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I. — Réactions de la moelle

La réaction de la moelle se traduit essentiellement par la mise en activité du tissu myéloïde, accessoirement par la mise en activité du tissu lymphoïde.

Nous allons étudier successivement :

A. La réaction myéloïde de la moelle.

B. La réaction lymphoïde de la moelle*

A Réaction myéloïde de la moelle osseuse.

Cette réaction doit être considérée :]

1° Au cours des infections caractérisées par la polynucléose;

2» Au cours des infections caractérisées par la mononucléose;

3° Au cours des infections caractérisées par l’hypoleucocytose.

1° Réaction myéloïde au cours des infections caractérisées par la polynucléose.

Ces infections sont: a, des infections aiguës; b, des infections prolongées; c, des infections chroniques.

a. Réaction myéloïde au cours des infections aiguës caractérisées par la polynucléose.

Toute infection aiguë présente une période de début, une période d’état, auxquelles succède la phase post-fébrile.

Je commencerai par l’étude générale de la réaction myéloïde à la période d’état de l'infection aiguë. J’étudierai ensuite les phases de la réaction myéloïde.

Étude générale de la réaction myéloïde.

Comme animal d’expérience, je choisirai le lapin; comme agent d’-infection, le bacille d’Eberth; comme porte d’entrée du virus, le système veineux; comme objet d’étude, la moelle osseuse diaphysaire fémorale (1).

La réaction myéloïde se caractérise par l’hypergénèse du tissu myéloïde dans les zones où ce tissu persiste à l’état d’activité, par sa régénération dans les portions de la moelle où il était en voie de régression totale ou partielle, la diaphyse des os longs par exemple.

Examinons la moelle osseuse diaphysaire fémorale d’un lapin ^adulte soumis depuis huit jours à une série d’injections de bouillon de culture de bacille d’Eberth de virulence connue, dosées de façon à provoquer des réactions organiques sans déterminer la mort (un quart à un demi-centimètre cube tous les deux jours).

En general, les marbrures blanchâtres, stigmates de la transfor-

(1) La réaction myéloïde peut être déterminée par la plupart des agents infectieux connus. Le bacille de la diphtérie (’Tramn.i.uii f , , 1 K “ d-»BIUS mieeueux wedel. le colibacille (Haushaîter ^et SpTumann) Staphyl0C0<ïue (RoSer * Mar-

mation adipeuse de la moelle, ont disparu. La teinte du cylindre médullaire est uniformément rouge.

En effet, les cellules spécifiques du tissu myéloïde ont crû de tout côté, bourrant les interstices compris entre les vésicules adipeuses dont les dimensions se réduisent proportionnellement à l’accroissement du tissu myéloïde intermédiaire (Roger et Josué).

Fig. 140. — Coupe de moelle osseuse diaphysaire fémorale de lapin adulte au cours d’une septicémie éberthienne prolongée. Cette figure est essentiellement destinée à montrer lajpullulation des myélocytes amphophiles : Mega, mégaearyodytes détruisant les polynucléaires ; My.a, myélocytes ampbophiles ; My. b. a, myélocyte basophile commençant à se charger de granulations amphophiles.

Qu’aurons-nous donc à décrire de prime abord ? Un tissu myéloïde en état d’activité. Si nous nous en tenions là, le seul fait important à noter consisterait en sa reproduction dans les portions de la moelle osseuse où il semblait avoir disparu. Mais parmi les cellules de ce tissu, les unes présentent des caractères normaux, les autres montrent des modifications spéciales.

En effet, l’étude de certains de ces éléments propres du tissu myéloïde révèle des caractères de suractivité morbide assez particuliers.

