I. — Il n’y a pas de dégénérescence notable du sang
1° La formule hémoleucocytaire est caraetérisée par la polynucléose;
2° La formule hémoleucocytaire est caractérisée par la mononucléose;
3° La formule hémoleucocytaire est caractérisée par l’hypoleucocytose.
1° La formule hémoleucocytaire est caractérisée
PAR LA POLYNUCLÉOSE.
Nous parlerons des modifications du sang qui se produisent : a. au cours des infections aiguës à marche cyclique : b. au cours des infections prolongées et chroniques.
Quelle que soit la marche de l’état infectieux, ce que nous devons mettre en relief ici, c’est la surproduction des polynucléaires amphophiles. Mais cela' ne veut pas dire que les mononucléaires ne puissent augmenter de nombre de leur côté, accroissement plus modeste, il est vrai. Cela ne signifie pas non plus que la poussée des polynucléaires ordinaires doive occuper le premier rang au tableau bématologique pendant toute lu durée de l’infection. Certes, le nombre en est excessif à une certaine phase de l’état morbide, et globalement, et comparativement au nombre des mononucléaires.
Mais nous verrons bientôt que cette phase de la leucocytose (poussée des polynucléaires ou polynucléose) est parfois encadrée par deux périodes où la polynucléose est absente. Dans la première période (incubation), les polynucléaires diminuent dans le milieu sanguin au lieu d’y augmenter. Dans la deuxième période (défervescence), la quantité des polynucléaires qui était supérieure au taux normal pendant la phase d’état, y retombe rapidement, tandis que s’accroît le nombre des mononucléaires.
a. — Infections aiguës.
Nous étudierons les modifications du sang à la période de début, à la période d’état, à la période post-fébrile des infections aiguës.
Période de début. — 1° Disparition des polynucléaires amphophiles. — Les réactions hématologiques de la période de début (incubation) d’une infection seront pour nous celles qui se passent dès les premières heures qui suivent la contamination.
Autant ces modifications sont peu connues chez l’homme, autant elles ont pu être précisées dans de nombreuses expériences pratiquées chez les animaux. Je prendrai comme exemple le cas où l’on provoque une septicémie curable par injection de bouillon de culture de bacille d’Eberth dans le système veineux du lapin.
Suivant une loi reconnue par Lowit, remarquablement étudiée ensuite par Werigo, l’invasion du système sanguin par des corps étrangers détermine dès la première heure qui suit l’inoculation une diminution considérable des leucocytes de la série myëlogène (polynucléaires). Ils peuvent même disparaître presque complètement.
Quant aux mononucléaires de la série lymphogène, leur nombre reste en général stationnaire. Bien plus, des organites de la même série affluent à ce moment dans les vaisseaux périphériques (plaquettes de fibrine de Ranvier, hématoblastes d’Hayem).
2° Retour des polynucléaires et poussée des hématies nucléées. — Après quelques heures reparaissent les polynucléaires amphophiles (neutrophiles). Ils atteignent peu à peu le taux primitif, puis le dépassent, et en vingt-quatre heures s’est établie une leucocytose à type de polynucléose amphophile (neutrophile).
Par contre les polynucléaires éosinophiles reviennent en proportions infinitésimales et leur nombre reste inférieur à la normale.
Mais à cette poussée des polynucléaires ordinaires s’associe en général, dans les conditions expérimentales précitées, une réaction particulière. C’est l’essor des hématies nucléées (Dominici) (1).
Ces hématies nucléées répondent au type du normoblaste d’Ehrlich et c’est pourquoi j’ai désigné la migration des éléments en question, réaction normoblastique d’infection.
Or la poussée de ces cellules rouges se produit non pas d’une façon incoordonnée, mais suivant une marche cyclique.
Il existe une phase d’incubation durant de cinq à huit heures en moyenne. Puis survient une période d’ascension pendant laquelle le nombre de ces cellules s’accroît pour atteindre vers la vingt-quatrième heure un chiffre maximum (de deux ou trois centaines, par exemple, à deux mille par millimètre cube).
Période d’état. — Les réactions fondamentales de la période d’état sont les suivantes :
1° Décroissance du nombre des globules rouges (olygocvphtémie) (2);
2° Accroissement numérique des polynucléaires (polynucléose) qui persiste avec des oscillations plus ou moins marquées jusqu’au moment de la défervescence (parfois des myélocytes amphophiles sont mis en circulation dans les vaisseaux périphériques, au cours de la polynucléose);
3° Diminution de nombre des polynucléaires éosinophiles.
Quant aux Mastzellen elles sont trop peu nombreuses pour que leurs variations quantitatives aient été décelées avec précision.
