‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 3)Chapitre 4 sur 210 · MODIFICATION DE LA STRIATION ET MULTIPLICATION DES NOYAUX · texte numérisé non relu

MODIFICATION DE LA STRIATION ET MULTIPLICATION DES NOYAUX

La rigidité disparue, les fibres deviennent plus molles et moins fragiles. C’est le moment le plus favorable pour prélever un fragment de muscle destiné à l’examen histologique.

Mais bientôt leur fragilité augmente de nouveau et pendant la putréfaction elles se segmentent irrégulièrement en débris de forme variable. — Les altérations de la période de putréfaction semblent dues à la liquéfaction du protoplasma non différencié unissant les fibrilles, entraînant une altération de la striation. Par suite de cette liquéfaction, les fibrilles se dissocient d’abord, puis se fragmentent en disques inégaux et finalement le contenu de la fibre se transforme en une fine émulsion, dont les grains représenteraient des sarcous éléments mis en liberté (Hayem). — Chez la grenouille, la putréfaction peut donner lieu à un faux aspect vitreux, avec augmentation de la réfringence, mais sans élargissement de la fibre.

Modifications de la striation et multiplication des noyaux.

La striation des fibres musculaires présente normalement des variations individuelles assez sensibles. Dans le muscle le plus normal certaines fibres ont une striation plus nette ou moins distincte, plus large ou plus étroite que les fibres voisines, sans que l’on soit, pour cela, en droit de les regarder comme pathologiques.

Fréquemment aussi, les modifications de la striation sont artificielles: c’est ainsi que, dans le muscle prélevé sur le vivant ou trop tôt après la mort, à côté d’éléments fortement striés on en distingue certains dont la striation a complètement disparu. Cet état lisse et homogène ne relève que de la technique suivie et l’adjonction d’un peu d’acide acétique fait souvent réapparaître les stries effacées.

Les altérations pathologiques de la striation des fibres musculaires proviennent soit d’une désorganisation, d’une modification dans l’économie des fibrilles contractiles, soit d’un épaississement, d’une opacité exagérée du sarcoplasma ne permettant plus de distinguer par transparence la substance striée sous-jacente.

Dans la tuméfaction trouble la striation disparaît par suite de l’accumulation de grains protéiques dans le sarcoplasma hyperplasié; on peut la faire reparaître en traitant la fibre par l’acide acétique qui dissout ces granulations et rend au sarcoplasma sa transparence. Cette réapparition ne peut pas être obtenue lorsque la disparition de la striation est due à la fragmentation de fibrilles et à la mise en liberté

des sarcous éléments qui se disposent irrégulièrement dans le sarcoplasma, ainsi que cela a lieu dans la désintégration granuleuse.

Dans la dégénérescence cireuse la striation devient extrêmement délicate et prend l’apparence d’une fine gravure sur verre pour disparaître dans la suite.

Dans le premier stade de la dégénérescence graisseuse les granulations de graisse disposées le long des fibrilles exagèrent au début la striation longitudinale.

L’exagération de la striation longitudinale qui, normalement, est moins nette que la transversale, indique une tendance de la fibre à la division, qui peut aller jusqu’à sa transformation en un pinceau de fibrilles indépendantes ( transformation fibrillaire). On l’observe lorsque la fibre est en voie de dédoublement par fissuration (comme dans certains stades de la régénération et surtout de la régression cellulaire, dans certains éléments en voie d’atrophie simple, dans certains muscles hyperplasiés), ainsi que lorsqu’il se produit un ramollissement du sarcoplasma, qui donne plus de liberté aux fibrilles striées (comme dans les myosites aiguës, dans le voisinage des abcès, dans les points où la fibre est en voie de nécrose, etc., etc.). Dans quelques cas ce morcellement se fait transversalement et fragmente le contenu du sarcolemme en disques de Bowman.

Dans Yatrophie simple , les striations persistent intactes jusque sur les fibres les plus réduites en volume. Il est à remarquer, en outre, que les stries longitudinales (comme les transversales) ne s’amincissent pas proportionnellement à la diminution de diamètre de la fibre; elles diminuent simplement de nombre. Ce seul fait indique que ce que l’on nomme atrophie simple n’est pas, à proprement parler, une atrophie égale et progressive de tous les éléments de la fibre comme on l’admet généralement, mais doit relever d’un processus plus compliqué, correspondant à des phénomènes de division et d’exfoliation répétés, sur lequel nous aurons à revenir ultérieurement (voir Régression, p. 101 et 106).

La multiplication des noyaux est une des modifications les plus fréquemment observées dans la fibre pathologique.

Elle n’est pas toujours, comme on l’a prétendu, un indice de régénération et ne comporte cette signification que lorsqu’elle apparaît au niveau d’éléments rompus ou dans la gaine d’éléments détruits ou dégénérés partiellement. Elle s’effectue alors par voie de division indirecte (voir Régénération).

Page 1