En ce qui concerne les mégacaryocytes, c’est :

CORNIL ET RANVIER. — II. 40

1° L’exagération de la division mitotique ou de la division directe; 2° l’accroissement de la taille de ces éléments ; 3° leur accumulation en proportion supérieure à la normale en un champ restreint (six à huit éléments); 4° l’expansion de leur protoplasma à travers le grillage de tissu conjonctif environnant. Il forme de larges coulées dans lesquelles sont englués des polynucléaires ou des myélocytes dont les granulations s’effacent; 5° l’opacité du noyau d’un grand nombre de ces mégacaryocytes; cette modification est due tantôt au resserrement du boudin nucléaire qui se contracte et diminue de volume, tantôt à une transformation de chromatine, dont l’affinité tinctoriale est plus marquée pour les colorants basiques ; 6° l’exagération du bourgeonnement nucléaire et le reploiement des lobes en tous sens ; alors le noyau peut être extraordinairement compliqué et hérissé de franges arrondies innombrables; 7° l’intensité de la coloration basophile du protoplasma; 8° la fragmentation du noyau dans ce protoplasma, fait qui paraît imposer la conception depuis longtemps soutenue, d’après laquelle les mégocaryocytes donneraient naissance à des mononucléaires du tissu myéloïde; ce seraient soit des mononucléaires souches de myélocytes, soit des mononucléaires destinés à muer en mégacaryocytes (Julius Arnold).

Hématies nucléées. — Les manifestations les plus frappantes de l’état d’éréthisme de ces éléments, sont la découpure, la lobulation de leurs noyaux, qui prennent des formes bizarres de feuilles tréflées ou à cinq ou six folioles, la présence de figures karyokinétiques et l’accélération de l’expulsion des noyaux.

Myélocytes amphophiles et basophiles. — Les karyokinèses en sont plus nombreuses qu’à l’état normal, le nombre des myélocytes basophiles subissant la transformation en myélocytes amphophiles est accru. Quant à ces derniers éléments, ils sont remplis de granulations spécifiques plus nombreuses et plus résistantes qu’à l’état normal à l’action plus ou moins dissolvante des réactifs.

Myélocytes éosinophiles et à types de Mastzellen. — Toutes proportions gardées, leur accroissement numérique ne semble pas dépasser les proportions suivant lesquelles ils doivent figurer dans une quantité donnée de tissu myéloïde normal.

Ainsi, à la phase d’état de l’infection éberthienne, tous les éléments du tissu myéloïde sont-ils incités à entrer en activité dans le territoire médullaire. Tous peuvent reparaître dans les portions de ce district organique, où ils avaient disparu.

Mais, parmi ces éléments figurés, il en est un certain nombre dont l’accroissement numérique est prédominant.

Ce sont les Mégacaryocytes, les Hématies nucléées, les Myélocytes basophiles et neutrophiles.

La poussée de ces éléments est rapide, elle peut être intense vers le sixième jour de l’expérience.

Abstraction faite du mégacaryocyte (à moins que les myélocytes basophiles ne dérivent en partie du bourgeonnement nucléaire et protoplasmique de ces éléments), la surproduction de ces cellules offre le plus haut intérêt, à notre point de vue. La régénération des Hématies nucléées d’une part, des Myélocytes basophiles et amphophiles d’autre part, exprime le rapport entre les modifications du sang et les réactions de la moelle. A la diminution de nombre des hématies correspond la pullulation des cellules hémoglobinifères. Quant à la polynucléose, elle est fonction de la multiplication des myélocytes basophiles, de leur métamorphose en myélocytes amphophiles, qui deviennent eux-mêmes les polynucléaires amphophiles.

Ainsi, l’oligocythémie n’implique-t-elle en aucune façon l’absence de réaction des hématies nucléées. Elle exige, au contraire, de là moelle, un effort de compensation. Celui-ci existe, mais les résultats en sont incomplets dans les cas où le processus infectieux nécessite une consommation trop marquée d’hématies. ,

Néanmoins, une réaction très marquée des éléments hémoglobinifères n’en est pas moins alliée à celle des myélocytes granuleux amphophiles.

Conclusion. — A la période d’état d’un état infectieux fébrile, se manifestent l’hypergénèse du tissu myéloïde dans les régions de la moelle osseuse où il persistait normalement, restauration de ce tissu dans les portions de la moelle osseuse où il était entré en régression.

