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MÉTHODE DE NISSL. SUBSTANCE CHROMATIQUE

Pour certains histologistes, la substance chromatique existerait dans la cellule vivante à l’état homogène, liquide ou demi-liquide; dès lors, si elle apparaît sur nos coupes à l’état de granulations ou de bâtonnets, c’est qu’elle a été précipitée par les liquides fixateurs employés. Ainsi, Kronthal ne trouve aucune granulation colorée dans les cellules de la substance grise de l’écorce, si elles sont écrasées, à l’état frais, avant tout commencement de cadavérisatibn, puis, traitées par le bleu de méthylène. Held, examinant les cellules de la corne antérieure de la moelle chez le lapin, voit que les corps chromatiques apparaissent seulement à la première demi-heure après la mort, sous l’influence du processus de coagulation cadavérique; par contre, ces mêmes cellules, étudiées trois minutes après la mort, ne renferment aucun chromatophile figuré. Ce même auteur établit l’influence variable des réactifs sur la précipitation de la substance chromatique. Par exemple, les acides faibles, les alcools forts hâtent cette précipitation, et même, suivant leur degré de concentration, ils peuvent donner un précipité spécial (amas, stries, etc.); les liquides à réaction alcaline empêchent toute précipitation ; le mélange osmiochromique d’Altmann, à réaction neutre, la solution neutre de bichromate de potasse, fraîchement préparée (là? pour 100), les solutions osmiées neutres (jusqu’à 2 pour 100), donnent des précipités finement granuleux, sans amas ni blocs d’aucune sorte. Dans le même ordre d’idées, Trzebinski constate que, sur les préparations faites après fixation par le sublimé et l’alcool iodé, les cellules pâles font complètement défaut; Ziehen les croit simplement moins nombreuses.

Toutefois, il convient de ne pas exagérer la portée des faits intéressants, mis en lumière par Kronthal, Held, Trzebinski. Ainsi, Dogiel fait très justement observer que les corps chromatiques peuvent bien ne pas être décelables dans la cellule vivante, uniquement parce qu’ils possèdent le même pouvoir réfringent que le protoplasma ; dès lors, les réactifs indiqués plus haut deviennent nécessaires pour les faire apparaître. Comme preuve à l’appui, Dogiel montre qu’il peut colorer en cinq à huit minutes les chromatophiles d’une cellule nerveuse, cela à l’aide d’une très faible solution de bleu de méthylène, laquelle solution a été incapable de tuer la cellule nerveuse, puisqu’elle conserve parfaitement mobiles, tout en les colorant, certains éléments ciliés (spermatozoïdes, larves diverses).

En résumé, toutes ces discussions relatives à l’état in vivo de la substance chromatique importent peu en pratique, car nous avons seulement besoin de savoir— fait absolument incontesté à l’heure actuelle

710 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL __ que la cellule nerveuse contient une substance spéciale, avide des colorants basiques d’aniline, substance qui prend des formes définies granulations, bâtonnets, amas) dans les conditions ordinaires de l’observation histologique.

Les très forts grossissements, aidés d’un éclairage spécial (lumière électrique) permettent de déceler dans chaque chromatophile certains détails de structure (Held, Ramon y Cajal, Ewing).Le plus souvent, sa masse n’est pas homogène, mais bien décomposable en plusieurs granulations élémentaires, séparées les unes des autres par des espaces remplis de substance achromatique, si bien que cette masse, considérée dans son ensemble, a une apparence spongieuse. De plus, ses bords sont dentelés et festonnés, avec des épines dont quelques-unes paraissent s’unir à d’autres épines venues d’un chromatophile voisin, de façon à former un véritable réseau chromatique (Ramon y Cajal, Ewing).

La nature des chromatophiles reste à déterminer. Sans doute, leur substance ne saurait être assimilée à la chromatine du noyau, car elle n’en possède aucune des réactions histo-chimiques. Benda avait rapproché les chromatophiles des granulations basophiles rencontrées par Ehrlich dans certaines cellules, en particulier dans les globules blancs, laquelle opinion a été réfutée par Nissl, Colucci, Heimann, qui ont montré que ces mêmes chromatophiles, mis en présence du réactif d’Ehrlich, se comportent plutôt comme des corps amphophiles, au lieu de rester strictement basophiles. Ils contiennent peu de phosphore, après emploi du procédé de Lilienfeld et Monti. Held les assimile aux nucléo-albumines.

