‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 113 sur 210 · MOELLE OSSEUSE · texte numérisé non relu

MOELLE OSSEUSE

Est-il une notion d’anatomie générale plus élémentaire que la connaissance des transformations macroscopiques de la moelle osseuse diaphysaire humaine, de la première enfance à l’âge adulte"?

Chez le jeune enfant, c’est une pulpe rouge et molle d’où l’on fait sourdre le sang en l’extrayant des cavernes osseuses où son lit est creusé.

(1) Si on admet la théorie d’Ehrlich concernant le plan de structure du système hématopoïétique des mammifères, on est logiquement amené à grouper les éléments figurés du sang dans l’ordre où je les présente, classement qui comprend les hématoblastes de Hayem et dès Plasmazellen, éléments dont Ehrlich ne précise pas l’origine. Mais je ne donne pas ce tableau sans réticences. C’est un schéma facilitant l’exposé de la question dont j’ai à m’occuper. On verra, à la tin de cet article, en quoi il peut être modifié, et dans des travaux ultérieurs j’en poursuivrai le remaniement.

Chez l’adulte, c’est un cylindre blanc jaunâtre, presque exsangue, d’où suinte à la moindre pression une graisse fluide.

A l’état de moelle rouge, elle est formée de cellules arrondies de taille variable en voie de multiplication; elle représente un tissu hématopoïétique doué d’une extraordinaire activité.

Devenue jaune, elle ne montre plus qu’un système alvéolaire où se juxtaposent des vésicules adipeuses de taille parfois colossale, entre lesquelles circulent de rares capillaires sanguins ; elle est devenue inerte au point de vue hématopoïétique.

Ainsi en est-il pour la plupart des mammifères ayant atteint un âge avancé. En effet, avec les progrès de l’âge, le tissu de moelle jaune s’est peu à peu substitué au tissu de moelle rouge dans les excavations osseuses. Cependant la moelle rouge ne s’efface pas dans toute l’étendue du squelette osseux. Nous savons, depuis les travaux de Neumann, qu’elle persiste dans les os plats du crâne, du sternum, des côtes et du rachis.

■ La moelle osseuse en état d’activité étudiée soit chez le lapin, soit chez l’homme, présente les mêmes caractères fondamentaux. Des différences existent cependant. Elles n’ont que la valeur de détails. Parmi ceux-ci, la grosseur des granulations de certains éléments est le plus frappant.

Leur importance est peu grande et ne saurait dissimuler les homologies du tiss.u myéloïde de l’homme et du lapin.

Aussi, altons-nous choisir comme objet d’étude la moelle diaphysaire fémorale du lapin âgé de deux à trois mois. Après en avoir sommairement indiqué les caractères histologiques fondamentaux, nous aborderons le chapitre des réactions anatomo-pathologiques de la moelle envisagées chez cet animal et chez l’homme.

. LA MOELLE A L’ÉTAT NORMAL T. — Etude de la moelle rouge (lapin).

Examinons la moelle osseuse diaphvsaire fémorale d’un lapin âgé de deux à trois mois.

G est un cylindre formé par une pulpe rouge et dense, où nous discernerons rapidement deux complexus histologiques distincts. L’un est 1 appareil conjonctivo-vasculaire où de soutènement, l’autre est un agrégat d’éléments mobiles.

STRUCTURE DE LA’ MOELLE OSSEUSE

Appareil de soutènement.

Prenons le cylindre médullaire et détaillons-le en coupes sériées. A sa périphérie, la moelle est entourée par une enveloppe conjonctive à fibres tressées en sorte de feutrage serré. 11 existe (Roger et Josué), vers le milieu de sa hauteur, une artère principale aux trois quarts engainée par un sinus veineux.

L’artère centrale est le tronc d’origine d’artérioles secondaires, de même que le sinus veineux est le canal collecteur de voies veineuses plus petites.

La paroi des artères est dessinée par un trait net, le contour des sinus est irrégulier.