Parmi les éléments spécifiques de la série myélogène qui se développent, figurent essentiellement Hématies nucléées et Myélocytes du groupe amphophile. Il y a une correspondance à établir entre la pullulation de ces éléments d’une part, l’oligocythémie et la polynucléose amphophile d’autre part (1).

Corollaire. — Extension de la transformation myéloïde. — A la

(I) Roietzky a compté, à l’état normal et à l’état pathologique, les leucocytes de l’artère nourricière du tibia et de la veine correspondante. Il a vu au cours des polynucléoses le nombre des polynucléaires l’emporter de beaucoup dans la veine sur celui que renferment les artères, tandis qu’à l’état normal la différence est peu marquée.

628 LE SANG ET LE ROLE HÉMATOPOIÉTIQUE DE LA MOELLE OSSEUSE même période, la rate est le siège d’une transformation myéloïde partielle.

Ce sont surtout les Myélocytes basophiles et amphophiles, les Hématies mcléées qui se multiplient activement dans la rate. Il existe donc une solidarité réactionnelle de la rate et de la moelle osseuse, que traduit la mise en activité, dans ces territoires différents, des mêmes éléments spécifiques du tissu myéloïde.

Phases de la réaction myéloïde.

Période de début, — Nous suivrons la réaction myéloïde aux périodes de début, d’état et de convalescence.

Examinons la moelle osseuse d’un lapin adulte ayant subi l’inoculation intra-veineuse de bacille d’Eberth, de la huitième heure à la vingtième heure qui suivent le début de l’infection.

Nous pourrons dès lors y trouver des indices d’une réaction myéloïde, mais nous n’aurons pas sous les yeux les transformations massives de la période d’état, qui permettent d’affirmer une suractivité intense de l’organe.

Dans les régions où la moelle osseuse de cet animal offre une activité fonctionnelle marquée, il est très difficile d’apprécier l’accentuation du processus hématopoïétique à son début.

On pourrait chercher à la déceler dans ces portions du district médullaire où le tissu myéloïde est entré en régression (diaphyses). Mais ne savons-nous pas combien sont variables en ces points les proportions relatives des tissus de moelle jaune et rouge chez des animaux de même âge ?

Il est cependant des signes précoces d’irritation de la moelle. C’est la lobulation du noyau de quelques hématies nucléées, ou la karyokinèse de ces éléments. C’est la présence de myélocytes basophiles de toutes tailles, effilant leur corps à une extrémité, se plaquant contre les travées conjonctives ou contre la paroi des vésicules adipeuses. Ils paraissent saisis en cours de reptation ; ils semblent de plus sécréter hâtivement des granulations amphophiles, car celles-ci se montrent aux extrémités du corps d’un grand nombre de ces éléments.

Mais dans certains cas, on ne saurait vraiment faire la part entre la persistance de l’activité hématopoïétique normale et un état dè suractivité fonctionnelle nettement pathologique.

Celle-ci doit exister cependant, à en juger par les variations hématologiques. Ne savons-nous pas que cette période de l’infection est celle

Fio. 141. — Coupc de moelle osseuse diaphysaire fémorale de lapin de deux ans (3k»,500) fixée vingt-quatre heures après le début d’une septicémie éberthienne légère. (Inoculation dans la veine marginale de l’oreille de deux tiers de centimètre cube de bouillon de culture de bacille d’Eberth de virulence-moyenne, reiss, 1/18, oc. 4.)

Les éléments du tissu myéloïde sont relativement clairsemés dans une moelle à larges vésicules adipeuses.

On peut, dans le point examiné, soupçonner les indices d’une réaction initiale de la moelle eu égard aux constatations suivantes : le myélocyte amphophile My. a. k est en karyokinèse; des hématies nuclééês telles que H, ont un noyau lobé ; le myélocyte basophile My. b' commence â se charger de granulations ampbophiles à son extrémité droite, qui s’allonge et semble ramper dans le court intervalle I compris entre deux vésicules adipeuses.

