‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 182 sur 210 · DIFFÉRENCIÉES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCIÉES

Nous avons déjà vu que Marinesco avait cherché à utiliser le mode de topographie de la chromatolyse. Dans les lésions primitives, l’agent nocif, étant apporté par la circulation, sànguine ou lymphatique, agirait d’abord sur la périphérie de la cellule, pour produire une

chromatolysc périphérique. Dans les lésions secondaires, le cylindraxe irrité transmettrait l’excitation morbide jusqu’au centre de la cellule, là où il paraît prendre naissance, si bien que la chromatolyse serait centrale ou périnucléaire.

Nous n’avons guère besoin de souligner toute l’importance qu’aurait un pareil critérium, et le grand nombre de ses applications utiles. On voit, en particulier, comment pourrait être tranchée la question, toujours en suspens, des conditions qui président au développement des névrites non traumatiques. Mais cette proposition de Marinesco, relative à la valeur de la topographie de la chromatolyse, ne saurait être acceptée dans toute sa rigueur; elle est passible de plusieurs objections.

En premier lieu, il n’est nullement démontré que la chromatolyse centrale existe seule toutes les fois que le cylindraxe est frappé. Sans doute, si nous savons que la chromatolyse est toujours centrale après la section traumatique du cylindraxe, nous sommes plus mal renseignés sur son mode de disposition dans les cas où la destruction du cylindraxe ne se fait que graduellement, après une série de modifications qui sont loin d’équivaloir à la section, modifications caractérisées par le gonflement, l’état vitreux ou l’état vacuolaire de l’élément. A cet égard, si nous recherchons les principales lésions cellulaires qui ont été signalées par les observateurs au cours des diverses polynévrites spontanées chez l’homme, maladies dans lesquelles le cylindraxe périphérique est atteint d’altérations souvent superficielles et curables, nous pourrons y rencontrer aisément toutes les chromatolyses précédemment décrites (Cl. Philippe et de Gothard). De pareils faits démontrent que la chromatolyse centrale ne saurait être considérée comme le seul mode réactionnel des chromatophiles de la cellule nerveuse en présence des altérations du cylindraxe.

En second lieu, dans bien des cas la chromatolyse centrale a été rencontrée côte à côte avec la chromatolyse périphérique, toutes deux étant développées sous l’influence des facteurs généralement considérés comme produisant des lésions primitives. A ce sujet, nous nous contenterons de rappeler l’étude détaillée et les dessins histologiques nombreux qui se rapportent aux lésions élémentaires et aux formes anatomiques signalées dans les Intoxications et les Infections, en pathologie humaine et expérimentale (voir p. 794-798). Ainsi, la signification de la chromatolyse centrale ne nous paraît pas établie d’une façon suffisante, pour qu’on puisse appliquer en toute certitude, dans chaque cas particulier, le critérium proposé par Marinesco.

2° Dans les lésions primitives, existe-t-il des formes spéciales

A CERTAINES CIRCONSTANCES ÉTIOLOGIQUES?

Dans les intoxications expérimentales, Nissl semble être le seul auteur qui ait cherché à atteindre le but, en procédant d’une façon méthodique. Avec un certain nombre de poisons, Nissl détermina tout d’abord les doses maxima et minima susceptibles de produire des intoxications aiguës et subaiguës. Puis, examinant avec beaucoup de soin les cellules nerveuses de l’écorce cérébrale et de la moelle dans tous les cas, cet auteur arriva à conclure que chaque poison produit une forme anatomique spéciale caractérisée et par sa localisation et par ses lésions élémentaires; en d’autres termes, c’était soutenir la spécificité des lésions des cellules nerveuses dans les intoxications aiguës. Mais il convient de faire remarquer que Nissl n’a plus observé semblable spécificité dans les intoxications chroniques, si bien que ses conclusions premières demeurent à l’état de propositions qui attendent encore leur confirmation.

L "ischémie absolue , due à l’oblitération des vaisseaux, entraîne des lésions cellulaires intenses. Ewing a cru pouvoir indiquer une forme de chromatolyse assez habituelle; mais, si cette forme est habituelle, elle n’est cependant pas constante. De plus, elle se montre sous d’autres influences; elle n’a donc rien de caractéristique.

La stase sanguine réalise bien une anémie relative, mais elle produit en outre l’œdème, et immobilise les substances toxiques, prolongeant ainsi leur contact avec la cellule; ses effets sont donc trop complexes pour qu’on puisse les analyser sûrement. — De même, l’anémie expérimentale détermine des lésions cellulaires, sans spécificité anatomique.

L’ hyperthermie est susceptible de produire des lésions cellulaires quand elle est poussée très loin. A ce sujet, citons les résultats des expériences de Goldscheider et Flatau, dont nous pouvons rapprocher les effets du coup de chaleur chez l’homme (fig. 195). Mais là encore, ces lésions ne diffèrent pas sensiblement de celles qui se produisent sous l’influence de bien d’autres causes. Ewing est seul à mentionner une forme anatomique spéciale, observée dans un cas où la surélévation de la température paraissait être l’agent nocif unique : cette forme serait caractérisée par la décoloration, générale et très accentuée, des corps chromatiques, sans désagrégation. Cet auteur ajoute avoir rencontré cette décoloration uniforme de la substance chromatique, surajoutée aux autres lésions, dans beaucoup d’affections accompagnées d’une fièvre élevée. Si donc cette remarque se eon-

Armait, il deviendrait possible de distinguer dans les lésions élémentaires de la substance chromatique, tout ce qui revient à la surélévation de la température; mais, de plus, il serait du même coup établi que l’hyperthermie n’est pour rien dans la fonte , la dislocation et la dissolution des chromatophiles, autant d’aspects sous lesquels se la chromatolyse.

uniforme des corps chromatiques se

produirait dans les processus lents (obstruction des vaisseaux encéphaliques). La subdivision uniforme des corps chromatiques se rencontrerait dans les toxémies chroniques. Enfin, la division granuleuse , avec aspect poussiéreux, de la cellule, appartiendrait aux processus très aigus.

En dehors de ces tentatives, faites pour établir la spécificité de quelques formes anatomiques au cours des lésions primitives de la cellule nerveuse, les auteurs se contentent d’insister sur la fréquence de certaines modifications cellulaires, suivant que telle cause intervient et agit avec une intensité plus ou moins grande : autant de notions qui ne peuvent évidemment fournir que des présomptions et non la certitude.

Fig. -193.

— Cellules delà corne antérieure chez un lapin. Hyperthermie expérimentale (d’après Goldscheider et Flatau).

B- — Valeur pronostique.

1° Existe-t-il des lésions légères et réparables; des lésions

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