2° Substance achromatique. — L’étude delà substance achromatique ou masse fondamentale est bien moins avancée, surtout parce que cette substance est loin d’apparaître, même sur les coupes les plus fines et les mieux colorées, avec toute la netteté nécessaire à un bon examen.

Bien des auteurs défendent sa structure fibrillaire (Nissl, Becker, Benda, Flemming, Kronthal, Lugaro, Dogiel, etc.). C’est reprendre l’ancienne formule relative au protoplasma de la cellule nerveuse, formule d’après laquelle les premiers histologistes distinguaient une zone centrale granuleuse et une zone périphérique fibrillaire. ^Toutefois, d’après la nouvelle opinion, les fibrilles, très fines, parallèles les unes aux autres, occuperaient toute l’étendue du protoplasma, au lieu de rester limitées à la seule périphérie, comme le disaient Remak et Max Schultze. De plus, ces fibrilles seraient réunies les unes aux

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autres par des anastomoses transversales, assez nombreuses pour donner l’apparence d’un réticulum.

Par contre, les recherches de Held, Ramon y Cajal, von Lenkossek, Van Gehuchten, Ewing tendent à faire admettre une structure réticulaire. D’après ces dernières recherches, les fibrilles décrites par les auteurs précédents sont artificielles ; en réalité, il s’agit là de granulations très fines, mais placées bout à bout et capables de simuler ainsi des filaments plus ou moins longs.

Held décrit un réseau achromatique ou acidophile ( fig. 161). Pour le mettre en évidence, il dissocie à l’état frais la substance grise des cornes antérieures, et fixe les cellules nerveuses par la chaleur, pour les colorer à l’aide de l’érythrosine et du bleu de méthylène. Sur ces préparations, le réseau achromatique existe nettement, surtout à la base des dendrites et dans toute la longueur du prolongement cylindraxile ou axone. Ces recherches de Held donnent des résultats sensiblement analogues à ceux qui avaient été obtenus précédemment, à l’aide d’autres méthodes, par Leydig et par Nansen.

De même, Ramon y Cajal décrit un fin réticulum , dont les filaments entre-croisés s’insèrent aux corps chromatiques eux-mêmes. Ce réticulum a des mailles généralement petites et polygonales, allongées à la base et dans la masse des dendrites; à ses points nodaux, il présente des chromatophiles.

Ewing admet également un réseau achromatique. Cet auteur insiste sur le&rapports étroits qui existent, dans certains points de la cellule, entre la substance chromatique et la substance achromatique; ainsi, le réseau acidophile de Held serait bien visible, même sur les préparations simplement colorées par le bleu de méthylène, couleur basique. Pour le démontrer en toute évidence, Ewing conseille de dissocier à l’état frais un fragment de la substance grise de la corne antérieure

Fie. 161. — Prolongement cylindraxile à sa naissance, dans une cellule radiculaire de la corne antérieures de la moelle lombaire du bœuf (d’après Held ; double coloration à l’érythrosine et au bleu de méthylène).

Substance achromatique teinte en rose, formant un réticulum très net. Chromatophiles en bleu, irrégulièrement distribués, quoique souvent déposés au niveau des points nodaux du réticulum.

de la moelle lombaire, d’en fixer les éléments par la chaleur, et de les colorer à l’aide de l’érythrosine ou du bleu de méthylène. Avec un tel procédé, l’observateur pourra aisément rencontrer une dendrite isolée, encore adhérente à une petite portion du corps cellulaire, laquelle dendrite étalé, très mince, facile à examiner dans toutes ses parties, renferme les deux substances, dont les rapports sont ainsi très aisés à étudier. Or, cet élément ne montre qu’iai seul réticulum teinté avec la.même intensité par le bleu de méthylène, colorant basique, ou par l’érythro sine, colorant acide ; et, si les deux colorants ont été employés en même temps, les mailles les plus fines du réseau apparaissent rouges, tandis que les points nodaux sont bleus. Ainsi, d’après toutes ces constatations, il est permis de conclure que, dans les dendrites au moins, les deux substances sont superposées. Ailleurs, notamment dans le cylindraxe et dans d’autres zones du protoplasma, on découvre une substance acidophile granuleuse, plus ou moins épaisse, qui se continue sur la plus grande partie du corps cellulaire; cette substance paraît être identique au réseau cylindraxile de Held.

