DE GRAVITÉ DE TOUTES CES LÉSIONS
La réponse n’est pas douteuse pour certaines formes cellulaires qui offrent tous les aspects des lésions graves et irréparables. Ce sont: la dégénérescence calcaire ; les diverses variétés de Y atrophie primitive, simple, pigmentaire ou scléreuse; les atrophies secondaires, avec effritement du protoplasma, perte des prolongements et dégéné-# rescence bien nette du noyau. Dans tous ces cas, les discussions portent sur le passé de la cellule plutôt que sur la signification de son état présent, signification facile à établir. — Toutefois, à ce propos, il ne sera pas inutile de rappeler que l’usage des coupes fines peut être l’occasion d’une erreur; par exemple, une cellule normale, coupée au niveau de son amas pigmentaire, peut se montrer sous la forme d’un petit sac arrondi, rempli de granulations jaunes et presque dépourvu de prolongements, au point de ressembler à un élément arrivé à la dernière phase de l’atrophie; dans ce cas, pour éviter une erreur d’interprétation, il faudra déterminer avec soin le nombre des éléments ainsi altérés. — Toutes ces lésions, bien individualisées au point de vue de leur gravité, appartiennent principalement aux affections chroniques du Système nerveux, mais quelques-unes ont été rencontrées dans les formes suraiguës et aiguës des myélites et encéphalites.
Par contre, d’autres lésions sont généralement regardées comme légères et habituellement réparables. Ce sont : la chromatolyse simple, si réellement elle existe; la chromatolyse avec gonflement homogène sans déplacement du noyau ; les états vacuolaire et fissuraire. Précisément, ces différentes formes anatomiques ont été très souvent signalées dans les maladies générales et dans un grand nombre d’intoxications ou de toxi-infections expérimentales.
Le gonflement avec déformation globuleuse, chromatolyse centrale et déplacement du noyau, mérite ici une mention spéciale. C’est là une forme très fréquente, qui est considérée avec raison comme le type habituel des lésions secondaires. Elle constitue l’altération dominante des cellules de la moelle dans les polynévrites, qui sont désaffections parfaitement curables. De plus, elle caractérise, en quelque sorte, la période d’état des modifications que subissent les
cellules nerveuses à la suite de la section des nerfs périphériques. Ce sont là autant de faits qui permettent de considérer comme certain que le gonflement avec déformation globuleuse n’implique pas forcément la destruction ultérieure de la cellule. — Toutefois, il convient de rappeler que, même dans les faits expérimentaux, les lésions secondaires des cellules nerveuses ne sont pas toujours suivies de réparation, si bien que certains éléments, d’abord atteints simplement de déformation globuleuse, finissent par disparaître en totalité à la suite de diverses modifications (v. p. 790). En conséquence, si le gonflement avec déformation globuleuse et chromatolyse centrale constitue, dans bien des cas, une lésion aisément réparable, il peut aussi précéder et préparer la destruction définitive de la cellule.
En résumé, il résulte de cette étude de la valeur pronostique des aspects pathologiques d’une cellule nerveuse, que certaines formes possèdent une signification bien précise en indiquant que la vitalité de l’élément est gravement compromise : ce sont toutes celles qui comportent une grande réduction de volume, une dislocation profonde du protoplasma, ainsi que la destruction du noyau. — Par contre, d’autres sont d’une appréciation bien plus délicate, car si elles sont dans certains cas sûrement réparables, elles constituent souvent aussi la phase initiale d’une lésion grave. C’est donc pour ces dernières formes qu’il convient dé rechercher dans quelle mesure l’analyse élémentaire des lésions fines des deux substances, chromatique et achromatique, peut aider à la solution du problème pronostique.
Les chromatolyses (v. p. 757-758), si elles constituent des phénomènes d’une constatation relativement facile et très étudiés, n’ont, somme toute, qu’une importance restreinte, à cause de leur très grande fréquence.
Les chromatolyses se rencontrent dans tous les types de lésions cellulaires. Même, elles précèdent toutes les autres modifications et elles doivent être considérées comme étant de toutes les plus légères. Cette règle ne comporte guère qu’une exception relative à l’atrophie pigmentaire, dans laquelle la disparition des chromatophiles paraît bien se faire proportionnellement à celle de la substance fondamentale ; cette exception est d’ailleurs fort intéressante à souligner, puisqu elle montre que la chromatolyse manque justement dans une forme anatomique qui est considérée comme étant l’une des lésions les plus sûrement destructives de la cellule nerveuse.
