HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DES AMYGDALES
La Structure des amygdales, très régulière chez les enfants, se modiOe presque constamment avec Tâge, car il n'est pas d'organe plus souvent affecté d'inflammations primitives ou consécutives à diverses maladies (inflammations catarrhales, angine simple, angine des lièvres éruptives, angine phlegmoneuse, angines et irritations chroniques des fumeurs, des buveurs, des syphilitiques, des tuberculeux, etc.). A la suite de ces diverses maladies, le tissu réticulé et les follicules s'atrophient souvent et se transforment. en tissu fibreux, les cavités infundibuliformes de l'amygdale s'agrandissent, se remplissent de cellules épithéliales qui, mêlées à des corpuscules salivaires et à des végétations de leptothrix buccalis, constituent des bouchons caséeux et fétides. Aussi, dans les autopsies des adultes voit-on presque toujours, sur les sections de l'amygdale, des cavités plus ou moins grandes, surtout dans leur profondeur (Sappey), qui ressemblent à de petits kystes, mais qui communiquent, en réalité, avec le goulot des cryptes et qui sont remplies d'un détritus caséeux. Souvent aussi les amygdales sont atrophiées.
§ â. — ■iBtoloffie patholofl^Be de* amygdales.
Inflammation. — Les inflammations de l'amygdale sont aiguës ou chroniques. Parmi les premières nous décrirons successivement Tamygdalite superficielle ou catarrhale, l'amygdalite lacunaire, Tamygdalite parenchymateuse et phlegmoneuse, les amygdalites ^ymptomatiques des fièvres, et l'amygdalite diphlhéritique. Les amygdalites chroniques comprennent l'amygdalite catarrhale, l'hypertrophie chronique et l'atrophie des amygdales.
Amygdalite catarrhale aiguë {angine ionsillaire érythémateusej angine simple). — Elle consiste dans une rougeur superficielle de la muqueuse qui revêt la surface des tonsilles. La muqueuse des piliers et du voile du palais présente souvent le même aspect. Les vaisseaux capillaires de la muqueuse sont remplis de sang ; son tissu «mjonctif est le siège d'un œdème inflammatoire accompagné de rissue de quelques cellules lymphatiques qui passent à travers les ruches tuméfiées du revêtement épithélial et se mêlent à l'épithélium desquamé pour constituer le mucus qui recouvre les parties malades.
Amtgdaute catarrhale lacunaire ou CRYPTEUSE. — Trèssouvent
la muqueuse qui s'enronce dans les lacunes de l'amygdale est enflammée en même temps que cellf. qui en tapisse la surface. Tout l'oi^ane est aloi's tuméfié et Tait une saillie notable entre les piliei ^. Les cryptes se remplissent de muco-pus qui, dès le premier ou hsecond jour, se présente à leur orifice. Ces cryptes se vident peu ;'i peu, les unes après les autres ou toutes ensemble, par ieur oritir.' agrandi, et le volume de l'amygdale diminue rapidement. Lorsque toutes ces petites cavités se détergent simultanément, l'amygdal'' revient rapidement à ses dimensions normales ; la durée de l'inllammation ne dépasse pas quatre ou cinq jours. Les lésions de la iiniqueuse qui tapisse les dépressions de l'amygdale sont les mômes qu.^ celles de la muqueuse, superficielle et elles portent sur les vaisseanî capillaires, le tissu conjonclif du choriou et le revêtement épîthélial. Seulement le muco-pus sécrété fi la surface des lacunes y reste emprisonné un certain temps et les distend, ce qui cause une augmenlntion du volume total de l'organe.
Quelquefois le liquide contenu dans les lacunes offre les caractèn-< du pus épais. Après avoir essuyé la surface de l'amygdale, on découvre des points jaunes ou de petits grumeaux à l'orifice des oryptfo. S'il y séjourne un certain temps, il s'y forme des bactéries, de h graisse, des acides gras et même de la cholestérine et des granulations calcaires.