Mais, d’autre' part, la place occupée par les vésicules adipeuses est encore considérable. Celle où figure le tissu myéloïde en est d’autant restreinte. Il reste encore un assez grand nombre de myélocytes qui n’ont pas encore élaboré de. granulations.

H.n hématie nucléée à noyau bilobé ; n.l, noyau libre d’hématie nucléée ; My. b, myélocyte basophile; My. b', myélocyte basophile se chargeant de granulations ampbophiles; My. a, myélocyte granuleux amphophile à noyau curvé.; N, noyau de cellule conjonctive ; Ly, lymphocyte ; Mo. o, mononucléaire ordinaire. Va, vésicule adipeuse.

où les polynucléaires amphophiles reviennent à la charge dans les vaisseaux périphériques, où ils sont accompagnés par des hématies

630 LE SANGET LE ROLE HÉMATOPOÏÈTIQUE DE LA MOELLE OSSEUSE nncléées (Dominiei)? Polynucléose amphophile essor des hématies nucléées voici deux réactions couplées dont chacune peut etre rapporr^ginellement à la moelle osseuse, et dont la s.gmlication est justement rehaussée en raison de leur synchronisme

Une démonstration indirecte de la mise eu activité précoce du tissu myéloïde de la moelle peut être obtenue grâce a 1 etude de la rate.

Corollaire, - Réaction myéloïde de la raie - Des es premières heures (deuxième heure â vingtième heure) „u, — *£* £ Mu-b a My.b thienne,la rate est

le siège de deux processus histophysiologiques opposés.

C’est, d’un côté, une réaction parfois colossale des macrophages destructeurs d’hématies et de polynucléaires amphophiles, de l’autre, un début de transformation myé- \6iAe. Hématies nucléées, myélocytes

basophiles, myélocytes amphophiles, se multiplient dans cet organe. A fortiori le tissu de la moelle osseuse est-il, dès ce moment, en état de réaction.

Période d’état. — A la période d’état se produit la poussée de tissu myéloïde que nous avons décrite. De tous les faits qui en caractérisent la marche, le plus intéressant est représenté par l’évolution des éléments du groupe amphophile. Elle est ainsi réglée : au début (deuxième et troisième jour), la poussée des myélocytes basophiles est considérable, puis, peu à peu, augmente le nombre de ceux de ces éléments qui se changent en myélocytes amphophiles.

Une partie de leur protoplasma est homogène, l’autre se charge de granulations spécifiques. Finalement, vers le huitième ou dixième jour, quand l’état infectieux, quoique nettement marqué, est destiné à s’amender, les myélocytes basophiles sont pour la plupart transfor-

Fig. 142. — Coupe de moelle osseuse diaphysaire fémorale de lapin de deux à trois mois à la quarante-huitième heure d’une septicémie éberthienne. Cette figure est destinée surtout à montrer : 1° la présence de myélocytes basophiles de toutes tailles, My. b ; 2° le début de leur transformation en myélocytes amphophiles par formation de granulations amphophiles, My. b. a. (Gillet).

més en amphophiles et le renouvellement des myélocytes basophiles est amoindri.

A cette constatation se joint la suivante. L’intensité des réactions des Mégacaryocytes, des Hématies nucléées des Myélocytes est proportionnelle à l’accentuation de l’infection (nous ne disons pas de sa gravité envisagée au point de vue du pronostic).

Corollaire. — Etat de la rate. — La transformation myéloïde de la rate est proportionnelle, en général, à l’intensité d’état infectieux apparent.

Période p o st- fébrile. — Les symptômes cliniques par lesquels s’extériorise la lutte active de l’organisme contre les agents infectieux ont disparu. C’est la période de convalescence, ce n’est pas encore la guérison complète. Si l’évolution du virus pathogène est jugulée ou suffisamment entravée pour la sauvegarde de l’organisme, celui-ci, doit continuer à payer au moins les frais de sa défense. Il reste à éliminer des produits toxiques de nature variée, imprégnant les cellules vivantes, à réparer les ravages subis par divers territoires et de plus une perte plus ou moins grande en globules rouges.