Quoi qu’il en soit, la masse protoplasmique fondamentale , si difficile à étudier en histologie, fibrillaire suivant les uns, à la fois granuleuse et réticulée suivant les autres, constitue la plus grosse partie de la substance dite achromatique de la cellule radiculaire de la moelle. A côté d’elle, Benda, Becker, Lévy ont décrit des granulations volumineuses, qui possèdent les mêmes propriétés colorantes ; ces granulations augmenteraient après la fatigue de la cellule, si bien qu’elles pourraient être considérées comme des produits de transformation moléculaire de l’élément (Becker).

3° Pigment. Reste à signaler le pigment, qui existe en plus ou moins grande abondance dans la cellule radiculaire de la moelle humaine. Il débute dès la vingtième année à la périphérie de la cellule, assez loin du noyau, souvent au voisinage d’une dendrite, plus exceptionnellement dans le cône d’émergence du cylindraxe, sous la forme de petites granulations qui apparaissent jaunâtres ou jaune-verdâtres après l’emploi des colorants basiques. Ces granulations, d’abord isolées, sont disséminées à travers la masse fondamentale ou achromatique, comme à travers les chromatophiles; au furet à mesure de leur développement, elles arrivent à constituer des blocs finement grenus, dans lesquels le microscope ne permet de reconnaître aucun autre détail de structure.

Le pigment respecte très longtemps la zone immédiatement périnq-

CKLLULES NERVEUSES. PIGMENT

En A et B, surcharge pigmentaire, surtout marquée à la périphérie de l’élément qui conserve sa forme générale, son volume habituel, son noyau central, quoique légèrement diminué dans ses dimensions.

C, D, autres éléments : surcharge pigmentaire énorme dans la cellule C. Raréfaction dés chromatophiles, avec état poussiéreux dans la cellule D. Déformation de chaque élément qui tend ii s’arrondir. Prolongements grêles et peu nombreux.

cléaire, et il se prolonge peu dans les dendrites ; jamais il ne pénètre dans le cylindraxe. Il augmente manifestement avec l’âge, si bien que, chez le vieillard, il occupe au moins un bon tiers de la cellule (fig. 162).

Il est identique à celui qu’on rencontre dans certains processus pathologiques, notamment dans l’atrophie dite pigmentaire. Ses grains résistent à l’action de la plupart des réactifs qui détruisent les tissus, et ils ne prennent guère les colorants : autant de caractères qui les rapprochent des pigments véritables. Cependant l’acide osmique colore en noir la substance du pigment jaune : réaction d’après laquelle Marinesco et Rosin ont émis l’opinion, partagée par quelques auteurs, qu’il doit s’agir d’une substance plus ou moins graisseuse. Mais les notions relatives à l’origine exacte du pigment jaune sont assez vagues. Pour Ramon y Cajal, c’est un produit de désassimilation de la cellule; pour Marinesco, c’est une transformation chimique des corps chromophiles. Obreja et Tatuses le considèrent comme un dérivé de la myéline; il disparaîtrait dans l’empoisonnement par la strychnine et dans le tétanos, car son abondance serait en rapport avec l’inactivité cellulaire. Quoi qu’il en soit, il paraît différent d’une autre variété de pigment granuleux (pigment noir), qui se rencontre dans les cellules des ganglions rachidiens et sympathiques, comme dans celles du locus cæruleus, locus niger, etc.

4° Noyau. — Les colorants de la méthode de Nissl mettent bien en évidence la membrane nucléaire à double contour régulier et le nucléole central assez volumineux ; mais ils sont presque sans action sur la masse principale du noyau qui, sur les bonnes préparations, doit toujours apparaître très faiblement teintée, à peine marquée par un fin réseau granuleux et développé surtout autour du nucléole pour s’estomper graduellement au fur et à mesure qu’on se rapproche de la membrane nucléaire (fig. 158-159). Quand on ajoute aux colorants habituels de Nissl l’érythrosine de Held, on fait apparaître en rose la portion centrale du nucléole et une autre zone assez petite et située en plein centre du noyau ; cela tend à démontrer la présence de substances acidophiles et dans la masse nucléaire et dans le noyau. Held a pu rencontrer quelquefois des nucléoles secondaires, uniques ou multiples; mais Ewing veut y voir des granulations banales, parce qu’il n’a jamais pu, avec l’érythrosine, déceler dans ces granulations la masse centrale acidophile qui existe dans le vrai nucléole.

B. — Cellules pyramidales de l’écorce cérébrale.

Les fetites cellules pyramidales appartiennent à la variété arkyo-

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