Amygoaute parenchym.vteuse et phlecmoneuse. — L'amygdalil-'
Fia. W. — Coupa da h pirlle taperBcialla ie l'amndik dwu ana iniina panmhT^MaM lifi*- — d.d. m'Iamani ^piibéliil; A, lisin du cbgrton de li mui|iiriuH inQLird da talliika l)iapkii>i<>« . c, e, tLiiu réiicBic da l'aaijfdala éfilamam «oBiiiim^ ; à. i, ralticalfla auai taliuaaa. — C»'-
parenchymateuse aiguë est caractérisée par une tuméfaction considérable de tout l'organe dont le tissu réticulé et folliculaire est en-
AMYGDALITE DIPHTHÉRITIQUE. 233
flaminé en même temps que la muqueuse. Sur les coupes de l'amygdale, on constate alors que le tissu conjonctif du chorion de la muqueuse superficielle et de celle qui tapisse les cryptes est bourré de rellules lymphaliqucs, ainsi que le tissu réticulé de toute la glande. Les follicules sont augmentés de volume par suite d'une accumulalion de cellules lymphatiques. La même infiltration existe dans la rapsule externe. Les cellules lymphatiques se réunissent même souvent en amas qui constituent de petits abcès. On désigne plus spécialement sous le nom d'angines phlegmoncuscs celles qui se terminent par un véritable abcès qui s'ouvre, soit à la surface de l'amygdale, soit dans une de ses cavités crypteuses.
Le tissu conjonctif rétro-tonsillaire est quelquefois le siège d'un phlegmon qui se termine par un abcès.
Amygdalites symptomatiques des maladies fébriles. — Les Marines qui accompagnent la fièvre typhoïde, la rougeole, l'érysipèle, la variole, bornent habituellement leur action à la muqueuse superlicielle de l'amygdale et présentent exactement les mêmes caractères que sur le reste de la- muqueuse buccale. Aussi n'exigent-elles pas une description anatomique spéciale, et nous renvoyons le lecteur au chapitre ou nous avons traité les stomatites de la variole, de la rougeole et de la fièvre typhoïde (voy. t. II, p. 210 et suiv.).
La fièvre scarlatine détermine souvent une amygdalite superiicielle ou profonde très intense. L'inflammation se limite rarement à la surface de la glande ; elle envahit ordinairement les dépressions mpteuses. Le muco-pus sécrété à la surface et dans les dépressions de l'organe est épais, grumeleux, semblable à une fausse membrane molle et pulpeuse. On observe quelquefois dans la scarlatine une véritable angine parenchymateuse. L'amygdale peut même se re- <^ouvrir d'une fausse membrane absolument semblable à celle de la diphlliérie. Dans ces angines pseudo-membraneuses de la scarlatine, le liîisu conjonctif de la muqueuse et le tissu réticulé de l'amygdale offrent les mêmes lésions que dans l'angine diphthéritique.
Amygdalite diphthéritique. — Les amygdales atteintes par la diphlhérie sont généralement très tuméfiées, recouvertes en totalité ou en partie de fausses membranes adhérentes, feutrées, épaisses, au-dessous desquelles la muqueuse est fortement congestionnée et enflammée. La base de la langue, le voile du palais, la luette et la
muqueuse pharyngienne sont habituellement atteints des mème<: lésions.
Lorsqu'on fend Tamygdale suivant son grand axe, on voit qu*6ll«.' est de couleur gris rosé et qu'elle donne un peu de suc au racla^f-. Les dépressions crypteuses qui la sillonnent sont généi*a!ement remplies d'un exsudât blanchûtre ou gris et opaque qui présente 1^> mêmes caractères que les pseudo-membranes superficielles. Pa^foi^ les fausses membranes diphthériliques occupent seulement un*" partie des lacunes et s'étalent sur les bords de leurs oriQc^îs, tandis que le reste de la surface de l'amygdale en est indemne.
Sur les coupes de pièces durcies qui comprennent toute l'amygdale, on juge bien de son augmentation de volume, on apprécia' l'étendue et l'épaisseur de la fausse membrane superficielle et on voit que celle-ci se continue dans les lacunes. Les follicules dt> l'amygdale sont volumineux.
La fausse membrane superficielle est constituée par des couches d»^ fibrine parallèles ou par des fibrilles entre-croisées. A sa surface on trouve surtout des boules ou amas volumineux de micrococcus réunis en colonies (zooglœa) et de petits bâtonnets. Entre les lamelles et fibrilles de fibrine il existe quelques cellules lymphatiques, des globules rouges et des micrococcus isolés, libres ou siégeant dans de> cellules lymphatiques, ou réunis en colonies.