Aussi, n’est-il pas étonnant de trouver, un certain nombre de jours après la terminaison apparente de la <l maladie », un état de suractivité prolongé de la moelle osseuse.

La durée de cette prolongation de la réaction myéloïde n’est pas connue. On peut admettre à priori qu’elle persiste au moins jusqu’à restauration complète du taux hématimétrique et du taux hémochromométrique.

Quoi qu’il en soit, mégacaryocytes, hématies nucléées, myélocytes amphophiles, myélocytes éosinophiles et à types de Mastzellen continuent à pulluler dans la moelle pendant la convalescence.

C’est le moment où le nombre des hématies remonte dans le sang circulant, où celui des éosinophiles s’accroît, mais c’est aussi la période où la polynucléose amphophile a cessé d’exister.

A la régénération des hématies, au retour des éosinophiles, on peut juxtaposer encore la multiplication des cellules rouges de Neumann de la moelle, la multiplication de ses myélocytes éosinophiles.

Mais la continuité de la réaction des mégacaryocytes, des myélocytes amphophiles est énigmatique, bien qu’elle ressortisse vraisemblablement à la persistance du mécanisme assurant une immunité active plus ou moins durable.

Corollaire. — État de la rate. — Dans la rate, de même que dans la moelle osseuse, la réaction myéloïde survit à la période fébrile de

63» LE SANG ET LE ROLE HÉMATOPOÏETIQUE DE LA MOELLE OSSEUSE ,,L. infectieux. Mais on ne saurait dire quelle est, pour les deux variétés d'organes, la durée de cet état de suraetiv.te fouet, onnelle particulière.

b. Réaction myéloïde au cours des infections prolongées caractérisées par la polynucléose.

Nous disons qu'une infection est prolongée lorsqu'un virus pathogène déterminé conserve sa virulence dans un organisme au delà d’une durée moyenne habituelle.

Fig. 143. — Coupe de moelle osseuse dé lapin présentant de l’éosinophilie sanguine.

Poussée de myélocytes éosinophiles dans la moelle (coloration par éosine orange toluidinc) : My. b, myélocyte basophile; My. e, myélocyte éosinophile. Dans cette figure ne sont pas mis en évidence les nucléoles du noyau des myélocytes qui sont représentés dans le dessin original; My. é, myélocyte éosinophile à noyau incurvé; My. b. k, myélocyte basophile en karyokinèse ; My. e. k, myélocyte éosinophile en karyokinèse.

Dans ces circonstances, le tableau clinique et les modifications du sang sont très variables.

Il est cependant une modalité ' de cet état pathologique que nous pouvons choisir comme type, c’est celle où la diminution des taux hématimétrique et hémochromométrique est considérable, où la polynucléose amphophile persiste, accompagnée ou non de la migration d’hématies nucléées (infections coli-bacillaires).

Alors l’éosinophiiie est parfois très accentuée.

Les transformations de la moelle osseuse ne différeront guère de celles qu’elle présente au cours des infections aiguës, car cé sont toujours les mêmes éléments spécifiques qui réagissent. Nous n’insisterons que sur un point : la poussée des myélocytes éosinophiles.

Dans leur travail sur « la moelle osseuse dans les infections », MM. Roger et Josué ont écrit ceci : « On n’a jamais étudié directement la moelle osseuse dans les cas d’éosinophilie. Cependant, comme ces cellules naissent dans le tissu médullaire, tout porte à croire que l’augmentation des leucocytes éosinophiles dans le sang doit être liée à une multiplication des myélocytes éosinophiles dans la moelle osseuse. » Dans une note parue dans les Bulletins de la Société de biologie, et qui avait échappé à ces auteurs, j’avais tranché cette question d’une façon conforme, du reste, aux théories d’Ehrlich. J’ai pu voir dans six cas où des infections prolongées déterminaient Y éosinophilie sanguine une multiplication extrêmement marquée des myélocytes éosinophiles dans la moelle osseuse (suppuration oculaire prolongée d’origine staphylococcique, par exemple).