Ainsi, on ne peut se servir de la présence de la chromatolyse pour
établir le pronostic d une lésion cellulaire. On ne peut pas davantage utiliser le mode suivant lequel s’effectue la fonte des corps chromatiques. Par exemple, leur dissolution s’observe dans le gonflement homogène, généralement considéré comme une lésion réparable, aussi bien que dans les états vitreux avec achromatose ^ destruction rapide de l’élément. Il en est de même pour la fonte granuleuse qui survient dans les états les plus divers. On ne saurait attacher plus d’importance à la localisation du processus, qu’elle soit centrale ou périphérique.
D’une façon générale, les changements de la substance chromatique, qu’ils soient isolés ou même accompagnés de lésions peu profondes de la substance achromatique, sont essentiellement réparables. Ces changements des chromatophiles de la cellule nerveuse peuvent être comparés à ceux que subit la matière glycogène dans la cellule hépatique. Dans les deux cas, des variations de quantité, souvent considérables, sont compatibles avec l’état normal; et même la disparition totale n’implique pas, d’une façon nécessaire, une atteinte profonde porté© à la vitalité de la cellule.
Quant à la substance achromatique, sa structure est trop mal connue pour qu’on puisse utilement étudier ses modifications pathologiques, encore moins leur valeur. On sait seulement que le gonflement lui est en grande partie imputable et que sa colorabilité anormale, sa vacuolisation et sa fissuration n’entraînent pas nécessairement l’idée d’une lésion destructive. Seule, Yachromatose totale avec état vitreux pourrait avoir cette signification.
Nous ne sommes guère mieux renseignés sur la valeur des lésions du noyau. On admet que le déplacement et Y état vésiculeux n’indiquent pas une lésion irréparable. Par contre, la déformation , Yirrégularité des contours avec plissement de la membrane d’enveloppe, à plus forte raison Yatrophie excessive et la disparition sont considérées comme les indices d’un état très grave. Quant à Y homogénéisation, ou coloration diffuse par les couleurs basiques, si elle est habituellement grave, elle serait cependant susceptible de réparation.
En résumé, parmi toutes ces lésions élémentaires, spécialement envisagées dans leur signification pronostique, celles qui portent sur la forme et sur le volume des éléments, c’est-à-dire les plus anciennement connues, restent encore, même à l’heure actuelle, celles qui fournissent les indications les plus utiles et les plus sûres relativement au sort éloigné ou à l’avenir de la cellule malade.
G. — Valeur symptomatique.
La question de savoir dans quelle mesure les lésions de la cellule nerveuse retentissent sur son fonctionnement, peut être considérée comme résolue d’une façon suffisante pour tous les cas dans lesquels on rencontre: 1° une lésion bien caractérisée et profonde; 2° une lésion susceptible d’être localisée avec certitude et précision; 3° enfin un rapport étroit entre le siège de la lésion et le siège de la fonction troublée.
Mais d’autres lésions existent, bien différentes des précédentes, puisqu’elles sont légères, généralisées et associées à des symptômes diffus ou mal caractérisés. Ces dernières ne sont connues, pour la plupart, que depuis l’emploi de la méthode de Nissl, les plus intéressantes ayant été rencontrées en très grand nombre dans les intoxications et les états toxi-infectieux. C’est cette catégorie de lésions qui nous occupera ici principalement, parce que son influence sur le bon fonctionnement de la cellule nerveuse est loin d’avoir été bien précisée dans tous ses degrés.
Assurément, il en est des cellules nerveuses comme de toutes les autres cellules de l’économie : à toute altération structurale doit correspondre un trouble fonctionnel plus ou moins appréciable. Même, dans bien des cas, l’état de la fonction constitue un réactif beaucoup plus sensible que ne l’est l’état anatomique, puisque tel individu peut succomber en présentant des symptômes nerveux très caractérisés, sans que les méthodes histologiques actuelles permettent de reconnaître dans les cellules nerveuses la moindre modification pathologique (empoisonnements rapidement mortels, en particulier empoisonnement par la strychnine). En conséquence, puisque l’accord est unanime pour admettre que des lésions cellulaires, même légères, doivent entraîner un trouble fonctionnel, tout le problème consiste à rechercher : 1° si ce trouble est suffisamment connu au point de vue de sa gravité et de ses expressions symptomatiques; 2° quelles sont ses variations principales, en rapport avec l’altération de telle ou telle partie de la cellule.