Au-dessous de la fausse membrane, le chorion muqueux est d'habitude complètement dépouillé de son revêtement épithélial ; dans les points où il n'y a pas de fausse membrane, on rencontre les lésions inflammatoires des cellules du revêtement épithélial (état vésiculeux, etc.) que nous connaissons déjà. Le chorion muqueux, au contact des fausses membranes, est tantôt uni, tantôt irrégulier, le< papilles et les vaisseaux papillaires pénétrant souvent dans la faus^H membrane qui les coifie. Tout le tissu conjonctif, profondément altéré, est infiltré de cellules lymphatiques et de globules rouges. Les vaisseaux capillaires contiennent un grand nombre de globules blancs. Cette inflammation, poussée à son maximum, s'observe dans la totalité de l'amygdale.
La fausse membrane superficielle se prolonge dans les cryptes de l'amygdale. Là, elle est constituée habituellement, comme à la surface, par des filaments de fibrine entre-croisés, enserrant dans leurs mailles des cellules lymphatiques, des cellules épithéliales e( des globules rouges. Dans certains cas d'amygdalite diphthéritique, les cryptes ne contiennent pas de fibrine, mais seulement des cel-
AMYGDALITE DIPHTHÉRITIQUE. 235
Iules lymphatiques et de l'épithélium desquamé. Les cellules épithéliales se détachent parfois des papilles en restant encore adhérentes entre elles et en constituant de grandes plaques qui s'accumulent dans les lacunes. Le réseau papillaire dépouillé et mis à nu est recouvert par une seule couche de cellules cylindriques ou simplement par des cellules lymphatiques migratrices. En outre des éléments précédents, les cryptes contiennent toujours des spores de micrococcus.
La muqueuse qui tapisse les dépressions amygdaliennes est enflammée avec autant d'intensité que celle de la surface.
L'augmentation du volume de l'amygdale n'est pas due seulement ù la distension des lacunes par l'exsudat précédent. Les follicules et le tissu réticulé qui les environne y prennent aussi une grande part. Ils sont bourrés de cellules lymphatiques. Après avoir chassé par le pinceau, sur des coupes faites après l'action de l'alcool au tiers, les cellules libres comprises dans le stroma, on constate que les vaisseaux capillaires sanguins, dont la paroi a subi les modifications inflammatoires (voy. t. I, p. 122), contiennent un grand nombre de cellules lymphatiques. Dans les follicules, on observe souvent des a{^glomérations de petites cellules atrophiées et granuleuses qu'il est difficile de chasser par le pinceau et entre lesquelles il existe des spores de micrococcus.
Le tissu conjonctif qui entoure l'amygdale est très enflammé, surtout dans les cas de diphthérie toxique primitive du pharynx. Les mailles du tissu conjonctif sont remplies de cellules lymphatiques, et souvent il s'y forme un réseau de fibrine comme dans le phlegmon aigu.
Les gros troncs lymphaticfues de la base de l'amygdale sont également remplis de cellules.
Les ganglions lymphatiques sous-maxillaires sont très tuméfiés, presque dès le début de l'angine. Sur une surface de section, ils offrent une couleur gris rosé, sur laquelle tranchent des grains opaques qui ne sont autres que les follicules hypertrophiés. Par le raclage on obtient un suc laiteux qui contient des spores et de petits bâtonnets. Sur des coupes, on constate au microscope que les follicules lymphatiques contiennent de petites cellules granuleuses et que les spores de micrococcus sont accumulées dans les follicules et dans les sinus périfolliculaires. Les vaisseaux sanguins du tissu caverneux présentent dans leur intérieur une grande quantité de cellules lymphatiqueSy et leurs cellules endothéliales sont tuméfiées.
**• AMTCDALES.
AnvcDALiTE CHBosicjcii. — L'omvgdalile cat.iri-li.ilc chronique ».■ diffère de l'.iniïgdalrte aiguë que par sa durée el par ses récidiio fréquentes. L'arayiîdalile parenchïmalcnso chronique, maladie bien dislincle au point de vue de sa cause, do ses syrapl6nies el de m anatomie pathologique, exige au contraire une dcscriplion spécial».