Entre l’anneau fibreux périphérique d’une part, les artères et les sinus d’autre part, apparaissent de grandes aréoles. Elles sont contiguës ou séparées par des interstices bourrés de cellules.

Ce sont des vésicules adipeuses énormes dont la graisse a disparu sous l’influence des manipulations, tandis que leur noyau mince reste plaqué contre la face interne de la paroi cellulaire.

L’agencement des diverses parties de l’appareil conjonctivo-vasculaire de la moelle est le suivant :

En général, les vaisseaux (1) forment l’armature de la chaîne conjonctive. La tunique externe des artères est constituée, à sa périphérie au moins, par du tissu conjonctif réticulé (Van der Stricht).

(1) Ces vaisseaux sont accompagnés par des nerfs. Les nerfs delà moelle sont pour la plupart dépourvus de myéline (Variot et Rémy).

Fig. 127. — Moelle osseuse de lapin de deux mois (Coupe).

Va, vésicules adipeuses. Ces vésicules adipeuses limitent des sortes de couloirs bourrés de cellules libres, cellules du tissu myéloïde. Entre les parois des vésicules adipeuses sont tendues les grandes cellules conjonctives comparables à des cellules endothéliales et qui sont cachées ici -par les cellules libres; Mega, mégacaryocytes. Ceux-ci sont particulièrement nombreux dans ce point de la préparation. (Obj. 6. stiassnie, oc. 1).

Celui-ci est le point de départ de fines travées conjonctives sillonnant la moelle en tous sens, circulant entre les vésicules adipeuses et aboutissant à la capsule fibreuse périphérique. Les capillaires et les sinus veineux sont limités par un endothélium interrompu de place en place (Van der Stricht) et renforcé en dehors par une gaine anhiste.

Les fibres du tissu réticulé émanant de la paroi des artères se soudent à l’enveloppe des cellules adipeuses adjacentes. De même, le périthélium des capillaires artériels et des sinus voisins adhère à cette enveloppe là où une cellule adipeuse est contiguë à ces canaux sanguins.

Là où des vésicules adipeuses sont accolées l’une à l’autre, il n’y a pas soudure des parois, mais il y persiste un espace virtuel (que peuvent mettre en évidence les poussées de cellules spécifiques du tissu myéloïde qui s’insinuent alors entre les vésicules).

Ainsi est constitué une sorte de dédale dont les innombrables voies de communication sont frayées entre les vésicules adipeuses là où elles sont écartées les unes des autres, interrompues là où elles sont en contact.

Ainsi sont formés des couloirs compris entre les vésicules.

Ces couloirs aboutissent à des chambres dont les murs sont encore représentés par les parois de trois ou quatre vésicules adipeuses plus ou moins écartées les unes des autres. De plus, tous les interstices de ce vaste système communicant sont cloisonnés par des cellules conjonctives (Rehaut). Ces éléments, extrêmement minces et aplatis, ont le noyau pâle à nucléoles presque imperceptibles, et le protoplasma en réseau des cellules endothéliales. Tendus comme des toiles d’araignée entre les parois des vésicules, ils forment un appareil de cloisonnement. Mais ce système est loin d’éire étanche, car la circulation peut se faire soit entre ces cellules endothéliales, soit à travers leur corps, qui est troué à la façon du corps fenêtré des cellules endothéliales de l’épiploon décrites par Ranvier.

Que devient ici la distribution vasculaire ? Chaque vésicule adipeuse est-elle comme une glande rudimentaire (Renaut, Ranvier) logée dans les anses de capillaires sanguins ayant acquis une taille colossale? Le fait est possible, mais ce qui paraît plus vraisemblable, c’est qu il se produit là une disposition analogue à celle qui existe dans la rate. Brusquement, à faible distance des artères et des sinus paraît cesser toute canalisation à trajet défini.

