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I. — Lésions élémentaires

A. — Substance chromatique.

Nous savons qu’à l’état normal la substance chromatique n’affecte pas un mode de disposition identique dans toutes les cellules dites somatochromes. Dans les grandes cellules de la corne antérieure de la moelle, elle forme des masses volumineuses et allongées en bâtonnets assez réguliers (fig. 158-159) : d’où l’aspect strié ou tigré de la cellule (cellules stichochromes). Dans d’autres éléments (cellules pyramidales, moyennes et petites de l’écorce cérébrale), elle est peu abondante et se dispose en travées plus ou moins anastomosées (fig. 163). Déplus, bâtonnets ou travées ne sont pas homogènes, mais décomposables, à un fort grossissement, en une série de grains plus ou moins volumineux, plus ou moins serrés, toujours distincts les uns des autres; ces grains peuvent même, dans certaines catégories de cellules (ganglions rachidiens, fig. 165), se disséminer irrégulièrement, au lieu de s’agglomérer en bâtonnets ou en travées.

Ainsi, le grain est bien la forme élémentaire sous laquelle se présente la substance chromatique à l’état normal. En raison de leurs petites dimensions, la morphologie et le volume de ces grains sont difficiles à préciser. Toutefois, comme ils peuvent se réduire en particules encore plus petites (état granuleux; état poussiéreux), ils sont, peut- on dire, relativement volumineux, avec des contours nettement arrêtés et anguleux. Il faut rappeler que l’on doit toujours, quand on veut

juger 1 état de la substance chromatique dans une cellule donnée, se reporter soigneusement à son mode de disposition dans le même type cellulaire à l’état normal ( Aequivalentbild de Nissl).

Etat pyknomorphe. — La surabondance de substance chromatique, par formation de grains nouveaux ou par hypertrophie des grains préexistants (état pyknomorphe de Nissl), n’est peut-être jamais pathologique. Elle doit cependant être signalée ici, parce qu’elle caractérise la période de réparation dans le phénomène de la réaction à distance (v. p. 789-790).

Chromatolyses. — Le plus souvent, la substance chromatique diminue de quantité (chromatolyse, Marinesco; chromolyse, Van Gehuchten ; tigrolyse, Kohnstamm, Schmaus).Les chromatolyses varient suivant les espèces de cellules, et pour une même espèce il en existe plusieurs variétés. Les types, le plus souvent rencontrés dans les stichochromes spinales, sont les suivants (fig. 172) :

1° Diminution et décoloration. — Les corps chromatiques deviennent plus irréguliers sur leurs bords, avec espaces clairs dans leur intérieur. Ainsi réduits de volume, ils sont moins colorés. Finalement, ils s'estompent de plus en plus et disparaissent.

2° Fonte granuleuse. — Les corps chromatiques se résolvent d’emblée en fines granulations qui se disséminent dans les intervalles; il en résulte un état uniformément poussiéreux de la région en chromatolyse. Puis, les granulations perdent graduellement la propriété de fixer le bleu basique jusqu’à leur décoloration complète.

3° Dissolution. — La substance chromatique se dissout d’emblée et se répand uniformément dans toute la cellule, en tant que substance translucide, pour se décolorer ultérieurement de plus en plus.

D’ailleurs, ces trois lésions élémentaires des chromatophiles s’associent le plus souvent dans une même cellule, sans que nous puissions déterminer exactement leur ordre de succession ou leur degré de gravité.

Quel que soit le mode de disparition de la substance chromatique, la décoloration peut devenir complète et totale. Toutefois, dans la plupart des cas, quelques grains chromatiques et même des corpuscules de Nissl persistent longtemps autour du noyau et à la périphérie de la cellule (fig. 472, D), parfois disséminés partout irrégulièrement.

Si l’on envisage la topographie de la lésion, il est permis de distin-

Fig. 172. — Principales variétés de Chromatolysos.

(Méthode de Nissl, bleu polychrôme d’ünna.) — Grossissement de 700 diamètres.

Les deux cellules A et B sont atteintes : la première, A, d’une chromatolyse surtout centrale; grande cellule pyramidale de l’écorce rolandique au cours d’une polynévrite) ; — la deuxième, B, d’une chromatolyse surtout centrale et périnucléaire (grande cellule radiculaire de la corne antérieure de la moelle lombairé chez l’homme; polynévrite alcoolique). — Fonte granuleuse; décoloration uniforme; et dissolution des chromatophiles : ces trois lésions élémentaires étant ordinairement mélangées à un degré variable dans la même cellule.

