^pithélial de la muqueuse trachéale à l'élat normal chez le lapia.

Inflammation expérimentale. — Il est facile d'étudier les modifil'ntioDs que présente le revêlement épithclial des conduits aériens dans les inflammations provoquées expérimentalement chez les animaux. Pour cela, on injecte sous la peau de la cantharidinc (\) suhîlance irritante qui a l'avantage d'enflammer les tissus par l'interméiliairc du sang, et dont l'aclion, s'exerçant des couches profondes en rapport avec les capillaires jusqu'aux couches superficielles, réalise mieux les conditions d'une inilammalion spontanée que ne le feraient dos afents irrit^nnts appliqués à la surface même de la muqueuse.

lieux heures après l'introduction d'une quantité suffisante de canihaiidinedans le tissu cellulaire sous-cutané d'un lapin, la muqueuse de la trachée est uniformément rouge, mais elle ne présente pas de .■écrélion muqueuse anormale. Après l'avoir fait durcir par l'action -'uecessive de la liqueur de Mfiller, de la gomme et de l'alcool, on peut ï obsener sur des coupes les premières phases de l'inflammation. Le

i\i, pour les injcclian) smi^oiUinccs de cantharidinc, U'uni* c dam l'jther acéliquc. Avec 4 a 6 grammes de la Mlution .lu ifii d« concentralion qu'an obtient à la lempératuro de SU degrés, c'etl-i-dire aiec une dote de 5 Â 8 milligramme de cantharidine, on produit chei un lapin dei accidents ^rtcapolianaenient aigu el interne qui amènent la mort en quelques lieures.

10 HISTOLOGIE PATUOLOCtOnS GÉNÉRALE DE L'APPARËIL RESPIRATOIRE.

revêtement épithélial de la muqueuse trachéale est plus épais <|u'é l'état normal, et presque partout il présente à sa base plusieurs couches de petites cellules rondes au lieu de la couche unique qui y L'xible Dorrualement. Les cellules superficielles ont encore la fonnirylindrique.

Dans les parties où l'intlammation est plus intense, tout le revt'Ut:ment épithélial est constitue par des cellules rondes ou polyédrique^ par compression réciproque, ayant le volume des cellules lymphatiques, et il n'y a plus de cellules cylindriques à la surface. Mais k^

1' nuqiHUïe da !■ InchéA dani un f*

cellules rondes superficielles possèdent presque toujours des ciisvivibratiles (voy. c, fig. 4). Ceux-ci ne sont pas disposés ré^fulièremeiii comme sur le plateau d'une cellule cylindrique ; ils sont implaotiV sans ordre.

Lorsque l'inllammation est intense, le revêtement épithélial Iré^ épaissi apparaît sur des coupes sous la forme de mamelons. A b base de ces mamelons, au-dessus de la membrane basalc, se montrent plusieurs couches serrées de cellules rondes, puis des vacuole> remplies d'un liquide contenant des gi-anulations et des cellules Ijinphatiques. Des cellules fusiformcs, aplaties, à noyau ovoide, partoul mélangées à des cellules lymphatiques, limitent ces vacuoles, la surface du revêtement épithélial est occupée par des cellules cylindriques ou rondes munies de cils vibratiles (voy. fig. 5).

Il est évident que les cellules rondes ou cellules lymphatiques venues en grand nombre des capillaires de la muqueuse et de In couche profonde du revêlement muqueux ont repoussé devant elle? et écarté les cellules fusiformes et cylindriques préexistantes. Les

