‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 86 sur 239 · CONGESTION DU FOIE · texte numérisé non relu

CONGESTION DU FOIE

mune, car elle se rencontre au début de presque toutes les maladies du Toie, et constitue Taltération anatomique la plus importante de iti organe dans les maladies du cœur et du poumon. La congestion est souvent accompagnée de dégénérescence graisseuse, de cirrhose hypertrophique, etc.

Nous diviserons les congestions hépatiques en deux groupes, suivant qu'elles dépendent d'un aflQux plus considérable du sang par la veine porte ou d'une stase dans la veine sus-hépatique.

I ' La veine porte est remplie de sang après les repas plus qu'à tout autre moment de la journée. Après un diner copieux où l'on a mangé des mets épicés, bu beaucoup devin, des liqueurs, du café, de l'eaude-vie, etc., le sang des veines intestinales et spléniques chargé des liquides absorbés, se précipite dans le foie qui se congestionne et l!rossit. On ressent alors une sensation de plénitude dans l'hypochondre droit, quelquefois du malaise, sinon de la douleur. Le foie peut augmenter d'un tiers sous l'influence de cette réplétion de ses \aisseaux, ce dont la percussion nous donne la preuve. C'est là l'exagération d'une fonction physiologique, de l'élaboration du sang provenant de l'intestin par la glande hépatique.

Les écarts de régime, lorsqu'ils sont répétés, lorsqu'ils entrent dins l'habitude de la vie, peuvent conduire à la cirrhose.

La goutte parait être aussi une cause de la congestion du foie. En effet, les auteurs qui se sont occupés de cette maladie ont montré que l'attaque chez certains goutteux était précédée d'une congestion hépatique. C'est ce qu'a rappelé M. Charcot dans une note annexée à l'édition française du Traité de la goutte par Garrod. Dans les pays chauds, la congestion active du foie est très commune, qu'elle soit produite par la chaleur elle-même ou sous i^influence de certains germes morbides. En effet, la fièvre palustre, •*t la dysenterie qui exercent leur action spéciale sur les organes placés à l'origine de la veine porte, sont les causes les plus communes des congestions hépatiques des pays chauds, congestions qui précèdent alors soit les cirrhoses pigmentées particulières à Timpaludisme, soit les abcès du foie. Une section de cet organe, dans les autopsies de fièvres pernicieuses, est uniformément rouge, quelquefois on trouve des ecchymoses sous la capsule de Glisson.

La congestion hépatique se montre au début de la fièvre ictérohématurique des pays chauds, des fièvres intermittentes à forme bilieuse décrites par Dutroulau, maladies dans lesquelles la sécrétion

biliaire est tellemeûl abondante que les malades rendent par les vomissements et par les selles de 1 à S litres de bile dans la journée, ^n même temps que la matière colorante biliaire inûllre le lissu hépatique, la peau, etc., en même temps aussi que les globules sanguin^ altérés passent en grande abondance dans les urines. La congestion hépatique est portée à un très haut degré, si bien que le tissu de la glande est ecchymose. Une section du foie montre un tissu uniformément rouge ; le sang sort en nappe des petits vaisseaux et distend les gros troncs. Là, autant que nous pouvons le dire sans avoir observé ces faits par nous-mêmes, Taltération hépatique doit être a peu près la même que celle observée en Egypte par Griesinger dan> la fièvre typhoïde bilieuse, c'est-à-dire la congestion suivie de Ticfiltration biliaire et de la transformation granulo-graisseuse des cel* Iules hépatiques. Dans le dernier stade, le foie est de volume normal ou diminué, et sa couleur est gris jaunâtre et opaque comme dans h fièvre jaune.

Il se produit quelque chose d'analogue, quoique bien réduit ei amendé, dans notre climat où pendant les chaleurs de Tété on observe une maladie caractérisée par de Tictère, un embarras gastrique bilieux, des vomissements, des selles bilieuses, coïncidant avec uot* augmentation de volume du foie et un état fébrile de peu de durée. C'est une polycholie avec congestion hépatique, qu'il faut bien distinguer de cette autre forme de Tictère simple accompagnée aussi souvent de congestion qui est due à un catarrhe intestinal avec catarrhe des voies biliaires et obstruction de ces dernières par du mucus.

La plupart des lièvres graves infectieuses de nos climats, la variole, la fièvre typhoïde, la rougeole, Férysipèle, etc., s'accomptignent au début d'une congestion hépatique qui précède et amène Li tuméfaction trouble et la dégénérescence graisseuse des cellule>. C'est un état passager ; aussi l'observe-t-on bien surtout au début d»la variole hémorrhagique ou de la scarlatine.