Les recherches anatomo-cliniques faites en pathologie humaine sont trop récentes et trop incomplètes pour pouvoir être seules utilisées dans la solution d’un problème aussi complexe. On est donc fondé à s aider des données fournies par Y anatomie normale, par la phy -
siologie et la pathologie expérimentales. Encore convient-il de faire remarquer dès maintenant que ces données s’appliquent à peu près exclusivement au rôle de la substance chromatique et que leurs résultats sont très incomplets et peu satisfaisants.
L’ anatomie normale nous apprend sans aucun doute que la substance chromatique est l’un des attributs de la cellule complètement développée. Ainsi, d’après Ewing, chez l’enfant nouveau-né, les chromatophiles sont moins nombreux et moins colorables que chez l’adulte, même absents dans les cellules de Purkinje. D’après Vas, ils manquent jusqu’au septième mois de la vie intra-utérine, dans les éléments ganglionnaires du sympathique, pour ne s’y dévélopper complètement qu’à partir de la onzième année. De même, les observations de Eve, faites sur l’embryon du lapin, établissent que les corps chromatiques ne se montrent que lorsque cet embryon a acquis une assez grande longueur. Mais ces faits sont loin de prouver que la substance chromatique est indispensable à la fonction ; ils pourraient à plus juste titre être invoqués comme démontrant que celle-ci s’établit avant l’apparition des corps chromatiques, car il est peu vraisemblable que les cellules du sympathique restent jusqu’au septième mois privées de tout fonctionnement. En outre, pour éviter toute interprétation erronée relativement à la valeur physiologique des chromatophiles, on aurait dû tenir un compte égal de l’état dans lequel se trouvent, à cette même époque du développement, les autres parties de la cellule, en particulier la substance achromatique.
On a fait remarquer, toujours en s’appuyant sur l’anatomie, qu’il existe un certain rapport entre l’activité de la cellule et sa richesse en chromatophiles. Il est vrai que chez le vieillard la diminution de nombre et de volume des corps chromatiques peut être mise en regard d’un amoindrissement réel de la fonction (fîg. 162). Mais on ne doit pas oublier que la diminution des, chromatophiles ne constitue que l’un des changements caractérisant l’état sénile de la cellule nerveuse; même il convient d’admettre une large participation de la substance achromatique, aux dépens de laquelle surtout s’opère l’augmentation du pigment.— Nous ferons les mêmes réserves à propos de la signification du fait signalé par G. Levi, d’après lequel les corps chromatiques disparaîtraient des stichochrômes spinales chez certains animaux pendant la période d’hibernation. Ce fait aurait assurément une grande valeur pour la détermination du rôle joué par les chromatophiles dans la fonction motrice des cellules nerveuses de la moelle, mais
sous condition expresse qu’il fût bien établi que tous les mouvements volontaires sont complètement abolis pendant l’hibernation.
De toutes ces considérations il résulte que les données anatomiques nous renseignent encore fort peu sur le rôle physiologique départi à chacun des constituants de la cellule nerveuse.
Les physiologistes se sont surtout appliqués à déterminer les effets du fonctionnement, poussé jusqu’à la fatigue, sur l’état structural de la cellule. Sans doute, l’excitation électrique, généralement employée dans ce but, ne saurait être assimilée à l’excitation naturelle; c’est du moins le reproche formulé par Nissl en 1896, dans un travail où il fait la critique des expériences de ses devanciers, Hodge, Mann, Vas,. Lambert,, G. Lévi, Eve, etc. Même, Nissl arrive à conclure, après toutes ces expériences, qu’on ne sait pas encore si l’état pyknomorphe correspond bien à la période de repos, et si l’activité produit l’apyknomorphie, c’est-à-dire la décoloration relative de la cellule. Mais il convient de faire remarquer que la méthode imaginée par F. Pick met à l’abri de la cause d’erreur que nous venons de signaler. Sur des singes et des chats, cet expérimentateur .met à nu, d’un côté, les régions motrices de l’écorce, en produisant par leur faradisation des mouvements dans les membres du côté opposé ; à la suite de cette excitation, les cellules de la corne antérieure du côté mis en activité présentent une fonte granuleuse des corps chromatiques périnucléaires, avec la rétraction et la coloration diffuse de leur noyau.