Amygdalite parbnciiymateuse chronique. — Hypertrophie des A»ï0DALES. — L'hypertrophie des amygdales est une maladie de l'enfance, qui yioni d'habitude à la suite d'angines calai rhales, A'i des sujets qu'on regarde comme lymphatiques ou scrofuleuï. Leamygdales sonl très volumineuses, dures au toucher, saillanle-s. i surface lisse, de couleur grise ou gris rose. Sur une section suivanl le grand axe d'un de ces organes faite aussitôt après leur ablation, on constate que leur Ussu est gris el peu vasculaire. Les cnpli-> sont réduites ii de simples fentes dont les parois sont en conuci, el il n'existe généralemenl ni kystes, ni dépressions irrégulières comme on en trouve :i souvent dans la profondeur ou à la surface des amygdales cheî les adultes. En examinant de près la section de ces
Flo. go. — CDBpc d'une lojgdile hjpïrln^bi.
iMli»! ta caalinuilr ■<« celui it te lurli» ^mpluLiqiiM h;j>crln|il,i« tépuii |Hir ^
rciJLenwol fpilhdlial i< lirlid f ttl lepiude d'ui d'uM lutn Jdprei^n
organes, on voit habituellement à l'œil nu les follicules dont le centre est un peu jaunâtre, ce qui les fait ressembler aux ganglions lymphatiques hypertrophiés de la scrofule.
IIÏPERTROPUIE iiËS AHVGDALE5. 337
Sur les coupes faiLes après durcissemeot, examiDées avec un faible ^Tossissemeot de Tacon à avoir une vue d'ensemble, on reconnaît que les crypies soni étroites, que les follicules lymphatiques sont volumineux et qu'ils sont séparés par des bandes assez épaisses de li^su fibreux.
Lorsque, sur des coupes faites après l'action de l'alcool au liers, on ■ièbarrasse uvec le pinceau le tissu réticulé des cellules libres qu'il
fcalient, on met en évidence le réticulum des follicules lymphatiijues qui apparaissent oclaircis comme le montre la figure 91.
Si l'on compare ces préparations, examinées à de très faibles gros- >isscments, à des coupes d'amygdales normales, il est facile d'apprécier l'hypertrophie des follicules et l'épaississement du tissu fibreux qui double le chorion et sépare les follicules.
1,'étude des mêmes préparations avec de forts grossissements, montre que le revêtement épithélial de la surface et des dépressions
de l'amygdale est noi-ma!. Les crypies conlicnDent quelques corpus- '-ules salivaires et des cellules épilhéliales desquamées (fig. 02).
Le réseau papillaire du chorion est moins développé qu'à l'état l'armai; il est même atrophié complètement par places. Il semble que
la muqueuse soit tendue et repoussée par Thypertrophie du tissu sous-jacent. C'est Tatrophie du réseau papillaire qui donne à la surface de l'amygdale son aspect lisse et poli.
L'épaississement du tissu conjonctif du chorion muqueux et des travées qui séparent les follicules est dû, non pas à une infiltration par des cellules lymphatiques, comme cela a lieu dans les amygdalites aiguës précédemment décrites, mais bien à une formation nouvelle de faisceaux épais de tissu connectif. Après la coloration de> coupes au carmin, ces faisceaux se présentent, suivant leur longueur ou suivant leur section, comme des travées ou de petits cercles réfringents, colorés, séparés par des cellules de tissu conjonctif.
Les follicules lymphatiques sont très notablement altérés. Leurs fibrilles ont conservé leur apparence normale, mais les cellules qui sont emprisonnées dans leurs mailles sont plus volumineuses qu'à Tctat physiologique. Leur protoplasma est souvent gi*anuleux et contient des granulations graisseuses fines. Le noyau de ces cellules est ovoïde et volumineux.
Cet état des cellules des follicules lymphatiques de l'amygdale et la sclérose du tissu conjonctif rapprochent l'hypertrophie amygdalienne de l'hypertrophie scrofuleuse des ganglions lymphatiques. Mais on ne trouve pas dans l'amygdale hypertrophiée les cellules géantes qui sont si nombreuses dans les ganglions strumeux.
Les vaisseaux sanguins, artérioles et veinules, qui traversent le tissu fibreux, sont eux-mêmes fortement sclérosés. Leur tunique externe est très épaissie et leur calibre parait diminué. 11 résulte de cet état des vaisseaux que les amygdales hypertrophiées sont anémiques et que leur ablation donne lieu à une hémorrhagie insignifiante.
Dégénérescence fibreuse de l'amygdale. — On observe parfois des amygdales, de volume ordinaire ou bien un peu hypertrophiées ou atrophiées, qui sont très dures et dont les dépressions sont élargies. Sur une coupe passant par leur grand axe et examinée à Tœil nu, les dépressions sont si considérables que l'amygdale paraît formée de bourgeons isolés. Souvent, dans ces amygdales, on trouve, surtout à leur base, des cavités kystiques remplies d'une matièro caséeuse.