A la mise en jeu des polynucléaires amphophiles on ne peut pas opposer l’inertie des mononucléaires ordinaires. En effet, la quantité de ces éléments est en général accrue dans les vaisseaux péri-
(2) Si l’infection est légère, le nombre des S, ^ réactl0n de la moel,e osseus autrement il diminue rapidement, du moins ®labu!es rouKes peut rester invariable ’ moms au cours de certains états toxi-infectieux.
phériques, mais cet accroissement numérique est moins marqué que celui des polynucléaires. Remarquons de plus que d’autres éléments appartenant comme eux à la série lymphogène, les hématoblastes de Hayem migrent dans le sang en proportion exagérée à cette période de l’infection.
Période post-fébrile. — Poussée des mononucléaires. — La défervescence s’est établie. Alors le nombre des hématies remonte graduellement. Le nombre des polynucléaires ampbophiles ou neutrophiles est retombé au chiffre ordinaire.
Le nombre des éosinophiles redevient normal ou dépasse le taux habituel.
Quant aux principaux éléments de la série lymphogène, les mononucléaires, ils subissent une poussée parfois considérable. Ainsi se produit une mononucléose terminale dont l’apparition peut même précéder la défervescence (Chantemesse et Rey, Achard et Lœper).
b. — Infections prolongées et chroniques.
Au cours des états infectieux prolongés et chroniques accompagnés de polynucléose ampbophile, malgré la variabilité de détail, les modifications fondamentales du sang se ramènent à un type identique à celui de la période d’état des infections aiguës.
Nous retrouvons encore oligocythémie et polynucléose amphophile. Toutefois les polynucléaires éosinophiles sont parfois plus nombreux qu’à l’état normal.
Conclusions.
Si nous admettons que les hématies, les polynucléaires amphophiles et neutrophiles dérivent de la moelle osseuse, certaines des modifications du sang que nous venons de décrire impliquent suivant toute vraisemblance la réaction de cet organe.
A une phase précoce des infections aiguës, c’est la poussée des polynucléaires amphophiles associée à l’essor des hématies nucléées (1).
(1) M. Timofeiewski a signalé, en 1895, l’essor des hématies' nucléées dans les vaisseaux sanguins de chiens et de lapins profondément intoxiqués par le liquide de Megeli putrifié. En pareil cas, la réaction des cellules hémoglobinifères est précoce et fugace. Elle est liée à un ébranlement intense de tout le système hématopoïétique et est différente de la réaction à marche cyclique que j’ai décrite.
A la période d’état, c’est la persistance de la polynucléose am'phophile et parfois la concomittance d’une poussée de myélocytes amphophiles.
A la période post-fébrile les phénomènes paraissant indiquer la mise en activité du tissu myéloïde seront la régénération des hématies , le retour des polynucléaires éosinophiles et leur accroissement numérique.
Quant à l’oligocythémie de la période d’état, elle ne prouve pas que la moelle soit incapable de former de nouvelles hématies. Qu’il y ait de sa part réaction compensatrice insuffisante à ce point de vue, cela est vraisemblable. Mais cette insuffisance de compensation de l’anémie est temporaire et n’implique pas forcément l’inactivité des cellules hemoglobinifères de la moelle. Au reste, la mise en jeu des hématies nucléées n’est-elle pas extériorisée dans certains cas par leur mise en circulation précoce ?
Les mêmes considérations s’appliquent aux modifications du sang des infections prolongées et chroniques accompagnées de polynucléose.
Que doit-on penser des infections où la leucocvtose est une mononucléose ?
2° La formule hémoleucocytaire est caractérisée par la
MONONUCLÉOSE.
Ici semble faire défaut une des manifestations hématologiques essentielles de la réaction médullaire : la polynucléose.
Remarquons tout d’abord que le rapport numérique des polynucléaires aux mononucléaires peut être amoindri sans que le chiffre absolu des polynucléaires soit diminué. Alors même que le nombre des mononucléaires 1 emporterait sur celui des polynucléaires, le pourcentage de ces derniers éléments pourrait rester encore plus élevé par millimètre cube de sang qu’à l’état normal. Au reste, au cours de certaines des infections déterminant une mononucléose typique, on verra s’inscrire des réactions sanguines qui semblent nettement indiquer la mise en activité de la moelle.
Je choisirai comme exemple la vaccine chez les animaux, la variole chez l’homme.
Vaccine. — Suivant les remarques très exactes de MM Roger et Weil, la mononucléose est le signe dominant de la formule hémoleucocytaire au cours de la vaccine.
ÉTAT INFECTIEUX. — VARIATIONS HÉMO LEUCOCYTAIRES 621
Voilà donc une affection où la moelle ne semble pas incitée à former en proportions notables des polynucléaires amphophiles.
En réalité, mes expériences m’ont permis de constater l’existence de la polynucléose pendant l’évolution de la vaccine du lapin. Mais elle peut passer inaperçue parce qu’elle est peu marquée et s’éteint prématurément pour faire place au sixième jour à la mononucléose.