Quelle que soit la valeur des procédés mis en œuvre, ces expériences n’en ont pas moins établi que l’excitation, naturelle ou pathologique modifie la morphologie et la structure de la cellule nerveuse. L’ensemble des résultats acquis se trouve résumé dans les conclusions suivantes, formulées par Yan Gehuchten : « Du côté du protoplasma cellulaire, après une période d’activité normale, il y a turgescence, augmentation de volume du -corps cellulaire, diminution de quantité de la substance chromophile. A la suite de l’activité poussée jusqu’à la fatigue, il y a diminution ou rétraction du protoplasma cellulaire. De même, <c du côté du noyau, après l’activité normale, turgescent augmentation de volume; après la fatigue, diminution de volume, déformation, modifications de la coloration ».
En résumé, la suractivité fonctionnelle modifie l’état anatomique de toutes les parties de la cellule, y compris le noyau; en particulier, si elle diminue la quantité de la substance chromatique, elle
altère d’une façon notable la substance achromatique; cependant, tous ces effets sont probablement momentanés et réparables. Mais il n’en résulte rien de précis relativement au rôle respectif des deux substances et du noyau.
La pathologie expérimentale a fourni, relativement aux rapports existant entre l’état structural de la cellule et son fonctionnement, des résultats plus immédiatement applicables à la pathologie humaine.
Certaines expériences tendent à montrer que la restauration anatomique complète de la cellule n’est pas indispensable au rétablissement de sa fonction. Ainsi, Ballet et Dutil ont fait voir, dans la compression temporaire de l’aorte suivie d’une paraplégie transitoire, que la lésion des cellules de la moelle persiste généralisée et complète, même quand l’animal a récupéré tous ses mouvements. Dans le même ordre d’idées, nous rappellerons les expériences de Goldscheider et Flatau, dans lesquelles ces auteurs ont produit, par des procédés divers, des lésions réparables au niveau des cellules nerveuses.
Dans leur première série d’expériences, Goldscheider et Flatau, après avoir produit un empoisonnement par injection de malonitril, font cesser les phénomènes d’intoxication (dyspnée, convulsions, parésie), à l’aide d’une injection d’hvposulfîte de soude. Dans la seconde série, ils élèvent la température centrale jusqu’à 43° — 44° C, en plaçant l’animal dans une étuve, laquelle expérience amène des convulsions et de la parésie : tous phénomènes susceptibles de cesser si on remet à temps l’animal à l’air libre. Dans la troisième série, les mêmes auteurs, expérimentant avec la toxine tétanique, produisent des accidents curables, soit en employant la toxine diluée, soit en injectant à temps une dose d’anti-toxine, mt Or, dans les deux premières expériences, Goldscheider et Flatau ont observé que la disparition des troubles fonctionnels est complète, alors même que la restauration anatomique parfaite des cellules nerveuses n’est pas encore effectuée : ainsi, pour le malonitril, les cellules restent en chromatolyse diffuse avec coloration anormale de la substance achromatique et du noyau ; pour la surélévation de la température, elles sont toujours volumineuses, homogènes et totalement privées de corps chromatiques. Sans doute, il convient de faire remarquer que les expérimentateurs ne nous donnent aucun renseignement sur l’avenir des animaux ainsi rétablis; dès lors, il est permis de penser, que ces animaux auraient pu ultérieurement réagir comme l’homme rétabli a la suite du coup de chaleur, chez lequel peuvent survenir des accidents tardifs et même la mort
subite. Mais si cette dernière remarque d’Ewing conserve son importance, elle tend seulement à prouver que le rétablissement de la fonction peut n’être que momentané; elle ne saurait diminuer en rien la valeur du retour, même transitoire, de la fonction, retour coïncidant avec des lésions très nettes de la cellule et surtout avec la disparition de la substance chromatique. En résumé, pas plus dans l’anémie temporaire que dans certains empoisonnements expérimentaux, il n’existe de rapport nécessaire entre l’état des cellules et les symptômes observés.