Entre les artérioles terminales et les sinus veineux d’origine il existe un tissu lacunaire (Van der Stricht). L’endothélium des capil-

structure de la moelle osseuse

laires artériels fusionne avec les cellules conjonctives disposées en forme de toile d’araignée. Leur contenu se déverse entre les parois des vésicules adipeuses, entre les corps minces et troués des grandes cellules endothéliales, entre les fibrilles grêles du tissu conjonctif. Mais les éléments du sang importés dans la moelle disparaissent au milieu de l’agrégat des éléments spécifiques de cet appareil. En effet, si des voies veineuses efférentes drainent le tissu médullaire en activité, c’est essentiellement afin d’entraîner les éléments dérivés des cellules spécifiques du tissu myéloïde, à savoir les globules rouges et les leucocytes granuleux nouvellement formés.

Le tissu hématopoïétique de la moelle rouge.

Le tissu hématopoïétique de la moelle rouge est formé par des cellules incluses dans les interstices de l’appareil de soutènement. Emprisonnées entre les travées de cet appareil, elles sont, pour la plupart, libres de toute attache avec le tissu conjonctif.

Certaines d’entre elles (mégacaryocytes) paraissent cependant capables de s’anastomoser avec le réseau conjonctif. Elles n’en possédaient pas moins leur indépendance à un stade primitif de leur développement.

Les cellules libres du tissu de moelle rouge se divisent en deux groupes. Au premier groupe appartiennent des éléments spéciaux dont la présence est le caractère ioncier permettant de différencier le tissu myéloïde de tout autre complexus histologique. Au deuxième groupe, se rapportent des cellules identiques à celles du tissu lymphoïde. En raison de leur rareté à l’état normal, elles semblent s’être égarées dans la moelle osseuse active, où d’après certains auteurs elles seraient simplement importées par les artères.

Elles ont droit de cité pour un tout autre motif, car elles sont en partie au moins véritablement autochtones. *

Mais insistons derechef sur ce point : le tissu hématopoïétique de la moelle est essentiellement constitué par le groupement des cellules du tissu myéloïde, car les cellules de tissu lymphoïde développées dans le district médullaire ne jouent qu’un rôle accessoire dans le plan de structure de cet organe.

A. — Cellules du tissu myéloïde.

Étude générale.

Les cellules spécifiques du tissu myéloïde appartiennent à des groupes cellulaires différents, dont les types répondent aux désignations suivantes, d’après Ehrlich :

Mégacaryocites, hématies nucléées, myélocytes neutrophiles, myélocites éosinophiles, mvélocites à types de Mastzellen.

Ces éléments cellulaires peuvent être répartis en deux classes, suivant que leur corps renferme ou ne renferme pas d’hémoglobine à l’état de diffusion.

Dans la première catégorie se rangent les hématies nucléées, qui sont les cellules rouges de Neumann, ou cellules de développement du même auteur, ou globules rouges nucléés, ou cellules hémoglobinifères ou érythroblastes.

La deuxième subdivision inclut les cellules géantes de Koelliker, qui sont les mégacaryocites de Howell, les myélocytes neutrophiles (Kurlow, Ehrlich, Utheman, etc.), les myélocytes éosinophiles (Ehrlich), les myélocytes à types de Mastzellen d’Ehrlieh.

Afin de mieux établir la correspondance existant entre la morphologie du sang et celle de la moelle osseuse, on peut disposer de la façon suivante le tableau des cellules spécifiques du tissu myéloïde

Certaines paraissent hors cadre, en raison de leur taille énorme, de leur noyau compliqué. Tels sont les . Mégacaryocytes.

Parmi les autres éléments, les uns sont chargés d’hémoglobine à l’état de diffusion ; ils appartiennent à la série hémoglobinifère, ils se transforment en globules rouges sans noyau;

ce sont les . . . Hématies nucléées.