Les coupes faites après durcissement et examinées à un faible grossissement montrent que les follicules lymphatiques n'existent plus ou qu'il en reste seulement un très petit nombre ; tout le tissu de l'amygdale est devenu fibreux.
dég^£resce\ce fibreuse de l'ahvcuale. â39
Avec un plus fort grossissement, on recoQDaU que les papilles de !a muqueuse sont très développées, et que son chorion extrêmement Irnse est constitué par des tibrilles plus lines et plus serrées que ■
•tau le centre de l'amygdale. Les vaisseaux sanguins de l'organe possèdent des parois épaisses el scléreuses. Celte lésion s'observe chez les adultes à la suite d'angines répé-
'« M. - Cmp« d« l'uifcdile
l^s. Nous l'avons vue plusieurs fois et étudiée chez des sujets ayant succombé â la phthisie pulmonaij'c; il n'y avait pas alors de tuberciib de l'amygdale elle-même.
Chez certains sujets, Tamygdale sclérosée est très atrophiée. On ne la reconnaît qu'aux petites ouvertures de ses cryptes ; elle esl alors formée par une plaque dure, déprimée plutôt que saillante.
Lésions syphilitiques de l'amygdale. — Les plaques muqueuï» < de l'amygdale, que l'on a souvent l'occasion d'examiner sur des amygdales enlevées pendant la vie, sont constituées, comme sur touilla muqueuse buccale, par une hypertrophie des papilles inlilln'*»'>. comme le chorion, par de très nombreuses cellules lymphatiques. L^> couches profondes et les couches superficielles de l'épithélium sont également épaissies, imbibées de liquide, parcourues par de nombreuses cellules lymphatiques migratrices. Celles-ci s'accumulent même, soit à la surface du revêtement épithélial entre les cellule> plates, soit plus profondément entre les cellules polyédriques du corps muqueux, et elles forment de petits abcès microscopiques qui se vident à la surface (1). L'aspect blanchâtre, nacré de la superficie de ces plaques est dû aux lésions de l'epithéHuni; leur saillie e<t causée à la fois par Tépaississeraent inflammatoire du chorion et du revêtement épithélial. Les plaques muqueuses, en eflet, ne compromettent pas seulement la muqueuse superficielle de l'amygdale, mais elles déterminent aussi des lésions analogues de la muqueux* qui revêt les cryptes. 11 en résulte un catarrhe folliculaire do rt^> organes. Enfin le tissu réticulé des follicules est lui-même enflamni** chroniquement et il se produit, pour peu que la syphilis se H»il localisée sur les amygdales, une amygdalite parenchymateuse, un»' hypertrophie plus ou moins chronique, analogue aux adénites syphilitiques que nous avons déjà décrites (voy. t. I, p. 655).
Les plaques muqueuses de l'amygdale s'ulcèrent rarement; lr> cellules lymphatiques et le liquide qui infiltrent les couches du rc\ètement épithélial s'éliminent à travers ces couches sans les détruire. Mais il peut arriver qu'il se produise à leur surface une véritabif érosion ou une ulcération, et même qu'elles soient recouvertes d'un* pseudo-membrane fibrineuse lorsque l'inflammation est très inlen>«'.
La syphilis tertiaire se manifeste sur les amygdales par des gomnie> suivies d'ulcérations profondes.
Tubercules des amygdales. — La tuberculose des amygdales, /'lucidée depuis quelques années par les travaux d'Isambert, de Peter,
(I) Cornil, Lepont sur la sypkUis, professées à l'hôpital de Lourcine. 1879, p. IIH.
TUBERCULES DE l'àMYGDALE. 241
Laboulbène, Barlh, ChassagDelte, etc., se présente à l'état aigu sous foime de granulations miliaires ou à Tétat chronique sous forme d'ulcérations caséeuses plus ou moins profondes.
Les tubercules miliaires de l'amygdale constituent de petites nodosités développées soit dans tes couche: superficielles du chorion de la muqueuse soit profondément dans le tissu réticulé folliculaire. Ils sont d'abord ;gris et semi-transparents. Ils coïncident avec une tuberculose généralisée à marche rapide.
Plus souvent les tubercules de l'amygdale affectent une marche chronique et se développent isolément dans la muqueuse qui la recouvre et dans son parenchyme. Ils deviennent bientôt jaunâtres et caséeux à leur centre. Ceux qui siègent dans la muqueuse superficielle déterminent une saillie opaque et jaunâtre qui s'ulcère bientôt; H en résulte une petite érosion ou ulcération à fond jaunâtre contenant un liquide grumeleux. Les tubercules profondément situés envahissent un certain nombre de follicules et s'accompagnent d'une ioGUration tuberculeuse plus ou moins étendue.