INFLAMHATIOri EXPÊRIKENTALE DES CONDUITS AÉRIENS. 11

(cllulcs cylindriques à cils vibratilea ont ellf s-memes ete modiriées dans leur forme; après la dnision de leur noyau et de leur proto-

t-u 1. — CouiH lin rnJlfRwiil ^pilbfiiil lia li bicbës du lapin dam un ui d'empoiuaDencnl pal la 'tmhindiK, obianiw aprta la dareiiiviDenl de la pièic par t'icids omiiqao. — b, partie «iparftcîelle du rbtrioa anqnaoi ; f, palilaa callulea appliqujaal ce dernier; d.i, ceilules tjmphatique) conlaniKi 'lint dn Tacoulei dont le pourtour prêtante der cellulei futirormai ou cjlindriqun aplitiet;»!;

lilasma elles se transforment en cellules rondes dont les plus superlii'ielles sont encore munies de leurs cils vibratiles.

kirsque l'inflammalion expérimentale esl plus intense, au lieu de produire simplement une accumulation de cellules à ta surface de la muqueuse, elle aboutit rapidement à la chute de l'épilluHium. Celui- '•i est remplacé par une couche de cellules lymphatiques dont le mélange avec le liquide exsudé des vaisseaux forme une sécrétion mucopuniJente à la surface de la muqueuse. Si, par exemple, on injccle dans la trariiée du lapin 50 centigrammes d'une solution de nitrate •l'aident au centième, et que, deux heures après, on place cette trachée dans un liquide durcissant, pour qu'il soit ensuite possible d'y pratiquer des coupes, on y verra à ta place du revêtement •^pilhélial normal, une couche de cellules lymphatiques plus ou moioB pressées les unes contre les autres et affectant, par suite de celle pression réciproque, la forme de petits pavés cubiques. L'agent irritant a atteint en premier lieu, dans cette expérience, les cellules superficielles, et il est naturel qu'elles se soient desquaméos plus

ii HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DE l'APPAREIL RESPIRATOIRE.

complet ement et plus vite que dans l'exemple précédent. De plus, l'irritation causée par le nitrate d'argent étant plus intense, le diorion muqueux est infiltré dans sa couche superficielle d'un grand nombre de cellules lymphatiques.

Si l'inflammation expérimentale déterminée par la cantharidine ou par le nitrate d'argent a porté, non plus sur la trachée ou les premières divisions bronchiques, mais sur les petites bronches, les c(»llules de nouvelle formation, au lieu de déterminer simplement , comme sur les grands canaux, un épaississemeut du revêtement épi- Ihélial, remplissent complètement le calibre des petites bronches.

Inflaminaiion calarrhaledes conduits aériens, — Les expériencps qui précèdent permettent de bien comprendre ce qui se passe, dn côté du revêtement épithélial, dans les inflammations superficielles ou catarrhales de l'homme. Les phénomènes observés sont variablo> suivant l'intensité plus ou moins gmnde de l'inflammation.

Dans l'inflammation la plus légère, alors qu'on observe simplement à l'œil nu une exagération de la sécrétion muqueuse et uno congestion du chorîon, le revêtement épithélial est intact et il ne présente pas de cellules de nouvelle formation. Mais ses cellules superficielles contiennent et sécrètent une quantité de mucus pins considérable qu'à l'élat normal.

Une grande quantité des cellules cylindriques superficielles de la

Cm

Fie. 6. -~ Cellules rouqueusos ou calicifonnes de la surface de la trachc^ enflammée chez l'homme. — A. Cellule muqueuse dont le noyau b est petit et tituë près do la queue de la cellule. Son pit>(t«plasma est muqueux et fon hord libre est coiffe par une boule do mucus c. B, C, D, E. Cellale^t tntiqneuscs isolées de furnie variable : m, filament d'insert'on de In queue des cellules; n. lear no>ju; 0, protoplasnia muqui*ux. — Grossissement de 300 diamètres.

muqueuse sont caliciformes. On observe ces cellules isolées dans le mucus qui recouvre la surface libre de la muqueuse et on le> retrouve sur les coupes de la membrane. Elles se présentent souî^ la forme d'un corps ovoïde ou globuleux, transparent, muqueux (o, fig. 6), limité par une membrane mince souvent ridée ou plisséc:

INFLAMMATION CATARRHALE DES CONDUITS AËRtENS.