Bien plus, à la polynucléose se joint fréquemment la migration d’hématies nucléées, dont la poussée est rigoureusement cyclique. Ainsi, pendant le cours d’une des affections dont la formule hémoleucocytaire semblerait à première vue impliquer l’inactivité de la moelle, voyons-nous surgir deux réactions dont l’association implique la mise en activité de la moelle.
Quand nous parlerons de l’état hématologique au cours de la variole humaine, affection que singularise aussi une mononucléose extrêmement marquée (Weil), nous constaterons encore les indices d’une réaction intense de la moelle. Elle projette en effet des éléments spécifiques du tissu myéloïde dans le sang en circulation (hématies nucléées, myélocytes). Mais nous reviendrons sur ces faits ultérieurement. •
3° La formule hémoleucocytaire est caractérisée par l’hypoleucôcytose.
En arriverions-nous à conclure avec MM. Courmont et Nicolas que l’immunisation s’obtient dans certains cas (diphtérie) sans qu’il y ait leucocytose; admettrions-nous que le nombre absolu des leucocytes diminue au cours de certaines infections (dothiénentérie), que nous n’aurions pas le droit de conclure à une atténuation du processus leucopoïétique dans la moelle.
On doit en effet distinguer la multiplication des éléments figurés élaborés par la moelle de leur mise en circulation, Nous verrons du reste que le tissu myéloïde peut être en hypergénèse sans qu’aucune modification sanguine exprime cet état réactionnel.
IL — Il existe une dégénérescence intense du sang.
A quel symptôme pouvons-nous reconnaître la dégénérescence du sang ? Est-ce à la chute progressive , anormalement rapide et intense du taux hématimétrique et hémochromométrique, aux altérations des globules rouges ?
Oui évidemment, mais, de ces faits, les uns peuvent être liés à une altération directe du sang, les autres à un vice de formation de ses éléments.
Certaines manifestations seront pour nous des indices de véritable dégénérescence, si l’on entend par là, sinon une altération profonde de la moelle, au moins une déviation de ses processus réactionnels.
C’est par exemple la production d’hématies mal conformées, à résistance amoindrie, les unes naines, les autres géantes, d’aspect bizarre, pâles, renfermant un granule central cristallinien et très acidopbile (Ëhrlich).
C’est l’apparition d’éléments venant de la moelle des os et qui ne rentrent pas dans le plan histologique du tissu myéloïde normal et dont nous reparlerons à propos de l’anémie pernicieuse (mégaloblastes). C’est encore la disjonction entre la poussée d’hématies nucléées et l’apparition de la polynucléose. Les hématies nucléées émigrent, l’essor des polynucléaires est arrêté.
Mais il s’agit là de signes de présomption dont la valeur significative n’est pas absolue.
Modifications de la moelle osseuse.
Considérations générales.
Le sort de la moelle osseuse est variable au cours des états infectieux. Tantôt elle est le seul territoire envahi, tantôt elle ne reçoit que le contre-coup d’une infection localisée à distance ou primitivement généralisée.
Étant donné l’objet de cet article, je mettrai tout à fait à l’arrièreplan l’étude de la moelle envisagée dans la première condition, celle où elle est le lieu d’infection primordial. De tels faits ressortissent d’emblée à l’étude de l’ostéomyélite.
Nous nous occuperons essentiellement des modifications subies par la moelle, soit au cours des septicémies, soit au cours des infections localisées a distance de la moelle osseuse
moS^ infeCti°n CirC°nSCrite à Une ré«ion autre que la
Dans cette circonstance, la moelle osseuse est influencée par les produits solubles décou, au, du foyer d’infecliou (Roger
mais elle n’a pas toujours à se défendre contre la colonisation microbienne.
b. Il existe un état septicémique primitif ou secondaire. La moelle osseuse est irritée par les produits toxiques d’origine bactérienne. De plus, ainsi que tous les autres organes, elle est exposée à subir la colonisation microbienne.
Quelle que soit la marche de l’infection, la modalité anatomopathologique du tissu médullaire sera la résultante de deux processus différents dont Roger et Josué, entre autres auteurs, ont nettement marqué l’apparition. C’est :
1° La réaction ;
2° La sidération.
La réaction de la moelle osseuse, se caractérisera par la prolifération et la suractivité fonctionnelle de ses éléments constituants qui se multiplieront et répondront par une hypergénèse parfois colossale à l’effort destructif des agents pathogènes.
La sidération, c’est l’incapacité à entrer en lutte efficace, et la conséquence de cette inaptitude à la défense, c’est la nécrose cellulaire, puis l’effondrement du tissu normal.
Ainsi se révèlent des états anatomo-pathologiques différents de la moelle auxquels nous opposerons les modifications contemporaines du milieu sanguin. Étant donnée l’importance des recherches expérimentales en pareil cas, nous étudierons d’abord les modifications expérimentales de la moelle du lapin au cours des états toxi-infectieux, étude à laquelle succédera celle de la moelle osseuse humaine envisagée dans les mêmes conditions.
A. — Étude de la moelle osseuse au cours des infections