Les autres ne renferment pas d’hémoglobine à l’état de diffusion; ils appartiennent à la série leucocytaire. Ce sont des mononucléaires granuleux qui, par évolution, deviennent des

polynucléaires granuleux. Ce sont les... . Myélocytes granuleux.

[ Myélocytes amphophiles.

Suivant la nature de leurs granulations, on ) Myélocytes éosinophiles, les divise, avec Ehrlich, Denys, etc., en.... Myélocytes à type de

[ Mastzellen.

CELLULES DU TISSD MYÉLOÏDE

Enfin, en raison de son importance fondamentale, on peut adjoindre au myélocyte amphophile un mononucléaire non granuleux : le myélocyte basophile ou orthobasophile.

En examinant la planche 128, représentant une portion de moelle

Fig. 128. — Coupe de moelle osseuse de la diaphyse du fémur d’un lapin de trois mois.

Un, hématie nucléée ; Myn, myélocyte à granulations amphophiles ; Mega, mégacaryocyte ; y a, vésicule adipeuse ; C, paroi de la vésicule adipeuse.

îlye, myélocyte à granulations éosinophiles; My.b., myélocyte basophile ou orthobasophile (éosineorange-toluidin e) . f s

osseuse rouge d’un jeune lapin, on reconnaît à première vue cinq des cellules spécifiques du tissu myéloïde, à savoir : un mégacaryocyte, des myélocytes basophiles, des myélocytes amphophiles, un myélocyte éosinophile.

Le mégacaryocyte est cette cellule géante dont le noyau bourgeonnant est décomposé en lobes, mais non en fragments isolés.

Les hématies nucléées se différencient en raison de l’homogénéité de leur protoplasma, coloré en orangé ici à la façon des hématies ordinaires.

Les myélocytes basophiles , de tailles différentes, se font remarquer par leur corps teinté de bleu et homogène, dans lequel est encastré un noyau clair, arrondi ou légèrement incurvé, faiblement ponctué par des nucléoles qui semblent à demi effacés.

Les myélocytes amphophiles sont ces mononucléaires granuleux dont les microsomes sont teintés de violet rouge.

Quant à leur noyau, il est identique à celui du myélocyte basophile.

Vient enfin un myélocyte éosinophile offrant deux noyaux. C’est encore un mononucléaire granuleux , mais ici le noyau s’est incurvé ; l’anse ainsi formée est enfouie au sein des granulations spécifiques. Celles-ci n’ont pas subi l’action du bleu, elles ont pris la teinte orangé rouge des deux matières tinctoriales acides, l’orange et l’éosine; elles apparaissent, non pas comme des grains, mais sous forme de sphérules orangé rouge; elles ne sont pas violettes à la façon des granulations amphophiles.

Dans cette partie de la préparation, on ne voit pas de myélocyte à types de Mastzellen; c’est là au reste un élément rare dans la moelle du lapin.

Les hématies nucléées se transforment en globules rouges ordinaires ; les myélocytes en polynucléaires granuleux.

Nous nous contenterons pour l’instant d’exposer sommairement le mécanisme de ces transformations.

Les hématies nucléées deviennent des globules rouges ordinaires en expulsant leur noyau (ou par bourgeonnement de leur protoplasma, chaque bourgeon représentant une hématie anucléée) (Malassez).

Les myélocytes amphophiles, éosinophiles et à types de Mastzellen deviennent des polynucléaires amphophiles, éosinophiles et à types de Mastzellen en incurvant et en découpant leur noyau, tout en conservant leurs granulations.

Quant aux myélocytes basophiles dépourvus de granulations, ils sont destinés en majorité à devenir des myélocytes amphophiles en élaborant dans leur corps les microsomes amphophiles.

LE MÉGACARYOCYTE

Étude analytique des cellules du tissu myéloïde.

L’étude qui va suivre concernera surtout les caractères morphologiques des cellules spécifiques du tissu myéloïde, leur mode de multiplication, leur origine et leur évolution, et enfin leur transformation en éléments mobiles du sang circulant.