Ainsi , dans les circonstances où Y état hématologique se singularise par la polynucléose éosinophile, il existe une exagération correspondante de la multiplication des myélocytes éosinophiles dans la moelle osseuse (infections prolongées et atténuées).

Corollaire. — État de la rate. — Dans plusieurs des cas où j’ai constaté une surproduction des myélocytes éosinophiles dans la moelle osseuse, j’ai pu trouver une multiplication anormale des mêmes éléments dans la rate (trois fois sur cinq).

c. Réaction myéloïde au cours des infections chroniques caractérisées par la polynucléose.

Les infections chroniques sont celles qui, par essence, s’installent pour une durée se chiffrant par mois ou par années, et qui persistent en général jusqu’à la mort.

L’état morbide provoquera la destruction des globules rouges, la surproduction des mononucléaires ordinaires et aussi des polynucléaires amphophiles. Ici encore, la réaction de la moelle sera extrêmement marquée.

Les hématies nucléées, les myélocytes amphophiles se multiplieront avec intensité dans cet appareil. Mais les modifications en seront relativement peu intéressantes auprès de celles qui se passent au sein de la

634 LE SANG ET LE «OLE HÉMATOPOÏÉTIQUE DE LA MOELLE OSSEUSE rate de certains animaux au cours des tuberculoses atténuées et prolongées.

Si nous choisissons en cette circonstance, non plus le lapin, mais le cobaye comme sujet d’expérience, nous constaterons une transformation de la rate de cet animal extrêmement importante.

Chez les cobayes dont la tuberculose a évolué lentement après inoculation sous-cutanée (quatre à dix mois), la quantité d’éléments du tissu myéloïde inclus dans cet organe peut être colossale. Parmi ces éléments prédomineront essentiellement les hématies nucléées , les myélocytes basophiles et amphophiles.

Conclusions.

Au cours des infections aiguës, prolongées et chroniques déterminant la polynucléose et une anémie plus ou moins marquée, existent des réactions intenses de la moelle osseuse.

Ces réactions sont en conformité avec les modifications du sang.

A la diminution du nombre des globules rouges, à la polynucléose du sang correspondent dans la moelle la multiplication des hématies nucléées, la poussée des myélocytes basophiles et amphophiles.

A l’accroissement de polynucléaires éosinophiles dans les vaisseaux périphériques correspond dans la moelle la surproduction des Myélocytes éosinophiles.

Corollaire. — Dans l’immense majorité des cas il existe une solidarité réactionnelle de la rate et de la moelle osseuse, dont les Hématies nucléées, les Myélocytes basophiles et amphophiles sont les principaux témoins.

2° Réaction myéloïde au cours des infections que caractérise

LA MONONUCLÉOSE.

Nous choisirons comme type la vaccine.

A l’encontre des faits observés dans la plupart des infections, des infections aiguës au moins, la réaction leucocytaire serait caractérisée ici par une mononucléose lymphogëne, et non par une leucocytose myélogène (polynucléose).

f a\ montre en quoi cette formule était trop absolue. Les polynucléaires amphophiles augmentent de nombre au cours de la vVac-

t^oseet SS°r aeS héinalieS nMClééeS aCCOmP^ne Cette polynq-

Ces deux réactions, qui précèdent l’instauration de la mononucléose vaccinale, sont évidemment transitoires. Elles n’en marquent pas moins le tableau hématologique au sceau de la réaction médullaire. Or celle-ci existe au cours des éruptions vaccinales confluentes et ne mérite pas une description spéciale.

Ici encore la prédominance des Hématies nucléées, des Myélocytes basophiles et amphophiles dans la moelle en état de suractivité fonctionnelle peut être rapprochée de l’essor des globules rouges à noyau dans la circulation générale et de la polynucléose concomitante.

Corollaire. — Etat de la rate. — La rate réagit surtout dans son appareil lymphopoïétique, fait corrélatif à la mononucléose lymphogène. Néanmoins, il existe un début de transformation myéloïde. Mais celle-ci est extrêmement atténuée.