A la partie inférieure de la figure, la cellule C (cellule radiculaire ' de la moelle atteinte d’atrophie primitive) présente une chromatolyse surtout périphérique. — La cellule D (cellule radiculaire de la moelle lombaire; polynévrite) est atteinte d’une chromatolyse à peu près totale, sauf que quelques chromatophiles persistent encore à la périphérie et dans les prolongements protoplasmiques de l’élément.

guer les variétés suivantes, suivant la région de la cellule plus spécialement atteinte : chromatolyse centrale ou péri nucléaire; chromatolyse ! périphérique : chromatolyse partielle, sous forme d’îlots disséminés (fig. 172, A, B, C). Remarquons qu’il existe à la surface des cellules normales une très mince couche de substance dépourvue de corps chromatiques, laquelle disposition ne doit pas être confondue avec une chromatolyse périphérique.

B. — Substance achromatique.

Les lésions élémentaires de la substance achromatique sont plus mal connues, principalement à cause de l’inçertitude des notions relatives à sa structure normale. Cette substance serait composée de deux parties, dont la première serait figurée et formée par des fibrilles (fig. 161 et 166), tandis que la seconde, amorphe, sans structure, liquide ou demi-liquide, occuperait -l’intervalle de ces fibrilles. Mais, en histologie normale, tous ces détails de structure sont d’une extrême délicatesse, si bien que même les grossissements très forts permettent à peine de prendre une idée nette de l’état fibrillaire. D’autre part, bien que les fibrilles se colorent par les couleurs acides d’aniline et par l’hématoxyline, il n’existe aucune technique usuelle qui permette d’utiliser cette propriété acidophile. En outre, la substance chromatique affecte avec la substance achromatique des rapports tels que la première est appliquée sur la seconde au point de la masquer plus ou moins complètement, partout où elle est abondante. En résumé, absence d’un colorant électif et finesse des détails : tels sont les deux obstacles à l’étude de la substance achromatique en histologie normale.

En histologie pathologiqtyc, ces difficultés augmentent encore, surtout en raison des modifications que subit la substance chromatique. Assurément, lorsque celle-ci a complètement disparu, elle laisse à nu la substance achromatique qui devient alors plus visible et plus facile à étudier. Ewing, utilisant cette circonstance, donne une série de dessins, plus ou moins schématiques, sur lesquels le réticulum achromatique, examiné dans de telles conditions, est des plus nets.

Mais il n’en est plu's de même pour les cellules où le processus de chromatolyse est en pleine évolution. Ainsi, au cours de la chromatolyse avec fonte granuleuse, les granulations chromatiques se disséminent irrégulièrement; dès lors, si elles sont abondantes,

Fig. 173. — Grandes cellules pyramidales de l’écorce rolandique chez l’homme.

(Méthode de Nissl, bleu polychrôme d’ünna.) — Grossissement de 700 diamètres.

En A, cellule normale. — En B, cellule avec gonflement, homogénéisation et état chromatophilique de sa substance chromatique (état chromophilique très net dans les prolongements, protoplasmiques et cylindraxile). Chromatolyse diffuse, et avec fonte granuleuse et dissolution des chromatophiles (Encéphalite subaiguë).

elles masquent tout à fait la substance sous-jacente; si elles sont discrètes, elles persistent sur les travées du réticulum ou dans ses mailles, de telle sorte qu’on ne peut décider si l’on n’est pas en présence d’une fonte granuleuse de la portion achromatique elle-même. De même, dans les cas où la substance chromatique est non plus granuleuse, mais dissoute, elle jette un voile sur la portion achromatique : d’où une coloration uniforme et générale, homogène ou laquée, sans qu’on puisse décider la part qui revient à la substance achromatique dans la production du phénomène.

Sous toutes ces réserves, on peut décrire comme appartenant à la substance achromatique les lésions élémentaires suivantes :

1° Gonflement et chromophilie. — La substance achromatique se gonfle; ses travées s’épaississent, perdent leur apparence vaguement fibrillaire pour devenir homogènes et translucides; l’aspect réticulé s’estompe (fig. 173, B). Dans cet état, cette substance peut avoir conservé ses affinités tinctoriales habituelles et, par.conséquent, rester incolore en présence du bleu basique ; d’autres fois, elle est devenue chromophile, c’est-à-dire susceptible de se colorer plus ou moins fortement par le bleu de méthylène (colorabüité de la substance achromatique, Nissl).