Les faits de Nageotte et Ettlinger relatifs à l’infection tétanique plaident dans le même sens. Ces auteurs ont montré que les lésions, actuellement connues, du tétanos expérimental (chromatolyse, vacuolisation et fissuration) n’ont aucun lien de dépendance avec la contracture tétanique. « Elles ne sont ni l’effet ni la cause de celle-ci : 1° puisque les lésions sont étendues à la totalité de la moelle, avec une contracture localisée; 2° puisqu’elles n’existent pas encore dans les cellules motrices, quand la contracture existe déjà; 3° puisqu’on les trouve exactement semblables dans des intoxications qui ne s’accompagnent pas de contracture. »
Tous ces faits sont assurément très intéressants, mais ils ont une valeur surtout négative, relativement à la substance chromatique. Tout d’abord, les uns montrent que sa disparition totale est compatible avec le fonctionnement de la cellule; en conséquence, ils doivent être opposés à la conception qui met la fonction sous la dépendance exclusive des chromatopbiles, laissant à la substance achromatique lanutrition duneurone avec ses prolongements. On sait que Marinesco a traduit cette idée en proposant de dénommer la première des deux substances kinétoplasma, et la seconde trophoplasma. Il résulte de ce qui précède que cette distinction est pour le moins trop absolue.
D’autres faits, plus spécialement envisagés au point de vue de la pathologie, permettent sans doute d’affirmer que toutes les fois que la substance chromatique est lésée, la fonction de la cellule est amoindrie, et sa vitalité, compromise. Mais ils sont également de nature à empêcher de rattacher à la seule lésion de cette substance les troubles fonctionnels nettement caractérisé. Cette proposition est amplement justifiée par les considérations et par les exemples exposés précédemment.
Enfin, relativement à la valeur des lésions de la substance achromatique, tous ces faits montrent bien que certaines d’entre elles ne compromettent pas la fonction d’une façon irrémédiable. Mais, malgré toutes ces expériences, exception faite pour les fissures et les vacuoles, nous ne savons pas davantage en quoi les lésions de la substance
achromatique, compatibles avec la fonction, différent de celles qui la troublent profondément ou la suppriment.
Si on aborde la pathologie humaine , on voit que les faits expérimentaux, envisagés dans leurs causes aussi bien que dans leurs symptômes, présentent de grandes analogies avec les faits observés chez l’homme au cours des intoxications et des infections; on voit aussi que les lésions rencontrées dans les deux séries sont tout à fait comparables. Dès lors, il devient légitime d’utiliser les remarques faites à propos de la pathologie expérimentale, pour les appliquer aux lésions observées en pathologie humaine. En conséquence, selon toutes probabilités, pas plus chez l’homme que chez les animaux, la fonte des corps chromatiques n’entraînera d’une façon nécessaire la perte de la fonction. En outre, lorsque cette fonction sera gravement troublée, il faudra plutôt incriminer une lésion de la substance achromatique. D’autre part, il est certain que, pour l’homme moins encore que pour les animaux, nous n’avons pas le moyen d’apprécier la gravité de chacune des lésions de la substance achromatique.
Ces propositions ne sont d’ailleurs nullement contredites par l’examen des observations publiées en pathologie humaine. -Ces observations peuvent être rangées en trois catégories : 1° Il n’existait aucun symptôme nerveux spécial. Ainsi, Déjerine a trouvé chéez un pneumonique, mort sans complication aucune du côté du système nerveux, mais avec une hyperthermie considérable, des lésions de chromatolyse très prononcées et généralisées. 2° Les symptômes nerveux étaient peu accusés, mal caractérisés et sans localisation spéciale. C’est ce qui s’observe dans la plupart des auto-intoxications, infections ou toxiinfections qui, presque toutes, comportent un certain degré d’obnubilation intellectuelle et un affaiblissement musculaire plus ou moins prononcé. 3° Enfin, il existait des syndromes ayant une physionomie plus caractérisée. C’est au moins ce que tendent à établir les travaux de Klippel, Ballet et Maurice Faure.
Les faits de la première catégorie ne font que répéter certains résultats expérimentaux, et ils n’ont pas besoin d’être soulignés ici plus longuement. Ils montrent des lésions en apparence profondes, et pas de symptôme nerveux nettement appréciable. C est là une constatation fréquente au cours des expériences que nous avons précédemment relatées.
Les faits de la seconde catégorie comportent des lésions cellu-