Il suffit, pour s’en rendre compte, d’étudier comparativement les rates de lapins de même poids, tués les uns au dixième jour d’une infection vaccinale confluente, les autres au dixième jour d’une infection éberthienne.

Quelle que soit la symptomatologie apparente, jamais on ne trouvera dans le premier cas ces poussées intenses d’Hématies nucléées, de Myélocytes basophiles et amphophiles qui existent dans le deuxième cas. (Je n’envisage ici que les résultats obtenus dans les conditions expérimentales que j’ai signalées dans une note parue à la Société de Biologie (mai 1901).

Le virus vaccinal était celui de l’Institut Pasteur de Lille.

3° Réaction myéloïde au cours des infections que caractérise l’hypoleucocytos e.

* Ces réactions n’ayant pas été suffisamment étudiées, nous n’insisterons pas sur ce sujet.

B. — La réaction lymphoïde de la moelle.

La poussée des cellules spécifiques du tissu myéloïde n’est pas l’unique expression de la mise en activité de la moelle osseuse. On y constate la multiplication, fort rare du reste, des cellules de l’appareil de soutènement et des néoformations capillaires. Enfin, des éléments libres autres que ceux de la série myélogène se montrent dans la pulpe iatëar-o&seuse.

636 LE SANG ET LE ROLE HÉMATOPOÏÉTIQUE tDE LA 'MOELLE OSSEUSE

Ces éléments sont des mononucléaires détruisant polynucléaires amphophiles et hématies et se chargeant de pigment ferrugineux (Kôlliker), ou macrophages (Metchnikoff). Signalons encore des mononncléaires de très petite taille, identiques aux « lymphocytes » des folli- 'cuiesT intra^gângïîonnàires des monoimcteâîfes plus grands, semblables à ceux du sang, et enfin des PlasmâzénënT¥âîs~ces cellules appartiennent à la série lymphogène.

Quelle signification devons-nous attribuer à leur apparition?

Les cellules en question sont très souvent réparties d’une façon diffuse dans la moelle, sans prédominance appréciable de localisation. Mais ne peuvent-elles pas se grouper dans certains cas ? Certes oui, et en voici un exemple. Dans la moelle de lapin adulte splénectomisé depuis deux mois et en puissance de septicémie éberthienne prolongée, nous avons dans deux cas trouvé les modifications suivantes :

Dans les mailles du tissu conjonctif réticulé entourant certaines artérioles se groupaient des lymphocytes identiques à ceux des follicules clos ou des corpuscules de la rate. Ils s’entremêlaient à des mononucléaires de grande taille, çomparables aux cellules germinatives décrites par Flemming dans les follicules des ganglions.

Autour de ces amas cellulaires s’éparpillaient dans le tissu myéloïde des leucocytes identiques aux mononucléaires ordinaires du sang et des macrophages en activité fonctionnelle.

Un tel tableau rappelle celui que peut présenter une fraction du territoire splénique. Nous nous trouvions en présence d’un complexus histologique agencé suivant le plan de structure du corpuscule de Malpighi. Ici le corpuscule malpighien rudimentaire était plongé ainsi que dans la rate au sein d’une pulpe vasculaire sanguine. Celle-ci, à vrai dire, était bourrée d’éléments du tissu myéloïde. Mais n’avonsnous pas décrit dans la rate des états identiques? Ce sont ceux qui singularisent ce viscère quand il subit la transformation myéloïde. En pareille circonstance, la pulpe splénique est farcie de cellules du tissu myéloïde, mêlées aux macrophages, aux mononucléaires de la série lymphogène.

Dans le cas dont nous parlons, s’était produite une sorte de transormation « sp énoïde », rudimentaire de la moelle osseuse caractérisée par la format™ de petits corpuscules dont la structure rappelait celle du corpuscule de Malpighi.

Ainsi, de même que dans la rate se produit, au cours de certains états moi bides, apparition d’un tissu identique à celui de la moelle, de meme surgissait dans ce dernier appareil un remaniement Msto’

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