^ Lorsque la congestion du foie a pour cause une augmentation de la pression sanguine dans les veines hépatiques, elle se manifesta' généralement par une distension des veines centrales des Ilots hépatiques et des capillaires de l'îlot qui en sont les plus rapprochés, d»* telle sorte que la moitié ou les deux tiers internes de l'tlot sont rouges tandis que sa périphérie est grise. Toutes les maladies du cœur, mais spécialement celles qui portent sur les valvules auriculoventriculaires droites et gauches, le rétrécissement ou riosuffisance.

FOIE CARDIAQDE. 377

l'anéTrysme aortique, les maladies chroniques du poumon, l'emphysème, rinduration pulmonaire, la pleurésie chronique, la tuberculose, etc., dans lesquelles la circulatiou cardio- pulmonaire est gênée, auroDl le même résultat. TouteFois, si l'asphyxie est très rapide, comme cela a lieu dans l'empoisonnement par l'acide carbonique, la i-ongeslion, au lieu d'être limitée à la partie centrale de l'îlot, sera générale.

La congestion d'origiue cai'diaque durera autant que la maladie (ârdiaque elle-même, c'est-à-dire des mois et des années ; d'où it s'ensuivra une série de lésions de nutrition du foie qui, débutant par uDe hyperlrophie, se lermiaeroDt par une atrophie de l'oigne.

Le foie cardiaque hypertrophié et congestionné présente d'abord un L'tat lisse de sa surFace ; la capsule de Glisson est distendue. Sur une section de l'organe, les lobules paraissent plus gros qu'à l'état normal; ils présentent généralement à leur centre une zone de i-ouleur rouge foncé, semblable à l'acajou bruni, qui occupe la moitié

- SeclMKi d'uDa partie d'un llol hdpili (•trophi.

rM(4i> ta fUntivt iinpiiiif. L« cetiulsi UpillqiiH odI indma ditpnm complÈlwnsiU «n «rUini

OU les deux tiers de l'Ilot, tandis que leur partie périphérique est {(rise et opaque. Dans les points où la section passe par les divisions d'une veine sus-hépatique, on observe une ûgiire foliée à ramures iwiges entourées par les zones grises. Si la section est faite perpen-

CMHL n lAMVlEI. II. — 35

diculairemeat à la direction des veines sus-hépatiques, elle dono'* [ des cercles réguliers, dont tout le centre est rouge, tandis que h

périphérie est grise. Cette distribution de parties rouges et grisv> du même ilôt est assurément ce qui avait fait admettre par Andral l'existence à Tétat normal de deux substances différentes daos l"^ foie. On a comparé celte couleur à celle de la noix de muscade et od a donné à cette lésion le nom de foie noix de muscade ou foierjudiaque. Cette dernière dénomination n'est pas absolument exacU\ puisqu'on observe aussi la même lésion dans les maladies pulmonaires, et il vaut mieux désigner cette altération sous le nom da/rophie rougey sous lequel elle est généralement connue.

Lorsqu'on examine des sections minces du foie atteint de cett»* lésion, on voit, au centre de la partie rouge, la veine centrale Ipdilatée. Quelquefois même on peut apercevoir à l'œil nu son oinv^rlure. Le reste de la région rouge de l'îlot montre des capillaires tIv^ élargis, deux ou trois fois plus volumineux qu'à Tétat normal ^l remplis de sang. Les cellules hépatiques interposées aux capillair^> sont, par contre, aplaties et atrophiées. Elles possèdent néanmoins leur noyau, mais leur protoplasma est finement gi^nuleux eu même temps qu'il est le plus souvent le siège de granulations pigmeotaires brunes d'origine hématique. On y a même rencontré des cristaux d'hématoïdine. Quelques-unes de ces cellules présentent aussi d»^ granulations jaunes de pigment biliaire. Celles-ci peuvent siéger dao^ le centre de l'Ilot aussi bien qu'à la périphérie de la partie rouge.

A sa partie périphérique grise, l'îlot est constitué par des capillaires de volume normal ou moins accru que les précédents et |^r des cellules en dégénérescence graisseuse complète. Celles-ci montrent de grosses granulations ou même une ou deux grosses gouttelettes, qui les distendent complètement en leur donnant une forme sphérique.

Tel est le premier degré de cette lésion, qu'on peut résumer en disant que le sang de la veine sus-hépatique distend la veine ontraie et les capillaires centraux de l'ilot en imprégnant les cellule^ de matière colorante sanguine et en les atrophiant, pendant que h' sang de la veine porte, stagnant à la périphérie, abandonne aux cellules qui s'y trouvent la graisse qui vient de la digestion.

Bientôt sui*viennent des lésions plus profondes. Les capillaire.^ dilatés, après la destruction atrophique plus ou moins complète des cellules qui |leslséparaient, viennent au contact les uns de> autres; leurs parois ne sont plus séparées que par le tissu con-

Page 1