LES CELLULES ROUGES
2° Mégaloblastes. — Ces hématies nucléées sont de dimensions trois ou quatre fois supérieures à celle des normoblastes. Leur noyau présente aussi une grande affinité pour les colorants basiques, mais des espaces vides s’y montrent sous forme de brisures claires et radiées, droites ou curvilignes. En réalité, ce noyau n’est pas fissuré, c’est une sphère treillissée dont la chromatine est très dense.
Les mégaloblastes sont rares à l’état normal dans la moelle rouge du jeune lapin.
3° Le Microblaste est une hématie nucléée naine, figurant en proportions très faibles dans le tissu myéloïde.
4° La moelle rouge du lapin renferme un quatrième élément hémoglobinifère vu par M. Malassez. Sa taille est égale, tantôt à celle d’un normoblaste, tantôt à celle d’un mégaloblaste, mais le noyau en est énorme et le disque protoplasmique en est réduit à une bordure très mince. Appelons-les simplement les hématies nucléées à gros noyau.
Modes de reproduction. — Les hématies nucléées se reproduisent dans la moelle par division directe et indirecte.
La division directe est un fait rare. Le corps se divise. Le noyau s’étrangle en son milieu, prend la forme typique d’une haltère. Chacune des boules de l’haltère est coiffée par une calotte hémoglobinifère qui est le corps cellulaire. Le mince connectif nucléaire d’union se rompt. La division est faite.
La karyokinèse des globules rouges a été reconnue il y a fort longtemps (Bizzorero-Lovitt). Elle donne lieu à des figures bizarres, contournées, asymétriques, à chromatine très condensée.
Origine et évolution. — Au point de vue de l’ordre de la succéssion embryogénique, les normoblastes ont apparu après les mégaloblastes.
Les normoblastes dérivent-ils des mégaloblastes ? Les mégaloblastes procèdent-ils au contraire des normoblastes? Cette question, fort simple au premier abord, n’est pas encore résolue. Quoi qu’il en soit, chacun de ces éléments figurés peut se transformer en une variété d’hématie sans noyau, de taille correspondante.
Supposons que normoblastes et mégaloblastes soient irréductibles les uns aux autres au point de vue de la filiation, nous n’en aurons pas moins à suivre l’évolution de ces éléments envisagés en particulier. Or il semble indiscutable que chacun de ces types définis de cellule hémoglobinifère présente les transformations suivantes.
Si on étudie le tissu myéloïde en utilisant la coloration par éosine- N> orange-toluidine, on trouve tous les intermédiaires entre des
598 LE SANG ET LE ROLE HÉMATOPOIÉTIQUE DE LA MOELLE OSSEUSE hématies nucléées à protoplasma franchement basophile et des hématies nucléées de même type franchement acidophiles (orangeophiles).
Or le corps de ces éléments est d’autant plus charge de substance basophile que leur phase .d’évolution est moins avancée. Quand celle-ci s’accomplit d’une façon régulière, l’élection pour les colorants acides est plus particulièrement marquée pour l’orange que pour tout autre colorant au moment où la cellule hémoglobinifère va perdre son noyau. En cela, le corps des cellules rouges s’identifie à celui des globules rouges ordinaires, qui est essentiellement orangeophile.
Voyons les formes de passage : 1° il est des hématies nucléées à ' proto plasma coloré en gris bleu ou en violet par action combinée d’éosine, d’orange, de bleu, de toluidine. Ces cellules (qui correspondent sans nul doute aux érythroblastes incolores de Lowitt) ne semblent pas encore renfermer d’hémoglobine; 2° il est des hématies nucléées dont le proloplasma se teint, quand il est mis en présence des mêmes colorants, en violet rouge sombre. Elles présentent donc une affinité tinctoriale mixte, à la fois acidophile et basophile (polychromatophiüe, Gabritchewski). Elles renferment alors de l’hémoglobine, substance acidophile, mélangée à la substance primordiale basophile ; 3° il est une série d’hématies nucléées qui se teintent de moins en moins en violet, de plus en plus en orangé rouge, puis en orangé pur. Ce sont là des formes mûres (Engel) pour la transformation en globules rouges ordinaires qui sont orangeophiles (1).
Le passage des hématies nucléées à l’état de globules rouges sans noyaux est le dernier stade de leur évolution. Mais ce changement se produirait suivant des processus différents.
Mégaloblastes. — Le noyau du mégaloblaste disparaît par fonte et cet élément mue en un globule rouge de taille anormale par sa grandeur : mégalocyte (Ehrlich). A l’état normal, les mégaloblastes ne se transforment pas en hématies anucléées. Ce rôle est essentiellement dévolu aux normoblastes (Ehrlich).
Normoblastes. — A une période avancée de son évolution le normoblaste expulse son noyau (Rindfleisch, Howell, Van der Stricht). Cet élément devient alors un globule rouge ordinaire (normocyte).
Microblastes. — Par le même mécanisme, les microblastes se
(1) Nombreux sont les auteurs qui admettent que les hématies nucléées sont primitivement dépourvues d hémoglobine; à commencer par Warthon Jones, Van der Stricht, Neumann, Lovitt Denys. rel n’est pas l’avis de Biworero, Terre, Salvioli, Aly. La question me semble tranchée dans le sens où je l’ai exposée. *