1° Mégacaryocytes ( Myéloplaxes de Robin).

Morphologie. — Les mégacaryocites sont des cellules géantes dont la taille moyenne est de 35 à 45 [/.. Elles sont caractérisées par un

Fig. 129. — 1, 2, 3. Mégacaryocytes englobant des polynucléaires (Gillet).

énorme noyau bourgeonnant enroulé en forme de boudin. Elles ne renferment pas des noyaux multiples, comme les véritables myéloplaxes. Sans préjuger, en aucune façon, des rapports génétiques pouvant exister entre les deux variétés de macrocytes, il est nécessaire de les différencier (Howell). Le myéloplaxe est une cellule géante à noyaux multiples isolés, le mégacaryocyte est une cellule géante à noyau unique lobé, mais non divisé en tronçons isolés. Très nombreux dans la moelle des très jeunes mammifères, les myéloplaxes , qui semblent représenter des masses plasmodiales vaso-formatives (Malassez), sont rarissimes dans la moelle des animaux adultes.

Quant aux mégacaryocytes, ils sont toujours présents dans le tissu médullaire en activité, où ils offrent des connexions particulières

CORNIL ET RANVIER. — II.

594 LE SANG ET LE ROLE HÉMATOPOÏÉTIQUE DE LA MOELLE OSSEUSE avec le tissu de soutènement (Van der Stricht). On trouve dans ces éléments trois parties :

Un périplasme ;

Un corps ;

Un noyau.

Le périplasme est la bordure même du corps de l’élément figuré. Il est dense et s’étire en prolongements' ramifiés, anamostosés entre eux et avec le réticulum conjonctif (Van der Stricht).

Le corps est formé par un protoplasma, tantôt basophile, tantôt acidophile. Aussi, après coloration par l’éosine orange toluidine, ce protoplasma est-il uniformément rose, ou sablé d’un piqueté violet sur fond rouge.

Tous les intermédiaires existent entre la teinte rosée et la coloration bleu foncé du corps de ces éléments, ce qui indique une variabilité considérable dans les affinités tinctoriales du protoplasma. Quant au noyau, il présente une instabilité extraordinaire. Il s’incurve, s’enroule sur luimême, se pelotonne, il est tantôt très clair, tantôt très foncé, car la chromatine y apparaît en proportions variables.

Quels que soient ces changements d’aspect du noyau, il conserve les mêmes caractères fondamentaux. C’est l’existence de grêles et courts connectifs reliant les renflements nucléaires. C’est un état arborisé de la chromatine tel que celle-ci forme une série de ramifications terminées par de petits renflements arrondis. Ainsi apparaissent des sortes de grappes rattachées à une lige chromatinienne qui court le long du noyau, qui passé d’un renflement à l’autre en suivant les connectifs nucléaires.

En un mot, les mégacaryocites sont des cellules composées à noyau bourgeonnant (Bizzozero) décomposable en segments dont chacun équivaut à un noyau ordinaire.

Ces noyaux restent enchaînés par continuité de substance, et de même le corps énorme qui les inclut équivaut à plusieurs corps cellu-

Fig. 131. — Mégacaryocyte, karyokinèse au début (Ka manski).

Fig.130. — Va, vésicule adipeuse; Mega, l mégacaryocyte relié- au réticulum conjonctif de la moelle par des filaments irradiant de sa bordure périplasmiqüe.

(Gillet).

LE MÉGACARYOCYTE

laires qui resteraient indivis. Si le noyau en boudin du mégacaryocyte représente une collection de noyaux, si cet élément renferme des centrosomes et des sphères attractives, nous devons y trouver plus de deux sphères attractives. Tel est le cas et M. Julius Arnold l’a remarquablement mis en lumière. Ici les sphères attractives dépassent non seulement le chiffre de deux, mais même celui de quatre.

Quelles sont les attributions physiologiques de ces éléments?