IV^trémité libre des cellules ne possède ni plateau ni cils vibratiles Leur noyau (i, n, fig .6) plus ou moins déformé, quelquelbis en forme lie croissant, se trouve refoulé à l'extrémité inférieure de la cellule. Les coupes de la muqueuse ainsi altérée, qu'il s'agisse de la trachée nimrae dans la figure 7 ou d'une bronche de moyen calibre comme dans la ligure 8, montrent la disposition réciproque des cellules :i cils vibratiles et des cellules caliciformcs. Ces dernières sont aussi nombreuses, souvent même plus nombreuses que les cellules vibra-

ru. 7 Dupe i

«m t-.t. cdluka cïlindrii|Da dlroiUS,

i>tfprïnaée«, pou6d»nt dca eili TibniLn>eld« Boj*» aplii» d i n , inicoi

lilt's; elles ne possèdent pas de cils et sont entourées de cellules vibratiles amincies par compression.

Les cellules caliciformes participent à la sécrétion catarrhale des londuils aériens dans l'inilammalion subaiguii. Cette lésion est la même que celle qu'on obsei-ve dans les conduits et dans les culs-de- ■sif des glandes acineuses de la muqueuse des voies aériennes dans l« mêmes conditions pathologiques. 11 s'agit là tout simplement de rMagéralion d'un phénomène physiologique. Cet élal muqueux d'un ;.'ranJ nombre des cellules épithéliales n'est pas nécessairement ac- 'orapagné de néoforraation de cellules ni de diapédéso de globules

blancs dans les couches profondes du revêtement épithélîal. Les cellules rondes situées sur la membrane basale ne sont pas toujours plus nombreuses à l'état normal.

Si, dans une inflammation catarrhale très légère et qui se li*aduit seulement par une sécrétion exagérée de mucus, la couche profond»' du revêtement épithélîal et le chorion sont intacts, il n'en est plus de même pour peu que l'inflammation soit intense.

Lorsqu'on aaflaire à une inflammation de la muqueuse des canaux aériens ayant duré plusieurs jours et arrivée à sa période d'état, comme cela s'observe chez les sujets qui succombent soit à une broncho-pneumonie, soit à la fièvre typhoïde, soit à une maladie du cœur, soit à la phthisie qui s'accompagne presque toujours d'une laryngo-trachéo-bronchite, le revêtement épithélial et la couche superficielle du chorion muqueux sont altérés à un degré variable.

Les cellules cylindriques à cils vibratiles sont tantôt conservées, tantôt remplacées par des cellules longues et étroites, lamellaires, implantées plus ou moins régulièrement sur la surface de la muqueuse.

Au-dessous de la couche superficielle on trouve, soit des cellules ovoïdes, soit des cellules rondes ou cellules lymphatiques disposées en une ou plusieurs couches.

Souvent toutes les cellules du revêtement épithélial sont tombées dans le liquide sécrété et il ne reste plus qu'une couche de cellules lymphatiques en contact avec la membrane basale. Celle-ci, qui est assez épaisse et homogène, est conservée et présente ses caractères normaux. Tant qu'elle persiste, malgré toutes les lésions de Tépithélium superficiel, la surface de la muqueuse ne pai*alt pas ulcérée. Elle peut sembler dépolie, irrégulière, mais il n'y a pas de perle de substance appréciable à l'œil nu.