2° État granuleux. — La substance achromatique devient granuleuse, si bien que la cellule, dans son ensemble, apparaît plus opaque et comme poussiéreuse. Ici, comme dans la variété précédente, il est toujours très difficile de discerner ce qui est imputable aux transformations concomitantes de la substance chromatique.

3° Dégénérescence graisseuse.

— Dans certains cas, rares peut-être simplement en raison de l’emploi trop exclusif de la méthode de Nissl, la cellule se remplit de granulations graisseuses (fig. 174). Ces granulations se distinguent des précédentes parleur volume plus considérable et par la coloration noire qu’elles prennent sous l’action de l’acide osmique, pur ou associé aux bichromates (méthode de Marchi). Toutefois, cette dernière réac-

FlG. 174. — Cellule de la corne antérieure dans un cas de paralysie de Landry: dégénérescence graisseuse. (D’après Schinaus).

762 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DO SYSTÈME NERVEUX CENTRAL tion n’est pas absolument caractéristique, puisque l’acide osmique noircit également les granulations du pigment jaune. Pour le diagnostic différentiel, on pourra utiliser ce fait que le pigment noirci par l’acide osmique se décolore, moins facilement que la graisse, sous l’action longtemps prolongée du xylol à chaud. Surtout, on examinera le volume et le mode de répartition des granulations ; celles du pigment sont petites, réunies en un amas compact, et elles n’occupent qu’une partie de la cellule; les granulations graisseuses sont plus volumineuses et disséminées dans toute l’étendue de l’élément.

4° Transformation vitreuse. — La substance devient homogène, brillante ou légèrement opaque, prenant à peine ou ne prenant plus du tout le bleu de méthylène, se colorant au contraire fortement par le carmin.

5° 11 convient de rattacher à l’étude de la substance achromatique la formation des fissures et des vacuoles.

Fissures. — Nous reproduirons ici, en la résumant, la description donnée par Nageotte et (Etllinger. « On voit nettement les fissures entre les granulations, lorsque le

fond est coloré à l’orcéine, après la méthode de Nissl. Elles se détachent mieux encore après la simple coloration au carmin. Dans les cellules de la moelle, elles sont fines, longues, régulièrement sinueuses, à extrémités effilées. Leur direction générale est orientée par rapport à la constitution fibrillaire

Fig. 175. — Cellule radiculaire avec fissures (d’après Nageotte et Ettlinger).

de la cellule; elles sont concentriques dans le corps, et longitudi¬

nales dans les prolongements. Elles ne se réunissent pas les unes aux autres et n’entament pas le bord de la cellule (fig. 175). »

Vacuoles. Les vacuoles sont des taches claires, arrondies, ovalaires ou de forme irrégulière, interrompant le protoplasma cellulaire (fig. 176). Les taches irrégulières ou polycycliques proviennent sans doute de la fusion de deux ou plusieurs taches voisines. Leurs bords

sont nets et comme taillés à l’emporte-pièce. Les vacuoles marginales accentuent la forme dentelée qu’affecte la cellule munie de ses prolongements; combinées avec les vacuoles centrales, elles donnent à 1 élément les aspects les plus variés (cellules en bois de

CELLULES NERVEUSES. — LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES ?6il

cerf, etc.). Fréquemment, elles occupent les prolongements qui, d’ailleurs, ont souvent disparu en totalité ou en partie.

La nature des vacuoles n’est pas exactement connue. Elles se teintent à peine sous l’influence de l’acide osmique; en conséquence, elles sont distinctes des boules graisseuses, quelquefois rencontrées

Fig. 176. — Grande cellule radiculaire, moelle {lombaire ; myélite subaiguë.

(Méthode de Nissl, bleu polychrôme d’Unna.) — Grossissement de 700 diamètres. Vacuoles volumineuses, surtout centrales, souvent superposées, incolores en présence des bleus basiques. Déformation globuleuse. Chromatolyse surtout centrale, avec dissolution, fonte granuleuse et décoloration des chromatophiles. Déplacement du noyau.

dans les cellules nerveuses et considérées comme provenant de la désintégration des gaines myéliniques voisines. Elles ne prennent pas les matières colorantes, telles que le carmin et les couleurs d’aniline; il ne s’agit donc pas d’une dégénérescence muqueuse ou colloïde. En tenant compte, outre ces réactions négatives, de leur transparence et de leur faible réfringence, on peut penser qu’il s’agit de cavités remplies par un liquide albumineux, sorte d ’ œdème de la cellule.

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