Lorsqu'on examine, à l'autopsie, une amygdale atteinte de tuberculose chronique, on constate d'abord à sa surface quelques granula^ lions tuberculeuses saillantes ou des érosions. Le goulot des dépressions crypteuses est élargi , et il en sort une matière jaunâtre for* lùh de pus épaissi et caséeux. Sur une surface de section, on voit que les cryptes amygdaliennes, généralement agrandies, sont remplies d'un détritus caséeux et sont limitées par un tissu dans lequel il existe des points jaunâtres et opaques qui ne sont autres que le « enire de tubercules.
Lorsqu'on examine au microscope des coupes d'une amygdale ainsi altérée, on découvre à sa surface, sous le revêtement épithélial el dans les points ulcérés non recouverts d'épithélium, une infiltration tuberculeuse diffuse ou des granulations développées dans le chorion de la muqueuse. Ce tissu de nouvelle formation est parsemé de cellules géantes.
Si la section passe à travers une crypte de l'amygdale (voy. flg. 95), on constate d'abord que la cavité en est agrandie et qu'elle est remplie de cellules épithéliales et de globules de pus. Sa paroi présente on revêtement épithélial plus ou moins détaché sous lequel les papilles sont généralement hypertrophiées et bourgeonnantes. Le iis<u propre de l'amygdale, c'est-à-dire le tissu conjonctif et les follicules situés au pourtour de la dépression, sont transformés en un tissu tuberculeux qui montre habituellement des gi*anu]ations bien
COUIL ET lAHYlCft II. — 16
242 AHÏGDALES.
nettes au centre desquelles se trouvenldes cellules géantes (c, c,c, fig. 95). On y rencontre habituellement des follicules lymphatiques qui ont conservé leur forme et leur structure, et l'on peut s'assurer
Fia. «t. — Coupa d'un
■myifdjie Iiibercu1«ufl<- — o, Inmi C4ïéeiui; fn, pipilln Irà p, muqUFU&e île la lurCica de e', e*, ciBlm da inBulitlou
I ajipiruuunl 1 1* Maf— ■ <)W
que les granulations tuberculeuses, avec leurs cellules géantes, ^e développent dans leur intérieur.
Les ulcérations tuberculeuses de la surface de l'amygdale sonl. comme toutes les ulcérations du même genre, limitées à leurs bords et à leur fond par du tissu tuberculeux et des granulations avec dfs cellules géautes. Des ulccralfons de même nature s'établissent aussi à la surface et au fond des cryptes amygdaliennes. Il ea résulte de grandes ulcérations anfractueuses ouvertes à la surface de l'organi', séparées par des bourgeons du tissu conjonctif amygdalien qui o-l encore conservé entre les cryptes.
Tout ce tissu de nouvelle formation s'élimine peu à peu, après s'être mortifié. A la fin de celle série d'altérations, l'amygdale est quelquefois réduite à un moignon formé par une masse de tissu tuberculeux.
Dans ces cas, le tissu conjonctif qui forme l'enveloppe prolonde
PARASITES DE L AMYGDALE. 243
de Yorgame et les muscles adjacents sont infiltrés par des cellules lymphatiques et par des granulations tuberculeuses. Le pharynx, la base de la langue, la luette et le voile du palais sont plus ou moins envahis par les tubercules.
Les vaisseaux sanguins et lymphatiques présentent les lésions que Ion observe dans tout organe atteint par la tuberculose.
Les tumeursy telles que les lymphadénomes, les carcinomes, les épithéliomes sont assez rarement observées dans les amygdales; elles présentent les mêmes caractères généraux que dans les ganglions lymphatiques. L'épithéliome et le carcinome s'y développent quelquefois primitivement.
Des calculs composés essentiellement de phosphate et de carbonate de chaux se produisent parfois dans le fond des cryptes amygdatiennes.
Pardsites. — On a vu dans Tamygdale des kystes à échinocoques. Les parasites que Ton y rencontre le plus souvent sont ceux qui végètent sur la muqueuse buccale. Le muguet (oïdium albicans), s'y développe comme sur le reste de la muqueuse et il s'accompagne d'une inflammation superficielle de l'amygdale et de ses cryptes. Les bactéries et tous les microbes de la bouche pénètrent souvent dans les cryptes amygdaliennes.