Jouent-ils un rôle important dans la confection de l’appareil de soutènement, en raison de leurs anastomoses avec les éléments du tissu conjonctif, comme le veut Denys?

Sont-ils des macrophages?

Sont-ils destinés à se changer en certains des myélocites dont nous allons parler en individualisant leurs noyaux et en découpant leur protoplasma (Saxer)? Sont-ils capables de former des hématies (Foa et Salvioli)?

Ce sont là autant de questions auxquelles on ne saurait répondre d’une façon absolument affirmative.

Modes de reproduction. — Les mégacaryocytes se multiplient surtout par division directe et indirecte.

Dans le premier cas, le noyau se replie sur lui-même en lobes complexes. Il prend l’aspect d’une haltère dont les deux extrémités seraient frangées. Peu à peu le pédicule de l’haltère s’amincit, tandis que les extrémités élargies s’écartent de plus en plus l’une de l’autre.

La division indirecte étudiée par Corail, Demarbeix, Denys, est multipolaire (1).

La chromatine du noyau s’organise en un immense ruban pelotonné, puis secondairement s’établissent les divers stades de la division multipolaire.

Origine et évolution. — Suivant la remarque de Van der Stricht, de Saxer, de Pappenheim, pour citer quelques auteurs qui se sont occupés de l’origine des mégacaryocites, ceux-ci procèdent d’éléments mononucléés dont la taille n’excède pas celle des grands myélocytes ordinaires.

Il semble que deux variétés de cellules, formes originellement différentes, se transforment en mégacaryocites.

Les unes ont un grand noyau à bordure protoplasmique basophile

(1) D’après Julius Arnold, ces cellules se diviseraient par fragmentation indirecte. Cornil et Denys ont démontré que le processus en question se ramenait au phénomène de la karyokinèse.

et homogène, extrêmement mince, environnant un grand noyau clair; les autres ont un protoplasma clair ou acidophile.

Quoiqu’il en soit, le noyau de ces éléments primitifs ne tarde pas à se lober, à bourgeonner (Bizzorero), tandis que leur chromatine devient arborescente.

En même temps leur corps s’accroît et contracte avec le tissu conjonctif les attaches particulières dont nous avons parlé.

En effet, ces cellules étaient dépourvues de toute entrave à cette période de leur évolution où elles ressemblaient à de gros mononucléaires à noyau arrondi à corps dépourvu de granulation.

2° Les hématies nucléées ou éléments spécifiques du tissu myéloïde de la série hémoqlobinifère (Malassez).

Les cellules hémoglobinifères sont caractérisées, avons-nous dit, par l’existence d’hémoglobine répandue dans leur corps à l’état de diffusion.

Elles sont représentées par les types suivants : 1° normoblastes ;

2° mégaloblastes ; 3° noyau.

microblastes (Ehrlich);

4e hématies à large

fUl

Fig. 132. — Normoblaste.

(Gillet.)

Fig. 133. — Mégaloblaste.

(Gillet.)

Fig. 131. — Microblaste.

(Gillet.)

1° Le normoblaste est l’hématie nucléée dont la taille est égale à celle des globules rouges normaux et dont le protoplasma offre les

mêmes affinités que celui de ces derniers éléments. Son noyau est singulièrement opaque (1). Supposons qu’une telle cellule expulse son noyau, elle deviendra un globule rouge ordinaire (Rindfleisch). En effet, exception faite en ce qui concerne la présence d’un noyau, ses caractères objectifs, physiques et chimiques permettent de l’identifier aux hématies ordinaires.

Les normoblastes sont ici les plus nombreux des représentants de la série hémoglobinifère.

/ (B A vrai dire, le noyau du normoblaste n’est pas absolument compact à toutes j les phases de son évolution. Mais les interstices séparant les travées de sa chromatine, { interstices très minimes, se réduisent d’autant plus que cet élément vieillit. Finalement, * les travees de chromatine deviennent cohérentes.

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