Entre les fibres connectives et élastiques, situées sous la membrane basale, on trouve toujours une assez grande quantité de cellules lymphatiques, tandis qu'il n'y existe à l'état normal que des cellules plates. Dans toutes les inflammations catarrhales ayant une certaine intensité, cette lésion inflammatoire du chorion muqueux est constante; elle n'en atteint d'habitude que la couche superficielle. La muqueuse parait alors un peu épaissie ; mais cet épaississement est si peu marqué qu'il échappe le plus souvent, car les lésions de Tinflammation cataiThale des voies aériennes ne peuvent être reconnues qu'à l'examen microscopique. Par lui seul on peut en apprécier les lésions multiples et assez profondes, tandis qu'à l'œil nu, en se ba-

LXFLAMMATION INTENSE DE LA MUQUEUSE TRACHÉO-DRONCBIQUE. 15

saut uniquement sur la coloration plus ou moins rouge de la muqueuse, on ne saurait déterminer, au moins dans certains cas, si Ton .1 affaire seulement à une stase sanguine post mortem ou à une inflammation véritable.

Dans les inflammations très intenses de la muqueuse, le revcte-

^ •\^ii O^c- V""^*

*^^^if*

A. Section de la trachée eodaminée dans la varioU*. — 0, tÎMu conjonctif de la muqueuse dont les vaisseaux

V, v.sont oblitères par des coHules lymphatiques remplies de micrococcus ; fr, membrane basalo; d, cellules lym> phatiqnes et cellules indifférentes formant une couche épaisse à la surfjce du chorion : de c en t on voit une fausse membrane fibrineuse dont les fibrilles f limitent des mailles dans lesquelles il exinle des globule» rouges du sang et des cellules lymphatiques h. -■ Grossissement do îKX) diamètres.

B. Section d*oa vaisseau du chorion qui contient un thrombtts formé de cellules lymphatiques et de grains de micrococcus. — Grossissement de 350 diamètres.

C. Coupe de la fausse membrane diphlhéri tique à uii grossissement de 350 diamètres, r,— fibrilles Gnes de fibrine; q, cellules lymphatiques; p, globules rouges du sang.

7^'rn'J*^ lit

FiG. 9.

ment épithélial montre une néoformation de cellules parfois colossale. L mOammation qui accompagne l'éruption des pustules de la variole

iC) HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DE L'APPAHEIL nESPinATOIRE.

sur le larynx, la tracliiie el les bronches, nous offre le maximum île ces allérations du revèlement épilliélial. Sur les coupes de pusluk> (le la trachée dont on apprécie bien le relief pendant les trois ou quatre premiers jours de la période d'éruption, on obsene â partir de ta membrane basale du chorion : 1° une couche épaisse formel' par des cellules lymphatiques disposées les unes au-dessus des »ii- Ires, roudes ou un peu coni- , î itf- ^ primées par pression réciproque,

ou par des cellules assez volumiî ncuses, iadilTérentes de forme,

'^: ' t rondes ou polyédriques, conte-

" ' . nant un noyau ovoïde assez vo-

'p'.J lumineux et un protoplasma gra-

nuleux (A, d, fig. 9); souvent il existe quelques globules rougi'< entre elles; 2"une couche épaisse (A, h, ii^. 0) formée par des filaments Qbrillaires de fibrine très fins, constituant un réseau à mailles très étroites dans lesquelles sont contenues des cellules lymphatiques, g;ranuieuses.

des globules rouges et des masses de grains de micrococcus.

C'est une véritable pscudo-membi'ane fibrineuse.

A la base dos pustules, la membrane basale est amincie, iiTégiilière ou même interrompue par places; le tissu Qbro-élastique d>' la surface du chorion muqueiix est chargé de cellules lymphatiques, et l'on se rend bien compi'' de la facilité avec laquelle n'^ éléments passent du tissu conjonclif du chorion muqtieux dans rpTiMiViV- G'™TMi.iiBnTre'3MdV.mar"^ la pustulc. Lcs vaisscaux cajiillaires (A, v, fig. 0 et 11, g, fig. !t| el les veinules présentent quelquefois à leur face interne une couche adlicsive de cellules lymphatiques et des spores de micrococcus

ék^

iDOlIrA ds uIIiIm lympluliqDC

diiii de pelita gi|iacc) liciinaini limll^i pir d«i ccIIhIm tfiitliri^tn iplailii. alrorllfci, pa»4-

Page 1